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Discours de Ségolène Royal

Mercredi 2 mai 2007 3 02 /05 /Mai /2007 11:07
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Je vous salue ! Je vous salue peuple de France ! Je vous salue peuple de France ! Peuple libre ! Peuple fier ! Peuple insoumis et qui veut la victoire !

Votre présence exceptionnelle, enthousiasme, conquérante mais aussi tolérante et fraternelle me va droit au cœur. Merci pour ce bonheur. J'ai pris beaucoup de coups pendant cette campagne mais j'ai reçu aussi tellement… tellement… tellement de bonheur partagé comme ce soir ! Que ce soir, tout le reste est oublié et je suis avec vous dans cette dernière ligne droite pour dimanche prochain faire gagner la France car je veux demain tout simplement, mais c'est déjà considérable… car nous voulons ensemble pour demain simplement mais c'est considérable beaucoup de bonheur pour notre pays, un pays apaisé, un pays réconcilié avec lui-même pour vous, avec vous et surtout pour celles et ceux qui en ont le moins, ceux-là, je leur dis qu'ils ne se découragent pas, nous les prendrons aussi par la main.

Je vais vous dire maintenant quelques mots en confidence : d'abord j'ai tenu grâce à vous car comment se fait-il qu'une petite fille de Lorraine née à Dakar d'un père militaire, qui a grandi dans un village des Vosges, quatrième d'une famille de huit enfants, qui a eu le bonheur de suivre une réussite scolaire, comment se fait-il que je me trouve là ce soir devant vous? Qu'est-ce qui a permis notre rencontre ? Parfois je me suis interrogée au fur et à mesure de ces étapes, parfois j'ai trébuché mais avec vous je me suis relevée. Oui, à chaque fois, c'est votre ferveur démocratique qui m'a redonné la force d'accomplir avec vous ce que nous avons à construire demain pour le bien de la France.

Ce que je vais vous avouer n'est pas si facile, je suis solide, je le savais mais le courage du combat politique, je l'ai construit avec vous pendant ces dix-huit mois de campagne électorale. Mon courage, c'est vous ! Mon courage, c'est pour vous tout simplement parce que mon projet, c'est vous ! On me dit parfois : mais pourquoi tout cela ? Et à l'instant même où je vous parle, où se noue cette rencontre exceptionnelle, extraordinaire, en me tournant vers vous je vois… je comprends, je sens que tout cela, c'est tout simplement parce que nous nous aimons beaucoup.

Et ceux et celles qui ne ressentent pas encore ce sentiment, en vous voyant, j'en suis sûre, seront de plus en plus nombreux à avoir envie de le partager, ce merveilleux sentiment et je voudrais leur dire : dans la France que je veux, il y a de la place pour tous et pour toutes. Et personne n'en sera exclu. Notre réunion est ce soir un formidable signe d'espoir ; c'est – nous le sentons – un événement à la hauteur d'une victoire espérée. Mais je ne veux pas de la victoire d'une partie de la France contre l'autre. Ce que je veux, c'est la victoire de la France présidente ! Et merci… merci, en votre nom, aux artistes, merci aux artistes… nous sommes tous ici à vous entendre, de tous les styles, de toutes les générations ; vos musiques exaltent nos espoirs, calment nos peines et bercent nos vies et construisent nos plus beaux souvenirs. Merci de votre engagement. Merci de faire chanter la terre, merci de nous donner l'ardeur pour la rendre meilleure car l'art et la culture sont le langage supérieur de l'humanité. La France présidente sera une France artistique et culturelle et l'immense élan de ce soir en est la preuve !

Dimanche prochain, vous aurez le choix entre deux modèles de société et ce formidable rassemblement de ce soir est l'image du modèle que je vous propose pour la France ; le pays du partage, de l'émotion, de la beauté, toutes générations confondues. Voilà le rassemblement. Voilà le vrai remède à l'inquiétude, à la menace, aux divisions et aux conflits. Il est là le chemin de la paix et de la fraternité ! Oui je veux pour notre pays réconcilier la paix et la fraternité et si vous êtes là ce soir, c'est aussi pour une France neuve qui se relève. Vous êtes venus là ce soir pour une France rassemblée et fière de l'être. Vous êtes là ce soir pour remettre les citoyens au cœur de l'action politique et pour faire souffler un vent de démocratie et de liberté.

Vous êtes là pour une France qui mobilise tous ses talents. Vous êtes là pour la France qui libère les énergies, qui crée des richesses et qui les répartit bien, qui donne le goût de l'effort, du travail et de la création. Vous êtes venus pour la France qui affirme au plus profond d'elle-même que la justice sociale et l'excellence écologique sont aussi la condition de l'efficacité économique et que la prospérité économique et la sécurité écologique sont la condition du bien-être social. Les uns ne vont pas sans les autres ; voilà le nouvel ordre juste que je vous propose !

Ce soir, vous êtes venus pour faire gagner la France présidente. C'est un message qui est reçu aux quatre coins de la France et dans tous les territoires et départements d'outre-mer et par tous les Français de l'étranger ; et ma pensée va aussi en ce moment à notre compatriote détenu en Afghanistan ainsi qu'à Ingrid BETANCOURT. On aimerait tellement les avoir parmi nous ! Mais ce temps viendra.

Chacune et chacun d'entre vous est le porteur mystérieux des encouragements et des espoirs de chacune et de chacun, des millions de Françaises et de Français qui se rassemblent pour dire qu'ils veulent élever la France au plus haut rang de cette histoire et je vous invite dimanche à écrire cette nouvelle page de l'histoire de France ! Ce n'est pas une mince affaire car qui s'occupe de la France, s'occupe aussi du monde, car la France aux yeux du monde, c'est plus que la France. La France n'est jamais aussi grande que lorsqu'elle l'est pour tous. La France, ce sont des valeurs exigeantes et belles proclamées par la Révolution française et des valeurs universelles qui sont une parcelle de la lumière du monde. La France, c'est la liberté, c'est l'égalité et c'est la fraternité ! Et c'est cela qui nous rassemble et qui nous mobilise aujourd'hui ! Et c'est ce chemin que nous allons prendre ensemble. Le monde, nous savons ce qu'il en est : la mondialisation, les échanges, les influences croisées et fertilisantes mais aussi le tohu-bohu, l'inéquité, le malheur, les crimes de masse et les guerres. Je ne veux pas d'une France qui aurait la tentation de s'éloigner de la scène et qui aurait la tentation de laisser faire. Je ne veux pas d'une France qui laisserait le monde éclater en morceaux, en blocs de vie et de pensées hostiles les unes aux autres.

Non je ne veux pas d'une France qui se résignerait à disparaître de l'histoire et je veux vous le dire, vous êtes ici les ambassadeurs d'une aspiration qui monte du pays tout entier. Vos lettres de créance sont celles d'un peuple qui veut se redresser, d'un peuple qui affirme que notre pays mérite d'autres formes de gouvernement et d'autres choix politiques ! La France ne se laissera pas abusée par des choix qui même parés des plumes de la rupture ou des ravages de la nouveauté, sont marqués du sceau de l'échec et de l'amnésie des bilans. Certes, maquiller un bilan n'est pas tâche facile et pour cela, sans vergogne, certains réécrivent l'histoire, captent celle des autres, en font un gadget médiatique pour brouiller les pistes et créer de la confusion dans les esprits.

Alors chers amis, vous tous qui êtes là, je vais vous dire : nous ne sommes pas rassemblés ce soir un 1er mai par hasard. Cette date du 1er mai a un sens historique. Elle a un sens pour tous les travailleurs et pour toutes les travailleuses du monde entier. Elle est la fête de la solidarité et de la demande de dignité du monde ouvrier. Les plus jeunes ici présents ne le savent peut-être pas. Alors je vais le leur rappeler.

Il y a plus d'un siècle, aux Etats-Unis, à Chicago, des ouvriers en grève furent sauvagement réprimés ; certains furent tués par balles et d'autres plus tard jugés et pendus ; c'était le 1er mai 1886. Cinq ans plus tard, six jeunes gens furent tués par balles dans une ville minière du Nord de la France lors d'une manifestation cruellement réprimée à Fourmies. Ils avaient entre 16 et 20, c'était le 1er mai 1891. Depuis ce jour, ces jours… ces deux jours et à l'initiative de la deuxième Internationale socialiste, les travailleurs, les salariés du monde entier, toutes appartenances politiques ou confessionnelles confondues, quand le droit le leur permet, ne travaillent pas ; ils manifestent ou ils se reposent ; ils font la fête en famille comme ce soir ici à Charléty. Et ils se souviennent et ils n'oublient jamais l'histoire du 1er mai.

Voilà l'une des raisons pour lesquelles nous sommes là ce soir sans esprit de revanche mais tout simplement parce que nous savons ce que nous devons pour nos libertés à ceux qui nous ont précédé et qui ont donné leur vie pour qu'aujourd'hui les travailleurs soient libres, puissent manifester et puissent revendiquer le respect qui leur est dû.

Car c'est évident, l'histoire n'est pas une bande dessinée où tout se vaudrait, où tous les mots seraient permis et où on peut dire n'importe quoi. Je ne ferai pas, moi, de discrimination entre ceux qui se lèvent tôt et les autres parce que je sais combien il y en a qui se lèvent plus tard parce qu'ils travaillent tard et même la nuit comme ces infirmières que j'ai vues récemment. Et puis il y en a qui font semblant de se lever comme ce père de famille que j'ai rencontré dans les débats participatifs, qui est au RMI mais pour que son fils n'ait pas honte, il fait semblant le matin de se lever et de prendre les transports en commun pour faire croire qu'il a un travail. Et moi je veux une France qui donne du travail à tous et à chacun. C'est cela la défense de la valeur travail ! Car l'histoire a des permanences qu'il faut rappeler et ces jeunes gens du Nord dont j'évoquais la mémoire tout à l'heure, se battaient pour la journée de huit heures et pour la semaine de quarante heures. Il a fallu 1919 pour que ces droits élémentaires soient reconnus. Déjà à l'époque, il y avait des gens à la vie facile sans doute, qui disaient que ces travailleurs miniers étaient des paresseux qui voulaient se lever tard. Les mêmes à la vie facile sans doute qui en 1936, affirmaient que les congés payés allaient ruiner la France. Alors ce galimatias conservateur sans fondements économiques, a été démenti par l'histoire et c'est pour cela qu'aujourd'hui je veux une France active, une France réconciliée avec elle-même et qui n'en rabatte jamais sur la conquête des droits sociaux car je ne veux plus que l'on oppose l'effort humain et le travail des salariés au goût du risque des entrepreneurs. Nous réconcilierons la réussite des entreprises et le progrès humain. Il y a de la place pour ces deux mots dans nos têtes. Notre cerveau est ainsi fait qu'il y a au moins deux lobes et je dis simplement que le but ultime du profit, ce doit être le progrès humain, sinon le gain des uns se paie toujours par une forme de servitude des autres et cela ne fait pas grandir la France. Oui, je ferai un pacte avec les entreprises et nous allons réconcilier la France avec les entreprises qui innovent, qui créent de la richesse et des emplois, qui se battent tous les jours pour que la croissance soit au rendez-vous.

Oui ! Je salue ici les risques pris par ces milliers de petites et moyennes entreprises et les dangers qui les guettent. Ce sont elles qui créent le plus grand nombre d'emplois avec l'artisanat. Je sais quels risques personnels prennent ceux qui les créent, qui les font vivre parfois au prix de leur santé et que ces chefs d'entreprise sachent que je veux qu'ils soient de plus en plus nombreux à entreprendre, que je serai à leurs côtés dans leur bataille contre la concurrence internationale, que je soutiendrai l'embauche et la formation professionnelle de leurs salariés pour qu'elles améliorent leur compétitivité tout en versant des salaires décents et qui rémunèrent justement le travail. Et c'est pourquoi je veux construire ces compromis sociaux. Et c'est pourquoi je veux que la France soit à l'avant-garde de la lutte contre le chômage des jeunes, que plus aucun jeune reste sans emploi plus de six mois. Oui, je les créerai ces 500.000 emplois pour projeter les jeunes dans la vie professionnelle et pour les sortir de l'inactivité et de l'abandon. Je sais que le succès économique dans le monde moderne, exige l'agilité des entreprises. Eh bien nous mettrons en place une sécurité sociale professionnelle qui sécurisera les entreprises comme les salariés. Voilà l'efficacité économique de demain ! Voilà la France que nous allons construire car c'est l'invention de toutes les nouvelles sécurités et de la lutte contre toutes les formes de précarité qui rendront notre pays performant. Et la première des sécurités doit être celle du parcours de toute la vie professionnelle. Je ne vois plus voir ces femmes en pleurs devant les grilles de leurs entreprises fermées. Je ne veux plus voir le regard désespéré d'ouvriers licenciés sans protection comme l'autre jour ; c'est un sort indigne d'un grand pays développé et ceux qui philosophent sur la valeur travail, ont-ils vu ces citoyens-là ?! Moi je cesserai d'opposer les chômeurs aux salariés. Il est inacceptable d'accabler les personnes privées d'emploi. Nous avons l'ardente obligation de leur donner du travail. Il est scandaleux de les stigmatiser et d'en faire les mendiants opportunistes de la ressource publique. Bien sûr quelques effets d'aubaine peuvent se produire ici ou là mais ces quelques effets d'aubaine auxquels nous mettrons fin bien sûr par une Agence Nationale Pour l'Emploi réorganisée et performante qui portera remède, car nous, nous n'avons jamais défendu l'assistanat.

Mais je tiens quand même à dire que ces quelques effets d'aubaine n'ont rien à voir avec la masse financière des fraudes fiscales des plus riches dans notre pays ! Et cela, comme par hasard, on n'en parle jamais ! Il faut redonner du sens à l'effort et à la dignité au travail, mais du vrai. La valeur travail n'est pas un artifice de discours. La valeur travail, c'est d'abord payer le travail à sa valeur. C'est augmenter les bas salaires qui restent obstinément immobiles et nous sommes le seul pays dans ce cas où des millions de salariés hommes et femmes, surtout les femmes d'ailleurs, commencent leur carrière professionnelle au SMIC et terminent quarante ans après toujours au SMIC et cela, je ne le veux plus. Et notre chantier prioritaire sera celui de la formation professionnelle car la valeur travail, c'est de donner à tout être humain la possibilité de progresser, la possibilité d'avoir une perspective de carrière, la possibilité de se dire que ce travail va être plus intéressant. Bref, c'est la récompense de l'effort dans la formation professionnelle et dans la motivation au travail et c'est cette justice-là que nous construirons ensemble. C'est par le dialogue social que nous débloquerons le pouvoir d'achat. Notre économie n'a pas besoin de brutalité ni de choc. Elle n'a pas besoin, notre économie – au contraire, c'est dangereux – elle n'a pas besoin de déclarer la guerre à la fonction publique ; elle a besoin de confiance. De confiance de tous les métiers et de tous ceux qui travaillent et qui cherchent un travail sur tous les territoires et la confiance n'obéit pas au coup de menton sur des champs de bataille imaginaires ! La confiance, c'est simple, c'est le soutien immédiat au pouvoir d'achat. Et je récuse toute fatalité, toute loi non écrite au nom de laquelle la réussite d'une entreprise devrait se traduire par la précarité des salariés. J'affirme ici le contraire et d'ailleurs les plus brillants de la nouvelle génération d'économistes affirment cela. Les chefs d'entreprise que j'ai rencontrés, le savent et me le disent et attendent désespérément de nouvelles règles du jeu. Ces nouvelles règles du jeu, je leur donnerai. Nous les remotiverons. La valeur travail ne peut pas non plus se satisfaire de ce système de stock-options sans limite, de bonus ou de retraites chapeaux que la droite a organisés et feint de découvrir dans les derniers jours de la campagne électorale. Qui peut vraiment justifier que 38 dirigeants d'entreprise tous amis du pouvoir, aient touché au total 107 millions d'euros de primes de départ en 2006 ?! Le pire, voyez-vous, c'est qu'à peine en place, ils savent déjà combien ils vont toucher quand ils vont partir même s'ils ont échoué. Et cela, c'est le contraire de la valeur travail !

Oui, la croissance va repartir et notre économie sera débloquée car nous allons en finir avec le travail privé de finalité et d'espoir. Oui, la France présidente sera la France du plein emploi. C'est notre combat et nous le gagnerons ! Car nos ressources humaines sont immenses et l'éducation sera mon grand chantier ; l'éducation et la formation au cœur de tout et en avant de tout. C'est cela la garantie que je vous donne. Nous redonnerons à l'université et à la recherche le rôle de bataillon d'élite de la France dans la mondialisation et je remercie le soutien du mouvement SAUVONS LA RECHERCHE parce qu'ils ont compris que c'était la France de demain. J'ai confiance car j'ai une grande ambition pour la France. La mondialisation qui est là nous lance un défi. Ce défi peut être relevé et nous avons les moyens de l'emporter. Actifs au sein de l'Europe, nous pouvons réorienter l'avenir du monde et sur le plan du commerce notamment. Mais il n'est pas acceptable que notre économie soit mise en péril par le jeu de la surexploitation des ouvriers dans les autres parties du monde. C'est pourquoi en ce jour de 1er mai, je soutiens aussi les immenses manifestations qui ont lieu par exemple dans des pays où les droits syndicaux et les salaires décents ne sont pas octroyés. C'est pourquoi je salue l'Union naissante ou renaissante du syndicalisme mondial parce que c'est en élevant l'ensemble des niveaux de vie et des salaires vers le haut que nous lutterons contre les délocalisations vers les pays à bas salaires. Et en attendant, il faudra que l'Europe se protège et se protège beaucoup plus efficacement qu'elle ne le fait contre toutes ces formes de délocalisations et de destructions d'emplois, j'en fais ici le serment !

Nous sommes confrontés à un autre risque et celui-là bien plus immédiat : c'est la brutalité dans la conduite des affaires publiques, on le sait, qui peut mettre en danger la paix sociale, la paix civile en dressant les Français les uns contre les autres. Ce danger, il est contenu dans le programme du candidat de la droite et moi je me suis engagée à réformer sans brutalité et sans heurter… j'y mettrai ainsi que mon gouvernement le temps et les moyens qu'il faudra mais la méthode, on la connaît, c'est la démocratie participative, c'est écouter le peuple pour agir juste, écouter les Français dans leur diversité pour que l'action publique ne soit pas source de brutalité et de violence. Je ne désignerai aucun ennemi sur le territoire français.

Et même ceux qui aujourd'hui n'ont pas mon opinion politique, demain ils seront associés aux réformes car il n'y a pas de réforme possible sans dialogue et sans concorde. Et j'ai entendu tout cela. Je rassemblerai toutes ces énergies d'où qu'elles viennent car c'est comme cela que nous nous relèverons. Oui, j'ai entendu les candidats de la gauche antilibérale. Oui, la vie vaut mieux que les profits ! Oui, j'ai entendu l'idéal des alter mondialistes ; oui, un autre monde est possible. Oui, j'ai entendu le message des électeurs du centre et de tous les républicains de progrès et je leur dis : rien ne se fera sans le goût de la démocratie, d'une Europe qui fonctionne et surtout d'un Etat impartial.

Alors il s'agit bien d'un choix de valeurs, d'un choix de société ; nous avons entendu il y a deux jours je crois, à Bercy, le discours de l'autre candidat. Il a ses opinions mais la politique, c'est d'avoir un débat de valeurs et d'opinions sans se poser en victime perpétuelle. Jamais les personnes n'ont été attaquées par moi, jamais. Mais jamais je ne renoncerai parce qu'il s'agit de l'avenir de la France, au débat d'idées, au débat de valeurs et donc au beau combat politique que la France est en train de vivre.

Alors que disait-il y a deux jours ? Que tout était la faute de mai 68. Mais quelle mouche l'a piqué car mai 68, c'était il y a quarante ans ! Tout semblait pourtant calme autour du Palais omnisport de Bercy. Mais à l'écouter, à l'intérieur, ce n'était que voitures fumantes, barricades, charges de police, délitement des valeurs, laxisme des mœurs, crise de l'autorité. La machine à remonter le temps avait été mise en marche à Paris-Bercy, on était en juin 1968. Mais moi je ne souhaite pas que la France parvienne à cet état de blocage pour préciser susciter comme en mai 68 des révoltes, des revendications, des grèves qui ont tout bloqué tout simplement parce que le pouvoir en place refusait d'écouter et refusait de redistribuer les richesses des Trente glorieuses que les salariés avaient construites. Et si lui rêve de connaître à nouveau un mai 68 pour y remettre de l'ordre, moi je veux au contraire en anticipant, en créant tous ensemble du dialogue, de la démocratie, du débat, des compromis sociaux, des convergences intelligentes, la France puisse avancer sans perdre son temps, sans être bloquée, sans dresser les Français les uns contre les autres, en un mot sans violence. Et voilà ce modèle que je vous propose : une France sans violence qui prend à bras le corps toutes ces énergies pour aller de l'avant dans la paix civile ! Car il y en a eu des dégâts dans les entreprises pour que finalement comme cela n'était que justice, les salaires furent augmentés, les syndicats dans l'entreprise furent reconnus, la gestion des universités fut modernisée, les libertés publiques furent élargies et les femmes eurent accès la contraception et à l'IVG ! Voilà ce que le pouvoir en place aurait dû donner et d'une certaine façon, c'est aujourd'hui, je le sens, je l'ai senti pendant ces dix-huit mois, ces longs mois de campagne électorale, d'une certaine façon, je le sens, il y a dans la France d'aujourd'hui une même forme de colère qui gronde, des frustrations, des incompréhensions, des millions de personnes qui ont le sentiment de ne compter pour rien et il est temps, il est plus que temps et notamment dans les quartiers délaissés où rien n'a été résolu, il est temps… il est plus que temps de réformer rapidement, sans brutaliser, avec intelligence, dans le dialogue ; et ce modèle-là, je suis la seule à vous le proposer. Je veux une France qui se réforme, je veux la paix civile dans mon pays car je sais que c'est possible.

Et quarante ans après, quand j'entends le candidat de la droite en appeler à la majorité silencieuse, habileté qu'ont dû lui souffler les conseilles ex-soixante-huitards sans doute qui l'entourent : il veut sans doute redéfiler sur les Champs-Elysées mais le Palais Omnisport de Bercy, ce n'est pas la remontée des Champs-Elysées. DOC GYNECO, ce n'est pas André MALRAUX ! François MAURIAC, ce n'est pas Bernard TAPIE ! Et monsieur SARKOZY, ce n'est pas le Général de GAULLE !

Alors il faut garder son calme, son sang-froid et réformer la France avant qu'elle ne se soulève. La société d'alors voulait le dialogue et la participation, on lui a répondu par la force ; et que le candidat de la droite relise donc le Général de GAULLE ! Ce sont ses propres analyses et elles se situent – reconnaissons-le – à une autre altitude. Il a dit cela après avoir compris ce qui s'était passé. Il a dit cela… la société voulait le dialogue et la participation et on a voulu lui répondre par la force.

Eh bien le voilà les modèles de société entre lesquels vous avez à choisir : d'un côté le dialogue et la participation et la juste autorité que je demande et qui sera demandée aux familles d'abord pour que les familles éduquent et encadrent correctement leurs enfants ; à l'école où les enfants devront respecter les enseignants mais où la réussite scolaire leur sera garantie par le soutien scolaire. Aux uns et aux autres de respecter les services publics de la police et de la justice parce qu'en retour, elles se rapprocheront des citoyens dans les quartiers pour construire ensemble le progrès de tous et le respect de chacun. Voilà la juste autorité que nous construirons ensemble.

Et vous le savez, je ne suis pas réputée pour mon laxisme mais en même temps je sais que l'ordre le plus durable et aussi celui le plus juste dans une société où les droits et les devoirs sont les mêmes pour tous et pas une société où quelques-uns ont tous les droits et où tous les autres n'auraient que les devoirs.

Soyons attentifs à ce qu'ont déclaré récemment les grands leaders syndicaux comme Bernard THIBAULT, secrétaire général de la CGT qui disait qu'il n'était pas question pour lui de négocier avec un pistolet sur la tempe. Ecoutons monsieur CHEREQUE, dirigeant d'un autre grand syndicat français, la CFDT, qui vient de mettre solennellement en garde l'UMP contre toute tentative de passage en force de loi sociale. Tendons l'oreille du côté des quartiers où le feu continue de couver sous la cendre et où rien n'a été entrepris.

Oui, nous sommes aujourd'hui dans une société bloquée du refus du dialogue, de la participation méprisée, tous les ingrédients sont là et nous ne voulons pas cela pour la France. Nous savons à quoi va conduire le passage en force et la brutalité. A cela j'oppose une République rénovée, une République rassemblée, une République positive, une République du respect, une République qui donne à chacun un véritable désir d'avenir !

Voilà la responsabilité demain de la présidente de la République ; voilà la seule façon de redresser la France et de protéger la paix civile. Quand j'entends aussi un certain vocabulaire qui aujourd'hui ne recule devant rien, quand nous avons entendu qu'à Bercy, on a fait ovationner le mot "Karcher" ! Qu'on a parlé de liquider une partie de l'histoire, celle de mai 68 et qu'il a même avancé cette phrase : nous allons reformater les Français… Eh bien moi je le dis ici solennellement : les plus hautes valeurs de la France - et je sais que bien des électeurs même à droite les désapprouvent – car les plus hautes valeurs de la France ne sont pas compatibles avec l'usage de tels mots. C'est pourquoi j'appelle tous les Français à le comprendre, à y réfléchir en conscience et en silence et à en tirer toutes les conséquences et à se rassembler sur d'autres valeurs. Prenons acte que la fameuse rupture annoncée, c'est purement et simplement une fracture républicaine et cela n'est pas une fatalité, cela va se décider dimanche prochain car qui veut de ces violences qui en résulteraient ? Qui a intérêt sauf pour esquiver les questions concrètes en menant des politiques d'exclusion ou d'intimidation ?

Moi je ne reproche pas à Lilian THURAM de dire ce qu'il ressent car il n'y a que les victimes de discriminations pour décrire ce qu'ils ressentent et en tant que femme aussi, je sais que pendant des générations et encore aujourd'hui avec les écarts salariaux avec les précarités, avec les violences conjugales, avec tout cela, les femmes subissent ces discriminations et la France présidente leur rendra justice. Je pense en particulier à ces millions de femmes seules. Je voudrais m'adresser à elles pour leur dire que je vais bien m'occuper d'elles dans la France de demain, quelle que soit leur génération, ces femmes seules qui élèvent courageusement leurs enfants et qui sont confrontés à la difficulté des adolescents, ces femmes seules, abandonnées par leur mari et qui font face aux difficultés de la vie, ces femmes veuves qui n'ont que de toutes petites pensions de réversion – et je les revaloriserai – ces femmes âgées, seules, qui se demandent si elles vont pouvoir encore accéder à la santé avec les projets de déremboursement de soins qui ne sont pas les miens. Ces femmes qui n'ont pas forcément travaillé ou qui se sont interrompues et qui du coup ont de toutes petites retraites et ces femmes qui ont simplement choisi d'élever leurs enfants, je leur dis qu'elles ont fait là le plus beau métier du monde et je veux qu'elles aient un avenir garanti !

Nous l'aimons la France. Nous voulons la rendre forte et belle.

Voilà pourquoi nous voulons la réformer. Voilà pourquoi dès septembre, j'organiserai un référendum sur la réforme des institutions et pourquoi les citoyens seront appelés à construire une 6e République. Le Parlement sera grandi. J'irai rendre des comptes devant lui et devant le peuple français. La France présidente sera citoyenne. Des jurys citoyens seront créés. Le cumul de mandats sera interdit. L'Etat impartial sera institué et protégé. Alors j'appelle à rejoindre ce grand mouvement, à le grandir, à le rendre victorieux, toutes celles et ceux d'où qu'ils viennent, qui veulent voir triompher cette nouvelle démocratie.

Chers amis, il nous reste trois jours. Trois jours pour convaincre. Trois jours pour mériter cette victoire. Trois jours pour faire gagner la France neuve. Trois jours pour convaincre les hésitants et les indécis. Trois jours au cours desquels mon équipe de campagne c'est vous ! Démultipliez-vous dans les rues et dans les campagnes ! Nous donnons ce soir avec les artistes magnifiques qui nous accompagnent, une magnifique image de notre pays. Si vous saviez comme je suis fière que vous soyez avec moi ce soir pour donner au monde entier l'image de la France et au monde entier l'image de tous ceux qui nous ont été aidés pour notre liberté au cours de notre histoire. Oui, il y a une sorte de miracle français : soyons-en à la hauteur. Ne décevons pas le monde. Il nous regarde. Ayez cette audace. Ayez cette audace, je le sais, ce n'est pas forcément facile à imaginer de porter une femme à la tête de la France présidente ! Mais ayez cette audace parce que aussi le monde nous regarde et se demande si la France aura cette audace de choisir l'avenir ou de se replier sur le candidat et sur l'équipe sortante. Le choix, il est là. Il est clair. C'est le choix de l'audace mais aussi de la réconciliation. C'est le choix de l'harmonie, c'est le choix de la paix, c'est le choix de la réussite, c'est le choix de la justice, c'est le choix de l'énergie, c'est le choix d'une France plus juste et donc une France plus forte ! La voulez-vous, cette France qui se relève ? La voulez-vous, cette France souriante ? La voulez-vous cette France optimiste ? La voulez-vous cette France qui tend la main ? La voulez-vous, la liberté ? La voulez-vous l'égalité ? La voulez-vous, la fraternité ? La voulez-vous, la victoire ? Alors en avant, rassemblons-nous, prenons-nous la main, aimons-nous les uns les autres ! Construisons ensemble. Vive la République, vive la France !
Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Samedi 28 avril 2007 6 28 /04 /Avr /2007 22:28

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Bonsoir, amis de Lyon et de toute la région. Bonsoir à tous.

Je suis profondément heureuse de vous voir aussi nombreux et nombreuses rassemblés à quelques jours du second tour de l’élection présidentielle.

Je me bats avec vous pour gagner. Et, cette victoire, nous allons l’arracher ensemble !

Merci à tous les élus de la Région d’être là, à Gérard Collomb, à Jean-Jacques Queyranne, à tous celles et ceux qui ont pris la parole. À Arnaud aussi qui s’est exprimé, merci à toi. Dominique d’avoir commencé à enflammer cette salle par ton talent et ton engagement à mes côtés.

Merci à Najat, à Christiane, je ne peux pas tous vous nommer, je vous vois tous ici rassemblés, j’aperçois Louis Mermaz, je vois des élus de partout, d’ici et de là. Mais surtout, c’est à vous tous, citoyens, citoyennes, que je dis que l’élection présidentielle c’est d’abord un élan populaire, c’est d’abord un élan du peuple et c’est d’ailleurs grâce à vous que je suis aujourd’hui devant vous ce soir.

Qui aurait pu penser à cet itinéraire ?

Et vous l’avez entendu aussi tout à l’heure, ce qui va se passer le 6 mai est ardemment regardé dans les autres pays du monde, et en particulier en Europe. Et je remercie du fond du cœur Romano Prodi pour son message.

À l’approche de ce second tour, on voit que les choses se simplifient, que les messages se clarifient, vous allez avoir le choix entre le candidat soutenu par Berlusconi d'un côté et la candidate soutenue par Zapatero et par Romano Prodi de l’autre. Voilà le choix qui est devant vous.

La victoire, c’est vous qui allez la forger de vos mains, qui allez la construire. Le peuple français aujourd’hui est en mouvement, il a une soif profonde de changement.

Il a besoin de se rassembler sur des valeurs fondamentales, celles que je vous propose dans le pacte présidentiel que j’ai construit avec vous au cours d’une démarche participative nouvelle, parce que je veux la rénovation de la vie politique française.

Je crois qu’on ne gouverne plus aujourd’hui des pays complexes sans écouter les citoyens et sans construire les choses avec eux. Et ce sera aussi ma façon demain de présider la France présidente. Et cette parole que vous avez prise, cette parole que je vous ai donnée pendant la campagne, cette parole que chacun et chacune d’entre vous est allé porter aussi vers les autres citoyens, cette parole, je vous demande de la garder et de ne plus jamais la lâcher, car désormais la politique ne se fera plus jamais sans vous.

Et la participation massive des Français lors du premier tour est aussi un signe encourageant, c’est un élan civique. Nous devons être à la hauteur de cet élan civique. Je suis la seule candidate d’ailleurs à avoir appelé les électeurs à ne pas s’abstenir, à revenir massivement vers les urnes, à avoir fait le constat d’une crise démocratique profonde, à m’être adressée aux citoyens qui pensaient que la politique ne pouvait plus rien pour eux. Et moi je veux dire ici ce soir à Lyon : si, la politique peut et doit encore beaucoup. Et de jour en jour je me sens de plus en plus prête à assumer la présidence de cette France présidente, et c’est pour cela que je vous demande de me faire confiance.

Je veux remercier d’abord les neuf millions d’électeurs et d’électrices qui sont venus dès le premier tour. Je veux remercier aussi du fond du cœur tous les partenaires de la gauche et les écologistes qui se sont rassemblés dès dimanche soir. Et, comme vous le savez, je tends aujourd’hui la main pour un vaste rassemblement des républicains de progrès, à toutes celles et tous ceux qui pensent que la maison France peut se relever sur des valeurs auxquelles nous croyons profondément ; toutes celles et tous ceux qui pensent que les valeurs humaines doivent toujours l’emporter pour chaque décision politique sur les valeurs financières et sur les valeurs boursières, alors rejoignez-moi ; toutes celles et tous ceux qui pensent qu’il est temps de mettre en place un État impartial qui ne sera mis en mouvement que par le seul intérêt général du pays ; toutes celles et ceux qui veulent voir se lever cet État impartial dont la France a perdu l’habitude, alors qu’ils viennent se rassembler autour de moi !

Toutes celles et tous ceux qui pensent que la France est menacée par le délitement du lien républicain parce que rien n’a été réglé dans les quartiers et que la colère y gronde encore et que le feu couve sous la cendre ; que le lien républicain a été affaibli à cause de la montée de toutes les formes de discrimination, de précarité, de brutalité ; toutes celles et ceux qui pensent que l’enrichissement de quelques-uns aux dépens du plus grand nombre n’est pas une fatalité ; bref toutes celles et ceux qui pensent que la fracture républicaine doit être rapidement réparée et que nous devons à nouveau apprendre à vivre ensemble grâce à des règles justes qui seront comprises par tous et appliquées par tous, les puissants comme les autres, ce qui empêchera que quelques-uns ne s’enrichissent aux dépens du plus grand nombre. Alors j’appelle tous ces hommes et toutes ses femmes à venir soulever la vague de la victoire qui permettra à la France de changer.

Je mesure aussi la responsabilité qui est la mienne, je voudrais vous confier qu’une certaine gravité m’habite, qu’en ce moment présent, au fur et à mesure où je me rapproche de ce second tour de l’élection présidentielle, je pense de plus en plus à François Mitterrand et à ce 10 mai 1981.

Et je crois que le profond désir d’alternance, il est aussi fort, il est aussi puissant et nous avons le devoir de le réussir. Et je sais qu’avec vous, cette réussite, cette victoire, elle devient ce soir possible.

Mais je n’ignore pas qu’il y a encore des millions de Français qui hésitent, parmi ceux qui souffrent le plus, et qui se demandent ce qui va demain changer concrètement pour eux. J’apprenais cet après-midi en venant vers vous que les salariés d’Airbus venaient d’apprendre que plus de deux mille emplois allaient être supprimés. Et je voudrais ici, on ne s’en lasse pas, de rappeler cette invraisemblable provocation, de rappeler que l’ami du pouvoir, M. Forgeard, n’a toujours pas remboursé ses 8 M€, qu’il part après avoir échoué avec une retraite, tenez-vous bien, de 100 000 € par mois, et que les salariés viennent de recevoir un intéressement de 4 € par salarié.

Eh bien, comme ces salariés doivent être en colère ! Eh bien moi, je vous le dis ce soir, avec eux nous sommes tous en colère. Et ce système-là, nous n’en voulons plus, c’est à cela qu’il faut mettre fin définitivement. Il faut tourner la page de cette arrogance, de cette provocation, il faut tourner la page de ce système dans lequel certains, ceux qui sont en haut de l’échelle, même lorsqu’ils ont échoué, partent avec la caisse, tandis que les salariés subissent les dégâts de leur mauvaise gouvernance.

Il faut mettre fin à ce système du secret qui permet aux plus hauts dirigeants des entreprises de se servir alors que la gauche avait fait voter une loi, et nous le referons, sur la transparence des rémunérations. Et ces règles-là, en effet, nous les changerons. Je remettrai de l’ordre économique juste dans les entreprises, parce que je crois que c’est l’intérêt de la France.

Il est temps, en effet, de moderniser le pays, il est temps de réconcilier la France avec ses entreprises, celles qui vont de l’avant, celles qui innovent, celles qui respectent leurs salariés, celles qui créent des emplois. Je fais confiance à ces entrepreneurs, à ces entreprises, à ces élus aussi comme ici dans la région qui sont en première ligne, ou dans l’agglomération de Lyon, et qui sont au corps à corps avec les entreprises qui vont de l’avant et qui créent de l’emploi. Et je dis ici : nous relancerons la croissance économique parce que nous réconcilierons les intérêts des entreprises avec les intérêts des salariés. Voilà la clé du développement économique. Je le ferai en modernisant le dialogue social et on sait bien que c’est là que se trouvent les ressources de valeur ajoutée et de productivité. On sait que dans les pays de l'Europe, ceux qui réussissent et ceux qui vont de l’avant, ce sont les pays dans lesquels il y a un dialogue social de qualité et approfondi entre les organisations syndicales de salariés et le patronat. On sait qu’il s’agit là d’une réconciliation absolument indispensable pour nouer des compromis sociaux et pour que la France à nouveau puisse aller de l’avant en ayant confiance dans son économie.

On a souvent dit : « Mais la gauche est incompétente sur le plan économique. » Et vous l’avez entendu dans cette campagne, d’ailleurs, c’est un reproche que l’on m’a généralement fait. Eh bien, moi, je revendique ici le fait que c’est par la prochaine alternance, au contraire, comme l’a dit Dominique, que le pays se remettra en mouvement. Car l’économie, c’est d’abord la confiance en soi, la confiance dans son pays, dans ses capacités, dans ses laboratoires de recherche, dans la qualité de ses salariés, dans la qualité de ses cadres, dans sa compétitivité mondiale. Et nous réinvestirons dans l’innovation et dans la recherche pour retirer et pour relancer le pays vers le haut.

Mai la différence avec ce qui se passe aujourd’hui, c’est que tout cela ne se fera pas aux dépens des salariés, bien au contraire, nous le ferons en sécurisant les salariés, en assurant la progression de leur pouvoir d'achat, en revalorisant le travail, non pas en donnant des heures supplémentaires à quelques-uns, mais au contraire en donnant de l’emploi à tous, de l’emploi à chacun. Et la valorisation…

Et ce combat principal, ce combat essentiel pour les Français, celui qui les inquiète le plus, ce combat pour l’emploi et pour le pouvoir d’achat, nous le gagnerons. Nous le gagnerons parce que je porte un autre regard sur les potentiels de la France. Nous le gagnerons parce que nous créerons la sécurité sociale professionnelle qui permettra à l’entreprise d’être agile et aux salariés d’être sécurisés. Nous le gagnerons parce que nous lancerons un vaste plan de l’emploi pour les jeunes avec en particulier les 500 000 emplois tremplins pour les jeunes, et cela dès notre élection.

Nous le gagnerons parce que nous donnerons à chacun, par la formation professionnelle, la possibilité de progresser au cours de sa carrière professionnelle. Et moi je ne veux plus voir, dans la France d’aujourd’hui, des travailleurs pauvres. Qu’est-ce que ça veut dire cette expression ?

On travaille et on est pauvre. Oui, la revalorisation du SMIC, 980 € nets par mois, est une nécessité, oui la revalorisation des bas salaires est une nécessité.

Et ceux qui critiquent ces intentions, ces propositions, et demain ces réalités, tous ceux-là seraient-ils capables eux de vivre avec 980 € nets par mois ? Je ne le crois pas.

Et je veux aussi que pour les salariés de plus de 50 ans, qui sont durement frappés par le chômage, et là aussi c’est un drame dans notre pays, combien de talents gaspillés ? Combien de salariés laissés sur le carreau ? Combien d’entre eux qui n’arrivent pas à se reclasser ? Pour cela, nous mettrons en place des plans de formation professionnelle, des priorités pour ces salariés, des évolutions dans leur entreprise et même en dehors de leur entreprise pour qu’ils puissent retrouver, dans la société dans laquelle nous sommes, et grâce à leur expérience, une utilité sociale et non pas le désespoir qui les conduit parfois au bout de trente ans d’activité professionnelle à se retrouver au même salaire qu’en début de carrière, et en plus au chômage. Je ne veux plus de cette France des gaspillages.

Chacun doit pouvoir trouver sa place. Nous mobiliserons toutes les énergies, y compris les nouvelles formes d’économie, je pense à l’économie solidaire, je pense aux associations qui ont tant de besoins, je pense aux sociétés ouvrières de production, je pense au mouvement mutualiste, à toutes ces nouvelles façons de voir que la valeur ajoutée se produit dans différents modèles de développement économique. Oui, nous devrons avoir une force d’imagination, de créativité pour que la France présidente soit la France du plein emploi. Nous nous battons pour cela et nous le réaliserons !

Nous allons construire une France qui rassemble toute son histoire, toutes ses trajectoires diverses, une France colorée qui fait de ses diversités une richesse, une France métissée dans laquelle plus aucune discrimination ne sera tolérée.

Je veux aussi construire une France généreuse, libre et responsable. Et pour cela l’éducation sera notre première tâche et notre première priorité.

Je vous propose aussi une France solidaire de ses anciens, car là aussi l’écart entre les discours et les actes, les actions de l’actuel gouvernement et les promesses ne sont plus tolérables.

Oui, de plus en plus de nos anciens, et notamment des femmes seules, voient leur pouvoir d’achat gravement dégradé. On voit de plus en plus de petits retraités ne faire qu’un seul repas par jour. Et c’est pour cela que j’ai inscrit dans le pacte présidentiel que les petites retraites seront revalorisées. Non seulement ce n’est que justice, mais c’est aussi une question de dignité et de reconnaissance aux générations qui ont fait ce que nous sommes aujourd’hui.

Et je le dis depuis plusieurs semaines : nous créerons pour les questions de dépendance et de handicap la cinquième branche de la Sécurité sociale, c’est-à-dire tout le contraire de ce que la droite a fait pendant cinq ans en démantelant l’hôpital public, en reculant les formes de remboursement, et aujourd’hui, dans le programme de Nicolas Sarkozy, il y a la franchise et les déremboursements.

Mais qui seront les premières victimes de ce recul de la protection sociale ? Ce seront les personnes âgées et les personnes handicapées. Et moi je ne veux pas que ce lien de solidarité soit rompu. Avec moi, la Sécurité sociale, sera non seulement préservée, mais renforcée car il s’agit là d’un principe républicain fondamental.

Et c’est pourquoi j’ai lancé cet appel à un vaste rassemblement de la gauche, des écologistes, et au-delà de la gauche et des écologistes parce que j’ai entendu aussi que les Français voulaient, que, pour résoudre les problèmes complexes, difficiles, pour remonter la question de la dette et du déficit des comptes sociaux, il était possible de rassemble les républicains de progrès et tous ceux qui pensent par exemple que les valeurs de la Sécurité sociale et de l’éducation doivent être au cœur de notre projet présidentiel.

À tous ceux-là, je leur dis que je suis convaincue que nous devons nous rassembler dès lors que nous considérons que les valeurs de paix civile et d’harmonie sociale nous sont communes même s’il reste ici ou là quelles divergences. J’ai entendu des millions de Français qui se disaient : il faut sortir sur certains sujets de l’éternel affrontement de bloc contre bloc, et de chercher des convergences sur des valeurs fondamentales qui nous permettront de faire un bout de chemin ensemble sur ce qui nous rassemble, dès lors que ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous différencie. Voilà la rénovation politique que je vous propose. Je sais qu’elle est possible et je sais que vous me soutenez dans cette démarche, nouvelle je le sais, surprenante pour quelques-uns, qui nous demande des efforts aux uns et aux autres pour sortir des dogmes, des idées préconçues ou des camps qui s’affrontent l’un contre l’autre.

Je crois pouvoir rassemble et je demande à ceux qui pensent que l’on peut réformer la France sans brutalité, que l’on peut protéger les exclus tout en étant compétitif sur le plan économique, à tous ceux qui pensent qu’il y a trop de richesse d’un côté et trop de pauvreté de l’autre, à tous ceux qui comprennent qu’aujourd’hui trop de confrontations ont été encouragées, trop de logiques de mépris ont dressé les Français les uns contre les autres, trop de violences latentes et contenues risquent demain de se déployer dans nos territoires et nos quartiers, à tous ceux qui refusent cette fatalité, je leur dis et je les appelle à partager ces valeurs quelles que soient leurs sensibilités, dès lors qu’ils partagent ces valeurs, à converger massivement pour se rassembler afin que la France puisse réaliser ce changement le 6 mai prochain.

C’est cette convergence sur des valeurs, sur une certaine conception du pouvoir qui est là au service des Français. Moi, je n’ai pas, je ne sais quelle dernière marche à franchir pour moi-même. Pour le candidat Nicolas Sarkozy, on l’a compris, il y pense, nous dit-il depuis qu’il est tout petit. Son projet, c’est lui. Mon projet, c’est vous, c’est la France, c’est son rassemblement, c’est sa réussite et c’est son espérance.

lors, à quelques jours du 6 mai, finalement, les choix sont clairs. Il s’agit de savoir si l’on veut continuer comme avant en pire, ou bien changer, mais changer pour de vrai et changer fort!

Ils nous laissent une France endettée, ils nous laissent une France en déclin, ils nous laissent une France où les plus fragiles, les plus modestes, les plus précaires se sentent désespérément tirés vers le bas. C’est ce mouvement vers le bas qu’il nous faut d’abord stopper, et stopper rapidement, pour ensuite relever la France. C’est un chantier immense et j’ai besoin vous pour réussir ce chantier immense. Nous le construirons tous ensemble car ma conception de la France présidente, c’est un pays où chacun et chacune, parce qu’il aura les garanties de la justice sociale, sera à même d’apporter sa pierre, sa force, sa contribution à notre projet commun. Voilà ma conception de la France, celle qui se relève grâce à tous, celle qui ne laisse personne de côté, celle d’un État juste qui exerce son autorité pour que ses règles soient comprises par tous, appliquées par tous, et que chacun, en étant au clair avec ses droits et ses devoirs puisse donner le meilleur de lui-même. Voilà la France optimiste que je conçois parce que cette France, elle a du talent, cette France, elle veut retrouver son sourire, elle veut aller de l’avant, elle veut un souffle neuf. Et c’est cette nouveauté, cette France neuve, que nous devons permettre aujourd’hui en regardant très clairement les choix, en ne nous laissant pas abuser par ceux qui nous promettent de changer alors qu’ils sont depuis cinq ans aux responsabilités. Ouvrons les yeux et ouvrons les yeux des Français.

Oui, il y a maintenant le choix, un choix très clair : le choix entre la voie de la division et celle de la réconciliation que je veux incarner.

Il y a d’un côté la voie de la brutalité et de l’autre celle du dialogue, de la concertation et de l’écoute que je vous propose. Il y a d’un côté la voie du chacun pour soi, de la concurrence et de l’expérimentation sauvage ou celle de la solidarité et de la réforme dans le calme et dans la sérénité après dialogue avec la société française et après dialogue avec les partenaires sociaux.

Car je veux, après avoir longuement écouté les Français, et à la lumière de mes expériences passées, je veux une France qui avance, mais pas au détriment des plus pauvres, des sans grades ou des laissés pour compte, je veux, comme tous les Français, comme toutes les Françaises dans leur majorité une France qui fasse confiance à sa jeunesse, à toutes ses générations, à son intelligence, à ses talent ignorés et empêchés. Je veux libérer les énergies et les talents. Je veux une France qui fasse à nouveau confiance à ses chercheurs, à sa matière grise, alors qu’aujourd’hui ils quittent massivement notre territoire.

Oui, je veux une France qui va s’appuyer sur tous ses atouts et sur tous ses territoires dans leur diversité avec une réforme fondamentale pour que la nouvelle République, la VIe République, se lève, avec un Parlement qui fonctionne, une démocratie qui respire, la fin du cumul des mandats, la suppression du 49.3, un Parlement qui contrôle, un État impartial dans lequel ce ne sera plus le pouvoir en place qui désignera les membres du Conseil supérieur de l’audiovisuel, du Conseil supérieur de la magistrature et je toutes les hautes autorités de l'État. Demain, avec l'État impartial, ce sera par une majorité des trois cinquièmes de l'Assemblée nationale que toutes ces institutions, qui doivent savoir que leur indépendance est garantie, c’est comme cela que je réalisera l'État impartial. Et pour tout cela les Français seront conviés à voter par référendum pour que notre VIe République soit la leur.

J’engagerai une nouvelle étape de la réforme de la régionalisation, de la décentralisation, comme on voudra, mais pas à la mode ancienne, une vraie réforme qui supprime tous les gaspillages et les confusions des compétences qui font que les impôts sont de plus en plus lourds parce que chacun se mêle de tout. Les Régions seront au clair sur leurs responsabilités, les Départements seront au clair sur leurs responsabilités, les communautés de communes et les agglomérations également. Chacun sera mis face à ses responsabilités. Et l'État garantira une égalité de développement sur l’ensemble du territoire national, et garantira une redistribution des richesses entre les territoires. Voilà comment nous ferons un État moderne. Et il est temps, car c’est cet État moderne qui va nous permette aussi, j’en suis certaine, de relancer la machine économique et de lutter contre toutes les formes de gaspillages et donc de réduire la dette.

Voilà ce que je vous propose. Voilà ce que nous allons faire, voilà comment nous allons réussir.

Je veux rendre aussi à la France présidente la fierté de son histoire et de son action collective. Je veux faire revenir la France à la table de l'Europe. Et parce qu’autour de moi se rassemblent ceux qui ont voté oui et ceux qui ont voté non, j’appellerai les Français dans un nouveau référendum à un dépassement d’eux-mêmes parce qu’avant je leur aurai donné la garantie que l'Europe nouvelle que nous aurons réussi à construire est une Europe qui se protège contre les délocalisations, est une Europe qui réussira à adopter un nouveau pacte social, est une Europe qui fera en sorte que l’objectif des progrès humains soit sa première priorité, est une Europe qui aura créé d’ici là l'Europe de la recherche, l'Europe de l’environnement, l'Europe de la préparation de l’après-pétrole, l'Europe par la preuve. Et moi, je n’ai pas peur du verdict des Français, je ne suis pas comme le candidat Nicolas Sarkozy qui propose de refaire l'Europe en cachette par un mini-traité dans le dos des Français. Non. l'Europe sera redéfinie avec vous. Je vous entraînerai, peuple de France, parce que je vous aurai redonné confiance en vous-mêmes, dans vos valeurs fondamentales, dans votre identité républicaine de liberté, d’égalité et de fraternité. C’est ce qui me permettra de vous dire : peuple de France, puisque nous sommes bien assurés sur nos bases et sur nos valeurs, puisque nous avons permis à nouveau à toutes les familles par exemple d’être bien logées et d’avoir un emploi, donc d’éduquer correctement leurs enfants puisque nous avons remis l’école au cœur de tout, puisque nous avons fait de la protection et du respect des salariés et du dialogue social le cœur de la nouvelle économie, alors comme nous serons assurés de ces valeurs et que nous aurons pris à bras le corps le défi écologique, alors nous serons assurés sur nos bases. Et je pourrai vous dire, parce que nous serons forts sur nos racines et sur nos valeurs républicaines et de progrès, alors je pourrai dire au peuple de France : tournons-nous sans crainte vers l'Europe parce que l'Europe a besoin de nous et que la France a besoin de l'Europe. Et ensuite je pourrai dire à l'Europe : tournons-nous vers le monde parce que nous devons aussi construire une mondialisation plus juste et ne pas la laisser au libéralisme sauvage.

Et c’est pourquoi tout s’enchaîne et tout se tient. La victoire de l’élection présidentielle n’est qu’une première étape vers une Europe plus juste mais aussi vers un équilibre mondial plus juste. Et sans cet équilibre mondial plus équitable, sans une diminution, une réduction des écarts entre pays riches et pays pauvres, et l'Europe a un rôle majeur à jouer à l’égard du continent africain ; sans tout cela, alors c’est nous-mêmes qui reculerons, nous nous-mêmes qui nous effondrerons.

C’est cela que je veux faire comprendre aux Français, c’est que l’enjeu de l’élection présidentielle, ce n’est pas seulement la République française, mais cela va bien au-delà puisque la France a toujours choisi d’avoir un message universel, elle s’est toujours tournée vers le monde. Aujourd’hui, la France est repliée sur elle-même, elle a peur des autres, on l’incite à désigner celui qui est différent, celui qui est immigré, celui qui est venu d’ailleurs comme le principal adversaire. Et cela, c’est très dangereux, d’abord, parce que, quand on y regarde de près, un Français sur trois a au moins un grand-parent d’origine étrangère. Alors, vous imaginez ce qu’il faudrait faire pour réaliser ce ministère de l’immigration et de l’identité nationale ? C’est absurde !

C’est non seulement une idée pernicieuse, mais c’est une idée absurde puisque la force de la France se trouve précisément dans ces générations qui nous ont fait ce que nous sommes aujourd’hui. C’est cela que nous devons continuer à construire. Alors, moi, j’oppose à ce système destructeur, et contraire à notre idéal, ce système de la méfiance de tous contre tous, de la guerre de tous contre tous, de ce qui consiste à dresser les Français les uns contre les autres, j’oppose un modèle de réconciliation, de rassemblement, de compréhension des différences. Je propose un modèle de dépassement de ce qui fait nos différences pour que dans ce dépassement nous construisions une France qui se rassemble et dans laquelle les Français recommencent à s’aimer en elle.

Voilà l’enjeu que nous devons construire. Refusons toutes les brutalités, refusons toutes les violences. Je veux construire avec vous cette France présidente, une France de la non-violence, une France en paix civile ; mais une France qui soit également, je l’ai dit et je le répète, au clair sur le respect des autorités justes. Partout où les adultes ont une responsabilité, ils doivent l’exercer, l’autorité parentale, et c’est la ministre de la Famille qui a fait une loi sur l’autorité parentale qui vous parle, oui je veux que les familles fonctionnent bien. L’autorité juste à l’école, celle qui fait que, lorsqu’un élève trébuche, il est repris par la main et raccroché à la réussite scolaire. Il sera raccroché à la réussite scolaire et on lui redonnera le sens de l’effort par le soutien scolaire gratuit, individualisé, qui sera mis en place dès la prochaine rentrée scolaire.

Car nous ne baisserons pas la garde sur les moyens donnés à l'Éducation nationale. Nous ne baisserons pas la garde non plus sur les services publics. Bien sûr, les services publics doivent se réformer pour apporter toujours un meilleur service au public, comme leur nom l’indique, mais certainement pas en les affaiblissant, au contraire on voit se creuser des inégalités d’accès aux services publics, au service public de la police de quartier, qui sera créé, au service public de la justice qui aura les moyens de fonctionner, au service public de la santé. Et l’hôpital public si durement frappé aujourd’hui, sera rétabli dans ses responsabilités à l’égard de la santé publique.

Il faudra bien que Nicolas Sarkozy nous dise dans quels services publics il propose de supprimer un fonctionnaire sur deux. Il faudra qu’il nous le dise !

Et moi je vais vous dire : les services publics seront réformés pour qu’ils marchent bien et pour que les agents publics aillent aux endroits où on en a le plus besoin.

Mais je considère que désigner à la vindicte publique les fonctionnaires en faisant croire qu’un sur deux est inutile, est inactif, je considère que c’est diviser gravement la France. Car la compétitivité économique dépend aussi du bon fonctionnement des services publics. Voilà la vérité.

Mes chers amis, nous avons ce soir ensemble un immense bonheur.

Dans chacune de ces réunions publiques, de ces grands rassemblements, je viens chercher cette énergie qui me surprend parfois moi-même, je dois vous le dire.

J’entends le candidat de la droite se présenter comme une victime. C’est assez drôle, parce qu’il n’en a pas vraiment le rôle. Et quand je vois la somme des attaques, des mots violents, des mots de mépris d’ailleurs qu’il a actuellement pour François Bayrou, très choquants, ne serait-ce que sur le plan du simple respect démocratique. Quand j’entends aussi les attaques proférées par ses porte-parole, parce que lui prétend ne pas attaquer, encore que quand on fait le florilège de ce qu’il dit sur moi dans ses meetings, on en remplirait tout un roman !

Mais surtout ce que disent porte-parole, avez-vous entendu ces mots si élégants de Bernard Tapie à mon endroit lorsqu’il a dit que, voter pour Ségolène Royal, ce serait une… ?

Vous n’osez pas le dire, et vous avez bien raison.

Ou quand j’entends l’utilisation pernicieuse de certains qui prétendent avoir fait partie de mon équipe présidentielle, ce qui n’est pas le cas, je vous rassure…

Ou quand on connaît, mais cela a été dit excellemment avant moi, les accointances, les connivences entre un pouvoir économico-financier et médiatico-financier, alors, en effet, on n’a de leçons à recevoir de personne.

Mais la différence, c’est que, contrairement à ce qui est dit, et vous avez pu encore l’observer ce soir, oui je suis dans le combat des idées, et c’est essentiel dans une démocratie, le combat des idées. Et d’ailleurs Nicolas Sarkozy a refusé un débat avant le premier tour, sans doute parce qu’il craignait d’être mis devant se responsabilités et de devoir rendre des comptes sur son bilan. Et d’ailleurs, je vous le dis, demain je serai la présidente qui rendra des comptes sur ce qu’elle fait. Et cela, régulièrement, devant le Parlement d’abord, et ce sera nouveau. Je viendrai rendre des comptes devant la représentation nationale et je viendrai rendre des comptes régulièrement devant les Français pour leur dire : voilà les engagements qui avaient été pris, voilà ce que nous avons réalisé, voilà ce que nous avons adapté en vous écoutant, voilà ce que nous avons constaté en continuant avec la démocratie participative à vous associer aux décisions politiques qui seront prises demain avec vous. Voilà comment la France va devenir intelligente.

Car moi, je ne crois pas aux hommes providentiels. Je crois au contraire à l’intelligence de tout un peuple. Moi, je ne me pose pas en victime. Et, vous savez, je viens de le rappeler, tous les coups que j’ai pris pendant cette campagne, mais je ne me pose pas tous les quatre matins, comme le fait le candidat de l’UMP à la télévision, en victime. Pauvre victime !

Parce que je pense que l’élection présidentielle ne se joue pas sur une victimisation, ou alors il faut faire autre chose !

Je pense qu’il faut accepter, à ce niveau de responsabilité, la force des engagements, la force de la confrontation et l’échange d’idées. C’est cela le modèle républicain ! C’est cela ce moment citoyen que nous sommes en train de vivre. Et c’est cela qu’il faut accepter, c’est ce combat éminemment noble de la politique que d’accepter le combat des idées et que de cesser de se présenter comme une éternelle victime !

Moi, j’ai pris beaucoup de coups pendant cette campagne, et j’en ai tellement pris que, si je m’étais occupée d’y répondre tous les jours, je n’aurais parlé plus que de cela, donc j’ai choisi de les ignorer et de ne pas y répondre.

Et puisque j’ai voulu cette bataille et ce combat essentiel qui va permettre à la France d’écrire une nouvelle page de son histoire, jamais vous ne me verrez me mettre en posture de victime.

Je ne suis pas une faible victime, je ne suis pas une faible femme, je suis, comme disent les Antillais, une femme debout !

Je suis une femme solide !

Je suis une combattante, je veux vous conduire à la victoire. Je sais qu’elle est possible, qu’elle est là à portée de main, qu’elle dépend de nous et que nous avons le devoir de la réaliser, tout simplement parce que la France en a besoin, parce que la France ne veut pas se replonger dans l’ombre. La France veut la lumière, la France veut l’espérance, la France veut l’horizon, la France veut se redresser, la France veut croire en son avenir, la France a confiance en elle.

La France que nous aimons, je veux qu’une majorité de Français aiment la France que je veux construire avec vous, avec eux.

J’ai besoin de vous, la France a besoin de vous.

En avant, en mouvement, vive la République, vive la France !
Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Mercredi 25 avril 2007 3 25 /04 /Avr /2007 11:46

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Bonsoir Montpellier !

Merci à Dany, qui a déjà enflammé cette salle, à tous les élus de la région ici présents. Merci à vous tous.

Je sens comme un souffle se lever, qui doit nous permettre d’accomplir, le 6 mai, notre devoir de victoire !

L’élection présidentielle, c’est d’abord un élan populaire, l’élan du peuple français, qui a profondément envie que ça change. Et ce soir, à Montpellier, je sens cet élan, je sens ce souffle.

Je me bats pour la victoire, vous m’en donnez le courage, vous m’en donnez l’énergie, et je sais qu’avec vous, nous irons jusqu’au bout !

Et d’abord, la participation massive des Français et des Françaises au premier tour de l’élection présidentielle est une bonne nouvelle, est une excellente nouvelle. Je suis la seule candidate qui ait demandé aux Français de venir massivement voter et de ne pas s’abstenir, je suis la seule candidate qui ai conduit une campagne participative, car j’ai compris la fracture démocratique, j’ai senti que des millions de Français pensaient que la politique ne comptait plus pour rien, et même ne comptait pour rien.

Alors, je veux devant vous rendre hommage à cet élan civique, à cette participation, qui prouve que les Français s’intéressent à la politique lorsque la politique s’intéresse à eux, et en particulier, j’observe que la montée de la participation a été la plus forte chez les jeunes et dans les quartiers populaires, ceux pour lesquels, finalement, il y avait, au cours de ces dernières années, les doutes les plus profonds, les souffrances les plus lourdes, les insécurités, les précarités, et ce fossé grandissant entre les responsables politiques et les citoyens au service desquels nous sommes. Et c’est pourquoi, parce que les Français ont changé, parce qu’ils sont devenus plus exigeants, parce que le monde a changé, parce que la France a changé, alors la politique doit changer, et avec moi, elle ne sera plus jamais la même.

Oui, il faut comprendre cette soif profonde de rénovation de la vie politique, cette exigence de loyauté et de morale publique. Demain, la politique que je conduirais, la France présidente, que je présiderais peut-être si les Français me font confiance, la France présidente ne fera rien sans les Français, mais tout avec eux. Et cette parole que je leur ai donnée dans cette campagne, je leur demande de la garder et de ne plus jamais la lâcher.

Et l’élection présidentielle, c’est vous qui allez la faire, vous, citoyens et citoyennes. Ce ne sont pas des additions arithmétiques, ne vous laissez pas faire par les additions arithmétiques, car la politique, c’est une multiplication de mouvements, de talents, d’énergie, de démocratie vivante qui ne demandent qu’à s’exprimer, et c’est à cela que je vais m’employer pendant ces quelques jours, cette dernière ligne droite, et c’est vous qui m’avez portée pour être ce que je suis ici devant vous.

C’est vous qui m’avez portée jusque-là, déjouant tous les pronostics, me permettant de surmonter tous les obstacles, de me relever après les chutes. C’est vous qui m’avez donné cette énergie intérieure, cette force sereine dont, demain, la France aura besoin, et c’est avec vous que je vais continuer ce combat, je vous demande de me porter avec la même force tranquille et énergique jusqu’au 6 mai. Car c’est avec vous et pour vous que je compte bien transformer l’avenir de la France. C’est sur vous que je compte pour cela. C’est pourquoi, pour éviter à la France de s’enfoncer dans le déclin, dans les précarités, dans les injustices, nous avons, oui, ce devoir de victoire. C’est pourquoi j’appelle, ce soir, à Montpellier, le plus grand nombre de Françaises, de Français à se rassembler autour des idées et des actions du pacte présidentiel, avec cette magnifique confiance que vous m’avez accordée dès le premier tour pour porter le changement.

Je mesure l’honneur qui m’est fait par ce résultat. Je mesure aussi les attentes qui se cachent derrière ces votes. J’ai conscience aussi des interrogations qui restent à lever.

Je sais que des millions de citoyens souffrent de la situation actuelle et se demandent ce qui va changer pour eux. C’est pourquoi je veux faire de ce pacte présidentiel le pacte du redressement de la France. Je veux rendre la France fière de son choix, de son audace, de ce dépassement, car c’est comme cela qu’elle retrouvera confiance en son avenir, et que chacun saisira qu’il a un rôle à jouer pour bâtir cet avenir.

J’appelle, ce soir, à Montpellier, une majorité de citoyens à refuser un pays fragmenté en ghettos de riches et en ghettos de pauvres. Je sais qu’une majorité de Français, et je m’adresse à eux, ne veut pas qu’une partie du pays soit constamment dressée l’un contre l’autre. Je sais aussi que les Français refusent le mépris social et la brutalité qui l’accompagne. La France ne veut pas d’un pouvoir politique, économique et médiatique confisqué entre les mêmes mains.

Et ceux qui portent ces projets ou ceux qui flattent toutes les peurs et toutes les inquiétudes récolteront le désordre et le malheur pour notre pays. Et cela, vous ne le voulez pas, et moi non plus, je ne le veux pas !

Et d’abord, la France présidente, c’est la République du respect, et le respect, ça consiste d’abord, oui, à défendre la valeur travail, mais pas en donnant quelques heures supplémentaires à ceux qui en ont la possibilité, mais bien en donnant un emploi à chacun et à chacune. Notre combat, c’est celui de la France du plein emploi.

Ce combat-là, nous le gagnerons, parce que je ferai tout pour favoriser la croissance des entreprises créatrices de richesses et d’emplois, mais rien ne sera concédé sur le respect dû aux salariés, à commencer ceux qui sont aux plus bas salaires, l’emploi des jeunes, la Sécurité sociale professionnelle tout au long de la vie. Oui, je serai celle qui va réconcilier l’efficacité économique, la justice sociale, le progrès social, la sécurité au travail, la hausse des bas et des moyens salaires, et en même temps la responsabilité individuelle. Voilà le nouveau pacte social que je vais nouer avec les entreprises pour réussir une nouvelle croissance durable.

Je veux faire aussi…

« Ségolène, Présidente ! »

La France présidente sera aussi celle de l’excellence écologique, et nous allons relever ce défi et rattraper notre retard, parce que, à l’échelle de l’Europe, nous ne sommes pas fiers de voir comment, à chaque fois qu’il y a des enjeux écologiques, à chaque fois qu’il faut affronter le lobby de l’argent ou des gros lobbies industriels, à chaque fois qu’il faut affronter les pesanteurs, eh bien la France n’est pas au rendez-vous. Demain, avec moi, la France sera au rendez-vous du combat écologique, du défi à relever pour notre planète. Et aucune justification, aucun lobby économique ne sera fondé à nous expliquer qu’il est impossible d’agir.

La première décision sera celle concernant le moratoire des OGM en plein champ, parce que les Français ont droit à un débat écologique transparent, ils ont droit à accéder aux données scientifiques, c’est cela la démocratie participative, et ils ont droit de comprendre les enjeux énergétiques, et le débat public sur les énergies sera également immédiatement ouvert pour que ces choix soient décidés par les Français et par eux seuls.

D’ailleurs, chaque fois, dans le domaine environnemental, que le pouvoir a été confisqué aux citoyens, chaque fois, il y a eu du mensonge et des catastrophes écologiques : le mensonge sur l’amiante, sur le mensonge sur le nuage de Tchernobyl, le mensonge aujourd’hui sur les OGM. Demain, la République sera une République de transparence, de vérité, de confrontation des points de vue avant les décisions, car l’autorité de l'État est d’autant plus juste et ferme qu’elle s’appuie sur des délibérations populaires. Et c’est tout le sens de la République nouvelle que j’appelle de mes vœux, c’est tout le sens de la démocratie participative qui fera son entrée dans la Constitution avec le référendum d’initiative populaire, avec les jurys citoyens, avec l’interdiction du cumul des mandats, avec la suppression du 49.3.

Puis nous allons construire une France qui rassemble toute son histoire, ses trajectoires diverses, une France colorée, une France métissée dans laquelle plus aucune discrimination ne sera tolérée.

Je vous propose aussi de construire une France généreuse pour une jeunesse libre et responsable, et pour cela, l’éducation sera notre première tâche et notre première priorité.

Je vous propose une France solidaire de ses anciens, car là aussi, l’hypocrisie des mots n’est plus supportable. Nous assurerons sans faiblesse la sécurité des personnes, mais nous garantirons en même temps, sans faillir, les libertés publiques.

Je vous propose de mettre en place de nouvelles règles du jeu pour refonder le pacte républicain. C’est d’abord cela cette histoire que nous écrivons : quel pacte républicain allons-nous refonder ensemble ?

Je vous propose de mettre le peuple souverain au cœur de l’action publique, notamment aux fins d’assurer sa représentation équitable dans sa diversité au Parlement. La démocratie doit devenir notre vie politique au quotidien. Et je veux une France qui revienne à la table de l'Europe, avec une Europe qui se relève, une Europe sociale, une Europe qui se protège, une Europe dont l’objectif est de tenir sa place dans toutes les actions de paix à l’échelle de la planète, et dont l’une des premières priorités sera aussi de redéfinir, de réformer les actions de co-développement pour réduire les écarts entre l’Europe et le continent africain. Voilà notre objectif !

Ces valeurs de paix civile et d’harmonie sociale sont communes, j’en suis sûre, à une majorité de Français et de Françaises. Alors j’appelle toutes celles et tous ceux qui partagent ces valeurs, quelle que soit la diversité de leurs sensibilités à converger pour les soutenir et pour se rassembler majoritairement autour du pacte présidentiel.

Vous l’aurez compris, c’est cette convergence qui fera la dynamique électorale et qui va créer les conditions de la victoire, c’est cette convergence qui va construire la nouvelle majorité présidentielle de la France présidente, le 6 mai 2007.

Ensemble, donnons de la force à cet élan, donnons à la France l’énergie dont elle a besoin. J’ai besoin de vous parce que la France a besoin de vous.

« On va gagner ! »

Je remercie du fond du cœur tous les candidats de la gauche et des écologistes qui, sans tarder, ont appelé à se rassembler sur mon nom, avec une pensée particulière, si vous le permettez, pour Arlette Laguiller qui, pour la première fois, a franchi le pas. Mais je remercie, bien évidemment, aussi tous les autres : Marie-George Buffet, José Bové, Dominique Voynet, Olivier Besancenot, et je leur dis que leurs idées et que leur idéal ne seront pas oubliés dans le pacte présidentiel.

Je veux dire, pour élargir ce rassemblement, et pour lui donner toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, je veux dire à toutes celles et tous ceux qui ont souligné, pendant cette campagne, les dangers que représenterait pour la France une droite dure, une droite dure pour les modestes, mais généreuse pour les plus aisés et pour les plus riches, à tous ceux-là, je veux leur dire, à tous ceux qui pensent que les valeurs humaines doivent toujours l’emporter sur les valeurs boursières, à toutes celles et ceux qui pensent que, pour que la France avance, elle a besoin d’un Etat impartial et garant des libertés publiques, à toutes celles et tous ceux qui ont la conviction que l’on ne doit pas se laisser s’installer les violences et les fractures dans nos quartiers, à tous ceux qui pensent que la réforme se fait d’abord par le respect, à tous ceux qui pensent que l’on peut réformer en profondeur notre pays sans le brutaliser, à tous ceux-là, je dis que le 6 mai, le choix est clair.

Il y a désormais deux voies possibles, et ce débat démocratique, il est aujourd’hui porté à son plus haut niveau : il y a la voie de la division et celle de la réconciliation, que je veux incarner.

Il y a, d’un côté, la voie de la brutalité, et de l’autre celle du dialogue et de la concertation que je vous propose. Il y a, d’un côté, la voie du chacun pour soi, de la concurrence et de l’expérimentation sauvage, ou celle de la solidarité et de la réforme dans le calme.

Nous aurons le choix, en clair, entre reconduire la majorité sortante, son candidat, ses méthodes, son incitation brouillonne, ses échecs répétés sur tous les fronts : de l’emploi, de l’éducation, de la santé, de la sécurité et de l’ordre public, et j’en passe, ou bien essayer autre chose et changer de politique, et c’est à cela que je vous invite.

Bref, il y a le choix, d’un côté, entre le candidat soutenu par Berlusconi, et de l’autre, la candidate soutenue par Zapatero.

Et de mes années de travail et d’expérience, de mes sept années de travail et d’expérience dans mes responsabilités ministérielles, où pendant s’il te plaît années, auprès de François Mitterrand, j’ai appris qu’on ne réformait jamais en force, ni contre le gré des Français, et la bataille contre le CPE en a été la démonstration.

Et puis, de mon expérience d’élue locale et régionale au plus près des préoccupations, des craintes, des aspirations, des souffrances et des espoirs, j’ai acquis la conviction que les Français, contrairement à ce que nous racontent certains experts, ont conscience de la nécessité de réformer et de la gravité actuelle de la situation de la France. Mais ils veulent des réformes, et nous les voulons avec eux pas à n’importe quel prix ni n’importe comment.

Comme les Français, que j’ai longtemps écoutés, je veux une France qui avance, mais pas au détriment des plus pauvres, des sans grades ou des laissés-pour-compte, je veux, comme les Français, une France qui fasse confiance à sa jeunesse, à son intelligence, à ses talents ignorés ou empêchés, mais aussi qui veille au sort de ses anciens, de ses exclus et de ses handicapés.

Comme eux, je veux une France présidente de la démocratisation d’accès à la culture et à l’éducation, et à la beauté.

Je veux une France qui, à nouveau, fasse confiance à ses chercheurs et à sa matière grise, alors que ceux-ci quittent notre territoire.

Oui, je veux conduire une France qui s’appuiera sur tous ses atouts, et ils sont nombreux, sur tous ses talents, sur tous ses territoires dans leurs diversités. Et c’est parce que cette France sera au clair sur ses valeurs fondamentales qu’elle pourra alors se tourner vers les autres, vers l’Europe, vers le monde, vers la compétition internationale, mais s’engager aussi avec confiance pour batailler afin qu’un ordre international plus juste s’établisse à l’échelle de la planète, car, on le sait bien, nous ne nous sauverons pas tout seuls, mais aussi en entraînant les autres vers le haut. C’est à cela que je vous invite !

Je vous propose aussi d’être celle qui fera souffler un vent nouveau sur des institutions dépassées et vulnérables, et on l’a si souvent vu, qui se prêtent à toutes les dérives monarchiques et à toutes les tentations claniques. Et ça, ce n’est pas ma façon de voir la politique, bien au contraire.

Je suis une femme libre, et j’entends le rester. Je ne dépends d’aucune puissance d’argent, je ne dépends d’aucun lobby économique, je sais m’affranchir de certains dogmes, je n’ai personne à placer, c’est vous qui m’avez faite, et c’est à vous seuls que j’aurai à rendre des comptes.

Je rassemblerai une équipe d’hommes et de femmes choisis sur le seul critère de leurs compétences, de leur dévouement et de leur sens de la morale publique. Et avec eux, car l’engagement politique, c’est ceci : nous sommes là pour servir et non pas pour se servir.

Je n’ai pas, comme l’a dit le candidat de l’UMP, une dernière marche à monter, puisque son projet, c’est lui, c’est sa dernière marche, et moi, mon projet, c’est vous. Ce n’est pas pour moi que je veux grimper je ne sais quelle dernière marche, c’est la France que je veux relever, c’est avec votre parole que je veux lui donner sa fierté. C’est la France dont je veux qu’elle cesse d’être tirée désespérément vers le bas, c’est elle qui doit monter, la France, la Nation et la République, et donc c’est l’ensemble du peuple français qui doit gravir la montagne. Ce n’est pas une dernière marche que j’ai à escalader comme l’autre candidat, c’est toute une montagne que je vous invite à gravir.

Je veux rendre à la France la fierté de son histoire et de son action collective, je veux rendre à la France sa place, toute sa place au sein et au cœur de l’Europe, d’une Europe sociale qui luttera contre les délocalisations et qui se battra pour le progrès humain de tous ses habitants.

Je veux construire avec vous, c’est mon désir le plus cher, une France que l’on entende mieux et davantage face aux extrémismes, aux fanatismes qui prennent en otage des régions entières de la planète. Je veux une France qui, s’écartant de la tentation de repli, renoue avec l’idéal de la République, l’idéal des Lumières, l’idéal des droits de l’homme et de la femme, l’idéal de la citoyenneté et qui en fait sa force et sa beauté. Voilà à quoi je vous invite !

Venez, hommes et femmes de France, nous avons un grand destin à faire accomplir à notre beau pays. Venez, jeunes de France et forces vives d’une des plus belles nations du monde, rassemblons-nous, rassemblez-vous. Venez, serrons-nous les coudes ensemble, nous allons rendre le sourire à ce pays, ensemble, nous allons conjurer les mauvais démons de la mélancolie et du déclin, ensemble, nous allons reprendre confiance dans notre avenir, mais pas l’avenir pour quelques-uns, l’avenir au service du plus grand nombre.

Avec nous, ceux qui trébuchent vont pouvoir se relever, avec nous, ceux qui doutent vont pouvoir reprendre confiance, et notre responsabilité sera surtout de ne pas les décevoir, avec nous, tous ceux qui ont des projets pourront les réaliser, avec nous, aucun talent ne sera gaspillé, avec nous, la France sera forte et fière de toutes ses diversités, avec ces Français de toutes origines, avec tous ses quartiers, avec toutes ses régions, avec toutes les générations que j’appelle aujourd’hui à bâtir un devenir commun.

Construisons ensemble la maison France, forte de ses valeurs, appuyée sur ses certitudes, celles qui nous font progresser, celles qui rendent cohérente l’action politique au quotidien entre des familles accueillantes à tous les enfants qui ont les moyens de les éduquer, une école qui assure la garantie républicaine de l’égalité, de la réussite scolaire, un travail donné à tous, et en particulier à ceux qui souffrent des discriminations, et en particulier le combat sur l’égalité entre les hommes et les femmes sera dans la République, parce que, lorsque l’égalité progresse, lorsque la justice avance, cela ne se fait pas pour les uns aux dépens des autres, mais c’est tout le monde qui grandit ensemble. C’est cela le sens du message que je veux vous délivrer ce soir.

Il nous reste quelques jours pour faire enfler le mouvement que je vois ce soir, pour que la vague continue à monter, pour que le peuple de France continue à se mettre en mouvement. J’ai besoin de vous, je vous le répète, parce que le pays a besoin d’un changement profond, et parce qu’il doit échapper à tout ce qui lui est promis par ailleurs comme une sorte de cauchemar. Non, ce cauchemar n’est pas une fatalité. Je vous invite là, chacun où vous êtes, à votre place, à donner le meilleur de lui-même. J’invite tous les Français à cesser de se méfier les uns des autres.

Je lisais récemment une enquête où l’on disait, et cela n’est pas acceptable, ce n’est pas une fatalité, que les sentiments de méfiance entre les Français n’avaient cessé de monter, les sentiments de jalousie les uns envers les autres n’avaient cessé de s’accentuer, le sentiment aussi de reproche, il faut toujours trouver un responsable à ce qui ne va pas. Moi, je vous propose de faire en sorte que ceci recule et que les réconciliations avancent. Je vous propose que les Français retrouvent confiance les uns envers les autres. Je vous propose que chacun et chacune puissent se dire : voilà maintenant, nous avons un État qui fonctionne bien et qui va nous permettre à chacun et à chacune de nous demander, non pas ce que le voisin peut faire pour moi, mais ce que moi, je peux faire pour mon pays. Voilà à quoi je vous appelle !

Oui, j’appelle les Français à s’aimer davantage les uns les autres, parce qu’ils s’aimeront dans une France réconciliée et forte sur ces valeurs fondamentales. C’est cela l’enjeu de l’élection présidentielle.

Et à vous voir si joyeux, si heureux, si chaleureux, je sais que le mouvement, là, est inarrêtable, je sais qu’il va nous entraîner jusqu’au 6 mai, je sais que vous allez démultiplier mon courage, mon énergie, mes convictions, ma capacité de convaincre toutes celles et ceux qui hésitent encore et que j’invite à nous rejoindre. C’est l’appel que je lance ce soir, je compte sur vous !

Tournez-vous vers les Français pour que nous soyons nombreux, très nombreux, le 6 mai, à être fiers de notre audace et de notre choix.

Et puis, pourquoi aussi bouder son plaisir ? Et pourquoi ne pas admettre, comme on peut le lire dans toute la presse internationale ? Oui, si les Français font le choix de l’audace, de porter une femme à la présidence de la République, alors, comme cela est écrit dans toute la presse internationale, alors oui, ce sera un événement planétaire, et nous ne le regretterons pas !

Chers amis, en avant, vive la République, vive la France !
Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Lundi 23 avril 2007 1 23 /04 /Avr /2007 14:21
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Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Lundi 23 avril 2007 1 23 /04 /Avr /2007 13:52

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Français, Françaises mes chers compatriotes à vous qui m'avez apporté si nombreux vos suffrages, aujourd'hui, je vous exprime ma joie et ma profonde gratitude.

Un élan civique s'est levé, la très forte participation, que j'avais appelé de mes vœux, est là. Je mesure la responsabilité éminente et qui m'honore, que vous me confiez ce soir.

Je n'en tire aucune gloire personnelle, vous me donnez une responsabilité majeure, celle de porter le combat du changement pour que la France se relève.

Pour que la France se relève quelle retrouve son optimisme et qu'elle fasse le choix de l'audace et de la sérénité une nouvelle campagne s'ouvre. Dans 15 jours, la France va choisir son destin et son visage.

Je lance un appel a toutes celles et ceux qui veulent que la France fasse triompher la République du respect parce que nous savons qu'il n'y a pas de liberté sans justice, qu'il n'y a pas d'efficacité économique sans progrès social. Nous aurons le 6 mai prochain un choix clair entre 2 voix très différentes.

Et je tends la main a toutes celle et ceux qui pensent comme moi qu'il est non seulement possible mais urgent de quitter un système qui ne marche plus.

Mes chers compatriotes je vous invite à inventer une France neuve a la fois protectrice et dynamique, une France a la fois fraternelle et conquérante et qui permet à chacun de construire et de réussir sa vie.

J'appelle ce soir au rassemblement de toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans les valeurs du pacte présidentiel, et qui pensent que l'on peut réformer la France sans la brutaliser, qui veulent faire triompher toujours les valeurs humaines sur les valeurs boursières, qui veulent mettre fin aux insécurités et aux précarités qui se sont douloureusement creusées au cours de ces dernières années, qui veulent faire reculer toutes les formes de violence grâce a un ordre juste et à de nouvelles sécurités durables.

Je continue a faire le pari de l'intelligence des français et je refuse de cultiver les peurs. il s'agit de mettre la priorité sur l'éducation, de consolider les familles, d'épauler les plus fragiles et notamment nos anciens et les personnes en situation de handicap dont les conditions de vie se sont gravement détériorées au cours de ces cinq dernières années.

J'entends instaurer des règles justes dans la mondialisation, maintenir en France nos centres de décision et notre tissu industriel, refuser la régression sociale qu'entrainerait l'abandon à un libéralisme effréné.

Nous ferons de l'emploi tous ensemble notre combat principal et nous le gagnerons avec des entreprises performantes et conquérantes, qui respectent les salariés grâce à une démocratie sociale rénovée.

Je comprends la déception de toutes celles et ceux dont le ou la candidate n'est pas au second tour. Mais je voudrais leur dire ceci : Je serai la présidente garante d'un Etat impartial

Car vous le savez, je suis une femme libre comme vous êtes un peuple libre

Je ne suis l'otage d'aucun clan, d'aucun groupe de pression, d'aucune puissance financière.

Nous sommes nombreux et nombreuses aujourd'hui, au delà de notre vote du premier tour, a ne pas vouloir d'une France dominée par la loi du plus fort ou du plus brutal, et verrouillée par les puissances de l'argent ou tous les pouvoirs sont concentrés entre peu de mains, toujours les mêmes.

Avec moi je vous propose de choisir une démocratie ou l'on respire librement avec un parlement qui délibère et contrôle, un gouvernement qui a des résultats et qui rend des comptes un Etat sans gaspillage une justice indépendante des médias pluralistes et des libertés publiques garanties.

Oui, je veux une république refondée et non garrotée un état exerçant une autorité juste et ferme des régions dynamiques des services publics modernisés et performants avec des citoyens libres, éduqués par notre école, conscients de leurs droits comme de leurs devoirs.

Si vous me confiez la charge de présidente de la république, j'aurais à cœur de défendre les intérêts de la France en Europe et dans le monde

Le patriotisme républicain trouvera tout son sens dans la construction d'une Europe socialement et économiquement redressée et capable de peser, dans un mode multipolaire.

Les Français seront appelés à se prononcer par référendum sur le nouveau traité européen, celui ci ne se fera pas à leur insu.

Cette Europe sera au service de la paix, elle œuvrera au dialogue des cultures au co-développement avec les pays du sud et à la préservation des équilibres de la vie sur la planète

Avec vous, je vais rendre à la France la fierté de son histoire qui renoue avec ses valeurs universelles car quand la France rencontre une grande idée, elles font ensemble le tour du monde.

Je veux une France qui renoue avec l'idéal de la République des lumières les droits de l'homme et de la femme et de la citoyenneté qui ont faire sa force et sa beauté. Venez hommes et femmes de France de tous âges, de tous milieux, de tous territoires et de toutes origines, venez ; forces vives de notre belle nation, venez, serrons-nous les coudes, ensemble nous allons rendre le sourire à notre pays. ensemble nous allons conjurer les mauvais démons de la déprime et du déclin.

Chers compatriotes rassemblons nous ce sont nos idées notre idéal qui vont gagner car elles sont au service de la France et des Français, de la paix civile et de l'harmonie sociale.

J'appelle toutes les énergies et l'espérance a se mettre en mouvement pour une France victorieuse, une France présidente, fière d'elle même pour que les Français s'aiment en elle.

Notre victoire est possible car l'audace et la générosité sont la c'est une question de volonté et de cohérence, je les ai. J'ai besoin de vous parce que la France a besoin de vous

Vive la république vive la France.
 
Signature Ségolène Royal
Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Vendredi 20 avril 2007 5 20 /04 /Avr /2007 19:47

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Comme vous pourrez le constater en regardant cette vidéo, contrairement à ce que dit Valérie Pécresse, Porte Parole de Nicolas Sarkozy sur son blog (voir article précédent), celui dont elle prétend qu’il soutient Nicolas Sarkozy, José Luis Zapatero, Président socialiste du Gouvernement espagnol.

 

Est-elle si mal informée ? Pense-t’elle que José Luis Zapatero est myope au point de prendre Nicolas Sarkozy pour Ségolène Royal.

 

Et après, ces gens là viennent nous dire que notre candidate manque de compétences !

 

Après tout, il vaut mieux en rire et passer aux choses sérieuses.

 

"Bonjour Toulouse !

Merci, Jose Luis Zapatero de venir nous apporter la flamme et la chaleur de l’Espagne.

Merci d’être là aussi nombreux, militants, citoyens, rassemblés, chaleureux. Encore trois jours avant le premier tour de l’élection présidentielle ! Aidez-moi, portez-moi, c’est vous qui m’avez faite et c’est avec vous que nous gagnerons.

Je veux lancer ici, à Toulouse, un appel à la mobilisation.

Venez voter, venez massivement voter, Françaises, Français, mes chers compatriotes, une page de l’histoire de France est en train de s’écrire, chacun, chacune doit contribuer à cette histoire et le premier message que je vous donne, c’est celui : la démocratie a besoin de vous, la République a besoin de vous car aujourd’hui elle est menacée par une fracture républicaine.

Alors levons-nous vers ce vote conscient, levons-nous vers ce vote utile pour la France car la France a envie de changement, la France a besoin de se relever, la France a besoin d’être plus juste pour être plus forte, et c’est dès dimanche prochain que nous devons le dire à la face du monde !

Merci à tous les élus de la ville, du Département et de la Région d’être là, à tous les responsables nationaux d’être ici rassemblés, à tous les socialistes au premier rang desquels François, notre premier secrétaire, aux radicaux, à Jean-Pierre Chevènement ; merci à Danielle Mitterrand de sa présence, elle qui mène depuis des années une lutte à l’échelle de la planète pour que tous les êtres humains puissent accéder à l’eau potable. Voilà une belle et juste cause que la France devra défendre !

Et surtout merci à toi, Jose Luis, d’avoir pris sur les devoirs de ta charge le temps de venir jusqu’ici m’apporter un soutien qui, venant de l’ami espagnol, chef d’un gouvernement inventif et profondément réformateur, me va droit au cœur et fait honneur à tous ceux qui sont dans cette salle.

Oui, je me bats, je me bats avec vous, d’abord pour être en finale, et ensuite pour faire gagner la France présidente !

Et nous voici dans la ville rose, et la plus espagnole de toutes les grandes villes : Toulouse, terre d’accueil des républicains espagnols quand quatre généraux félons, comme le disait l’un de leur chant, écrasaient de l’autre côté des Pyrénées la légalité démocratique et l’aspiration d’un peuple à la liberté. La botte franquiste précéda de peu la botte nazie s’abattant sur l'Europe et nombre de ceux qui avaient combattu la dictature chez toi continuèrent la lutte chez nous. C’était des étrangers, c’était des immigrés, mais d’une exceptionnelle vaillance et nous les avons accueillis. Ils savaient, eux, lier solidement ensemble l’amour de la patrie et l’engagement internationaliste. Des brigades internationales aux maquis de la résistance française, l’histoire a scellé entre nous, quand il était minuit dans le siècle, d’une fraternité d'armes fondée sur un idéal partagé. Et c’est ici que je veux le rappeler à Toulouse.

Ce fut ensuite à notre tour d’épauler les militants espagnols condamnés à l’action clandestine. Entre notre deux pays, les Pyrénées ne sont pas une barrière car en ce temps-là on y traçait ces chemins de la liberté qui préparaient au prix des plus grands risques les basculements de l’histoire à venir. L’Espagne démocratique est aujourd’hui, grâce à toi, solide, sur ses bases, et la voilà devenue pour nous une source d’inspiration, d’admiration même, tant elle bouscule hardiment les dogmes qui inhibent l’action publique. Elle inaugure les voies nouvelles pour faire vivre dans le monde d’aujourd’hui un socialisme du 21e avec toi, Jose Luis Zapatero !

Alors, c’est vrai, pour nous qui sommes engagés dans la dernière ligne droite d’un beau et rude combat qui va décider pour longtemps de l’avenir de la France, pour nous qui voulons que les Français aient un choix clair et ne soient pas une nouvelle fois frustrés de leur décision, ton appui aujourd’hui est la certitude que nous pourrons demain nous épauler pour aller de l’avant, c’est une chance et c’est une force.

Je crois, moi, dans l’action politique, à la parole tenue. Tu es celui qui a respecté sa promesse et, conformément à l’engagement pris devant le peuple espagnol, tu as retiré les troupes du bourbier irakien. Je crois moi aussi également au desserrement des contraintes bureaucratiques qui étouffe l’intelligence des territoires. Bien sûr, nos traditions institutionnelles ne sont pas les mêmes et chacun doit chercher ses réponses dans le contexte qui est le sien, mais tu as décentralisé à l’espagnole et je suis pour ma part bien décidée à entamer une nouvelle étape de la régionalisation à la française pour accroître l’efficacité de la puissance publique tout en renforçant les égalités territoriales. .

Et puis, tu l’as rappelé tout à l’heure, ton gouvernement a posé tous les actes fondateurs de la lutte contre le machisme avec un gouvernement paritaire, bientôt les conseils municipaux, bientôt les conseils d'administration des grandes entreprises, et tu as fait adopter une loi exemplaire contre les violences de genre.

Ce fut pour moi une raison de plus d’entreprendre une loi cadre contre les violences faites aux femmes qui ne laisse aucune dimension de côté ; et puis tu as eu le courage de faire la réforme du mariage pour les homosexuels.

En même temps, l’Espagne a renforcé les solidarités fondamentales et a prouvé qu’avec un gouvernement de gauche on pouvait réconcilier le progrès social et l’efficacité économique. Je crois moi aussi, par rapport à tout ce que tu as fait pour toutes les personnes en situation de dépendance, et tu me confiais tout à l’heure ta fierté à ce sujet, je crois aussi que le degré de civilisation et d’humanité d’une société se juge à la façon dont elle traite ceux de ses membres que l’âge ou la maladie fragilise et son aptitude à ne pas tenir compte de l’exclusion que révèle le handicap. Moi aussi, je veux que la France ne soit plus handicapante ou invalidante pour ceux, enfants, adultes ou anciens, qui ont en réalité tant à lui apporter, à condition qu’elle veuille s’en donner les moyens et qu’elle lance un regard différent sur tous ceux qui sont les plus fragiles.

Nous partageons aussi hardiment cette conviction, celle d’engager nos pays dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour la protection de la planète. Je veux aussi que la France prenne le tournant de l’excellence écologique et que cet engagement soit source de croissance, comme l’Espagne a décidé de le faire.

Tu as montré que ton pays est devenu l’un des leaders mondiaux des énergies éoliennes et solaires, à nous de rattraper notre retard par rapport à un gouvernement français de droite qui n’a cessé, au cours de ces cinq dernières années, de freiner l’engagement du pays dans la révolution écologique, prisonnier des lobbies, des clientélismes, des conformismes, des puissances de l’argent ; et il faudra, dans ce domaine, rattraper notre retard. Nous ferons de la France le pays de l’excellence écologique !

Tu as montré aussi que tu es un homme de courage, et demain nous aurons sans doute à coopérer dans la lutte contre le terrorisme. Tu es confronté à cette épreuve et tu as su toujours montrer comment chercher la paix sans abaisser la garde, et je crois que c’est la bonne façon de faire.

Et puis, comme tu me l’as dit la dernière fois où je suis venue à Madrid, ce n’est pas toi qui dirais que les immigrés qui viennent travailler dans les entreprises espagnoles menacent l’identité nationale espagnole. Tu as su trouver les mots pour dire tout ce que leur travail apporte à l’Espagne : leur contribution à la croissance, à l’équilibre des comptes sociaux ainsi que leur droit au respect et à la dignité. Nous sommes l’un et l’autre partisans d’une juste régulation de l’immigration, mais nous partageons aussi cette conviction de fond : seules des politiques de co-développement efficaces, élaborés avec les pays d’émigration, en partenariat avec les pays du Sud de l'Europe, en dialogue constant avec la Méditerranée et avec l’Afrique permettront de mettre fin aux migrations de la misère et de faire émerger les pays pauvres vers la croissance à laquelle ils ont droit.

Nous avons en effet une approche voisine du rôle de l’espace méditerranéen et de l’enjeu du développement de l’Afrique dans un monde où le marché, livré à lui-même, creuse inexorablement les inégalités entre pays riches et pays pauvres. Et nous refusons de penser les mutations de ce monde et leurs risques inédits dans les termes erronés et dangereux d’une supposée guerre des civilisations. Cette grille d’interprétation, c’est celle de tous les fanatismes et l’alibi de toutes les impuissances. Et nous, nous n’irons pas nous mettre à genoux devant George Bush. Nous défendrons, en Europe, l’émergence d’un monde multipolaire à l’abri des tentations impériales d’un autre temps. Et je salue l’initiative que tu as prise en lançant cette alliance des civilisations que boude aujourd’hui une droite française inconsciente de l’importance de ce dialogue ; mais demain, avec la France neuve, nous rejoindrons ce beau projet que tu as mis en mouvement.

« On va gagner ! »

Oui, je sais…

Et nous aurons demain à défendre ensemble les mêmes valeurs humanistes au sein de l'Europe. Je sais que toi aussi tu refuses cette vision que certains défendent : la traque du gène de la délinquance avant l’âge de trois ans, le déterminisme biologique de la pédophilie, l’énigme génocidaire du peuple allemand qui, nous dit-il : « échapperait à l’explication rationnelle et relèverait en somme de l’inéluctable », propos irresponsables qui font insulte au bon sens, à ce que la science nous a appris et au passage à l’amitié franco-allemande, et à la mémoire de ceux qui, outre-Rhin, résistèrent au nazisme et qui ne sont pas moins allemands que les autres.

Mais, avec de telles théories, avec une telle vision du fatalisme et du déterminisme du candidat de l’UMP, pourquoi, s’il croit si peu à l’éducation et à la marge de manœuvre du pouvoir politique, et à la façon d’échapper au fatalisme et au déterminisme, pourquoi, s’il y croit si peu, pourquoi y pense-t-il si fort alors pour lui-même, avec les œillades lancées à l’extrême droite pour franchir ce qu’il appelle la dernière marche ?

Son projet, c’est de prendre le pouvoir. Le mien, c’est de vous le rendre pour écrire avec vous l’histoire de France.

Son projet, c’est lui ! Mon projet, c’est vous !

Oui, mon projet, c’est vous parce que je veux que les pouvoirs publics et l'État fonctionnent bien et donnent à chacune et à chacun, d’où qu’il soit et d’où qu’il vienne, la possibilité d’apporter son action et sa pierre à la construction de cette France neuve que nous voulons voir se lever, chacun en est digne. Et, voyez-vous, l’immense force d’une grande démocratie, c’est de donner à chacun la certitude intime de son rôle indispensable au progrès de tous les autres. Voilà le projet que je vous propose de construire.

La droite a mis le pays en déclin, ce qui lui permet aujourd’hui d’exploiter les nostalgies ou les peurs. Et tous les faits divers, vous l’avez vu, sont bons à être utilisés sans vergogne. Eh bien, moi, je vous appelle à refuser cela, à refuser ce repli de la France sur elle-même, cette tentation d’indifférence. Les conservateurs préfèrent toujours les pays tournés sur eux-mêmes car ensuite c’est beaucoup plus facile pour exploiter les divisions, les encourager afin de faire semblant de feindre ensuite de trouver les solutions. Oui, le pays est en déclin, mais le peuple français ne l’est pas ! Le peuple français n’est pas en déclin, il a de l’audace, de l’élan, de la volonté, de l’énergie.

Jose Luis, vois-tu ce soir à Toulouse un peuple qui te semble en déclin ? Non !

Est-ce que ce soir nous avons devant nous un peuple qui n’aurait plus confiance en lui-même ? Moi, je vois au contraire un peuple français en mouvement, en audace, en volonté de changement, un peuple qui a envie que la politique reprenne ses droits, et tous ses droits, un peuple français qui ne demande qu’à grandir, qu’à s’élever.

Et, Jose Luis, tu pourras dire à nos amis Espagnols que les Français sont repartis de l’avant, qu’il y a en France une force, un enthousiasme qui ne demandaient qu’à être réveillés. Il est là, il se lève, entendez-le !

Un souffle se lève. Ce vent debout, cet appétit d’ordre juste, ce désir de changement profond s’appelle la France présidente !

La France présidente, c’est réconcilier les libertés individuelles et les garanties collectives à l’opposé du chacun pour soi pour que le bien né et que le meilleur gagne soient les seuls à l’emporter. La France présidente, c’est l’harmonie d’un destin personnel, épanoui dans une société solidaire. Chaque citoyen est un être irremplaçable, chacun d’entre vous et d’entre nous constitue une valeur unique. Non, rien n’est joué à la naissance. Non, et c’est la noblesse de la politique et de la politique à gauche, de considérer que rien ne doit être joué à la naissance, que le sort de chacun n’est pas verrouillé à l’avance par une sorte de loterie invisible.

Nous affirmons tous ensemble que toute société juste et solidaire peut et doit conjurer, réparer, atténuer les fragilités de toutes sortes qui pèsent sur le début de la vie, voilà l’objectif que je vous propose.

Et c’est le rôle de l’éducation, d’abord, de l’éducation, encore l’éducation, toujours l’éducation.

C’est le rôle, ensuite, bien sûr, des services publics, et c’est surtout le rôle, enfin, d’une plus juste répartition des richesses pour faire en sorte que le travail soit moins taxé que le capital et que le capital rapporte moins que le travail, comme nous l’ont encore redit à l’instant les salariés d’Airbus en colère contre ces provocations des rémunérations insolentes des grands dirigeants des entreprises.

Et, à Toulouse, comme j’étais tout à l’heure aux côtés de Martin Malvy, à Toulouse, c’est là que nous devons lui demander de rembourser. Demandez-lui ! Remboursez l’argent à l’entreprise !

La France présidente, c’est celle qui réhabilite la valeur du travail. La droite a volé le mot, et en fait elle a fait tout le contraire. Ce n’est pas en précarisant le travail, ce n’est pas par le CPE, ce n’est pas par la baisse des salaires que l’on revalorise le travail, mais c’est au contraire en prenant les moyens de réaliser une société de plein emploi, en donnant d’abord du travail à ceux qui n’en ont pas, en gagnant la bataille contre le chômage de masse, en augmentant le SMIC et les bas salaires, en augmentant les petites retraites pour lutter contre la vie chère.

La France présidente, c’est celle qui va savoir concilier l’agilité dont les entreprises ont besoin pour affronter la compétition mondiale et la sécurité nécessaire à laquelle les salariés ont droit, et nous le ferons en créant la Sécurité sociale professionnelle qui permettra de lutter contre le chômage tout en gagnant de la compétitivité économique.

La France de la valeur travail, c’est celle qui paie le travail à son juste prix et qui ne laisse pas les travailleurs et les familles être obligés, pour joindre les deux bouts, d’accumuler les heures supplémentaires. C’est la France du pouvoir d'achat, pas celle de la vie chère et des sur-tarifications bancaires. Oui, les abus bancaires seront sévèrement réglementés pour que les banques cessent de faire leurs principaux profits sur le dos des catégories modestes et moyennes ; et elles seront priées de remplir leur vraie mission, à savoir prendre des risques pour que les entreprises, petites et moyennes, se développent. Voilà la responsabilité des banques, pas celle de sur-endetter les familles.

Et puis il y a une manière beaucoup plus efficace de régler les déficits de nos comptes sociaux que d’en faire peser le coût sur les plus pauvres ou sur les classes moyennes en baissant les remboursements. Débloquer l’économie, c’est d’abord augmenter le nombre de ceux qui travaillent, Et donc ceux qui cotisent, c’est cesser les cadeaux clientélistes sans aucune contrepartie aux entreprises, c’est pratiquer la juste répartition des efforts, de la culture de l’efficacité. Et la France présidente, c’est celle de l’amélioration des conditions de travail, c’est la France où l’on dira haut et fort, enfin, qu’il n’y a pas de fatalité à tous ces accidents, à toutes ces maladies professionnelles dont le coût humain et financier est chez nous exorbitant. C’est une France qui n’acceptera plus les discriminations à l’embauche parce qu’on n’aura pas la bonne couleur, ne le bon nom, ni la bonne adresse, ni la bonne origine, et cette lutte-là sera le combat de la France présidente !

Car, la France présidente, c’est celle qui prend soin de ses enfants, de tous ses enfants dans leur diversité car elle a compris que c’est là qu’est sa force, que c’est là qu’est son avenir, prendre soin de tous ses enfants tout en protégeant ses anciens et en leur garantissant une retraite décente et l’accès aux soins.

La France présidente, c’est celle qui investit dans la formation, dans la qualification à tous les âges de la vie. La France présidente, c’est celle qui tiendra pour chacun la promesse scolaire de la République et qui n’acceptera plus que certains soient programmés pour réussir et les autres pour échouer.

Elle tiendra sa promesse égalitaire.

La France présidente sera aussi une France artistique et culturelle et qui gagnera le combat pour la démocratie culturelle, et elle prendra tous les moyens de remettre à l’école, les moyens que la droite lui a enlevés, et cela dès la prochaine rentrée scolaire. Elle apportera aux enseignants la reconnaissance du pays, les moyens d’accomplir leur noble mission, les conditions du respect qui leur est dû et elle apportera à chaque élève qui décroche le soutien scolaire individualisé gratuit dès la prochaine rentrée scolaire. Voilà le combat que nous gagnerons.

La France présidente, c’est le parti pris de cesser d’opposer ce qui doit marcher ensemble : performance économique et performance sociale, excellence économique, excellence écologique. C’est cela la réconciliation de l’intérêt bien compris du pays, des salariés et des entreprises avec des règles du jeu nouvelles, claires et bien comprises de tous.

La France présidente, c’est une France donc assurée d’elle-même et de ses solidarités, et donc capable de se tourner vers le monde tel qu’il est et de peser sur le cours de la mondialisation. Car le choix est clair : la mondialisation sera, soit un chaos, soit une chance : un chaos si nous laissons faire et si nous laissons aller, une chance si nous pesons de toutes nos forces pour remédier à l’échange inégal qui a spolié pendant tant d’années l’Afrique, une partie de l’Asie et l’Amérique du Sud.

Une chance si la faim et la maladie reculent, si les médicaments sont partagés, si le savoir est partagé, si les cultures se mélangent et s’échangent, mais un drame, un terrible drame si chacun s’y replie, dresse des barrières, installe des miradors à ses frontières et si l’autre, au lieu d’être une opportunité, devient un intrus et, pour finir, un ennemi. Et ce monde-là, nous n’en voulons pas.

À nous de construire, avec la France et avec l'Europe, les digues du nouveau monde dont nous avons tous besoins les uns, les autres. C’est évident !

Oui, bien sûr, la France a besoin de tous les siens, elle doit être attentive aux plus vulnérables, à ceux qui vont bien comme à ceux qui se sentent tirés vers le bas et qui craignent de dévisser. C’est la France qui accompagne ceux qui prennent des risques, qui se lancent, qui créent, qui redonnent courage aux plus faibles, mais c’est aussi la France qui s’adresse à tous ses enfants délaissés, désaimés, parfois maltraités. C’est ainsi et ainsi seulement que nous surmonterons, et nous savons que nous réussirons à surmonter ces crises économique, sociale, écologique, éducative, politique et morale qui nous bloquent. Nous allons débloquer la France, la relever et lui dire qu’il est possible d’aller en avant.

Je demande à tous les citoyens de gauche de se rassembler massivement dès le premier tour. Au-delà de la gauche, je demande à tous ceux, hommes et femmes qui partagent un certain nombre de principes, de principes fondamentaux auxquels je crois, et ces principes qui vont permettre à la France de se redresser et sans lesquels la France continuera à s’enfoncer dans le déclin, mais, je l’ai dit tout à l’heure, ce n’est pas une fatalité.

Alors, je lance ici un appel à Toulouse, à ceux qui se retrouvent sur les valeurs qui sont les suivantes, et sur lesquelles vous allez me donner votre avis, je leur demande de se mobiliser dès le premier tour.

Voulez-vous, je le demande à tous ceux qui réfléchissent à travers cette grande salle, aujourd’hui dans tous le pays je m’adresse à eux, ceux qui réfléchissent encore, je leur demande : souhaitez-vous oui ou non que les valeurs humaines l’emportent toujours sur les valeurs financières et sur les valeurs boursières ?

À ceux et celles qui hésitent, je demande : pensez-vous, oui ou non, qu’il est possible de réformer la France sans la brutaliser ?

Pensez-vous, celles et ceux qui hésitent, et je comprends leur hésitation parce que le choix est grave, il va engager la France pour les années qui viennent, et sans doute définir son visage pour une génération compte tenu de la profondeur des crises que j’ai évoquées tout à l’heure, alors, oui ou non, pensez-vous qu’il est possible de réconcilier les solidarités fondamentales, la liberté individuelle et l’efficacité économique ?

Pensez-vous qu’il est enfin grand temps de remplacer la loi du plus fort par la loi du plus juste ?

Et enfin, pensez-vous que vous avez quelque chose à dire, quelque chose à faire, quelque chose à construire pour qu’enfin un ordre juste remplace tous les désordres injustes qui créent tant de violence, de fragilité, de frustration et de colère ? Alors, si vous pensez tout cela, si vous vous rassemblez sur ces valeurs, alors je vous lance un appel : venez voter, soyez très nombreux dès dimanche prochain pour dire quelles valeurs et quel visage vous voulez donner à la France !

Je veux que demain la France soit un pays apaisé, ayant confiance en lui, où tous les Français se reconnaissent et s’aiment en elle. La France présidente n’a pas le masque de la peur parce que la peur est l’ennemi irréductible de la liberté du citoyen. Un seul désir suffit pour peupler tout un monde. Et ce désir, c’est le nôtre, c’est le vôtre, c’est notre désir d’avenir.

La France présidente, c’est vous. C’est une France mobilisée pour dépasser ses difficultés, pour engager les mutations nécessaires que l’on sait difficiles. C’est une France qui sait que l’être humain ne peut rien faire qu’en s’associant, qu’il n’y a as d’armure plus solide, ni d’outil plus merveilleux pour les grandes causes, et voilà à quoi je vous engage.

Tous les problèmes ont été révélés au cours de cette campagne par des voix fortes, et la plus forte de ces voix, c’est la voix du peuple français qui s’est exprimé en prose, en vers, en musique, en parlant haut et fort dans les maisons, dans les rues, dans les fermes et dans les cafés, dans les halls, dans les salles, et ce soir à Toulouse, je vous ai écoutés, je vous ai entendus, et c’est parce que nous laisserons aussi après s’exprimer ces voix, et je vous demande cette parole que vous avez prise de ne jamais la lâcher parce que c’est comme cela que la sérénité reviendra dans la France que nous voulons.

Je voudrais, avant de nous séparer pour nous retrouver dimanche prochain, dédier à Jose Luis Zapatero quelques phrases de l’un de nos plus grands poètes, Louis Aragon, qu’il a écrites en hommage à l’un des plus grands poètes espagnols, Frederico Garcia Lorca, assassiné par la milice fasciste à Grenade : « Un jour viendra, un jour d’épaules nues où les gens s’aimeront, un jour comme un oiseau sur la plus haute branche. »

Chers amis de Toulouse, ce jour viendra, il arrive, un seul désir suffit pour peupler tout un monde, c’est à ce jour que je vous appelle aujourd’hui car la victoire, comme disait François Mitterrand, vous ne la rencontrerez que si vous la forcez. C’est une affaire de volonté, de continuité, de clarté d’esprit dans la fidélité aux engagements. La chance, c’est vous qui la forgerez de vos mains.

Alors, je vous le demande, forçons cette chance de nos mains pour que dimanche prochain nous puissions donner le premier signe à cette France qui a envie de se relever, et c’est pour cela que je me bats.

C’est pour cela que je veux, ici, à Toulouse, avec votre élan, avec votre chaleur, au sens propre comme au sens figuré, avec votre énergie, avec votre audace, avec votre tendresse, devenir la présidente de cette France présidente, vive la République, vive la France !"



Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Mercredi 18 avril 2007 3 18 /04 /Avr /2007 23:55

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Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Mardi 17 avril 2007 2 17 /04 /Avr /2007 10:34


Bonjour la France présidente !

Je la vois, cette France présidente, en train de se lever, en train de se bouger, en train de préparer la victoire qui va nous permettre de la relever, qui va nous permettre de construire ensemble cet avenir que nous voulons meilleur pour chacun et pour tous.

Je vous vois aussi chaleureux, aussi nombreux rassemblés dans cette salle, et au-delà de cette salle, tous ceux qui n’ont pas pu rentrer et que je salue à travers l’écran qui est placé devant eux.

Je me bats avec vous, vous m’apportez votre énergie, votre courage, vos espoirs, vos espérances. Je sens aussi vos attentes, parfois vos inquiétudes. Je me bats avec vous pour la victoire. Je vous appelle à venir voter nombreux le 22 avril prochain, car c’est là que tout va se jouer.

Rassemblons-nous !

Battons-nous, car des millions d’hommes et de femmes attendent des jours meilleurs. Ils en ont assez de ces brutalités, de ces ruptures, de ces fractures, de ces injustices, et ils en ont assez de cette France tirée vers le bas. C’est d’abord cela l’enjeu de l’élection présidentielle : savoir comment et avec quelle vitesse, parce que nous sommes prêts, nous allons permettre à la France de saisir toutes ses chances, c’est pour cela que nous devons gagner, c’est pour cela que nous devons avancer, c’est pour cela que je vous dis : en avant !

Merci à Jean-Marc Ayrault, le député-maire de Nantes, merci, Jean-Marc, pour ton soutien sans faille au cours de cette campagne et ton appui permanent.

Merci à Robert Badinter, orateur exceptionnel, grande conscience de la gauche, des socialistes, de l’éthique républicaine, et qui nous montre le chemin depuis 1981. Merci à toi, Robert.

Ce soir, à Nantes, je ressens une grande gravité, c’est le premier soir de la dernière semaine avant le premier tour de l’élection présidentielle. Beaucoup de Français observent, ils n’ont pas encore choisi, ils regardent, ils comparent, ils commencent à connaître un peu mieux les candidats, à regarder les déclarations des uns et des autres, les convictions et les valeurs.

Puis ils regardent aussi, ils réfléchissent à la façon dont demain la République et la Nation seront incarnées, et je veux être la présidente de la France présidente, parce que je crois que la politique doit changer, le monde a changé, la France a changé, les Français ont changé, et je suis la seule à avoir pris le temps, au cours de cette campagne, de donner la parole aux Français, ils sont venus très nombreux, on vous l’a redit tout à l’heure, et cette parole, je demanderai aux Français de la garder et de ne plus jamais la lâcher.

C’est pourquoi, ce soir, je vais vous parler d’un thème grave, sérieux, mais ô combien important, et je le fais aussi parce que Jean-Marc m’a aidée à le préparer, en me faisant ce rapport sur la démocratie sociale, celle qui mettra la France à l’heure des temps modernes, car à travers vous, je parle aux Français dans leur ensemble, à travers Internet aussi. Plus de 50 millions de vidéos, de discours, de meetings ont été regardés sur le site Désirs d’avenir, et donc, à travers vous, à travers votre présence, à travers votre chaleur, je veux m’adresser aussi aux millions de Français qui se préparent à écrire une nouvelle page de l’histoire de France. Et je veux leur parler de la réforme des institutions, de la République nouvelle, de la VIe République que nous construirons ensemble, ainsi que de la défense des libertés publiques dont la France a besoin.

Oui, les 22 avril et 6 mai prochains, les Français vont décider du destin de la France. Ils le feront comme à chaque élection présidentielle, mais l’enjeu est davantage lourd car chacun sait et chacun sent qu’il y a des moments où la France a tout particulièrement rendez-vous avec son histoire. Ce fut par exemple le cas il y a un quart de siècle lorsqu’en mai 1981, pour la première fois depuis le Front populaire de 1936, les Français ont choisi l’alternance.

Je le crois et je le sens profondément, c’est à ce même type de rendez-vous que la France attend et que nous devons réussir pour elle. C’est une alternance d’aussi grande ampleur dont la France a besoin aujourd’hui pour relever les défis qui se posent à elle : les défis sur son sol, les défis au niveau de l’Europe et les défis au niveau de la mondialisation. Seules les idées de gauche et de progrès qui font que, pour chaque décision publique, ce seront toujours les valeurs humaines qui l’emporteront sur les valeurs boursières et sur les valeurs financières, seules ces valeurs vont permettre à la France de se redresser.

Oui, nous le sentons bien, nous sommes confrontés à un moment historique parce que, aussi, la politique menée ces dernières années a fait que la France n’est plus à la hauteur de ce qu’elle devrait être et parce que les Français veulent à nouveau croire dans l’avenir. Quand je propose une France plus juste et une France plus forte, on sait bien que c’est de cela que la France a besoin.

On a vu au cours de ces cinq dernières années la présidence s’enfoncer dans l’impuissance, et plus l’impuissance s’aggravait pour résoudre les problèmes des Français, plus augmentait l’arrogance du pouvoir. Moi, je veux avec vous un pouvoir qui perde son arrogance et qui retrouve sa puissance au service de l’intérêt général. Voilà le sens de la France présidente !

Je veux avec vous que la politique retrouve tout son sens, que les Français puissent lui reconnaître à nouveau sa dignité. C’est pourquoi nous ferons une réforme des institutions, c’est pourquoi nous avons besoin d’une République nouvelle.

Je sais bien qu’apparemment, la réforme des institutions n’est pas la préoccupation première des Françaises et des Français, mais je veux leur prouver le contraire, car si l’on veut retrouver confiance en notre avenir, si l’on veut retrouver le respect auquel les Français ont droit, si l’on veut un travail digne et justement payé pour chacun, si l’on veut la réussite à l’école pour tous, alors il faut faire la réforme des institutions, car aujourd’hui, trop souvent le pouvoir est confisqué, il est trop lent, il est inefficace, il est injuste. Et c’est pourquoi la réforme des institutions n’est pas un objectif en soi, c’est un objectif au service de l’efficacité de la politique, c’est un objectif au service des Français, c’est ce qui permettra d’aller plus vite, d’être plus juste, de tenir parole et de rendre des comptes. Bref, c’est faire entrer la France dans la modernité politique, et c’est de vous faire confiance.

Bien sûr que la République nouvelle est nécessaire pour obtenir la croissance dont nous avons besoin, pour l’emploi, pour les salaires, pour résorber notre dette et nos déficits, pour financer la protection sociale, la recherche et l’innovation. La République nouvelle est nécessaire économiquement, socialement, écologiquement, culturellement, internationalement parce qu’elle repose, comme je l’ai dit, et comme c’est inscrit dans le pacte présidentiel que vous avez construit avec moi, sur quatre piliers : la réforme de la démocratie représentative, de la démocratie sociale, territoriale et participative. Voilà le cœur de la réforme des institutions sur laquelle les Français auront à se prononcer le plus vite possible par un référendum.

D’abord, nous ferons la démocratie sociale, parce qu’on sait bien aujourd’hui que les réformes économiques et sociales seront bloquées si elles se font au détriment des salariés, qui finiront par se révolter à juste titre.

Je veux promouvoir un syndicalisme de masse, car comment les partenaires sociaux pourraient-ils négocier utilement s’il n’y a pas de vrais partenaires ?

Je veux un financement public, des syndicats de salariés, un crédit d’impôt, un chèque syndicale pour encourager l’adhésion aux organisations syndicales, et pour construire dans notre pays un juste équilibre entre les employeurs et les salariés, garanti par l’État. C’est ainsi qu’on défendra au mieux la valeur travail, parce que c’est ainsi qu’il y aura des compromis sociaux et non plus quelques-uns qui profitent de la situation aux dépens du plus grand nombre. C’est ainsi que nous construirons les sécurités collectives, qui permettront à la fois aux entreprises qui vont de l’avant de bénéficier de l’agilité nécessaire, mais pas aux dépens de la précarisation des salariés, bien au contraire.

C’est dans le cadre d’un dialogue social, construit, fructueux, garanti par les pouvoirs publics que nous pourrons faire comprendre enfin que la relance de la croissance économique dépend de la qualité de ce dialogue social, et que c’est en sécurisant les salariés dans leur travail et dans leur salaire que l’on obtient d’eux une plus grande motivation au travail, et donc une plus grande compétitivité des entreprises, et certainement pas l’inverse, comme cela est démontré avec les dégâts que provoque la politique libérale menée depuis cinq ans. Voilà la modernisation du pays que j’appelle de mes vœux.

Toute nouvelle modification du Code du travail ne se fera qu’après négociation préalable entre les partenaires sociaux, car je pense que c’est comme cela que l’on préside un pays moderne. C’est comme cela aussi que les règles sont meilleures, mieux adaptées, plus durables, mieux appliquées, et plus rapidement rectifiées si c’est nécessaire.

La Conférence nationale sur la croissance et les revenus sera immédiatement réunie, car on ne doit plus, dans notre pays, changer la donne fiscale et sociale sans avoir d’abord travaillé sérieusement avec les partenaires sociaux. Et vous le savez, la revalorisation du SMIC, mais aussi de tous les salaires situés au-dessus du SMIC pour que l’on n’ait pas un écrasement de la hiérarchie salariale, et pour que chacun puisse avoir un profil de carrière et des occasions de formation professionnelle qui lui permettent d’obtenir aussi une rémunération du salaire.

Ces politiques salariales feront partie de la discussion dans le cadre de la Conférence nationale réunissant les partenaires sociaux, car je veux qu’elles résultent de vrais échanges, qu’elles soient discutées avec les salariés et avec les entrepreneurs pour qu’elles soient correctement appliquées et bien comprises par les salariés et qu’aucune injustice ne soit commise, ou qu’aucun écrasement de ceux qui sont juste au-dessus du SMIC et qui se disent aujourd’hui : dans le pacte présidentiel, il y a l’augmentation du SMIC, et nous, qu’est-ce qu’on va devenir ? Eh bien je veux que cette question-là soit discutée dans la Conférence salariale pour que, précisément, il y ait une augmentation de l’ensemble des bas salaires et que ces augmentations correspondent aussi à une amélioration de la qualité du travail par la formation professionnelle. C’est le gagnant/gagnant, c’est parce que nous investirons dans la ressource humaine que les entreprises seront plus compétitives et que les salariés seront plus rémunérés. Voilà le nouveau compromis social que je vous propose de relancer.

Oui, je veux sortir la France, et les partenaires sociaux attendent cela impatiemment, et même certains dirigeants d’entreprises, comme le Centre des jeunes dirigeants d’entreprises qui ne se reconnaît pas dans le MEDEF, et moi, je vais m’appuyer sur des entrepreneurs qui ont compris une bonne fois pour toutes que la qualité du dialogue social, que la qualité de la formation professionnelle, que l’investissement dans l’innovation et dans la recherche étaient aussi une ressource extraordinaire de croissance économique et que ce n’était pas, comme le prônent les propositions du MEDEF, en faisant toujours gagner toujours plus certains, notamment les hauts dirigeants et toujours en précarisant les autres, ceux qui sont en bas de l’échelle sociale, qu’un pays avance. Non, je mettrai en place de nouvelles règles du jeu, je veux sortir la France du Moyen Âge social dans lequel elle se traîne aujourd’hui, à l’instar de ce que font… Et d’ailleurs, tous les autres pays européens, et notamment les plus performants d’entre eux, ont compris cela depuis plusieurs années. Je pense vraiment que si, aujourd’hui, la France est en panne sur le plan de la croissance, c’est parce que la plupart de ses entreprises et de ses employeurs n’ont pas encore compris cela. Eh bien il va falloir qu’ils le comprennent, et je vais les y encourager parce que, désormais, les aides publiques données aux entreprises, les aides fiscales et les aides sociales seront concentrées sur les entreprises avec une logique du donnant/donnant, c’est-à-dire qu’en contrepartie, on aura la qualité du dialogue social et l’augmentation de la masse salariale.

Je sais que je serai suivie sur ce chemin par l’ensemble des petites et moyennes entreprises, celles qui, aujourd’hui, sont écrasées par les entreprises du Cac 40 car elles sont sous-traitantes et qu’elles n’ont pas droit à une juste répartition des fruits des résultats des entreprises.

Nous ferons un contrat spécifique avec les entreprises sous-traitantes pour qu’elles puissent à leur tour créer des emplois et de l’activité économique.

Oui, les entreprises ont aussi le sentiment d’une injuste répartition des fonds publics. Sur les 63 milliards d’aides économiques aux entreprises, Il n’y en a que 10 % qui vont aux PME, celles qui créent pourtant 60 % de l’emploi. Eh bien moi, je vais moderniser l’économie de la France, nous allons avancer.

Et l’on a trop souvent pensé que la gauche, c’était l’inefficacité économique. Mais lorsqu’on voit le bilan de la droite aujourd’hui, lorsqu’on voit la croissance économique en panne, lorsqu’on voit la dette dévisser*, lorsqu’on voit les déficits des comptes publics, alors moi, je le revendique ici devant vous, avec les nouvelles règles du jeu, avec le nouveau pacte créé avec les entreprises, avec le nouveau dialogue social, avec l’investissement massif dans la formation professionnelle, dans l’innovation et dans la recherche, l’efficacité économique et le déblocage de la machine économique, c’est nous !



Et nous reformerons le deuxième pilier des institutions. Je ferai la réforme de la démocratie territoriale. Nous ferons une nouvelle étape de la régionalisation, à la fois pour lutter contre les gaspillages des fonds publics et aussi pour renforcer la puissance de l’État. Il n’y a pas d’incompatibilité entre un État fort et des collectivités territoriales, villes, communautés d’agglomération, départements, régions, bien au clair sur leurs compétences et sur leurs responsabilités.

En mettant fin au chevauchement des compétences, qui entraîne tellement de lenteur, tellement de gaspillage, tellement de superpositions, alors, oui, je ferai une loi très claire sur les intelligences territoriales, une répartition des responsabilités extrêmement ferme. Il faudra résister aux lobbies des uns et des autres et de tous les notables qui veulent souvent se mêler de tout. Non, l’État devra assumer ses responsabilités, et les collectivités territoriales également.

Puis, sur le troisième pilier, nous ferons bien évidemment la grande réforme de la démocratie représentative et de la revalorisation du rôle du Parlement. Trop de lois mal appliquées, et le Parlement aura désormais la responsabilité de contrôler l’application des lois déjà votées avant d’en voter de nouvelles, parce que les citoyens sont fatigués de cela. J’entendais les enseignants encore récemment, ils sont fatigués de l’accumulation des réformes auxquelles les ministres veulent attacher leurs noms. Eh bien, il en sera fini de cette fuite en avant car les réformes sont faites pour être comprises, acceptées par les citoyens, et pour qu’elles se traduisent toujours par un progrès social, économique, culturel, éducatif. Et quand ce n’est pas le cas, alors, il faut faire une évaluation des lois, la France n’est jamais entrée dans cette culture de l’évaluation, eh bien, ce sera désormais le rôle du Parlement qui aura le droit de refuser tel projet de loi ministériel si la loi précédente n’est pas appliquée, et si le pouvoir Exécutif n’a pas pris ses responsabilités.

Et pour revaloriser le rôle du Parlement, le cumul des mandats ne sera plus possible. Et cela aussi, les citoyens l’attendent. Là aussi, on est dans le donnant/donnant et dans le gagnant/gagnant.

Le donnant/donnant, si le Parlement a davantage de responsabilités et de pouvoir, et notamment pour contrôler l’application des lois, mais aussi il sera consulté, et ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais il le sera demain, sur la politique étrangère de la France, sur les engagements internationaux de la France, et il sera aussi informé en toute transparence des ventes d’armes, car aujourd’hui, le Parlement n’est pas informé de cela, et ce n’est pas normal.

L’article 49-3, ce drôle de numéro que pourtant les Français connaissent, sera supprimé parce que, on l’a vu récemment, à quoi cela sert-il de contraindre, on l’a vu, le gouvernement de droite, de contraindre sa majorité parlementaire, qui ne s’est pas laissé d’ailleurs beaucoup bousculée, à voter le cpe pour ensuite le retirer sous la pression de la rue ?

Cette réforme, il va de soi que l’ensemble de ce nouvel édifice, de cette nouvelle République sera soumis au peuple français par référendum, je le dis, tout de suite, comme l’avait fait François Mitterrand en son temps, pour que personne ne conteste, le jour venu, que j’ai reçu mandat du peuple pour lui donner ainsi la parole et lui permettre d’exercer sa décision souveraine.

Le quatrième pilier de la réforme des institutions sera la démocratie participative. Oui, le moment est venu d’inventer une nouvelle forme de démocratie complémentaire aux trois autres que je viens d’évoquer.

Ces quatre démocraties ne se gênent pas les unes les autres, au contraire, elles se consolident, elles se renforcent, et la France doit aujourd’hui inventer et mettre en mouvement la démocratie participative que j’ai vu si bien fonctionner au cours de cette campagne.

Après tout, la France a toujours innové. N’est-ce pas nous qui avons inventé la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ?

N’est-ce pas la France qui, la première, sur le continent européen, a osé inventer la République en 1792 ?

Et la France n’était-elle pas au premier rang de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1848 ? Au premier rang des inventeurs de la Convention européenne des droits de l’homme en 1950 ? Au premier rang aussi des fondateurs de l’Europe il y a un demi-siècle ?

Eh bien, je le dis aujourd’hui, partout, se fait sentir le besoin d’un renouveau démocratique. En Amérique latine, du budget participatif imaginé, au Brésil, à l’élection de Michelle Bachelet au Chili, aux États-Unis, où la gauche américaine se bat contre le poids des groupes d’intérêts et de l’argent au cours des campagnes électorales.

Eh bien, nous aussi, nous la mettrons en mouvement, cette démocratie participative, avec le référendum d’initiative populaire, avec les jurys citoyens, avec la possibilité pour des pétitionnaires de voir inscrite, à l’ordre du jour de l'Assemblée nationale, une proposition de loi, car je crois dans l’intelligence collective des citoyens, dans la force du mouvement associatif qui, partout, en France, se met en mouvement. Et je ne veux plus que les citoyens soient écartés des décisions qui les concernent.

Je pense que c’est comme cela que nous répondrons à la crise démocratique, par cette nouvelle dimension démocratique. Et bien évidemment, dans cette démarche, le droit de vote aux élections municipales pour les étrangers en situation régulière donnera aussi ce souffle de modernité à cette République nouvelle.

Et cette République nouvelle va de pair avec la rénovation et l’invention de nouvelles libertés publiques. Oui, la France présidente sera celle des libertés publiques renforcées et de l’État impartial. Il y a beaucoup à faire.

Oui, il y a beaucoup à faire, et l’enjeu de cette élection présidentielle, en effet, c’est l’État impartial, la France présidente que je veux, c’est l’État impartial. Et il y a du travail, il faut mettre fin à cet État monopolisé par un clan, monopolisé par les puissances d’argent et les lobbies de tous ordres. Et on l’a vu encore lors des récentes nominations là qui se précipitent avant la prochaine échéance que j’appelle de mes vœux. L’État impartial à construire, c’est un enjeu central de cette élection présidentielle, et je le construirai avec vous parce que je suis une femme libre, je ne dépends d’aucune puissance d’argent, d’aucun lobby, je n’ai personne à placer, je n’ai personne à récompenser, je n’ai que vous ! C’est vous !

Et j’en fais ici le serment, ce sera le serment de Nantes, je resterai cette femme libre et solide parce que, là où je suis devant vous, c’est grâce à vous, c’est vous qui m’avez portée, c’est vous qui m’avez encouragée, c’est vous qui m’avez faite. Et c’est à vous, peuple de France, que j’aurai à rendre des comptes.

Et si vous me faites confiance, si vous me faites la présidente de cette France présidente, alors je viendrais régulièrement devant vous vous rendre des comptes du pouvoir que vous m’avez déposé, et non pas donné. Ce pouvoir, il sera simplement déposé entre mes mains pour en faire quelque chose et pour vous le rendre, et en particulier pour venir vous dire régulièrement ce que j’en aurais fait. Voilà le sens de mon engagement politique. Voilà le sens de ma candidature !

« On va gagner ! »

« Ségolène, Présidente ! »

Gardez au cœur cet enthousiasme, cet élan, cette insoumission, cette exigence, parce que nous écrivons ensemble l’histoire, et la France, dans sa longue histoire, n’a cessé d’être animée par la passion de la liberté. Chaque citoyen de ce pays aspire à avoir en ses mains le pouvoir de briser ses chaînes. Il n’y a pas de grand peuple sans une exigence permanente de liberté, et c’est cette liberté-là que je veux porter avec vous !

Nous avons besoin, c’est un combat permanent, un combat inachevé, un combat exigeant. Nous avons besoin de la liberté, de toutes les libertés, la liberté est l’essence même du débat politique, syndical, culturel, associatif ou religieux. Elle protège contre les abus, les monopoles, les exclusions, les discriminations, contre les curiosités intéressées sur la vie privée ou sur l’état de santé, contre les fichiers trop voraces, contre les listes noires qui font se fermer toutes les portes sans explication. Voilà l’exigence de liberté !

La liberté, c’est le contraire du journaliste écarté parce qu’il a osé, du policier humilié publiquement pour avoir appliqué la police de proximité, du juge suspecté parce qu’il a voulu un surcroît de justice, de l’étranger privé de ses enfants du fait d’une circulaire de circonstances, de la jeune femme qui ne prend plus les transports en commun après huit heures du soir parce qu’il y a trop d’insécurité. Voilà le combat de toutes les libertés !

Puis il y en a d’autres, des libertés à conquérir, et je compte sur vous pour m’aider à mener ce combat. Celle ou celui qui n’a pas la liberté de gagner sa vie mesure mieux que d’autres la vacuité des slogans de certains sur le « travailler plus » alors qu’ils aimeraient tellement travailler. Oui, il faut créer les conditions d’une liberté d’avoir un métier, un emploi et que l’accès au travail soit proposé à chacun. Alors, seulement la liberté bien comprise servira aussi l’efficacité dont le pays a besoin. C’est le sens de toutes les propositions concrètes qui sont faites dans le pacte présidentiel que j’ai construit avec vous.

La liberté implique aussi la responsabilité. Je veux la liberté pour tous et j’entends en être la garante. Mais les droits et les devoirs vont de pair et seront les mêmes pour tous, que l’on soit puissant ou misérable, comme disait La Fontaine. Et là aussi, il y a du travail à faire.

Le combat pour la liberté est aussi un combat pour la responsabilité individuelle du citoyen, qui mesure ce qu’il doit aux autres, aux générations qui l’ont précédé, à celles qui le suivront, à celles et ceux qui n’ont pas pu se saisir de leur vie et à ceux qui ont rendu possible ce qu’il a fait de la sienne.

La liberté enfin est indivisible : l’école, le logement, le travail, la sécurité, la culture, tout se tient, car il n’y a pas de liberté sans que le pacte républicain ne soit effectivement et réellement mis en œuvre dans toutes ses composantes : égalités éducative et culturelle, pouvoir d’achat garanti, travail pour tous et sécurité au quotidien. Alors l’action pour la liberté est nécessairement cohérente et globale.

Et la France présidente sera celle, j’en prends l’engagement aujourd’hui devant vous, de l’État impartial. Pour cela, il nous faudra mener le dur combat contre la collusion et le favoritisme qui minent désormais les fondements de notre république.

Je suis indépendante, je vous l’ai dit tout à l’heure, et donc, dans le cadre de l’État impartial, notre liberté devra l’être également par la réforme profonde des institutions. Et tout d’abord, le Conseil supérieur de la magistrature sera restructuré : les juges doivent remplir la mission de gardien de la liberté, que la Constitution leur assigne. Je refuse la sournoise mise sous tutelle politique de la justice qui se profile à coups de nominations de circonstances. Le contrôle exercé par la justice doit être plein, entier et permanent et sans exception avec des résultats rendus publics. Le président de la République est garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire et ne devra plus présider le Conseil supérieur de la magistrature.

J’entends également, pour renforcer ces libertés publiques qui ont été profondément affaiblies au cours de ces cinq dernières années, relever la Commission nationale informatique et libertés, la Commission nationale de déontologie de la sécurité, et renforcer les moyens de la Haute autorité de lutte contre les discriminations.

J’entends garantir le pluralisme de l’autorité de régulation des médias audiovisuels, en proposant que les membres de la nouvelle autorité du pluralisme soient désormais désignés par le Parlement à une majorité des trois cinquièmes.

Je veux mettre en place de vrais conseils pluralistes où majorité et opposition ensemble garantiront nos libertés.

Les membres du Conseil constitutionnel seront également désignés de façon beaucoup plus démocratique.

Enfin, en ce qui concerne la liberté de la presse, je proposerai au Parlement de renforcer les pouvoirs des sociétés de rédacteurs, comme la profession de journaliste le demande : droit d’opposition à la nomination du directeur de la rédaction, représentation de droit au conseil d’administration, au conseil de surveillance, consultation sur le code de déontologie, droit d’observation sur les manquements à la déontologie rédactionnelle.

Oui, plusieurs mesures sont envisageables pour que notre presse d’information, comme le souhaitent les journalistes, retrouve un rang digne de notre histoire et d’un Etat démocratique.

Et je veillerai à ce que la presse quotidienne régionale, qui remplit un rôle de maintien du lien social, ait les moyens de résister à la concentration financière et à la disparition des titres.

Je veux rétablir la confiance des citoyens en renforçant les mesures anti-concentrations, notamment pour les entreprises dont l’activité dépend des grands marchés de l’État. Nous ne devons pas nous résigner à tous ces monopoles, là aussi, il est possible de mettre d’autres règles du jeu, c’est l’avenir de la démocratie qui en dépend, ce sont nos libertés publiques qui en découlent, et pour cela aussi, vous pouvez compter sur ma volonté sans faille.

Mais on le sait, la liberté est fragile, le monde est violent, les tensions nombreuses à l’échelle de la planète. Le terrorisme nous menace dans notre chair, et aussi dans nos convictions. Trop d’États ont abdiqué dans leurs valeurs et désavoué leur histoire à cause de la peur.

Tout en donnant au service de police et à la justice les moyens nécessaires pour mener ce combat, la France, je le dis très clairement, ne cèdera jamais sur les principes en allant dans le sens des lois d’exception ou des dérogations précipitées aux fondements de notre droit. Au contraire, tandis que nous agirons résolument contre les réseaux les plus mortifères, nous devons sans cesse rappeler que c’est en préservant la présomption d’innocence, le procès contradictoire et le droit à un avocat, que la France continuera à incarner la dignité des États démocratiques et leur capacité à répondre aux menaces sans céder sur ses fondements. Ne cédons pas, d’ailleurs, à tous ces terrorismes, à tous ces intégrismes qui attendent précisément, qui mettent à l’épreuve les régimes démocratiques pour savoir s’ils vont résister à la tentation de céder sur leurs valeurs démocratiques fondamentales.

Donc, la première façon de résister aux terrorismes et aux intégrismes, c’est de tenir bon sur les valeurs républicaines et laïques, c’est de tenir bon sur la protection des procès contradictoires, c’est de tenir bon sur le refus des lois d’exception.

Ne cédons pas à une certaine confusion des temps et à la tentation de la loi la plus répressive dont on annonce à chaque fois qu’elle sera la solution.

Lorsqu’au Conseil européen de Nice, a été adoptée en 2000 la charte des droits fondamentaux de l’Europe, un pas important a été fait dans le sens de la liberté, de nos libertés. Liberté, égalité, dignité, solidarité, telles sont les valeurs que l'Union européenne a proclamées et devra porter de manière collective partout où il le faudra.

Sachons-nous en souvenir pour poursuivre une construction européenne qui soit conforme à notre volonté de servir partout la liberté, mais une Europe aussi qui réponde aux préoccupations des citoyens et qui soit beaucoup plus protectrice du modèle sociale et lutte davantage en se protégeant contre les délocalisations, car ça aussi, c’est une façon de défendre la liberté au travail.

C’est donc un chantier extraordinaire que nous avons devant nous, une œuvre collective, considérable et reconstructrice que nous avons à conduire. C’est vous dire l’ampleur de l’enjeu de l’élection présidentielle. C’est tout simplement ce nouveau visage de la République et cette nouvelle façon de vivre ensemble et de partager le pouvoir, et de décider collectivement les décisions qui nous concernent.

Alors, appelons chacun à réclamer la liberté, à la vivre dans le respect de celle des autres, Français ou étrangers, à la défendre quand elle est attaquée ou détournée pour la remettre au centre de notre pacte républicain. Solidaires, hommes et femmes de gauche, hommes et femmes de progrès, hommes et femmes qui ont compris que la valeur humaine valait mieux que tout le reste, n’ayons pas peur de la liberté, mais au contraire, construisons-la ensemble.

Je voudrais également, avant de conclure, partager avec vous, comme l’a fait Jean-Marc tout à l’heure, l’immense peine de la famille et de la maman de Sophie Gravaud à laquelle j’ai parlé tout à l’heure. Je le redis ici, car vous savez que c’est une de mes convictions pour lesquelles j’ai toujours lutté, j’ai toujours combattu, et parfois avec beaucoup de difficultés, la lutte contre les violences sexuelles, les délits et les crimes faites aux femmes et aux enfants sera décrétée grande cause nationale, si je suis élue. Ce combat sera mené sans merci.

Et quand j’entends certaines théories génétiques, je me dis qu’il y a vraiment là, oui, une confrontation de projets et de visions. Non, les prédateurs d’enfants et de femmes, non les violeurs et les abuseurs savent parfaitement ce qu’ils font, et à ce titre, ils doivent être poursuivis et condamnés, et des établissements spécialisés doivent être construits pour qu’ils ne puissent plus ressortir sans avoir avant la garantie de leur non-dangerosité ; et pour ceux qui sortent, il faudra appliquer le bracelet électronique et les contrôles réguliers.

Je veux aussi des campagnes de sensibilisation régulières pour rappeler à tous que le corps des femmes et le corps des enfants ne sont pas des objets et ne doivent pas être l’objet justement de toutes ces formes de violence trop souvent ignorées. Et cela d’ailleurs est cohérent avec tout ce que je viens de dire.

Dans cette dernière ligne droite, où les Français vont choisir, et vont choisir, je le sais, avec sérieux, avec intelligence, avec conscience, projet contre projet, d’un côté la brutalité, et moi, je vous propose de réformer sans brutaliser la France, le voulez-vous ?

Moi, je vous propose que les valeurs boursières soient toujours derrière les valeurs humaines, le voulez-vous ?

Moi, je vous propose de renforcer les solidarités et de les réconcilier avec les libertés individuelles et l’efficacité économique, le voulez-vous ?

Moi, je vous propose de tourner le dos aux communautarismes et de défendre une République une, laïque et indivisible, le voulez-vous ?

Moi, je vous propose de lutter contre toutes les formes de discrimination parce que la France a besoin de tous ses talents, dans leur diversité et dans la diversité aussi de ce territoire et de tous les Français venus d’ailleurs qui doivent être reconnus comme les enfants légitimes de la République, et apporter à la République toute leur énergie et tous leurs potentiels, le voulez-vous avec moi ?

Moi, je veux que l’ordre juste remplace les désordres injustes, le voulez-vous avec moi ?

Je veux que la loi du plus juste remplace la loi du plus fort, je veux d’une France qui cesse de dresser les Français les uns contre les autres, je veux d’une France qui remette en avant des familles qui fonctionnent bien, une école accueillante à tous, un travail pour chacun, une révolution écologique à accomplir, la France qui revient à la table de l’Europe, la démocratisation culturelle, et la France présente à l’échelle du monde. C’est cela que nous allons construire ensemble. J’ai confiance.

La bataille est difficile, car il y a tant de déformations, tant de mensonges, tant de propos édulcorés, c’est pourquoi je suis heureuse de vous voir aussi nombreux rassemblés. Mon équipe de campagne, c’est vous dans cette dernière ligne droite. Je compte sur vous, vous avez entre vos mains, puisque vous êtes là, la responsabilité de dessiner le visage de la France de demain.

Alors on me dit, j’entends ici : mais certains hésitent encore, à faire en sorte que la République, la Nation, pourtant deux concepts bien au féminins, soient représentés par une femme. Mais moi, je leur dis : ayez cette audace. Vous voulez le changement, ayez cette audace, vous ne le regretterez pas, parce que le changement paisible, harmonieux, la force tranquille, elle est là, devant vous, je compte sur vous, vive la République, vive la France !
 
Apostrophe
Signature Ségolène Royal
 
Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Samedi 14 avril 2007 6 14 /04 /Avr /2007 15:18





Ségolène Royal adresse un message à destinations des militants mais aussi des électeurs indécis.

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Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Jeudi 12 avril 2007 4 12 /04 /Avr /2007 20:15
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Bonsoir.

Chers amis, chers amis de Lorraine, mes frères et mes sœurs, je reviens au pays. Merci à Jean-Pierre Masseret, à Michel Dinet, à Jean-Marc d’avoir organisé cette formidable réunion. Bonjour aux mille militants sympathisants, citoyens qui sont dehors et qui n’ont pas pu entrer, et qui ont simplement le son.

Oui, je reviens dans mon pays de Lorraine, et je suis ce soir particulièrement émue. Demain, je serai dans mon village, à Chamagne*, où j’ai passé mon enfance et toute mon adolescence, mon collège à Charmes*, dans ce chef-lieu de canton, Épinal pour le lycée, Nancy pour l’université. Bref, c’est pour cela que je vous appelle mes frères et mes sœurs car, sans vous, sans la Lorraine, je ne serais pas devant vous ce soir.

Je ne serais pas devant vous, parce que j’ai compris très tôt, dans ma famille, où nous étions huit enfants, huit enfants aimés par leurs parents mais où les traditions faisaient que les filles n’étaient pas destinées à aller au-delà d’un certain niveau, et si je suis ici, ce soir, devant vous, c’est grâce à l’école de la République, c’est grâce à mes professeurs du collège de Charmes*. Ce sont eux qui, les premiers, m’ont encouragée à continuer sur la voie de la réussite scolaire. Encore aujourd’hui, je revois leurs visages, ce sont eux qui m’ont le plus marquée.

Et puis les échelons ont été franchis, et jamais, lorsque je vivais mes années de Lorraine, je n’aurais imaginé être aujourd’hui, ce soir, devant vous, me battre avec vous car, ce soir, ici, dans mon pays, en Lorraine, je me bats pour gagner avec vous l’élection présidentielle. Je me bats pour gagner, comme l’a dit Jean-Pierre tout à l’heure, en femme libre et en femme insoumise, et je retiens l’enseignement de l’histoire de la Lorraine, faite de souffrances et de fierté. Je veux saluer ici le rôle des Lorrains, leurs sacrifices dans les conflits mondiaux, leurs efforts pour la reconstruction du pays. Mais je sais que je suis ici sur une terre où la souffrance a frappé des générations d’ouvriers, pour la perte de leur emploi, des conditions de travail très dures que connaissaient les mineurs, les sidérurgistes, ils avaient la fierté du travail, chevillés au corps.

Ici, battait le cœur de la France industrielle, ici, on sait ce que c’est la force du combat syndical et l’importance de la solidarité au sein du monde du travail.

On sait aussi aujourd’hui qu’il y a encore des menaces dans l’automobile, dans la sous-traitance automobile, mais on sait aussi qu’il y a des espoirs, qu’il y a des combats, qu’il y a un travail que font les collectivités territoriales, qu’il y a la position de la Lorraine, région frontalière qui travaille avec le Luxembourg, la Sarre, la Rhénanie, le Palétina*, la Wallonnie au sein de la grande région. Il y a le travail que la gauche fait au sein du Conseil régional, il y a ces batailles au quotidien pour lutter contre les délocalisations, contre les menaces qui subsistent. Il y a l’investissement dans l’innovation, dans la recherche, dans la formation, dans l’égalité des développements des territoires, dans les aides aux familles, dans le développement durable, dans le transport collectif. Et je veux saluer l’arrivée du TGV Est, le 10 juin 2007. C’est François Mitterrand qui avait lancé ce projet, c’est le gouvernement de Lionel Jospin qui en a permis le financement, et ce sont les collectivités territoriales aussi qui ont participé à ce financement.

Alors, à travers cet exemple, qui est à l’image de ce qu’est la France, une France à la fois qui souffre, mais aussi qui espère, une France qui en a assez de la désindustrialisation, et je vous le dis, demain l’État assumera ses responsabilités, demain l’Europe saura lutter, se protéger contre les délocalisations. Demain, la puissance publique sera au corps au corps avec les régions et avec les départements qui se battent tous les jours pour sauver l’emploi et pour inventer les emplois du futur. C’est l’engagement que je prends aujourd’hui devant vous car le combat contre le chômage, contre la vie chère, contre la précarité, contre les inégalités de toutes sortes constituent le cœur du pacte présidentiel que j’ai construit avec vous. Et ce projet présidentiel, il doit gagner le 22 avril prochain, et pour cela, je compte sur vous, sur votre énergie, sur votre volonté d’avancer.

Alors nous sommes aujourd’hui dans la dernière ligne droite, avant cette décision majeure qui doit définir l’avenir de la France que nous voulons, projets contre projets. Nous allons décider ce que nous voulons pour nos enfants, pour nos anciens, pour nos territoires.

J’ai entendu dans cette campagne participative ce que vous m’avez dit, je sais la France que vous voulez, et j’ai vu aussi ce dont vous ne vouliez plus, et ce que la droite propose aujourd’hui de durcir encore.

Alors, puisque nous sommes dans ce combat des projets et des idées dans la dernière ligne droite, je vais vous poser un certain nombre de questions.

D’un côté, celui de la droite, nous avons une méthode faite de brutalités, de fractures, de ruptures : la voulez-vous, cette méthode ? Moi, je vous propose de réformer avec vous la France sans brutalités. Je suis la force sereine d’un changement efficace face à une brutalité agitée du passage en force.

Du côté de la droite, que voit-on ? Une volonté de diviser les Français et de les dresser les uns contre les autres. Est-ce comme cela que vous la voyez la France de demain ? Moi non plus. Et je vous propose tout le contraire, je vous propose de la rassembler.

De son côté, il nous propose la loi du plus fort : la voulez-vous pour la France ? Moi non plus. Et je vous propose la loi du plus juste.

De son côté, il nous propose l’exercice solitaire du pouvoir qui sait tout : le voulez-vous cet exercice solitaire ? Moi non plus. Et je vous propose des réformes concertées : la démocratie participative, la VIe République, des élus qui rendent des comptes et qui accordent à chaque Français le respect auquel chacun a droit.

De son côté, il pense que la croissance passe par la précarisation. Moi, je vous propose la réconciliation entre l’efficacité économique et la protection sociale.

De son côté, il nous propose un avenir où tout s’achète, et moi, je considère que nous avons à construire une France où chacun peut construire son avenir.

De son côté, il nous propose une santé qui recule, avec les franchises médicales : la voulez-vous cette santé à plusieurs vitesses ? Moi non plus. La Sécurité sociale sera consolidée, et la création d’une cinquième branche pour la vieillesse et le handicap viendra rassurer nos anciens et ceux qui souffrent le plus.

De son côté, il y a l’inquiétude, les violences non réglées dans les cités. Moi, je veux rassurer, transmettre, harmoniser, éduquer. Je n’ai pas l’intention de m’occuper de moi-même, je veux, demain, bien m’occuper de vous, avec calme, sérénité, autorité juste et généreuse.

Voilà la France neuve que je vous propose de relever avec vous, voilà la France que nous allons construire ensemble, voilà pourquoi, pour elle, pour la France, nous devons gagner l’élection présidentielle.

Oui, enfin, le débat se clarifie. Il y a bien deux conceptions de la société, deux conceptions de l’avenir, deux formes d’exercice du pouvoir.

Pour la droite sortante, il s’agit de faire comme avant, et même en pire, en plus brutal, en moins efficace, en plus destructeur. Moi, je vous propose le vrai changement dont l’attente n’a jamais été aussi forte, je vous le propose avec des valeurs, avec de nouvelles règles, celles de l’ordre juste.

Ils veulent brutaliser la France en divisant les Français, en les montant les uns contre les autres, on le voit bien. Ils veulent opposer ceux qui ont du travail contre ceux qui n’en ont pas, ceux du secteur public contre ceux du secteur privé, les plus âgés contre les plus jeunes. Moi, je veux avec vous réformer la France en profondeur, en rassemblant tous ses talents, toutes ses énergies, ceux qui vont bien comme ceux qui sont fragilisés.

Ils veulent défendre les privilèges de quelques-uns, le bouclier fiscal pour les plus aisés, la TVA anti sociale pour tous. Moi, je vous propose le progrès pour tous et le respect pour chacun.

Ils veulent détruire notre pacte social à coups de franchises dans les remboursements de la Sécurité sociale et de la privatisation des retraites. Moi, je vous propose de refonder, de rebâtir un pacte social qui rétablisse l’équilibre de nos comptes sociaux et qui garantisse les solidarités.

Ils veulent la loi du plus fort, la loi de l’argent, où l’échec paie lorsqu’on est au sommet, et quand on a droit, comme M. Forgeard, à un parachute doré alors qu’il n’a su ni gérer ni défendre l’emploi, et que ceux qui paient cette incapacité, cette incompétence, ce sont les salariés licenciés, précarisés, humiliés.

Alors, j’en prends l’engagement ici : oui, bien sûr, la loi sera réformée. Oui, bien sûr la transparence des rémunérations des hauts dirigeants sera imposée. Oui, bien sûr, les syndicats de salariés siégeront au conseil d’administration des entreprises. Oui, bien sûr, il faudra réglementer les stock-options, et s’il y avait un peu de morale, mais peut-on parler de morale quand on constate un tel comportement, alors que l’État est actionnaire, c’est donc qu’il a donné son accord à ce qu’un dirigeant incompétent parte avec la caisse.

Alors, je vous le demande, et l’actuel candidat de l’UMP était membre de ce gouvernement quand cet accord a été donné, alors la question qui se pose : oui ou non, faut-il qu’il rende cet argent aux salariés ? Oui, il faut rendre l’argent, car, quand il y a des comportements aussi insupportables, aussi provocateurs, alors c’est la paix sociale qui est menacée. Alors on comprend que la colère gronde, alors on exige de la politique qu’elle rende des comptes et qu’elle puisse établir des règles, des droits et des devoirs qui soient les mêmes pour tous et qui ne soient pas différents pour les puissants et pour les plus modestes.

Voilà la République que je vous propose pour demain : la République du respect, la République des mêmes droits et des mêmes devoirs.

Puis, ils nous annoncent une école, livrée à la concurrence et au marché, une école qui reproduit et accentue les inégalités de départ. Je veux une école qui tienne la promesse d’égalité de la République et qui ait les moyens d’accomplir sa mission.

Ils ne comprennent pas que les inégalités injurieuses minent la valeur du travail. Moi, je veux consolider la valeur travail en accompagnant efficacement ceux qui entreprennent, ceux qui garantissent à chaque jeune le droit à un premier emploi en permettant à chaque salarié de vivre dignement du fruit de son labeur.

Je veux une France de l’égalité de traitement, où la justice n’est pas à géométrie variable. Je veux, oui, une République du respect où les lois soient les mêmes pour tous et s’appliquent à tous.

Et comme ils ne reculent devant rien pour se droitiser, et comme avec eux, tout est possible, même le pire, les voilà maintenant qui promettent de traquer le gène de la délinquance chez les moins de trois ans et qui imputent à la fatalité biologique le suicide d’adolescents dont on n’a pas su tout simplement entendre la souffrance à temps. Moi, je veux une France où aucun jeune n’est condamné d’avance, où celui qui dérape a droit à une nouvelle chance, où l’on renforce, à l’école, la présence des infirmières scolaires, des psychologues scolaires, des médecins scolaires, pour pouvoir détecter à temps et redonner de l’éducation aux jeunes qui sont en état de désespérance.

Oui, ils veulent une France fragmentée en mémoire concurrence et en communautés rivales. Moi, je tiens à la France républicaine, laïque, respectueuse de chacun et fière de sa diversité.

De leur côté, ils déstabilisent…

« On va gagner ! »

Moi, je veux des familles sécurisées, sécurisées par l’emploi, par les services publics, par le logement, à même d’exercer pleinement leur autorité parentale, et pas des familles précarisées et désignées comme démissionnaires dès qu’elles ont des difficultés.

Ils sèment la peur, la méfiance, antichambre de la haine. Moi, je veux une France de la paix civile, une France qui reprend confiance en elle, et qui, parce qu’elle est assurée d’elle-même, regarde le monde sans panique et essaie d’y faire entendre sa voix. Voilà la France que nous allons bâtir ensemble.

Ils sont la brutalité inefficace, fauteuse de désordre et d’insécurité sociale et publique. Je vous propose que nous soyons ensemble la force efficace, sereine, déterminée, qui remettra la France sur le chemin de la réussite.

Et pour cela…

« Ségo, elle va gagner ! »

Vous êtes serrés, là ! Vous avez chaud !

Et pour cela, je suis prête, solide, décidée, décidée à agir vite, car la France a déjà perdu trop de temps, et parce que les Français s’exaspèrent d’un changement qui ne vient pas ou qui prépare le pire. Les Français ont peur d’un avenir où tout devient possible, même le pire.

Je vous propose une France réconciliée, apaisée, en marche, forte parce que juste, une France qui va donner à chacun un vrai désir d’avenir et la capacité de réaliser cet avenir.

« On va gagner ! »

C’est pourquoi je vous propose de bâtir ensemble la France présidente. C’est une promesse solennelle, c’est ma façon de vous dire : avec moi, la politique ne se fera plus jamais sans vous.

Je vous ai écoutés, j’ai sillonné la France. Je suis ici avec vous, et je le redis aujourd’hui avec toute ma forte et toute ma ferveur, il y a une façon dépassée de gouverner la France, et cette façon ne marche plus. La campagne participative que j’ai voulue et à laquelle vous êtes si nombreux à avoir répondu préfigure la façon dont demain je présiderai avec les Français. C’est nécessaire pour agir juste, c’est évident pour instaurer, pour mettre fin à tout... Gardez de l’énergie pour la campagne !

La France présidente, c’est la clé de l’efficacité des politiques publiques.

La France présidente, c’est la politique élaborée, évaluée, corrigée au besoin avec celles et ceux auxquels elle est destinée, c’est-à-dire vous, les citoyens.

La France présidente, c’est ma façon de vous dire combien j’ai besoin de vous, de vos intelligences, de vos exigences, de vos générosités, combien je compte sur vous pour construire une France qui se ressemble et se rassemble. Oui, j’ai besoin de chacun et chacune d’entre vous pour remettre la France présidente en mouvement.

La France présidente, c’est… Gardez de l’énergie, sinon, nous allons être ensemble jusqu’à minuit, ce qui n’est pas pour me déplaire. Cela dit, si je ne peux pas parler, nous pouvons nous regarder, c’est aussi très agréable car je sens votre affection, votre énergie, votre enthousiasme, votre envie de gagner, votre désir de victoire, et moi aussi, je l’ai, ce désir de victoire.

La France présidente, c’est la force de l’action.

La France présidente…

« Ségo, Ségo ! »
Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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