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Discours de Ségolène Royal

Vendredi 20 avril 2007 5 20 /04 /Avr /2007 19:47

Pour regarder la vidéo : cliquez ici

Comme vous pourrez le constater en regardant cette vidéo, contrairement à ce que dit Valérie Pécresse, Porte Parole de Nicolas Sarkozy sur son blog (voir article précédent), celui dont elle prétend qu’il soutient Nicolas Sarkozy, José Luis Zapatero, Président socialiste du Gouvernement espagnol.

 

Est-elle si mal informée ? Pense-t’elle que José Luis Zapatero est myope au point de prendre Nicolas Sarkozy pour Ségolène Royal.

 

Et après, ces gens là viennent nous dire que notre candidate manque de compétences !

 

Après tout, il vaut mieux en rire et passer aux choses sérieuses.

 

"Bonjour Toulouse !

Merci, Jose Luis Zapatero de venir nous apporter la flamme et la chaleur de l’Espagne.

Merci d’être là aussi nombreux, militants, citoyens, rassemblés, chaleureux. Encore trois jours avant le premier tour de l’élection présidentielle ! Aidez-moi, portez-moi, c’est vous qui m’avez faite et c’est avec vous que nous gagnerons.

Je veux lancer ici, à Toulouse, un appel à la mobilisation.

Venez voter, venez massivement voter, Françaises, Français, mes chers compatriotes, une page de l’histoire de France est en train de s’écrire, chacun, chacune doit contribuer à cette histoire et le premier message que je vous donne, c’est celui : la démocratie a besoin de vous, la République a besoin de vous car aujourd’hui elle est menacée par une fracture républicaine.

Alors levons-nous vers ce vote conscient, levons-nous vers ce vote utile pour la France car la France a envie de changement, la France a besoin de se relever, la France a besoin d’être plus juste pour être plus forte, et c’est dès dimanche prochain que nous devons le dire à la face du monde !

Merci à tous les élus de la ville, du Département et de la Région d’être là, à tous les responsables nationaux d’être ici rassemblés, à tous les socialistes au premier rang desquels François, notre premier secrétaire, aux radicaux, à Jean-Pierre Chevènement ; merci à Danielle Mitterrand de sa présence, elle qui mène depuis des années une lutte à l’échelle de la planète pour que tous les êtres humains puissent accéder à l’eau potable. Voilà une belle et juste cause que la France devra défendre !

Et surtout merci à toi, Jose Luis, d’avoir pris sur les devoirs de ta charge le temps de venir jusqu’ici m’apporter un soutien qui, venant de l’ami espagnol, chef d’un gouvernement inventif et profondément réformateur, me va droit au cœur et fait honneur à tous ceux qui sont dans cette salle.

Oui, je me bats, je me bats avec vous, d’abord pour être en finale, et ensuite pour faire gagner la France présidente !

Et nous voici dans la ville rose, et la plus espagnole de toutes les grandes villes : Toulouse, terre d’accueil des républicains espagnols quand quatre généraux félons, comme le disait l’un de leur chant, écrasaient de l’autre côté des Pyrénées la légalité démocratique et l’aspiration d’un peuple à la liberté. La botte franquiste précéda de peu la botte nazie s’abattant sur l'Europe et nombre de ceux qui avaient combattu la dictature chez toi continuèrent la lutte chez nous. C’était des étrangers, c’était des immigrés, mais d’une exceptionnelle vaillance et nous les avons accueillis. Ils savaient, eux, lier solidement ensemble l’amour de la patrie et l’engagement internationaliste. Des brigades internationales aux maquis de la résistance française, l’histoire a scellé entre nous, quand il était minuit dans le siècle, d’une fraternité d'armes fondée sur un idéal partagé. Et c’est ici que je veux le rappeler à Toulouse.

Ce fut ensuite à notre tour d’épauler les militants espagnols condamnés à l’action clandestine. Entre notre deux pays, les Pyrénées ne sont pas une barrière car en ce temps-là on y traçait ces chemins de la liberté qui préparaient au prix des plus grands risques les basculements de l’histoire à venir. L’Espagne démocratique est aujourd’hui, grâce à toi, solide, sur ses bases, et la voilà devenue pour nous une source d’inspiration, d’admiration même, tant elle bouscule hardiment les dogmes qui inhibent l’action publique. Elle inaugure les voies nouvelles pour faire vivre dans le monde d’aujourd’hui un socialisme du 21e avec toi, Jose Luis Zapatero !

Alors, c’est vrai, pour nous qui sommes engagés dans la dernière ligne droite d’un beau et rude combat qui va décider pour longtemps de l’avenir de la France, pour nous qui voulons que les Français aient un choix clair et ne soient pas une nouvelle fois frustrés de leur décision, ton appui aujourd’hui est la certitude que nous pourrons demain nous épauler pour aller de l’avant, c’est une chance et c’est une force.

Je crois, moi, dans l’action politique, à la parole tenue. Tu es celui qui a respecté sa promesse et, conformément à l’engagement pris devant le peuple espagnol, tu as retiré les troupes du bourbier irakien. Je crois moi aussi également au desserrement des contraintes bureaucratiques qui étouffe l’intelligence des territoires. Bien sûr, nos traditions institutionnelles ne sont pas les mêmes et chacun doit chercher ses réponses dans le contexte qui est le sien, mais tu as décentralisé à l’espagnole et je suis pour ma part bien décidée à entamer une nouvelle étape de la régionalisation à la française pour accroître l’efficacité de la puissance publique tout en renforçant les égalités territoriales. .

Et puis, tu l’as rappelé tout à l’heure, ton gouvernement a posé tous les actes fondateurs de la lutte contre le machisme avec un gouvernement paritaire, bientôt les conseils municipaux, bientôt les conseils d'administration des grandes entreprises, et tu as fait adopter une loi exemplaire contre les violences de genre.

Ce fut pour moi une raison de plus d’entreprendre une loi cadre contre les violences faites aux femmes qui ne laisse aucune dimension de côté ; et puis tu as eu le courage de faire la réforme du mariage pour les homosexuels.

En même temps, l’Espagne a renforcé les solidarités fondamentales et a prouvé qu’avec un gouvernement de gauche on pouvait réconcilier le progrès social et l’efficacité économique. Je crois moi aussi, par rapport à tout ce que tu as fait pour toutes les personnes en situation de dépendance, et tu me confiais tout à l’heure ta fierté à ce sujet, je crois aussi que le degré de civilisation et d’humanité d’une société se juge à la façon dont elle traite ceux de ses membres que l’âge ou la maladie fragilise et son aptitude à ne pas tenir compte de l’exclusion que révèle le handicap. Moi aussi, je veux que la France ne soit plus handicapante ou invalidante pour ceux, enfants, adultes ou anciens, qui ont en réalité tant à lui apporter, à condition qu’elle veuille s’en donner les moyens et qu’elle lance un regard différent sur tous ceux qui sont les plus fragiles.

Nous partageons aussi hardiment cette conviction, celle d’engager nos pays dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour la protection de la planète. Je veux aussi que la France prenne le tournant de l’excellence écologique et que cet engagement soit source de croissance, comme l’Espagne a décidé de le faire.

Tu as montré que ton pays est devenu l’un des leaders mondiaux des énergies éoliennes et solaires, à nous de rattraper notre retard par rapport à un gouvernement français de droite qui n’a cessé, au cours de ces cinq dernières années, de freiner l’engagement du pays dans la révolution écologique, prisonnier des lobbies, des clientélismes, des conformismes, des puissances de l’argent ; et il faudra, dans ce domaine, rattraper notre retard. Nous ferons de la France le pays de l’excellence écologique !

Tu as montré aussi que tu es un homme de courage, et demain nous aurons sans doute à coopérer dans la lutte contre le terrorisme. Tu es confronté à cette épreuve et tu as su toujours montrer comment chercher la paix sans abaisser la garde, et je crois que c’est la bonne façon de faire.

Et puis, comme tu me l’as dit la dernière fois où je suis venue à Madrid, ce n’est pas toi qui dirais que les immigrés qui viennent travailler dans les entreprises espagnoles menacent l’identité nationale espagnole. Tu as su trouver les mots pour dire tout ce que leur travail apporte à l’Espagne : leur contribution à la croissance, à l’équilibre des comptes sociaux ainsi que leur droit au respect et à la dignité. Nous sommes l’un et l’autre partisans d’une juste régulation de l’immigration, mais nous partageons aussi cette conviction de fond : seules des politiques de co-développement efficaces, élaborés avec les pays d’émigration, en partenariat avec les pays du Sud de l'Europe, en dialogue constant avec la Méditerranée et avec l’Afrique permettront de mettre fin aux migrations de la misère et de faire émerger les pays pauvres vers la croissance à laquelle ils ont droit.

Nous avons en effet une approche voisine du rôle de l’espace méditerranéen et de l’enjeu du développement de l’Afrique dans un monde où le marché, livré à lui-même, creuse inexorablement les inégalités entre pays riches et pays pauvres. Et nous refusons de penser les mutations de ce monde et leurs risques inédits dans les termes erronés et dangereux d’une supposée guerre des civilisations. Cette grille d’interprétation, c’est celle de tous les fanatismes et l’alibi de toutes les impuissances. Et nous, nous n’irons pas nous mettre à genoux devant George Bush. Nous défendrons, en Europe, l’émergence d’un monde multipolaire à l’abri des tentations impériales d’un autre temps. Et je salue l’initiative que tu as prise en lançant cette alliance des civilisations que boude aujourd’hui une droite française inconsciente de l’importance de ce dialogue ; mais demain, avec la France neuve, nous rejoindrons ce beau projet que tu as mis en mouvement.

« On va gagner ! »

Oui, je sais…

Et nous aurons demain à défendre ensemble les mêmes valeurs humanistes au sein de l'Europe. Je sais que toi aussi tu refuses cette vision que certains défendent : la traque du gène de la délinquance avant l’âge de trois ans, le déterminisme biologique de la pédophilie, l’énigme génocidaire du peuple allemand qui, nous dit-il : « échapperait à l’explication rationnelle et relèverait en somme de l’inéluctable », propos irresponsables qui font insulte au bon sens, à ce que la science nous a appris et au passage à l’amitié franco-allemande, et à la mémoire de ceux qui, outre-Rhin, résistèrent au nazisme et qui ne sont pas moins allemands que les autres.

Mais, avec de telles théories, avec une telle vision du fatalisme et du déterminisme du candidat de l’UMP, pourquoi, s’il croit si peu à l’éducation et à la marge de manœuvre du pouvoir politique, et à la façon d’échapper au fatalisme et au déterminisme, pourquoi, s’il y croit si peu, pourquoi y pense-t-il si fort alors pour lui-même, avec les œillades lancées à l’extrême droite pour franchir ce qu’il appelle la dernière marche ?

Son projet, c’est de prendre le pouvoir. Le mien, c’est de vous le rendre pour écrire avec vous l’histoire de France.

Son projet, c’est lui ! Mon projet, c’est vous !

Oui, mon projet, c’est vous parce que je veux que les pouvoirs publics et l'État fonctionnent bien et donnent à chacune et à chacun, d’où qu’il soit et d’où qu’il vienne, la possibilité d’apporter son action et sa pierre à la construction de cette France neuve que nous voulons voir se lever, chacun en est digne. Et, voyez-vous, l’immense force d’une grande démocratie, c’est de donner à chacun la certitude intime de son rôle indispensable au progrès de tous les autres. Voilà le projet que je vous propose de construire.

La droite a mis le pays en déclin, ce qui lui permet aujourd’hui d’exploiter les nostalgies ou les peurs. Et tous les faits divers, vous l’avez vu, sont bons à être utilisés sans vergogne. Eh bien, moi, je vous appelle à refuser cela, à refuser ce repli de la France sur elle-même, cette tentation d’indifférence. Les conservateurs préfèrent toujours les pays tournés sur eux-mêmes car ensuite c’est beaucoup plus facile pour exploiter les divisions, les encourager afin de faire semblant de feindre ensuite de trouver les solutions. Oui, le pays est en déclin, mais le peuple français ne l’est pas ! Le peuple français n’est pas en déclin, il a de l’audace, de l’élan, de la volonté, de l’énergie.

Jose Luis, vois-tu ce soir à Toulouse un peuple qui te semble en déclin ? Non !

Est-ce que ce soir nous avons devant nous un peuple qui n’aurait plus confiance en lui-même ? Moi, je vois au contraire un peuple français en mouvement, en audace, en volonté de changement, un peuple qui a envie que la politique reprenne ses droits, et tous ses droits, un peuple français qui ne demande qu’à grandir, qu’à s’élever.

Et, Jose Luis, tu pourras dire à nos amis Espagnols que les Français sont repartis de l’avant, qu’il y a en France une force, un enthousiasme qui ne demandaient qu’à être réveillés. Il est là, il se lève, entendez-le !

Un souffle se lève. Ce vent debout, cet appétit d’ordre juste, ce désir de changement profond s’appelle la France présidente !

La France présidente, c’est réconcilier les libertés individuelles et les garanties collectives à l’opposé du chacun pour soi pour que le bien né et que le meilleur gagne soient les seuls à l’emporter. La France présidente, c’est l’harmonie d’un destin personnel, épanoui dans une société solidaire. Chaque citoyen est un être irremplaçable, chacun d’entre vous et d’entre nous constitue une valeur unique. Non, rien n’est joué à la naissance. Non, et c’est la noblesse de la politique et de la politique à gauche, de considérer que rien ne doit être joué à la naissance, que le sort de chacun n’est pas verrouillé à l’avance par une sorte de loterie invisible.

Nous affirmons tous ensemble que toute société juste et solidaire peut et doit conjurer, réparer, atténuer les fragilités de toutes sortes qui pèsent sur le début de la vie, voilà l’objectif que je vous propose.

Et c’est le rôle de l’éducation, d’abord, de l’éducation, encore l’éducation, toujours l’éducation.

C’est le rôle, ensuite, bien sûr, des services publics, et c’est surtout le rôle, enfin, d’une plus juste répartition des richesses pour faire en sorte que le travail soit moins taxé que le capital et que le capital rapporte moins que le travail, comme nous l’ont encore redit à l’instant les salariés d’Airbus en colère contre ces provocations des rémunérations insolentes des grands dirigeants des entreprises.

Et, à Toulouse, comme j’étais tout à l’heure aux côtés de Martin Malvy, à Toulouse, c’est là que nous devons lui demander de rembourser. Demandez-lui ! Remboursez l’argent à l’entreprise !

La France présidente, c’est celle qui réhabilite la valeur du travail. La droite a volé le mot, et en fait elle a fait tout le contraire. Ce n’est pas en précarisant le travail, ce n’est pas par le CPE, ce n’est pas par la baisse des salaires que l’on revalorise le travail, mais c’est au contraire en prenant les moyens de réaliser une société de plein emploi, en donnant d’abord du travail à ceux qui n’en ont pas, en gagnant la bataille contre le chômage de masse, en augmentant le SMIC et les bas salaires, en augmentant les petites retraites pour lutter contre la vie chère.

La France présidente, c’est celle qui va savoir concilier l’agilité dont les entreprises ont besoin pour affronter la compétition mondiale et la sécurité nécessaire à laquelle les salariés ont droit, et nous le ferons en créant la Sécurité sociale professionnelle qui permettra de lutter contre le chômage tout en gagnant de la compétitivité économique.

La France de la valeur travail, c’est celle qui paie le travail à son juste prix et qui ne laisse pas les travailleurs et les familles être obligés, pour joindre les deux bouts, d’accumuler les heures supplémentaires. C’est la France du pouvoir d'achat, pas celle de la vie chère et des sur-tarifications bancaires. Oui, les abus bancaires seront sévèrement réglementés pour que les banques cessent de faire leurs principaux profits sur le dos des catégories modestes et moyennes ; et elles seront priées de remplir leur vraie mission, à savoir prendre des risques pour que les entreprises, petites et moyennes, se développent. Voilà la responsabilité des banques, pas celle de sur-endetter les familles.

Et puis il y a une manière beaucoup plus efficace de régler les déficits de nos comptes sociaux que d’en faire peser le coût sur les plus pauvres ou sur les classes moyennes en baissant les remboursements. Débloquer l’économie, c’est d’abord augmenter le nombre de ceux qui travaillent, Et donc ceux qui cotisent, c’est cesser les cadeaux clientélistes sans aucune contrepartie aux entreprises, c’est pratiquer la juste répartition des efforts, de la culture de l’efficacité. Et la France présidente, c’est celle de l’amélioration des conditions de travail, c’est la France où l’on dira haut et fort, enfin, qu’il n’y a pas de fatalité à tous ces accidents, à toutes ces maladies professionnelles dont le coût humain et financier est chez nous exorbitant. C’est une France qui n’acceptera plus les discriminations à l’embauche parce qu’on n’aura pas la bonne couleur, ne le bon nom, ni la bonne adresse, ni la bonne origine, et cette lutte-là sera le combat de la France présidente !

Car, la France présidente, c’est celle qui prend soin de ses enfants, de tous ses enfants dans leur diversité car elle a compris que c’est là qu’est sa force, que c’est là qu’est son avenir, prendre soin de tous ses enfants tout en protégeant ses anciens et en leur garantissant une retraite décente et l’accès aux soins.

La France présidente, c’est celle qui investit dans la formation, dans la qualification à tous les âges de la vie. La France présidente, c’est celle qui tiendra pour chacun la promesse scolaire de la République et qui n’acceptera plus que certains soient programmés pour réussir et les autres pour échouer.

Elle tiendra sa promesse égalitaire.

La France présidente sera aussi une France artistique et culturelle et qui gagnera le combat pour la démocratie culturelle, et elle prendra tous les moyens de remettre à l’école, les moyens que la droite lui a enlevés, et cela dès la prochaine rentrée scolaire. Elle apportera aux enseignants la reconnaissance du pays, les moyens d’accomplir leur noble mission, les conditions du respect qui leur est dû et elle apportera à chaque élève qui décroche le soutien scolaire individualisé gratuit dès la prochaine rentrée scolaire. Voilà le combat que nous gagnerons.

La France présidente, c’est le parti pris de cesser d’opposer ce qui doit marcher ensemble : performance économique et performance sociale, excellence économique, excellence écologique. C’est cela la réconciliation de l’intérêt bien compris du pays, des salariés et des entreprises avec des règles du jeu nouvelles, claires et bien comprises de tous.

La France présidente, c’est une France donc assurée d’elle-même et de ses solidarités, et donc capable de se tourner vers le monde tel qu’il est et de peser sur le cours de la mondialisation. Car le choix est clair : la mondialisation sera, soit un chaos, soit une chance : un chaos si nous laissons faire et si nous laissons aller, une chance si nous pesons de toutes nos forces pour remédier à l’échange inégal qui a spolié pendant tant d’années l’Afrique, une partie de l’Asie et l’Amérique du Sud.

Une chance si la faim et la maladie reculent, si les médicaments sont partagés, si le savoir est partagé, si les cultures se mélangent et s’échangent, mais un drame, un terrible drame si chacun s’y replie, dresse des barrières, installe des miradors à ses frontières et si l’autre, au lieu d’être une opportunité, devient un intrus et, pour finir, un ennemi. Et ce monde-là, nous n’en voulons pas.

À nous de construire, avec la France et avec l'Europe, les digues du nouveau monde dont nous avons tous besoins les uns, les autres. C’est évident !

Oui, bien sûr, la France a besoin de tous les siens, elle doit être attentive aux plus vulnérables, à ceux qui vont bien comme à ceux qui se sentent tirés vers le bas et qui craignent de dévisser. C’est la France qui accompagne ceux qui prennent des risques, qui se lancent, qui créent, qui redonnent courage aux plus faibles, mais c’est aussi la France qui s’adresse à tous ses enfants délaissés, désaimés, parfois maltraités. C’est ainsi et ainsi seulement que nous surmonterons, et nous savons que nous réussirons à surmonter ces crises économique, sociale, écologique, éducative, politique et morale qui nous bloquent. Nous allons débloquer la France, la relever et lui dire qu’il est possible d’aller en avant.

Je demande à tous les citoyens de gauche de se rassembler massivement dès le premier tour. Au-delà de la gauche, je demande à tous ceux, hommes et femmes qui partagent un certain nombre de principes, de principes fondamentaux auxquels je crois, et ces principes qui vont permettre à la France de se redresser et sans lesquels la France continuera à s’enfoncer dans le déclin, mais, je l’ai dit tout à l’heure, ce n’est pas une fatalité.

Alors, je lance ici un appel à Toulouse, à ceux qui se retrouvent sur les valeurs qui sont les suivantes, et sur lesquelles vous allez me donner votre avis, je leur demande de se mobiliser dès le premier tour.

Voulez-vous, je le demande à tous ceux qui réfléchissent à travers cette grande salle, aujourd’hui dans tous le pays je m’adresse à eux, ceux qui réfléchissent encore, je leur demande : souhaitez-vous oui ou non que les valeurs humaines l’emportent toujours sur les valeurs financières et sur les valeurs boursières ?

À ceux et celles qui hésitent, je demande : pensez-vous, oui ou non, qu’il est possible de réformer la France sans la brutaliser ?

Pensez-vous, celles et ceux qui hésitent, et je comprends leur hésitation parce que le choix est grave, il va engager la France pour les années qui viennent, et sans doute définir son visage pour une génération compte tenu de la profondeur des crises que j’ai évoquées tout à l’heure, alors, oui ou non, pensez-vous qu’il est possible de réconcilier les solidarités fondamentales, la liberté individuelle et l’efficacité économique ?

Pensez-vous qu’il est enfin grand temps de remplacer la loi du plus fort par la loi du plus juste ?

Et enfin, pensez-vous que vous avez quelque chose à dire, quelque chose à faire, quelque chose à construire pour qu’enfin un ordre juste remplace tous les désordres injustes qui créent tant de violence, de fragilité, de frustration et de colère ? Alors, si vous pensez tout cela, si vous vous rassemblez sur ces valeurs, alors je vous lance un appel : venez voter, soyez très nombreux dès dimanche prochain pour dire quelles valeurs et quel visage vous voulez donner à la France !

Je veux que demain la France soit un pays apaisé, ayant confiance en lui, où tous les Français se reconnaissent et s’aiment en elle. La France présidente n’a pas le masque de la peur parce que la peur est l’ennemi irréductible de la liberté du citoyen. Un seul désir suffit pour peupler tout un monde. Et ce désir, c’est le nôtre, c’est le vôtre, c’est notre désir d’avenir.

La France présidente, c’est vous. C’est une France mobilisée pour dépasser ses difficultés, pour engager les mutations nécessaires que l’on sait difficiles. C’est une France qui sait que l’être humain ne peut rien faire qu’en s’associant, qu’il n’y a as d’armure plus solide, ni d’outil plus merveilleux pour les grandes causes, et voilà à quoi je vous engage.

Tous les problèmes ont été révélés au cours de cette campagne par des voix fortes, et la plus forte de ces voix, c’est la voix du peuple français qui s’est exprimé en prose, en vers, en musique, en parlant haut et fort dans les maisons, dans les rues, dans les fermes et dans les cafés, dans les halls, dans les salles, et ce soir à Toulouse, je vous ai écoutés, je vous ai entendus, et c’est parce que nous laisserons aussi après s’exprimer ces voix, et je vous demande cette parole que vous avez prise de ne jamais la lâcher parce que c’est comme cela que la sérénité reviendra dans la France que nous voulons.

Je voudrais, avant de nous séparer pour nous retrouver dimanche prochain, dédier à Jose Luis Zapatero quelques phrases de l’un de nos plus grands poètes, Louis Aragon, qu’il a écrites en hommage à l’un des plus grands poètes espagnols, Frederico Garcia Lorca, assassiné par la milice fasciste à Grenade : « Un jour viendra, un jour d’épaules nues où les gens s’aimeront, un jour comme un oiseau sur la plus haute branche. »

Chers amis de Toulouse, ce jour viendra, il arrive, un seul désir suffit pour peupler tout un monde, c’est à ce jour que je vous appelle aujourd’hui car la victoire, comme disait François Mitterrand, vous ne la rencontrerez que si vous la forcez. C’est une affaire de volonté, de continuité, de clarté d’esprit dans la fidélité aux engagements. La chance, c’est vous qui la forgerez de vos mains.

Alors, je vous le demande, forçons cette chance de nos mains pour que dimanche prochain nous puissions donner le premier signe à cette France qui a envie de se relever, et c’est pour cela que je me bats.

C’est pour cela que je veux, ici, à Toulouse, avec votre élan, avec votre chaleur, au sens propre comme au sens figuré, avec votre énergie, avec votre audace, avec votre tendresse, devenir la présidente de cette France présidente, vive la République, vive la France !"



Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Mercredi 18 avril 2007 3 18 /04 /Avr /2007 23:55

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Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Mardi 17 avril 2007 2 17 /04 /Avr /2007 10:34


Bonjour la France présidente !

Je la vois, cette France présidente, en train de se lever, en train de se bouger, en train de préparer la victoire qui va nous permettre de la relever, qui va nous permettre de construire ensemble cet avenir que nous voulons meilleur pour chacun et pour tous.

Je vous vois aussi chaleureux, aussi nombreux rassemblés dans cette salle, et au-delà de cette salle, tous ceux qui n’ont pas pu rentrer et que je salue à travers l’écran qui est placé devant eux.

Je me bats avec vous, vous m’apportez votre énergie, votre courage, vos espoirs, vos espérances. Je sens aussi vos attentes, parfois vos inquiétudes. Je me bats avec vous pour la victoire. Je vous appelle à venir voter nombreux le 22 avril prochain, car c’est là que tout va se jouer.

Rassemblons-nous !

Battons-nous, car des millions d’hommes et de femmes attendent des jours meilleurs. Ils en ont assez de ces brutalités, de ces ruptures, de ces fractures, de ces injustices, et ils en ont assez de cette France tirée vers le bas. C’est d’abord cela l’enjeu de l’élection présidentielle : savoir comment et avec quelle vitesse, parce que nous sommes prêts, nous allons permettre à la France de saisir toutes ses chances, c’est pour cela que nous devons gagner, c’est pour cela que nous devons avancer, c’est pour cela que je vous dis : en avant !

Merci à Jean-Marc Ayrault, le député-maire de Nantes, merci, Jean-Marc, pour ton soutien sans faille au cours de cette campagne et ton appui permanent.

Merci à Robert Badinter, orateur exceptionnel, grande conscience de la gauche, des socialistes, de l’éthique républicaine, et qui nous montre le chemin depuis 1981. Merci à toi, Robert.

Ce soir, à Nantes, je ressens une grande gravité, c’est le premier soir de la dernière semaine avant le premier tour de l’élection présidentielle. Beaucoup de Français observent, ils n’ont pas encore choisi, ils regardent, ils comparent, ils commencent à connaître un peu mieux les candidats, à regarder les déclarations des uns et des autres, les convictions et les valeurs.

Puis ils regardent aussi, ils réfléchissent à la façon dont demain la République et la Nation seront incarnées, et je veux être la présidente de la France présidente, parce que je crois que la politique doit changer, le monde a changé, la France a changé, les Français ont changé, et je suis la seule à avoir pris le temps, au cours de cette campagne, de donner la parole aux Français, ils sont venus très nombreux, on vous l’a redit tout à l’heure, et cette parole, je demanderai aux Français de la garder et de ne plus jamais la lâcher.

C’est pourquoi, ce soir, je vais vous parler d’un thème grave, sérieux, mais ô combien important, et je le fais aussi parce que Jean-Marc m’a aidée à le préparer, en me faisant ce rapport sur la démocratie sociale, celle qui mettra la France à l’heure des temps modernes, car à travers vous, je parle aux Français dans leur ensemble, à travers Internet aussi. Plus de 50 millions de vidéos, de discours, de meetings ont été regardés sur le site Désirs d’avenir, et donc, à travers vous, à travers votre présence, à travers votre chaleur, je veux m’adresser aussi aux millions de Français qui se préparent à écrire une nouvelle page de l’histoire de France. Et je veux leur parler de la réforme des institutions, de la République nouvelle, de la VIe République que nous construirons ensemble, ainsi que de la défense des libertés publiques dont la France a besoin.

Oui, les 22 avril et 6 mai prochains, les Français vont décider du destin de la France. Ils le feront comme à chaque élection présidentielle, mais l’enjeu est davantage lourd car chacun sait et chacun sent qu’il y a des moments où la France a tout particulièrement rendez-vous avec son histoire. Ce fut par exemple le cas il y a un quart de siècle lorsqu’en mai 1981, pour la première fois depuis le Front populaire de 1936, les Français ont choisi l’alternance.

Je le crois et je le sens profondément, c’est à ce même type de rendez-vous que la France attend et que nous devons réussir pour elle. C’est une alternance d’aussi grande ampleur dont la France a besoin aujourd’hui pour relever les défis qui se posent à elle : les défis sur son sol, les défis au niveau de l’Europe et les défis au niveau de la mondialisation. Seules les idées de gauche et de progrès qui font que, pour chaque décision publique, ce seront toujours les valeurs humaines qui l’emporteront sur les valeurs boursières et sur les valeurs financières, seules ces valeurs vont permettre à la France de se redresser.

Oui, nous le sentons bien, nous sommes confrontés à un moment historique parce que, aussi, la politique menée ces dernières années a fait que la France n’est plus à la hauteur de ce qu’elle devrait être et parce que les Français veulent à nouveau croire dans l’avenir. Quand je propose une France plus juste et une France plus forte, on sait bien que c’est de cela que la France a besoin.

On a vu au cours de ces cinq dernières années la présidence s’enfoncer dans l’impuissance, et plus l’impuissance s’aggravait pour résoudre les problèmes des Français, plus augmentait l’arrogance du pouvoir. Moi, je veux avec vous un pouvoir qui perde son arrogance et qui retrouve sa puissance au service de l’intérêt général. Voilà le sens de la France présidente !

Je veux avec vous que la politique retrouve tout son sens, que les Français puissent lui reconnaître à nouveau sa dignité. C’est pourquoi nous ferons une réforme des institutions, c’est pourquoi nous avons besoin d’une République nouvelle.

Je sais bien qu’apparemment, la réforme des institutions n’est pas la préoccupation première des Françaises et des Français, mais je veux leur prouver le contraire, car si l’on veut retrouver confiance en notre avenir, si l’on veut retrouver le respect auquel les Français ont droit, si l’on veut un travail digne et justement payé pour chacun, si l’on veut la réussite à l’école pour tous, alors il faut faire la réforme des institutions, car aujourd’hui, trop souvent le pouvoir est confisqué, il est trop lent, il est inefficace, il est injuste. Et c’est pourquoi la réforme des institutions n’est pas un objectif en soi, c’est un objectif au service de l’efficacité de la politique, c’est un objectif au service des Français, c’est ce qui permettra d’aller plus vite, d’être plus juste, de tenir parole et de rendre des comptes. Bref, c’est faire entrer la France dans la modernité politique, et c’est de vous faire confiance.

Bien sûr que la République nouvelle est nécessaire pour obtenir la croissance dont nous avons besoin, pour l’emploi, pour les salaires, pour résorber notre dette et nos déficits, pour financer la protection sociale, la recherche et l’innovation. La République nouvelle est nécessaire économiquement, socialement, écologiquement, culturellement, internationalement parce qu’elle repose, comme je l’ai dit, et comme c’est inscrit dans le pacte présidentiel que vous avez construit avec moi, sur quatre piliers : la réforme de la démocratie représentative, de la démocratie sociale, territoriale et participative. Voilà le cœur de la réforme des institutions sur laquelle les Français auront à se prononcer le plus vite possible par un référendum.

D’abord, nous ferons la démocratie sociale, parce qu’on sait bien aujourd’hui que les réformes économiques et sociales seront bloquées si elles se font au détriment des salariés, qui finiront par se révolter à juste titre.

Je veux promouvoir un syndicalisme de masse, car comment les partenaires sociaux pourraient-ils négocier utilement s’il n’y a pas de vrais partenaires ?

Je veux un financement public, des syndicats de salariés, un crédit d’impôt, un chèque syndicale pour encourager l’adhésion aux organisations syndicales, et pour construire dans notre pays un juste équilibre entre les employeurs et les salariés, garanti par l’État. C’est ainsi qu’on défendra au mieux la valeur travail, parce que c’est ainsi qu’il y aura des compromis sociaux et non plus quelques-uns qui profitent de la situation aux dépens du plus grand nombre. C’est ainsi que nous construirons les sécurités collectives, qui permettront à la fois aux entreprises qui vont de l’avant de bénéficier de l’agilité nécessaire, mais pas aux dépens de la précarisation des salariés, bien au contraire.

C’est dans le cadre d’un dialogue social, construit, fructueux, garanti par les pouvoirs publics que nous pourrons faire comprendre enfin que la relance de la croissance économique dépend de la qualité de ce dialogue social, et que c’est en sécurisant les salariés dans leur travail et dans leur salaire que l’on obtient d’eux une plus grande motivation au travail, et donc une plus grande compétitivité des entreprises, et certainement pas l’inverse, comme cela est démontré avec les dégâts que provoque la politique libérale menée depuis cinq ans. Voilà la modernisation du pays que j’appelle de mes vœux.

Toute nouvelle modification du Code du travail ne se fera qu’après négociation préalable entre les partenaires sociaux, car je pense que c’est comme cela que l’on préside un pays moderne. C’est comme cela aussi que les règles sont meilleures, mieux adaptées, plus durables, mieux appliquées, et plus rapidement rectifiées si c’est nécessaire.

La Conférence nationale sur la croissance et les revenus sera immédiatement réunie, car on ne doit plus, dans notre pays, changer la donne fiscale et sociale sans avoir d’abord travaillé sérieusement avec les partenaires sociaux. Et vous le savez, la revalorisation du SMIC, mais aussi de tous les salaires situés au-dessus du SMIC pour que l’on n’ait pas un écrasement de la hiérarchie salariale, et pour que chacun puisse avoir un profil de carrière et des occasions de formation professionnelle qui lui permettent d’obtenir aussi une rémunération du salaire.

Ces politiques salariales feront partie de la discussion dans le cadre de la Conférence nationale réunissant les partenaires sociaux, car je veux qu’elles résultent de vrais échanges, qu’elles soient discutées avec les salariés et avec les entrepreneurs pour qu’elles soient correctement appliquées et bien comprises par les salariés et qu’aucune injustice ne soit commise, ou qu’aucun écrasement de ceux qui sont juste au-dessus du SMIC et qui se disent aujourd’hui : dans le pacte présidentiel, il y a l’augmentation du SMIC, et nous, qu’est-ce qu’on va devenir ? Eh bien je veux que cette question-là soit discutée dans la Conférence salariale pour que, précisément, il y ait une augmentation de l’ensemble des bas salaires et que ces augmentations correspondent aussi à une amélioration de la qualité du travail par la formation professionnelle. C’est le gagnant/gagnant, c’est parce que nous investirons dans la ressource humaine que les entreprises seront plus compétitives et que les salariés seront plus rémunérés. Voilà le nouveau compromis social que je vous propose de relancer.

Oui, je veux sortir la France, et les partenaires sociaux attendent cela impatiemment, et même certains dirigeants d’entreprises, comme le Centre des jeunes dirigeants d’entreprises qui ne se reconnaît pas dans le MEDEF, et moi, je vais m’appuyer sur des entrepreneurs qui ont compris une bonne fois pour toutes que la qualité du dialogue social, que la qualité de la formation professionnelle, que l’investissement dans l’innovation et dans la recherche étaient aussi une ressource extraordinaire de croissance économique et que ce n’était pas, comme le prônent les propositions du MEDEF, en faisant toujours gagner toujours plus certains, notamment les hauts dirigeants et toujours en précarisant les autres, ceux qui sont en bas de l’échelle sociale, qu’un pays avance. Non, je mettrai en place de nouvelles règles du jeu, je veux sortir la France du Moyen Âge social dans lequel elle se traîne aujourd’hui, à l’instar de ce que font… Et d’ailleurs, tous les autres pays européens, et notamment les plus performants d’entre eux, ont compris cela depuis plusieurs années. Je pense vraiment que si, aujourd’hui, la France est en panne sur le plan de la croissance, c’est parce que la plupart de ses entreprises et de ses employeurs n’ont pas encore compris cela. Eh bien il va falloir qu’ils le comprennent, et je vais les y encourager parce que, désormais, les aides publiques données aux entreprises, les aides fiscales et les aides sociales seront concentrées sur les entreprises avec une logique du donnant/donnant, c’est-à-dire qu’en contrepartie, on aura la qualité du dialogue social et l’augmentation de la masse salariale.

Je sais que je serai suivie sur ce chemin par l’ensemble des petites et moyennes entreprises, celles qui, aujourd’hui, sont écrasées par les entreprises du Cac 40 car elles sont sous-traitantes et qu’elles n’ont pas droit à une juste répartition des fruits des résultats des entreprises.

Nous ferons un contrat spécifique avec les entreprises sous-traitantes pour qu’elles puissent à leur tour créer des emplois et de l’activité économique.

Oui, les entreprises ont aussi le sentiment d’une injuste répartition des fonds publics. Sur les 63 milliards d’aides économiques aux entreprises, Il n’y en a que 10 % qui vont aux PME, celles qui créent pourtant 60 % de l’emploi. Eh bien moi, je vais moderniser l’économie de la France, nous allons avancer.

Et l’on a trop souvent pensé que la gauche, c’était l’inefficacité économique. Mais lorsqu’on voit le bilan de la droite aujourd’hui, lorsqu’on voit la croissance économique en panne, lorsqu’on voit la dette dévisser*, lorsqu’on voit les déficits des comptes publics, alors moi, je le revendique ici devant vous, avec les nouvelles règles du jeu, avec le nouveau pacte créé avec les entreprises, avec le nouveau dialogue social, avec l’investissement massif dans la formation professionnelle, dans l’innovation et dans la recherche, l’efficacité économique et le déblocage de la machine économique, c’est nous !



Et nous reformerons le deuxième pilier des institutions. Je ferai la réforme de la démocratie territoriale. Nous ferons une nouvelle étape de la régionalisation, à la fois pour lutter contre les gaspillages des fonds publics et aussi pour renforcer la puissance de l’État. Il n’y a pas d’incompatibilité entre un État fort et des collectivités territoriales, villes, communautés d’agglomération, départements, régions, bien au clair sur leurs compétences et sur leurs responsabilités.

En mettant fin au chevauchement des compétences, qui entraîne tellement de lenteur, tellement de gaspillage, tellement de superpositions, alors, oui, je ferai une loi très claire sur les intelligences territoriales, une répartition des responsabilités extrêmement ferme. Il faudra résister aux lobbies des uns et des autres et de tous les notables qui veulent souvent se mêler de tout. Non, l’État devra assumer ses responsabilités, et les collectivités territoriales également.

Puis, sur le troisième pilier, nous ferons bien évidemment la grande réforme de la démocratie représentative et de la revalorisation du rôle du Parlement. Trop de lois mal appliquées, et le Parlement aura désormais la responsabilité de contrôler l’application des lois déjà votées avant d’en voter de nouvelles, parce que les citoyens sont fatigués de cela. J’entendais les enseignants encore récemment, ils sont fatigués de l’accumulation des réformes auxquelles les ministres veulent attacher leurs noms. Eh bien, il en sera fini de cette fuite en avant car les réformes sont faites pour être comprises, acceptées par les citoyens, et pour qu’elles se traduisent toujours par un progrès social, économique, culturel, éducatif. Et quand ce n’est pas le cas, alors, il faut faire une évaluation des lois, la France n’est jamais entrée dans cette culture de l’évaluation, eh bien, ce sera désormais le rôle du Parlement qui aura le droit de refuser tel projet de loi ministériel si la loi précédente n’est pas appliquée, et si le pouvoir Exécutif n’a pas pris ses responsabilités.

Et pour revaloriser le rôle du Parlement, le cumul des mandats ne sera plus possible. Et cela aussi, les citoyens l’attendent. Là aussi, on est dans le donnant/donnant et dans le gagnant/gagnant.

Le donnant/donnant, si le Parlement a davantage de responsabilités et de pouvoir, et notamment pour contrôler l’application des lois, mais aussi il sera consulté, et ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais il le sera demain, sur la politique étrangère de la France, sur les engagements internationaux de la France, et il sera aussi informé en toute transparence des ventes d’armes, car aujourd’hui, le Parlement n’est pas informé de cela, et ce n’est pas normal.

L’article 49-3, ce drôle de numéro que pourtant les Français connaissent, sera supprimé parce que, on l’a vu récemment, à quoi cela sert-il de contraindre, on l’a vu, le gouvernement de droite, de contraindre sa majorité parlementaire, qui ne s’est pas laissé d’ailleurs beaucoup bousculée, à voter le cpe pour ensuite le retirer sous la pression de la rue ?

Cette réforme, il va de soi que l’ensemble de ce nouvel édifice, de cette nouvelle République sera soumis au peuple français par référendum, je le dis, tout de suite, comme l’avait fait François Mitterrand en son temps, pour que personne ne conteste, le jour venu, que j’ai reçu mandat du peuple pour lui donner ainsi la parole et lui permettre d’exercer sa décision souveraine.

Le quatrième pilier de la réforme des institutions sera la démocratie participative. Oui, le moment est venu d’inventer une nouvelle forme de démocratie complémentaire aux trois autres que je viens d’évoquer.

Ces quatre démocraties ne se gênent pas les unes les autres, au contraire, elles se consolident, elles se renforcent, et la France doit aujourd’hui inventer et mettre en mouvement la démocratie participative que j’ai vu si bien fonctionner au cours de cette campagne.

Après tout, la France a toujours innové. N’est-ce pas nous qui avons inventé la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ?

N’est-ce pas la France qui, la première, sur le continent européen, a osé inventer la République en 1792 ?

Et la France n’était-elle pas au premier rang de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1848 ? Au premier rang des inventeurs de la Convention européenne des droits de l’homme en 1950 ? Au premier rang aussi des fondateurs de l’Europe il y a un demi-siècle ?

Eh bien, je le dis aujourd’hui, partout, se fait sentir le besoin d’un renouveau démocratique. En Amérique latine, du budget participatif imaginé, au Brésil, à l’élection de Michelle Bachelet au Chili, aux États-Unis, où la gauche américaine se bat contre le poids des groupes d’intérêts et de l’argent au cours des campagnes électorales.

Eh bien, nous aussi, nous la mettrons en mouvement, cette démocratie participative, avec le référendum d’initiative populaire, avec les jurys citoyens, avec la possibilité pour des pétitionnaires de voir inscrite, à l’ordre du jour de l'Assemblée nationale, une proposition de loi, car je crois dans l’intelligence collective des citoyens, dans la force du mouvement associatif qui, partout, en France, se met en mouvement. Et je ne veux plus que les citoyens soient écartés des décisions qui les concernent.

Je pense que c’est comme cela que nous répondrons à la crise démocratique, par cette nouvelle dimension démocratique. Et bien évidemment, dans cette démarche, le droit de vote aux élections municipales pour les étrangers en situation régulière donnera aussi ce souffle de modernité à cette République nouvelle.

Et cette République nouvelle va de pair avec la rénovation et l’invention de nouvelles libertés publiques. Oui, la France présidente sera celle des libertés publiques renforcées et de l’État impartial. Il y a beaucoup à faire.

Oui, il y a beaucoup à faire, et l’enjeu de cette élection présidentielle, en effet, c’est l’État impartial, la France présidente que je veux, c’est l’État impartial. Et il y a du travail, il faut mettre fin à cet État monopolisé par un clan, monopolisé par les puissances d’argent et les lobbies de tous ordres. Et on l’a vu encore lors des récentes nominations là qui se précipitent avant la prochaine échéance que j’appelle de mes vœux. L’État impartial à construire, c’est un enjeu central de cette élection présidentielle, et je le construirai avec vous parce que je suis une femme libre, je ne dépends d’aucune puissance d’argent, d’aucun lobby, je n’ai personne à placer, je n’ai personne à récompenser, je n’ai que vous ! C’est vous !

Et j’en fais ici le serment, ce sera le serment de Nantes, je resterai cette femme libre et solide parce que, là où je suis devant vous, c’est grâce à vous, c’est vous qui m’avez portée, c’est vous qui m’avez encouragée, c’est vous qui m’avez faite. Et c’est à vous, peuple de France, que j’aurai à rendre des comptes.

Et si vous me faites confiance, si vous me faites la présidente de cette France présidente, alors je viendrais régulièrement devant vous vous rendre des comptes du pouvoir que vous m’avez déposé, et non pas donné. Ce pouvoir, il sera simplement déposé entre mes mains pour en faire quelque chose et pour vous le rendre, et en particulier pour venir vous dire régulièrement ce que j’en aurais fait. Voilà le sens de mon engagement politique. Voilà le sens de ma candidature !

« On va gagner ! »

« Ségolène, Présidente ! »

Gardez au cœur cet enthousiasme, cet élan, cette insoumission, cette exigence, parce que nous écrivons ensemble l’histoire, et la France, dans sa longue histoire, n’a cessé d’être animée par la passion de la liberté. Chaque citoyen de ce pays aspire à avoir en ses mains le pouvoir de briser ses chaînes. Il n’y a pas de grand peuple sans une exigence permanente de liberté, et c’est cette liberté-là que je veux porter avec vous !

Nous avons besoin, c’est un combat permanent, un combat inachevé, un combat exigeant. Nous avons besoin de la liberté, de toutes les libertés, la liberté est l’essence même du débat politique, syndical, culturel, associatif ou religieux. Elle protège contre les abus, les monopoles, les exclusions, les discriminations, contre les curiosités intéressées sur la vie privée ou sur l’état de santé, contre les fichiers trop voraces, contre les listes noires qui font se fermer toutes les portes sans explication. Voilà l’exigence de liberté !

La liberté, c’est le contraire du journaliste écarté parce qu’il a osé, du policier humilié publiquement pour avoir appliqué la police de proximité, du juge suspecté parce qu’il a voulu un surcroît de justice, de l’étranger privé de ses enfants du fait d’une circulaire de circonstances, de la jeune femme qui ne prend plus les transports en commun après huit heures du soir parce qu’il y a trop d’insécurité. Voilà le combat de toutes les libertés !

Puis il y en a d’autres, des libertés à conquérir, et je compte sur vous pour m’aider à mener ce combat. Celle ou celui qui n’a pas la liberté de gagner sa vie mesure mieux que d’autres la vacuité des slogans de certains sur le « travailler plus » alors qu’ils aimeraient tellement travailler. Oui, il faut créer les conditions d’une liberté d’avoir un métier, un emploi et que l’accès au travail soit proposé à chacun. Alors, seulement la liberté bien comprise servira aussi l’efficacité dont le pays a besoin. C’est le sens de toutes les propositions concrètes qui sont faites dans le pacte présidentiel que j’ai construit avec vous.

La liberté implique aussi la responsabilité. Je veux la liberté pour tous et j’entends en être la garante. Mais les droits et les devoirs vont de pair et seront les mêmes pour tous, que l’on soit puissant ou misérable, comme disait La Fontaine. Et là aussi, il y a du travail à faire.

Le combat pour la liberté est aussi un combat pour la responsabilité individuelle du citoyen, qui mesure ce qu’il doit aux autres, aux générations qui l’ont précédé, à celles qui le suivront, à celles et ceux qui n’ont pas pu se saisir de leur vie et à ceux qui ont rendu possible ce qu’il a fait de la sienne.

La liberté enfin est indivisible : l’école, le logement, le travail, la sécurité, la culture, tout se tient, car il n’y a pas de liberté sans que le pacte républicain ne soit effectivement et réellement mis en œuvre dans toutes ses composantes : égalités éducative et culturelle, pouvoir d’achat garanti, travail pour tous et sécurité au quotidien. Alors l’action pour la liberté est nécessairement cohérente et globale.

Et la France présidente sera celle, j’en prends l’engagement aujourd’hui devant vous, de l’État impartial. Pour cela, il nous faudra mener le dur combat contre la collusion et le favoritisme qui minent désormais les fondements de notre république.

Je suis indépendante, je vous l’ai dit tout à l’heure, et donc, dans le cadre de l’État impartial, notre liberté devra l’être également par la réforme profonde des institutions. Et tout d’abord, le Conseil supérieur de la magistrature sera restructuré : les juges doivent remplir la mission de gardien de la liberté, que la Constitution leur assigne. Je refuse la sournoise mise sous tutelle politique de la justice qui se profile à coups de nominations de circonstances. Le contrôle exercé par la justice doit être plein, entier et permanent et sans exception avec des résultats rendus publics. Le président de la République est garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire et ne devra plus présider le Conseil supérieur de la magistrature.

J’entends également, pour renforcer ces libertés publiques qui ont été profondément affaiblies au cours de ces cinq dernières années, relever la Commission nationale informatique et libertés, la Commission nationale de déontologie de la sécurité, et renforcer les moyens de la Haute autorité de lutte contre les discriminations.

J’entends garantir le pluralisme de l’autorité de régulation des médias audiovisuels, en proposant que les membres de la nouvelle autorité du pluralisme soient désormais désignés par le Parlement à une majorité des trois cinquièmes.

Je veux mettre en place de vrais conseils pluralistes où majorité et opposition ensemble garantiront nos libertés.

Les membres du Conseil constitutionnel seront également désignés de façon beaucoup plus démocratique.

Enfin, en ce qui concerne la liberté de la presse, je proposerai au Parlement de renforcer les pouvoirs des sociétés de rédacteurs, comme la profession de journaliste le demande : droit d’opposition à la nomination du directeur de la rédaction, représentation de droit au conseil d’administration, au conseil de surveillance, consultation sur le code de déontologie, droit d’observation sur les manquements à la déontologie rédactionnelle.

Oui, plusieurs mesures sont envisageables pour que notre presse d’information, comme le souhaitent les journalistes, retrouve un rang digne de notre histoire et d’un Etat démocratique.

Et je veillerai à ce que la presse quotidienne régionale, qui remplit un rôle de maintien du lien social, ait les moyens de résister à la concentration financière et à la disparition des titres.

Je veux rétablir la confiance des citoyens en renforçant les mesures anti-concentrations, notamment pour les entreprises dont l’activité dépend des grands marchés de l’État. Nous ne devons pas nous résigner à tous ces monopoles, là aussi, il est possible de mettre d’autres règles du jeu, c’est l’avenir de la démocratie qui en dépend, ce sont nos libertés publiques qui en découlent, et pour cela aussi, vous pouvez compter sur ma volonté sans faille.

Mais on le sait, la liberté est fragile, le monde est violent, les tensions nombreuses à l’échelle de la planète. Le terrorisme nous menace dans notre chair, et aussi dans nos convictions. Trop d’États ont abdiqué dans leurs valeurs et désavoué leur histoire à cause de la peur.

Tout en donnant au service de police et à la justice les moyens nécessaires pour mener ce combat, la France, je le dis très clairement, ne cèdera jamais sur les principes en allant dans le sens des lois d’exception ou des dérogations précipitées aux fondements de notre droit. Au contraire, tandis que nous agirons résolument contre les réseaux les plus mortifères, nous devons sans cesse rappeler que c’est en préservant la présomption d’innocence, le procès contradictoire et le droit à un avocat, que la France continuera à incarner la dignité des États démocratiques et leur capacité à répondre aux menaces sans céder sur ses fondements. Ne cédons pas, d’ailleurs, à tous ces terrorismes, à tous ces intégrismes qui attendent précisément, qui mettent à l’épreuve les régimes démocratiques pour savoir s’ils vont résister à la tentation de céder sur leurs valeurs démocratiques fondamentales.

Donc, la première façon de résister aux terrorismes et aux intégrismes, c’est de tenir bon sur les valeurs républicaines et laïques, c’est de tenir bon sur la protection des procès contradictoires, c’est de tenir bon sur le refus des lois d’exception.

Ne cédons pas à une certaine confusion des temps et à la tentation de la loi la plus répressive dont on annonce à chaque fois qu’elle sera la solution.

Lorsqu’au Conseil européen de Nice, a été adoptée en 2000 la charte des droits fondamentaux de l’Europe, un pas important a été fait dans le sens de la liberté, de nos libertés. Liberté, égalité, dignité, solidarité, telles sont les valeurs que l'Union européenne a proclamées et devra porter de manière collective partout où il le faudra.

Sachons-nous en souvenir pour poursuivre une construction européenne qui soit conforme à notre volonté de servir partout la liberté, mais une Europe aussi qui réponde aux préoccupations des citoyens et qui soit beaucoup plus protectrice du modèle sociale et lutte davantage en se protégeant contre les délocalisations, car ça aussi, c’est une façon de défendre la liberté au travail.

C’est donc un chantier extraordinaire que nous avons devant nous, une œuvre collective, considérable et reconstructrice que nous avons à conduire. C’est vous dire l’ampleur de l’enjeu de l’élection présidentielle. C’est tout simplement ce nouveau visage de la République et cette nouvelle façon de vivre ensemble et de partager le pouvoir, et de décider collectivement les décisions qui nous concernent.

Alors, appelons chacun à réclamer la liberté, à la vivre dans le respect de celle des autres, Français ou étrangers, à la défendre quand elle est attaquée ou détournée pour la remettre au centre de notre pacte républicain. Solidaires, hommes et femmes de gauche, hommes et femmes de progrès, hommes et femmes qui ont compris que la valeur humaine valait mieux que tout le reste, n’ayons pas peur de la liberté, mais au contraire, construisons-la ensemble.

Je voudrais également, avant de conclure, partager avec vous, comme l’a fait Jean-Marc tout à l’heure, l’immense peine de la famille et de la maman de Sophie Gravaud à laquelle j’ai parlé tout à l’heure. Je le redis ici, car vous savez que c’est une de mes convictions pour lesquelles j’ai toujours lutté, j’ai toujours combattu, et parfois avec beaucoup de difficultés, la lutte contre les violences sexuelles, les délits et les crimes faites aux femmes et aux enfants sera décrétée grande cause nationale, si je suis élue. Ce combat sera mené sans merci.

Et quand j’entends certaines théories génétiques, je me dis qu’il y a vraiment là, oui, une confrontation de projets et de visions. Non, les prédateurs d’enfants et de femmes, non les violeurs et les abuseurs savent parfaitement ce qu’ils font, et à ce titre, ils doivent être poursuivis et condamnés, et des établissements spécialisés doivent être construits pour qu’ils ne puissent plus ressortir sans avoir avant la garantie de leur non-dangerosité ; et pour ceux qui sortent, il faudra appliquer le bracelet électronique et les contrôles réguliers.

Je veux aussi des campagnes de sensibilisation régulières pour rappeler à tous que le corps des femmes et le corps des enfants ne sont pas des objets et ne doivent pas être l’objet justement de toutes ces formes de violence trop souvent ignorées. Et cela d’ailleurs est cohérent avec tout ce que je viens de dire.

Dans cette dernière ligne droite, où les Français vont choisir, et vont choisir, je le sais, avec sérieux, avec intelligence, avec conscience, projet contre projet, d’un côté la brutalité, et moi, je vous propose de réformer sans brutaliser la France, le voulez-vous ?

Moi, je vous propose que les valeurs boursières soient toujours derrière les valeurs humaines, le voulez-vous ?

Moi, je vous propose de renforcer les solidarités et de les réconcilier avec les libertés individuelles et l’efficacité économique, le voulez-vous ?

Moi, je vous propose de tourner le dos aux communautarismes et de défendre une République une, laïque et indivisible, le voulez-vous ?

Moi, je vous propose de lutter contre toutes les formes de discrimination parce que la France a besoin de tous ses talents, dans leur diversité et dans la diversité aussi de ce territoire et de tous les Français venus d’ailleurs qui doivent être reconnus comme les enfants légitimes de la République, et apporter à la République toute leur énergie et tous leurs potentiels, le voulez-vous avec moi ?

Moi, je veux que l’ordre juste remplace les désordres injustes, le voulez-vous avec moi ?

Je veux que la loi du plus juste remplace la loi du plus fort, je veux d’une France qui cesse de dresser les Français les uns contre les autres, je veux d’une France qui remette en avant des familles qui fonctionnent bien, une école accueillante à tous, un travail pour chacun, une révolution écologique à accomplir, la France qui revient à la table de l’Europe, la démocratisation culturelle, et la France présente à l’échelle du monde. C’est cela que nous allons construire ensemble. J’ai confiance.

La bataille est difficile, car il y a tant de déformations, tant de mensonges, tant de propos édulcorés, c’est pourquoi je suis heureuse de vous voir aussi nombreux rassemblés. Mon équipe de campagne, c’est vous dans cette dernière ligne droite. Je compte sur vous, vous avez entre vos mains, puisque vous êtes là, la responsabilité de dessiner le visage de la France de demain.

Alors on me dit, j’entends ici : mais certains hésitent encore, à faire en sorte que la République, la Nation, pourtant deux concepts bien au féminins, soient représentés par une femme. Mais moi, je leur dis : ayez cette audace. Vous voulez le changement, ayez cette audace, vous ne le regretterez pas, parce que le changement paisible, harmonieux, la force tranquille, elle est là, devant vous, je compte sur vous, vive la République, vive la France !
 
Apostrophe
Signature Ségolène Royal
 
Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Samedi 14 avril 2007 6 14 /04 /Avr /2007 15:18





Ségolène Royal adresse un message à destinations des militants mais aussi des électeurs indécis.

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Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Jeudi 12 avril 2007 4 12 /04 /Avr /2007 20:15
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Bonsoir.

Chers amis, chers amis de Lorraine, mes frères et mes sœurs, je reviens au pays. Merci à Jean-Pierre Masseret, à Michel Dinet, à Jean-Marc d’avoir organisé cette formidable réunion. Bonjour aux mille militants sympathisants, citoyens qui sont dehors et qui n’ont pas pu entrer, et qui ont simplement le son.

Oui, je reviens dans mon pays de Lorraine, et je suis ce soir particulièrement émue. Demain, je serai dans mon village, à Chamagne*, où j’ai passé mon enfance et toute mon adolescence, mon collège à Charmes*, dans ce chef-lieu de canton, Épinal pour le lycée, Nancy pour l’université. Bref, c’est pour cela que je vous appelle mes frères et mes sœurs car, sans vous, sans la Lorraine, je ne serais pas devant vous ce soir.

Je ne serais pas devant vous, parce que j’ai compris très tôt, dans ma famille, où nous étions huit enfants, huit enfants aimés par leurs parents mais où les traditions faisaient que les filles n’étaient pas destinées à aller au-delà d’un certain niveau, et si je suis ici, ce soir, devant vous, c’est grâce à l’école de la République, c’est grâce à mes professeurs du collège de Charmes*. Ce sont eux qui, les premiers, m’ont encouragée à continuer sur la voie de la réussite scolaire. Encore aujourd’hui, je revois leurs visages, ce sont eux qui m’ont le plus marquée.

Et puis les échelons ont été franchis, et jamais, lorsque je vivais mes années de Lorraine, je n’aurais imaginé être aujourd’hui, ce soir, devant vous, me battre avec vous car, ce soir, ici, dans mon pays, en Lorraine, je me bats pour gagner avec vous l’élection présidentielle. Je me bats pour gagner, comme l’a dit Jean-Pierre tout à l’heure, en femme libre et en femme insoumise, et je retiens l’enseignement de l’histoire de la Lorraine, faite de souffrances et de fierté. Je veux saluer ici le rôle des Lorrains, leurs sacrifices dans les conflits mondiaux, leurs efforts pour la reconstruction du pays. Mais je sais que je suis ici sur une terre où la souffrance a frappé des générations d’ouvriers, pour la perte de leur emploi, des conditions de travail très dures que connaissaient les mineurs, les sidérurgistes, ils avaient la fierté du travail, chevillés au corps.

Ici, battait le cœur de la France industrielle, ici, on sait ce que c’est la force du combat syndical et l’importance de la solidarité au sein du monde du travail.

On sait aussi aujourd’hui qu’il y a encore des menaces dans l’automobile, dans la sous-traitance automobile, mais on sait aussi qu’il y a des espoirs, qu’il y a des combats, qu’il y a un travail que font les collectivités territoriales, qu’il y a la position de la Lorraine, région frontalière qui travaille avec le Luxembourg, la Sarre, la Rhénanie, le Palétina*, la Wallonnie au sein de la grande région. Il y a le travail que la gauche fait au sein du Conseil régional, il y a ces batailles au quotidien pour lutter contre les délocalisations, contre les menaces qui subsistent. Il y a l’investissement dans l’innovation, dans la recherche, dans la formation, dans l’égalité des développements des territoires, dans les aides aux familles, dans le développement durable, dans le transport collectif. Et je veux saluer l’arrivée du TGV Est, le 10 juin 2007. C’est François Mitterrand qui avait lancé ce projet, c’est le gouvernement de Lionel Jospin qui en a permis le financement, et ce sont les collectivités territoriales aussi qui ont participé à ce financement.

Alors, à travers cet exemple, qui est à l’image de ce qu’est la France, une France à la fois qui souffre, mais aussi qui espère, une France qui en a assez de la désindustrialisation, et je vous le dis, demain l’État assumera ses responsabilités, demain l’Europe saura lutter, se protéger contre les délocalisations. Demain, la puissance publique sera au corps au corps avec les régions et avec les départements qui se battent tous les jours pour sauver l’emploi et pour inventer les emplois du futur. C’est l’engagement que je prends aujourd’hui devant vous car le combat contre le chômage, contre la vie chère, contre la précarité, contre les inégalités de toutes sortes constituent le cœur du pacte présidentiel que j’ai construit avec vous. Et ce projet présidentiel, il doit gagner le 22 avril prochain, et pour cela, je compte sur vous, sur votre énergie, sur votre volonté d’avancer.

Alors nous sommes aujourd’hui dans la dernière ligne droite, avant cette décision majeure qui doit définir l’avenir de la France que nous voulons, projets contre projets. Nous allons décider ce que nous voulons pour nos enfants, pour nos anciens, pour nos territoires.

J’ai entendu dans cette campagne participative ce que vous m’avez dit, je sais la France que vous voulez, et j’ai vu aussi ce dont vous ne vouliez plus, et ce que la droite propose aujourd’hui de durcir encore.

Alors, puisque nous sommes dans ce combat des projets et des idées dans la dernière ligne droite, je vais vous poser un certain nombre de questions.

D’un côté, celui de la droite, nous avons une méthode faite de brutalités, de fractures, de ruptures : la voulez-vous, cette méthode ? Moi, je vous propose de réformer avec vous la France sans brutalités. Je suis la force sereine d’un changement efficace face à une brutalité agitée du passage en force.

Du côté de la droite, que voit-on ? Une volonté de diviser les Français et de les dresser les uns contre les autres. Est-ce comme cela que vous la voyez la France de demain ? Moi non plus. Et je vous propose tout le contraire, je vous propose de la rassembler.

De son côté, il nous propose la loi du plus fort : la voulez-vous pour la France ? Moi non plus. Et je vous propose la loi du plus juste.

De son côté, il nous propose l’exercice solitaire du pouvoir qui sait tout : le voulez-vous cet exercice solitaire ? Moi non plus. Et je vous propose des réformes concertées : la démocratie participative, la VIe République, des élus qui rendent des comptes et qui accordent à chaque Français le respect auquel chacun a droit.

De son côté, il pense que la croissance passe par la précarisation. Moi, je vous propose la réconciliation entre l’efficacité économique et la protection sociale.

De son côté, il nous propose un avenir où tout s’achète, et moi, je considère que nous avons à construire une France où chacun peut construire son avenir.

De son côté, il nous propose une santé qui recule, avec les franchises médicales : la voulez-vous cette santé à plusieurs vitesses ? Moi non plus. La Sécurité sociale sera consolidée, et la création d’une cinquième branche pour la vieillesse et le handicap viendra rassurer nos anciens et ceux qui souffrent le plus.

De son côté, il y a l’inquiétude, les violences non réglées dans les cités. Moi, je veux rassurer, transmettre, harmoniser, éduquer. Je n’ai pas l’intention de m’occuper de moi-même, je veux, demain, bien m’occuper de vous, avec calme, sérénité, autorité juste et généreuse.

Voilà la France neuve que je vous propose de relever avec vous, voilà la France que nous allons construire ensemble, voilà pourquoi, pour elle, pour la France, nous devons gagner l’élection présidentielle.

Oui, enfin, le débat se clarifie. Il y a bien deux conceptions de la société, deux conceptions de l’avenir, deux formes d’exercice du pouvoir.

Pour la droite sortante, il s’agit de faire comme avant, et même en pire, en plus brutal, en moins efficace, en plus destructeur. Moi, je vous propose le vrai changement dont l’attente n’a jamais été aussi forte, je vous le propose avec des valeurs, avec de nouvelles règles, celles de l’ordre juste.

Ils veulent brutaliser la France en divisant les Français, en les montant les uns contre les autres, on le voit bien. Ils veulent opposer ceux qui ont du travail contre ceux qui n’en ont pas, ceux du secteur public contre ceux du secteur privé, les plus âgés contre les plus jeunes. Moi, je veux avec vous réformer la France en profondeur, en rassemblant tous ses talents, toutes ses énergies, ceux qui vont bien comme ceux qui sont fragilisés.

Ils veulent défendre les privilèges de quelques-uns, le bouclier fiscal pour les plus aisés, la TVA anti sociale pour tous. Moi, je vous propose le progrès pour tous et le respect pour chacun.

Ils veulent détruire notre pacte social à coups de franchises dans les remboursements de la Sécurité sociale et de la privatisation des retraites. Moi, je vous propose de refonder, de rebâtir un pacte social qui rétablisse l’équilibre de nos comptes sociaux et qui garantisse les solidarités.

Ils veulent la loi du plus fort, la loi de l’argent, où l’échec paie lorsqu’on est au sommet, et quand on a droit, comme M. Forgeard, à un parachute doré alors qu’il n’a su ni gérer ni défendre l’emploi, et que ceux qui paient cette incapacité, cette incompétence, ce sont les salariés licenciés, précarisés, humiliés.

Alors, j’en prends l’engagement ici : oui, bien sûr, la loi sera réformée. Oui, bien sûr la transparence des rémunérations des hauts dirigeants sera imposée. Oui, bien sûr, les syndicats de salariés siégeront au conseil d’administration des entreprises. Oui, bien sûr, il faudra réglementer les stock-options, et s’il y avait un peu de morale, mais peut-on parler de morale quand on constate un tel comportement, alors que l’État est actionnaire, c’est donc qu’il a donné son accord à ce qu’un dirigeant incompétent parte avec la caisse.

Alors, je vous le demande, et l’actuel candidat de l’UMP était membre de ce gouvernement quand cet accord a été donné, alors la question qui se pose : oui ou non, faut-il qu’il rende cet argent aux salariés ? Oui, il faut rendre l’argent, car, quand il y a des comportements aussi insupportables, aussi provocateurs, alors c’est la paix sociale qui est menacée. Alors on comprend que la colère gronde, alors on exige de la politique qu’elle rende des comptes et qu’elle puisse établir des règles, des droits et des devoirs qui soient les mêmes pour tous et qui ne soient pas différents pour les puissants et pour les plus modestes.

Voilà la République que je vous propose pour demain : la République du respect, la République des mêmes droits et des mêmes devoirs.

Puis, ils nous annoncent une école, livrée à la concurrence et au marché, une école qui reproduit et accentue les inégalités de départ. Je veux une école qui tienne la promesse d’égalité de la République et qui ait les moyens d’accomplir sa mission.

Ils ne comprennent pas que les inégalités injurieuses minent la valeur du travail. Moi, je veux consolider la valeur travail en accompagnant efficacement ceux qui entreprennent, ceux qui garantissent à chaque jeune le droit à un premier emploi en permettant à chaque salarié de vivre dignement du fruit de son labeur.

Je veux une France de l’égalité de traitement, où la justice n’est pas à géométrie variable. Je veux, oui, une République du respect où les lois soient les mêmes pour tous et s’appliquent à tous.

Et comme ils ne reculent devant rien pour se droitiser, et comme avec eux, tout est possible, même le pire, les voilà maintenant qui promettent de traquer le gène de la délinquance chez les moins de trois ans et qui imputent à la fatalité biologique le suicide d’adolescents dont on n’a pas su tout simplement entendre la souffrance à temps. Moi, je veux une France où aucun jeune n’est condamné d’avance, où celui qui dérape a droit à une nouvelle chance, où l’on renforce, à l’école, la présence des infirmières scolaires, des psychologues scolaires, des médecins scolaires, pour pouvoir détecter à temps et redonner de l’éducation aux jeunes qui sont en état de désespérance.

Oui, ils veulent une France fragmentée en mémoire concurrence et en communautés rivales. Moi, je tiens à la France républicaine, laïque, respectueuse de chacun et fière de sa diversité.

De leur côté, ils déstabilisent…

« On va gagner ! »

Moi, je veux des familles sécurisées, sécurisées par l’emploi, par les services publics, par le logement, à même d’exercer pleinement leur autorité parentale, et pas des familles précarisées et désignées comme démissionnaires dès qu’elles ont des difficultés.

Ils sèment la peur, la méfiance, antichambre de la haine. Moi, je veux une France de la paix civile, une France qui reprend confiance en elle, et qui, parce qu’elle est assurée d’elle-même, regarde le monde sans panique et essaie d’y faire entendre sa voix. Voilà la France que nous allons bâtir ensemble.

Ils sont la brutalité inefficace, fauteuse de désordre et d’insécurité sociale et publique. Je vous propose que nous soyons ensemble la force efficace, sereine, déterminée, qui remettra la France sur le chemin de la réussite.

Et pour cela…

« Ségo, elle va gagner ! »

Vous êtes serrés, là ! Vous avez chaud !

Et pour cela, je suis prête, solide, décidée, décidée à agir vite, car la France a déjà perdu trop de temps, et parce que les Français s’exaspèrent d’un changement qui ne vient pas ou qui prépare le pire. Les Français ont peur d’un avenir où tout devient possible, même le pire.

Je vous propose une France réconciliée, apaisée, en marche, forte parce que juste, une France qui va donner à chacun un vrai désir d’avenir et la capacité de réaliser cet avenir.

« On va gagner ! »

C’est pourquoi je vous propose de bâtir ensemble la France présidente. C’est une promesse solennelle, c’est ma façon de vous dire : avec moi, la politique ne se fera plus jamais sans vous.

Je vous ai écoutés, j’ai sillonné la France. Je suis ici avec vous, et je le redis aujourd’hui avec toute ma forte et toute ma ferveur, il y a une façon dépassée de gouverner la France, et cette façon ne marche plus. La campagne participative que j’ai voulue et à laquelle vous êtes si nombreux à avoir répondu préfigure la façon dont demain je présiderai avec les Français. C’est nécessaire pour agir juste, c’est évident pour instaurer, pour mettre fin à tout... Gardez de l’énergie pour la campagne !

La France présidente, c’est la clé de l’efficacité des politiques publiques.

La France présidente, c’est la politique élaborée, évaluée, corrigée au besoin avec celles et ceux auxquels elle est destinée, c’est-à-dire vous, les citoyens.

La France présidente, c’est ma façon de vous dire combien j’ai besoin de vous, de vos intelligences, de vos exigences, de vos générosités, combien je compte sur vous pour construire une France qui se ressemble et se rassemble. Oui, j’ai besoin de chacun et chacune d’entre vous pour remettre la France présidente en mouvement.

La France présidente, c’est… Gardez de l’énergie, sinon, nous allons être ensemble jusqu’à minuit, ce qui n’est pas pour me déplaire. Cela dit, si je ne peux pas parler, nous pouvons nous regarder, c’est aussi très agréable car je sens votre affection, votre énergie, votre enthousiasme, votre envie de gagner, votre désir de victoire, et moi aussi, je l’ai, ce désir de victoire.

La France présidente, c’est la force de l’action.

La France présidente…

« Ségo, Ségo ! »
Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Jeudi 12 avril 2007 4 12 /04 /Avr /2007 20:11
Alors, on écoute un petit peu, et après on réapplaudit, d’accord ?

La France présidente, c’est l’affirmation de la volonté politique sur les mécanismes aveugles de l’économie. C’est une France qui refuse le chantage au licenciement, la ségrégation scolaire, les précarités imposées.

C’est une France qui tiendra ferme sur cette idée toujours neuve, l’égalité réelle à construire sans relâche.

La France présidente, c’est la France de la restauration de la puissance publique et de la crédibilité retrouvée de la parole politique.

C’est la France des solidarités durables qui permettront au pays de reprendre son destin en main.

C’est la France où chacun aura une chance de conduire sa vie car ce privilège de quelques-uns doit devenir autant que faire se peut le droit de tous.

La France présidente, c’est la France qui sait que tout se tient : la lutte contre la précarisation du travail, le refus de l’écrasement du pouvoir d’achat, des salaires et des retraites que je revaloriserai.

« Et des mineurs ! »

… Et des mineurs et des retraités et des petits retraités.

La bataille pour le droit au logement, le soutien aux familles fragilisées, la fin des exclusions scolaires et des discriminations qui font injure à la République, des insécurités sociales et publiques qui frappent les plus faibles et qui inquiètent tous les autres, car, aujourd’hui, nul n’est plus à l’abri de ces violences.

La France présidente, c’est celle qui posera les mots justes sur les souffrances, mais aussi sur les espérances des Français, et notamment de tous ceux des catégories les plus populaires qui se sont éloignées en ayant le sentiment de ne compter pour rien. Alors, moi, je vous le dis, la France présidente va s’occuper de vous et vous redonnera envie de revenir prendre la parole pour construire en commun notre destin futur.

La France présidente, c’est aussi celle du donnant/donnant et du gagnant/gagnant qui fait que les uns ne gagnent pas au détriment des autres, mais que nous gagnerons ensemble les uns avec les autres, et même les uns parce que les autres.

La France présidente, c’est ma façon de dire aux Français : oui, vous allez devoir choisir, je l’ai dit tout à l’heure, entre d’un côté la France des clans, celle des puissances de l’argent, du cac 40 et du MEDEF, celle de l’État confisqué par un seul parti, l’UMP, la France des divisions et des oppositions exacerbées qui nous dressent les uns contre les autres, ceux qui ont un emploi et ceux qui n’en ont pas, ceux qui peuvent payer des retraites par capitalisation et ceux qui ne le pourront pas, ceux qui auront les moyens de se soigner et ceux qui ne les auront pas, ceux qui peuvent choisir l’école de leurs enfants et ceux qui n’y songent même pas, celle qui oppose les immigrés d’hier contre ceux d’aujourd’hui, et la liste serait sans fin. Mais ces oppositions-là, c’est une France qui ne marche pas, et c’est une France qui, tôt ou tard, explosera.

Et de l’autre côté, ce que je veux avec vous, c’est une France qui rassemble, qui mobilise ses talents, ses énergies, aujourd’hui gaspillées et gâchées. C’est la France où tout le monde tire dans le même sens, c’est celle qui relance la croissance au bénéfice de tous, c’est la France du travail pour tous et d’un métier pour chacun, c’est la France qui garantit à tous les jeunes le droit à un premier emploi, c’est la France qui donne la chance à celles et ceux auxquels aujourd’hui, on refuse leur première expérience professionnelle. C’est le contrat première chance qui débouche sur un CDI, ce sont les 500 000 emplois-tremplins que j’ai pris l’engagement de créer avec les régions, c’est l’allocation autonomie pour les jeunes en contrepartie de laquelle ils auront l’obligation de réussir leurs études. Et c’est, pour nos anciens, la garantie de la protection, la garantie de l’accès à la santé, la garantie d’une vie de famille paisible, la garantie de l’augmentation des petites retraites, la garantie du pouvoir d’achat défendu, la garantie de la qualité de vie assurée.

Et entre les deux, pour les adultes, et je pense aux salariés de plus de 50 ans, aux femmes en particulier si durement frappées par le chômage, ce sera le droit à la Sécurité sociale professionnelle, car il n’est plus acceptable que des entreprises se débarrassent de salariés de plus de 50 ans, alors que nous avons besoin de leurs compétences, de leur expérience. Demain, la Sécurité sociale professionnelle que je propose, et qui leur garantira en cas de licenciement le maintien du salaire à 90 % pendant un an, leur permettra de garder leur dignité, d’accéder à une nouvelle formation professionnelle, d’être accompagné de façon individualisée et de retrouver un emploi. C’est cela la France solidaire que je vous propose.

Et puis c’est la France du pouvoir d’achat défendu et celle qui lutte contre les abus bancaires, contre ces surtarifications bancaires insupportables et qui plongent les familles dans l’endettement. Oui, ces tarifications seront contrôlées. Oui, nous protégerons les familles contre le surendettement et contre l’endettement. Oui, nous mettrons fin à ces abus qui font qu’aujourd’hui, les banques font leurs bénéfices sur le dos des plus fragiles et des plus modestes.

La France présidente, c’est aussi celle qui investit dans la formation et dans la qualification et dans la matière grise à tous les âges de la vie. C’est celle qui tiendra pour chacun la promesse de l’égalité scolaire, je l’ai dit tout à l’heure. La France présidente prendra tous les moyens de remettre l’école au cœur de tout et en avant de tout, car l’école est le cœur battant de la République.

La France présidente apportera aux enseignants la reconnaissance du pays et les moyens d’accomplir leur mission, et la reconnaissance du respect qui leur est due.

La France présidente saura pousser chaque élève, depuis la maternelle jusqu’au baccalauréat ou jusqu’à la formation professionnelle, à donner le meilleur de lui-même, à ne pas restreindre ses ambitions, et fera en sorte qu’à chaque étape, le soutien personnalisé dont un enfant et un adolescent a besoin lui soit donné gratuitement, et cela dès la prochaine rentrée scolaire. C’est le soutien scolaire individualisé.

La France présidente, c’est celle qui prend le parti pris de répondre à la crise du logement, avec le bouclier logement inclus dans le projet, dans le pacte présidentiel que je vous propose. C’est celle qui sécurise les locataires en créant le service public de la caution, c’est celle qui est capable de tenir sa parole et de construire les 120 000 logements sociaux par an et de les répartir harmonieusement sur l’ensemble du territoire. C’est celle qui lutte contre la spéculation foncière et immobilière qui empêche aujourd’hui de plus en plus de familles de se loger dignement.

Et puis la France présidente, c’est celle qui va s’engager et qui va engager l’Europe avec elle dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour la protection de la planète.

Oui, nous allons relever le défi écologique, au lieu d’y aller à reculons, pour ne pas indisposer toutes les puissances financières, tous les lobbies du statu quo, tous les intérêts économiques qui ne veulent pas bouger. Et c’est la France qui y voit, et j’y vois une chance de développement et de bien-être, une potentialité de constructions d’emplois, comme on le fait ici, comme le fait Jean-Pierre Masseret dans la région, il y a des centaines de milliers d’emplois à conquérir dans le domaine de l’environnement, de l’écologie, du développement durable, d’une nouvelle agriculture, des énergies renouvelables, d’une autre façon d’habiter, de dépenser, de fonctionner, de consommer et de se déplacer, etc. Voilà le défi écologique que nous relèverons ensemble.

La France présidente, c’est une France qui s’engage à mettre en place de nouvelles règles du jeu, qui refonde le pacte républicain et qui remet le peuple souverain au cœur de l’action publique. C’est une France qui aura le courage de regarder la mondialisation telle qu’elle est : soit un chaos, soit une chance. Un chaos si nous laissons faire et si nous laissons aller avec un libéralisme sans foi ni loi ; une chance si nous pesons de toutes nos forces pour changer l’échange inégal qui a spolié pendant tant d’années l’Afrique, une partie de l’Asie et l’Amérique du Sud.

On sait bien que nous ne sauverons pas tout seuls, on sait bien que la France sauvera ses emplois et pourra même en créer de nouveaux, si le monde est moins inégal, si la faim et si la maladie reculent, si le savoir partagé progresse, si les cultures se mélangent et échangent.

En revanche, la mondialisation peut être un drame, un terrible drame si chacun se replie, dresse des barrières, installe des miradors à ses frontières, et si l’autre, au lieu de devenir une chance, devient un intrus, et pour finir, un ennemi. Et cette mondialisation-là, nous ne la voulons pas. Nous ne voulons pas une mondialisation abandonnée aux seules forces des marchés. A nous de construire ces digues d’un nouveau monde, à nous de construire cet idéal qui est réalisable et qui détermine aussi notre destin commun et ce que la France deviendra à l’échelle de la planète.

« Ségolène, présidente ! »

Oui, je suis convaincue que la France est parfaitement capable de tirer parti de la globalisation, et ce sera le sens de la politique internationale que je conduirai, sur le plan économique, social et naturellement culturel. La France possède les atouts et les talents nécessaires, elle a des entreprises dynamiques et innovantes qui savent s’imposer sur les marchés à l’étranger. Ces entreprises ont elles-mêmes l’appui de communautés françaises expatriées qui sont pleines de dynamisme et dont l’éloignement géographique n’a pas rompu les liens qui les unissent à leur patrie. La France est un grand pays, la France est un pays équipé pour faire face aux défis de la modernité.

Ensuite, la France n’est pas seule. Depuis 50 ans, elle a choisi l’Europe. Et je le dis ici, l’Europe doit rester la grande ambition et la grande réalisation du XXIe siècle, mais pas n’importe quelle Europe, les Français l’ont dit. Moi non plus, je ne veux pas d’une Europe qui ne serait qu’une zone de libre échange adossée à l’OTAN. Je veux encore moins d’une Europe de tous contre tous, où la compétition fiscale et sociale remplace la solidarité et dans laquelle la concurrence sert de projet de société.

L’Europe que je veux avec vous doit élever le niveau de tous les pays et de chaque individu, et non pas les abaisser. C’est pourquoi l’Europe doit se fixer comme objectif une croissance dynamique et créatrice d’emploi. Je relancerai les politiques communes sur les enjeux majeurs que nous avons à affronter. En Europe comme en France, la croissance reviendra dans l’investissement, dans la recherche, dans l’innovation, dans les énergies renouvelables, dans les transports collectifs, dans une agriculture de qualité. Une Europe doit se battre aussi pour faire émerger une politique industrielle, comme le font les grands continents émergents. Et ici, dans cette région si proche des autres frontières européennes, je sais que vous sentez très fortement cette nécessité, que vous montrez l’exemple, et je compte sur vous, je compte sur cette région pour tracer le chemin et pour montrer comment, demain, l’Europe que nous allons construire va créer des emplois et distribuer du pouvoir d’achat.

Et c’est parce que l’Europe ne doit plus s’abandonner au seul dogme de la concurrence que je proposerai à nos partenaires la négociation d’un protocole social. Les Partis socialistes européens ont avancé sur ce point avec Jacques Delors pour renforcer les droits des travailleurs, et je sais que cette idée commence à faire son chemin. Il m’appartiendra, puisque la France présidera, le 1er juillet 2008, l’Union européenne, d’accélérer la construction de cette Europe sociale qui va réconcilier les solidarités sociales et l’efficacité économique.

Puis, comment ne pas aborder, dans le cadre de ces quelques éléments de politique étrangère dont je veux vous parler ici, parce que c’est de la France qu’il s’agit aussi, et je ne vois pas pourquoi je n’en parlerais pas ici car tout se tient, je crois que c’est parce que la France retrouvera sa place et son influence sur la scène mondiale qu’elle pourra aussi d’autant mieux régler les problèmes qui sont les siens.

C’est encore avec l’Europe et les Nations unies que la France doit poursuivre l’objectif du respect scrupuleux des traités en matière de non-prolifération nucléaire. Avec équité, mais sans faiblesse, nous devons trouver les solutions nécessaires pour faire entendre raison à ceux qui mettent en danger la sécurité du monde, en violation de leurs propres engagements.

Et comme la Corée du Nord est en train de le faire, l’Iran doit accepter de revenir sur sa décision de poursuivre dans la voie du nucléaire militaire. L’Iran doit savoir, et si je suis élue, croyez bien que je lui rappellerai qu’elle ne pourra retrouver au sein de la communauté des nations la place à laquelle l’ancienneté de sa civilisation et de sa culture lui donne droit, que si elle rompt avec ce style de provocation permanente qui est devenue depuis quelque temps le dernier mot de ses dirigeants.

J’ai pris depuis longtemps, vous le savez, des positions très fermes et très claires sur cette affaire du nucléaire iranien. A l’époque, j’étais bien isolée, on s’est même moqué de mes propos. La suite, aujourd’hui, me donne raison. Vous voyez que l’incompétence internationale se transforme en compétence internationale, et j’ai dit que c’est l’esprit même des traités de non-prolifération qui se trouve bafoué par le pouvoir à Téhéran. Et j’ai dit qu’il leur faut répondre sur le même ton : puisque vous vous servez du nucléaire civil pour accéder, c’est évident, au militaire, nous voilà donc contraints d’entraver votre accès au premier pour vous barrer la route dans votre effort vers le second.

Eh bien, cette position que je crois juste, cette position qui, j’en suis convaincue, est la seule vraiment conforme à l’esprit du traité de non-prolifération, je ne vais certainement pas l’amender une fois entrée à l’Élysée, je ne vais céder ni à l’intimidation ni au chantage. Et si je refuse de céder, c’est parce que, lorsque la paix du monde est en question, c’est l’avenir de nos enfants et de la génération qui vient qui est en jeu.

J’ajoute que cette politique de fermeté, ce refus du chantage nucléaire et de la terreur, c’est aussi ce que les Iraniennes et les Iraniens eux-mêmes attendent aujourd’hui de nous : ces étudiants courageux qui bravent la dictature, ces femmes debout qui ne veulent pas plier, ces laïcs, ces intellectuels qui ne veulent pas voir la grande culture perse prise en otage par un clan, ces classes moyennes en Iran qui ne supportent plus l’idée de voir les richesses du pays, sa manne pétrolière détournées à son profit par une oligarchie étroite. Tous attendent qu’une voix s’élève pour les encourager et les soutenir, et je voudrais que cette voix soit encore, bientôt, celle de la France.

D’une manière plus générale, la France, à mes yeux, a la responsabilité particulière de veiller à ce que soient partout, à travers le monde, respectés les droits de la personne humaine. La France est le pays des droits de l’homme, la France et les Lumières, et donc les droits de la personne humaine.

Nous allons bientôt célébrer le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’homme, signée à Paris en 1948 sous les auspices des Nations Unies, et ce sera une occasion de plus de rappeler que nous avons, nous Français, autant, et peut-être plus que quiconque, le devoir sacré de ne plus tolérer les humiliations, les violences, les discriminations infligées aux hommes par d’autres hommes, tous les racismes à l’échelle de la planète.

Il n’y aura plus, si je suis élue, de bonne et de mauvaise dictature, car je ne crois pas qu’il soit dans l’intérêt de la France de se taire quand elle a le sentiment que l’essentiel, c’est-à-dire le principe même de la démocratie, est en péril. Je crois surtout que la voix de la France doit en toutes circonstances rester la voix de la France. Je crois que son message d’humanisme et d’universalisme vaut face aux guerres oubliées d’Afrique autant que face à la guerre de Tchétchénie avec laquelle nous sommes en désaccord.

Dès le 18 mai, quelques jours seulement après le résultat de l’élection présidentielle, aura lieu le sommet de l’Union européenne et de la Russie, et la France devra, ce jour-là, donner le ton. La France devra commencer ce jour-là d’appliquer le programme que j’ai annoncé le 11 février dernier à Villepinte. Ne doutez pas que j’aurai à cœur à la fois de jeter les bases d’un bon dialogue constructif avec ce grand pays qu’est la Russie, mais de ne pas oublier pour autant d’interroger mes interlocuteurs sur la situation chez eux faite à la presse libre et à ses journalistes.

La politique internationale de la France, c’est aussi, parmi bien d’autres sujets, mais celui-ci est important : l’attitude à adopter vis-à-vis des États-Unis d’Amérique. Là-dessus, soyons très clairs : les États-Unis sont nos amis, nous fûmes leurs alliés il y a un peu plus de trois siècles lors de leur guerre d’indépendance, et ils furent les nôtres au milieu du siècle dernier lorsqu’il fallut terrasser l’hydre nazie.

Ils furent la première démocratie au monde et restent par la taille la plus grande. Nous leur avons, nous Européens, transmis en retours nos idéaux de liberté, d’égalité, et surtout de fraternité entre les hommes, quelle que soit leur origine.

Mais nos destins, et nos destins aujourd’hui, je le dis très clairement, ne sont pas disjoints face à cet ennemi commun qu’est le terrorisme international, et qui peut, vous le savez, frapper aussi bien à Londres, à Madrid, à New York, et aujourd’hui à Alger. Je veux ici avec vous exprimer publiquement notre horreur et notre indignation devant les attentats ignobles et qui ont fait aujourd’hui tant de victimes.

Mais alliance sur ces questions ne signifie pas aveuglement. Être ami ne veut pas dire tout accepter de son ami, appartenir à une même famille démocratique implique, comme dans toutes les familles, que l’on sache, quand il le faut, critiquer, gronder, et même se fâcher. Et c’est vrai pour la guerre en Irak, cette tragique erreur.

Et je le dis très nettement : la France gardera son autonomie de jugement et d’action vis-à-vis des États-Unis d’Amérique. Et je ne serai pas celle qui ira serrer la main de George Bush, comme si de rien n’était, sans un mot pour nos désaccords tactique et stratégique quant à la bonne façon, par exemple, de lutter contre la contagion de l’extrémisme religieux et du terrorisme qui lui est si souvent lié.

Oui, la France agira avec indépendance et sans arrogance. Elle tiendra son cap et elle affirmera par ma voix ses principes.

Voilà, mes chers amis, ce que je suis venue vous dire ici à Metz, en Lorraine, mais je vois les amis alsaciens qui sont aussi là, je suis venue vous parler tout simplement, tout grandement de la France, de celle que nous voulons bâtir ensemble. Je compte maintenant sur chacun et sur chacune d’entre vous, dans cette assemblée chaleureuse, pour faire comprendre à votre tour l’enjeu dont il s’agit : le choix qui s’offre aux Français.

On nous dit qu’il y a encore plus de 18 millions d’électeurs indécis. Je respecte cette indécision. Je crois que les Français ont compris que ce choix était très important, qu’une page de l’histoire allait s’écrire, que ce choix allait engager la France pas seulement pour les cinq années qui viennent, mais sans doute, vous l’avez compris, avec la profondeur et la divergence des valeurs et des visions, vous l’avez compris sans doute, pour une génération.

Vous le savez aussi, ce qui va se passer dans quelques jours, ici en France, est regardé par le reste de la planète. Je veux que la France continue à porter haut ses valeurs de solidarité, de liberté, d’égalité, de fraternité, je veux qu’elle continue à montrer l’exemple, je veux qu’elle se relève et qu’elle cesse d’être tirée vers le bas. Je sais qu’elle mérite beaucoup mieux que ce qu’elle a aujourd’hui.

Alors je compte sur chacun et sur chacune d’entre vous. Allez convaincre les citoyens un par un, avec ce projet, avec cette explication, avec ce choix, avec ces enjeux, avec cette bataille, projets contre projets, idées contre idées, valeurs de construction contre valeurs de destruction. Allez faire connaître ces nouvelles règles que je vous propose, cet idéal que je veux construire avec vous.

Je vous demande de porter haut la parole que je viens de vous donner parce que, en la portant, tout simplement, vous porterez la France.

Vous êtes venus ce soir très nombreux, vous me donnez une formidable liberté, une énergie extraordinaire, cette énergie que la France attend, cette énergie dont je me sens remplie avec vous, en appui sur vous, cette énergie qui fait que je suis prête à relever la France avec vous et à la construire.

Sans vous, je ne peux rien, mais avec vous, avec ce mouvement populaire qui refuse l’intoxication par les sondages, comme si ce n’était même plus la peine de voter, alors que 18 millions de Français ne répondent pas aux sondeurs.

Eh bien nous, nous allons leur répondre, et nous allons nous mettre en mouvement. Nous l’avons, ce devoir de victoire, nous l’avons, cette exigence de réussite, je l’ai avec vous, je me bats pour gagner, je sens un souffle se lever, je sens que l’élection présidentielle doit permettre à la France de gagner, de se reconstruire, de refuser toutes les formes de violence et de brutalité, de tourner le dos au passé qui a fait tant de mal, et de choisir un avenir nouveau pour vous tous et pour toutes les générations.

Voilà ce que je veux incarner avec vous et pour vous. Voilà ce que nous allons réaliser ensemble. Voilà la force qui doit se mettre en mouvement. Voilà l’élan populaire que je sens dans le pays, et ce soir parmi vous, aujourd’hui.

Alors, la voulez-vous, cette France plus juste ? La voulez-vous, cette France plus forte ? Le voulez-vous, ce désir d’avenir ?La voulez-vous, cette victoire ?

Alors en avant. Vive la République, vive la France !
Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Mardi 20 mars 2007 2 20 /03 /Mars /2007 00:35

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Chers amis, chers collègues, élus, merci tout d’abord à François, notre premier secrétaire, de nous avoir une fois de plus donné autant d’énergie, merci à lui de nous avoir rassemblés.

Je salue les partenaires des autres partis de gauche qui nous soutiennent, Jean-Pierre et Jean-Michel, merci de leur présence.

Tous les élus socialistes, républicains, citoyens, rassemblés à l’initiative de Dominique Strauss-Kahn et de Claudy Lebreton, merci à vous, pour les avoir, au cours des mois et des années qui viennent de s’écouler, animés et encouragés.

Merci à Marylise d’avoir animé cette journée, et à vous tous ici présents.

Oui, je suis heureuse de vous voir aussi nombreux et nombreuses en ce dimanche, vous les piliers de la République et les inventeurs au jour le jour de la Nation.

Notre rassemblement ici, à la Porte de Versailles, n’est pas une réunion publique comme les autres, ni un rendez-vous de plus, il a une valeur et une densité toute particulière, parce que vous êtes venus de tous les territoires qui forgent notre destin commun. Parce que souvent, vous avez fait un long chemin, et même un très long voyage si j’en juge par la présence de tant d’amis des Outre-Mer.

Parce que, à travers vous, je veux parler de la France et m’adresser aux Français, et à travers les 5 000 élus ici présents, c’est aux 500 000 élus sur tout le territoire national auxquels je pense à ce moment.

Merci du fond du cœur pour votre parrainage.

Plus de 4 000 signatures sont arrivées au Conseil constitutionnel.

Je sais ce que je vous dois. Je sais ce que je dois à mon parti, je sais ce que je dois aux militants.

Car si je suis ici devant vous, c'est d’abord parce que je suis une des vôtres, conseillère municipale, conseillère générale, parlementaire pendant quatre mandats successifs, présidente de la région Poitou-Charentes, reprise à un ancien Premier ministre.

Oui, je suis des vôtres, et je connais comme vous les grandeurs et les servitudes du mandat d’élu, la noblesse aussi de cet engagement, ce qui fait qu’au jour le jour, nous sommes confrontés aux difficultés, aux souffrances, aux précarités, aux injustices, mais c’est ce qui fait aussi qu’au jour le jour, nous nous battons pour que la France aille mieux.

Je ne suis pas candidate pour reconduire le désordre des choses, mais au contraire, pour bâtir une France juste et forte.

Je ne suis liée à aucun groupe de pression, à aucun pouvoir d’argent.

Le pacte présidentiel, il a pour objectif de faire ce que vous faites tous les jours sur vos territoires, c’est-à-dire de répondre aux urgences d’abord de la vie quotidienne des Français et des Françaises, mais c’est aussi de préparer le pays aux défis du futur. C’est la mission que vous vous donnez, c’est la mission que je me donne, et c’est sur la victoire sur ces bases que nous devons conquérir et gagner ensemble.

Vous qui êtes des élus du suffrage universel, vous qui consacrez votre vie au bien public, vous savez que c’est le désintéressement qui fait les grands desseins, c’est-à-dire à la fois les grands projets et les grands progrès.

Ce dévouement et ce désir de changement que vous mobilisez dans vos communes, dans vos cantons, dans vos régions, dans vos départements, dans vos villes, dans vos circonscriptions, je les veux pour la France. C’est la beauté de l’engagement politique, c’est la noblesse du combat collectif et c’est le sens de notre combat commun. Et je le ressens au fond de moi chaque jour un peu plus, c’est bien ce qu’attendent les citoyens.

Je voudrais même vous dire que la réponse aux tumultes de la mondialisation, qui nous inquiètent tant, c’est le raccrochement aux territoires, ce sont les racines solides, celles qui permettent de se lever et de se tourner sans peur vers les autres et vers le vaste monde. Je veux réconcilier le local et le global, et ce sera tout le sens des réformes institutionnelles efficaces, et c’est tout l’objectif de la République nouvelle que j’appelle de mes vœux et qui est portée par le pacte présidentiel, cette République nouvelle dont vous êtes les acteurs à l’avant-garde, cette République nouvelle, nous la réussirons, et lorsque nous l’aurons réussie grâce au vote des Français dans un référendum populaire, institutionnel, refondateur de notre République, ancrée sur ses traditions mais en même temps tournée vers le futur, ancrée sur ses territoires, farouchement accrochée à ses identités et à ses diversités, et en même temps ayant la capacité d’inventer la France qui se relève, alors oui, ce sera notre 6e République, et c’est à celle-là que je vous invite, et c’est celle-ci que nous construirons ensemble.

Cette 6e République, elle est prête. Elle s’appuie sur votre travail.

Ce travail qui a été animé par nos présidents de groupe à l'Assemblée nationale et au Sénat, Jean-Marc Ayrault et Jean-Pierre Bel. Elle s’appuie, vous y avez tous contribué, elle va s’appuyer sur quatre piliers nouveaux.

D’abord une démocratie parlementaire revivifiée qui va mettre fin au cumul des mandats.

Ensuite, une démocratie sociale, qui va faire faire à la France un bond dans le futur, en modernisant le dialogue social, en faisant en sorte que les organisations de salariés soient enfin respectées dans notre pays et contribuent au nouveau pacte que je veux nouer avec les entreprises pour prouver que l’on peut concilier la solidarité, les sécurités au travail, la valeur du travail, mais aussi l’efficacité économique et la conquête de ce qu’il y a de mieux dans la mondialisation.

Le troisième pilier, c’est la démocratie participative, celle que vous pratiquez tous les jours. Et c’est bien parce que depuis des années, je suis une élue locale que j’ai compris comme vous que la France a changé, que le monde a bougé, et donc que la politique doit changer en s’appuyant sur l’intelligence des gens, sur leur volonté de participer aux décisions qui les concernent, parce qu’ils sont les meilleurs experts de ce qu’ils vivent, de ce qu’ils sentent, de ce qu’ils attendent, de ce qu’ils espèrent, non seulement pour eux-mêmes mais aussi pour la génération qui se lève, afin qu’à son tour, cette génération qui se lève puisse espérer un meilleur avenir et transmettre à la génération suivante aussi le goût du risque, celui d’entreprendre, mais la ferme conviction que c’est en prenant le goût du risque, qu’en arrivant à conquérir le goût d’entreprise que nous pourrons au mieux le faire si nous assurons les solidarités de base, le maintien des services publics sur tout le territoire, l’accès à la santé.

C’est cela que nous ont dit tous les Français dans les réunions participatives qui m'ont aidée à construire avec vous le pacte présidentiel avec lequel nous nous battons aujourd’hui pour nous acheminer vers la victoire.

Le quatrième pilier de la 6e République, c’est la démocratie territoriale.

Oui, nous allons accomplir une nouvelle étape, reprendre le flambeau de Pierre Mauroy, mais pas dans une décentralisation ratée et confuse, à tel point confuse comme la droite la fait que le mot même de décentralisation a perdu tout son sens et toute sa valeur. C’est pourquoi nous mettrons en place une loi sur les intelligences territoriales au sens large, ce que j’appelle la régionalisation, non pas au sens de régions administratives, mais au sens de régions territoriales, et je le ferai parce que je crois que c’est là que se trouve le véritable cœur de la réforme de l'État. Nos concitoyens attendent que nous dépensions avec sagesse les fonds publics. Ils connaissent l’état de déficit dans lequel la droite laisse la France. Ils savent que ce sera difficile. Ils attendent donc de nous des dépenses publiques mieux organisées, un euro dépensé : un euro utile.

Ils attendent une clarification dans la répartition des compétences. Je veux faire confiance aux territoires, aux communes, aux départements, aux régions, aux agglomérations, aux communautés de communes. Chacun aura sa tâche à accomplir.

Nous mettrons fin aux superpositions, aux doublons, à toutes les formes de gaspillage. Il faudra de la discipline et de la rigueur pour cela.

Je connais les difficultés. Je sais comment, dans ces financements croisés, dans cette complexité territoriale, chacun cherche à se mêler de tout, dans une sorte de confusion dans laquelle personne ne se reconnaît. Les citoyens ne veulent plus de cela.

C’est ce qui permet à certains candidats de proposer de supprimer les départements. Non, je ne supprimerai aucun échelon. En revanche, parce que cela conduirait à une forme de pagaille administrative et nous perdrions des mois de temps utile pour faire les réformes efficaces et rapides, non, mais en contrepartie, chaque collectivité territoriale, dans une réforme fiscale, recevra les moyens justes d’exercer ses responsabilités sans être obligée de se livrer à une fuite en avant vers les hausses fiscales. Il y aura de la justice dans la répartition des ressources fiscales et il y aura de la justice dans la péréquation entre les territoires, pour que les citoyens puissent comprendre comment l’on peut concilier les identités et les intelligences territoriales avec la certitude que les conditions de la réussite scolaire, de l’accès à l’emploi, de l’accès à la santé, de l’accès aux services publics soient équitablement garanties sur l’ensemble des territoires, car il n’y a pas d’incompatibilité, au contraire, entre un État fort, assumé et assuré de ses responsabilités, garant du lien social à l’échelon national, et des collectivités territoriales et des élus qui assument toutes leurs initiatives, tous leurs talents, tout leur pouvoir d’action parce qu’ils savent qu’ils pourront s’appuyer sur cet État fort qui leur garantira l’égalité de développement sur le territoire, où qu’ils se trouvent, quelles que soient les conditions initiales, et surtout en donnant davantage aux territoires qui en ont le plus besoin.

C’est donc à une tâche immense à laquelle je vous appelle. C’est vous, si les Français en décident ainsi, qui serez au premier rang de l’application du pacte présidentiel que je vous propose, appuyé sur ses sept piliers, ses sept priorités que sont la valeur travail, la lutte contre la vie chère, la confiance retrouvée, l’excellence environnementale, la lutte contre toutes les formes de violence, le fait que la France revienne à la table de l'Europe et le fait que la France retrouve sa place dans le monde et son message universel tant attendu.

C’est vous qui aurez cette tâche, et il nous faudrait un nouveau pays pour dire les nouveaux Hussards de la République que vous êtes aux côtés des enseignants, oui, c’est vous qui allez être au premier rang, et je compte sur vous, non seulement pour conquérir la victoire, mais après pour la transformer dans ce pacte présidentiel qui permettra à une France neuve de se relever.

Nous écrivons aujourd’hui ensemble une belle page de l’histoire de France. Un nouvel espoir s’est levé à gauche, comme une vague en formation qui ne demande qu’à grandir. La volonté et le courage permettront d’aller chercher toutes celles et tous ceux qui pensent ne compter pour rien et qui ne savent plus de quoi demain sera fait.

Nous sommes en train de tracer ce chemin, de construire ce renouveau, nous accélérons aujourd’hui le mouvement de ce nouvel élan partagé. Je vous demande aujourd’hui encore de vous tourner, à 35 jours du premier tour de l’élection présidentielle, de vous tourner résolument vers les Français, de nouer avec eux un nouveau dialogue pour que chacun se sente pris en considération et revienne vers les urnes, pour redresser la France, la retirer vers le haut, pour mettre fin à cet insupportable vécu du déclin et du pessimisme. Oui, chacun doit être appelé à se remettre en marche. Aucun talent ne doit être gaspillé, aucune chance oubliée, aucune bonne volonté écartée.

Ce que je veux déclencher dans cette dernière ligne droite de la campagne, c’est un sursaut collectif, un élan à la dimension de l’espoir qui se lève, un dépassement de soi et de chacun. Oui, il s’agit de transformer l’espoir en dépassement, en donnant du bonheur, et parfois même de la ferveur, comme on le voit parmi ces milliers de gens qui viennent dans des salles pleines à craquer parce qu’ils veulent incarner ce mouvement vers le haut qui nous conduira vers la victoire.

C’est vous, élus, militants, c’est vous les élus qui avez accéléré ce mouvement en mobilisant autour de vous. C’est vous qui avez été aussi poussés par les citoyens autour de vous, par le peuple qui est déjà en marche. C’est vous qui êtes en train de donner à toutes celles et à tous ceux qui veulent une nouvelle histoire la force d’y croire.

En m’apportant vos parrainages comme vous l’avez fait, cela me donne l’immense responsabilité de ne pas décevoir toutes celles et tous ceux qui espèrent.

L’élection présidentielle va à l’essentiel, la possibilité pour chacun de choisir son destin et de le maîtriser dans les turbulences du monde d’aujourd’hui.

Oui, la France peut reprendre la main. Oui, elle peut croire suffisamment en elle, renouer avec le meilleur de son histoire, se projeter à nouveau dans l’avenir pour construire un destin commun, car les questions que se posent les Français, nous les connaissons : la pauvreté et la précarité sont-elles une fatalité ? Non.

Ces risques inédits, ces inégalités qui se creusent, ces fragilités qui déstabilisent même ceux qui se croyaient à l’abri, est-ce là le visage inéluctable de la modernité ? Assurément pas.

Ces jeunes qui désespèrent de pouvoir vivre un jour de leur travail, ces salariés qu’on pousse vers la sortie bien avant l’âge de la retraite, ces familles qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, à se loger correctement, ces petits retraités qui ont la hantise de ne plus pouvoir se faire soigner et de ne plus pouvoir transmettre à leurs enfants et à leurs petits-enfants les valeurs auxquelles ils tiennent, ces familles qui s’endettent pour faire face aux dépenses courantes, est-ce cela la condition promise aux millions d’ouvriers, d’employés, de salariés, d’artisans, de commerçants, de petits agriculteurs, de retraités, qui forment l’immense majorité du peuple français ? Je ne le crois pas et je ne le veux plus, et vous non plus, vous ne le voulez plus.

Si les problèmes qui se posent ne sont ni de droite ni de gauche, il y a bien des façons de gauche d’y répondre.

Être à gauche, c’est garder au cœur une révolte intacte ; être à gauche, c’est mettre le progrès social au cœur de toutes les décisions politiques, le progrès social pour tous et le respect pour chacun ; être à gauche, c’est l’éducation au cœur de tout, encore l’éducation, toujours l’éducation. L’éducation qui, avec la formation et les qualifications et la culture, c’est-à-dire l’investissement dans l’humain nous permettra de combattre le chômage et d’affronter le vaste monde.

Je veux non seulement incarner ce changement mais le construire avec vous. La politique doit partir, comme vous le faites tous les jours sur vos territoires, la politique doit partir de la réalité de la vie des gens, être attentive aux leçons que le peuple donne, comprendre que le citoyen est le mieux placé pour faire le diagnostic de ce qu’il vit et pour dire au nom de quelles valeurs nous devons agir.

La France doit donner à chacun les moyens de prendre effectivement son existence en main. Voilà pourquoi les libertés individuelles appellent des solidarités et des garanties collectives à construire. N’ayons pas peur, puisons ces idées neuves, comme nous l’avons fait, dans la vie quotidienne du peuple français, dans ses souffrances, dans ses difficultés, mais aussi dans ses talents et dans ses formidables réussites.

Oui, avec vous, la France doit saisir toutes ses chances et se redresser, et nous savons bien, nous ici, qu’elle mérite beaucoup mieux que ce qu’elle a. Je veux lui donner, à la France, cette fierté sans prétentions inutiles qui l’aidera à rassembler ses forces et à écrire avec tous, tous les siens, une nouvelle page de son histoire.

La France, je la vois comme vous, au contact des territoires, créative, innovante, mais bridée de trop de lourdeurs et de méfiances, fragilisée par un État qui se désengage et qui devra, demain, j’en fais le serment, assumer toutes ses responsabilités dans le cadre d’une autorité juste. Je la sens, cette France, souvent en avance sur ceux qui la gouvernent et qui se plaignent injustement de son immobilisme.

Les Français, je le crois, sont prêts aux réformes, mais ils ne veulent pas consentir aux décisions qu’on leur impose sans les y associer. Ils ne sont pas partants pour des efforts qui pèsent toujours sur les mêmes.

Conduire une politique efficace et juste, c’est apporter la garantie permanente, au jour le jour, du recul des inégalités, des précarités et des insécurités, parce que c’est aussi comme cela que le pays sera plus fort dans la compétition internationale.

On nous répète que le pouvoir échappe à la Nation, que la volonté politique peut de moins en moins, que ce n’est plus l'État providence mais l'État minimal, faiblement protecteur, qui serait dans le sens de l’histoire. Je crois, moi, tout le contraire. Je crois que la politique doit prouver jour après jour son efficacité, et c’est pourquoi je vous propose une autre façon de gouverner, qui repère les vrais problèmes, qui apporte des solutions concrètes, qui dit au nom de quelles valeurs nous agissons et qui transfère vers vous les responsabilités opérationnelles pour répondre au plus vite aux attentes de nos concitoyens.

On nous a raconté aussi que la mondialisation avait disqualifié la Nation, et que l’aspiration croissante à l’autonomie individuelle, à la fuite vers le chacun pour soi se ferait forcément au détriment du collectif. Je crois, moi, tout le contraire. Ce sont les solidarités collectives qui nous rendront plus forts. La Nation n’est pas le monopole de la droite, et encore moins de l’extrême-droite. La Nation, elle tient debout parce que les solidarités sont là, parce que la lutte contre les injustices est là, et parce que nous saurons nouer avec les Français ce pacte social qui nous fera tenir debout ensemble, avec nos différences, avec nos talents, mais aussi avec notre volonté collective d’aller de l’avant dans une nation rassemblée et fière d’elle-même. Oui, ma conviction est là. C’est en restant fidèles aux valeurs de justice, de solidarité et de laïcité que nous pourrons résister le plus efficacement aux vents mauvais d’un libéralisme sans foi ni loi, des communautarismes de toutes sortes, et que nous réussirons à saisir ensemble les opportunités d’une mondialisation qui porte en ses flancs le pire et le meilleur. Le meilleur si elle réussit notamment à réduire les inégalités entre les pays du Nord et les pays du Sud, selon que nous saurons en faire.

Eh bien moi, je veux pour la France que ce soit le meilleur qui l’emporte !

Imaginer la France, c’est la tâche nouvelle que je vous propose. Car ne lui renvoyer que l’image de son déclin et la sommer sans cesse de renoncer à son exception, à son modèle, de lui dire qu’il faut qu’elle se banalise pour s’en sortir, et de s’aligner sur les pays où, paraît-il, le marché sans entraves pourvoirait au bonheur de tous, tout cela, c’est rendre un bien mauvais service à la France, et c’est attiser l’exaspération des Français. C’est à cette façon de faire qu’il faut mettre fin. Je crois qu’il y a beaucoup à corriger dans le fonctionnement de nos systèmes de solidarité, mais pas pour les amoindrir, pour les rendre plus efficaces.

Je crois que nous devons imaginer l’ambition d’une France économiquement dynamique et socialement plus solidaire, car l’un ne va pas sans l’autre.

Oui, imaginer la France, c’est à cela que je vous invite, car elle s’est beaucoup transformée, diversifiée et colorée, sans encore admettre totalement ce qu’elle est devenue. Nous devons en tirer parti et fierté. La France doit enfin reconnaître comme ses enfants légitimes tous ces jeunes dont les familles sont venues d’ailleurs et qui sont aujourd’hui des Français à part entière, quoique toujours exposés aux discriminations.

Et la lutte pour l’identité des territoires ruraux qui font souvent moins de bruit et qui pourtant n’en subissent pas moins de souffrance, cette lutte là fait partie aussi de la reconnaissance de la diversité de la France, et je ratifierai la charte des langues régionales, parce que cela fait partie de nos diversités, et c’est cette France diverse, colorée, multiple, rassemblée dans le potentiel de tous ses talents que nous réussirons à réunir, en refusant d’opposer les uns aux autres et de se sentir menacés par les uns ou par les autres. Non, c’est la diversité qui nous rend forts, c’est la diversité qui fait notre unité, c’est la fidélité à nos valeurs et à nos territoires qui nous permet d’avancer en étant bien au clair sur ce qui nous rassemble et en étant plus forts pour regarder vers les autres, car c’est en relâchant ou en atténuant nos racines que souvent cela nous pousse à nous replier sur les individualismes, celles qui détruisent le collectif ou à avoir peur du vaste monde et de la mondialisation.

Nous devons réunir cela, je l’ai dit tout à l’heure : le local, la fierté de nos liens sur le territoire et sur nos cultures diversifiées, et le global parce que nous regarderons tous ensemble, avec notre force commune, la meilleure façon de réduire les écarts entre les pays riches et les pays pauvres.

Et nous savons bien, nous la France, que si nous réussirons à nouer des liens avec l’autre rive de la Méditerranée, et en particulier vers l’Afrique, nous savons bien que c’est comme cela que nous serons plus forts ensemble, et que le message universel de la France sera à nouveau compris, entendu, respecté et porté.

Chaque maire rural, là où il se trouve, lorsqu’il noue un jumelage avec un autre village d’un pays plus pauvre que le nôtre, il construit un ordre mondial plus juste, et je compte aussi sur vous pour cela, car nous réformerons en profondeur les aides au développement, et je demanderai aux communes, aux départements, aux régions de nouer des partenariats de proximité, des circuits courts, et vous en aurez les moyens, parce que je crois que c’est le moyen le plus efficace de lutter contre toutes les formes de gaspillage, et de détournements de fonds publics, contournant des régimes corrompus qui font que l’argent public ne va pas directement aux populations qui en ont le plus besoin. Je compte sur vous pour réussir cet ordre mondial plus juste, sans lequel nous n’avons pas de destin commun.

Ce n’est jamais quand elle oublie ses valeurs, mais bien quand elle les prend au mot et qu’elle reste fidèle à elle-même, que la France peut aussi, au-delà de ses frontières, parler de l'Europe et à l'Europe, parler du monde et au monde, car la Nation, pour la gauche, est indissociable d’une perspective plus large.

Nous sommes de ce pays, la France, qui vota la liberté du monde, où l’on fit une constitution en pensant à l’univers entier. C’est donc en donnant au peuple l’exemple et le signal de la justice et de l’humanité que la France se ressemble et se rassemble.

Regardons l’histoire : c’est toujours quand le peuple s’empare de son destin que la France avance et bâtit un nouvel avenir.

Aujourd’hui, nous le sentons, je sens que le peuple français s’y est mis, et que ce mouvement va se lever.

Nous sommes portés par un mouvement populaire, généreux, heureux, qui sent que nous sommes portés par une cause plus grande que nous.

A travers vous, je lance aujourd’hui un appel à tous les Français, hommes et femmes de notre pays : rassemblons-nous, mobilisons-nous, aidons-nous les uns les autres à servir la France. Imaginons ensemble une France qui aura le courage d’affronter les mutations sans renoncer à son idéal de liberté, d’égalité et de fraternité.

Pour un ordre juste et contre tous les désordres injustes qui frappent les plus faibles, pour des énergies positives qui rassemblent et des libertés nouvelles à inventer, mettons-nous encore plus fortement en mouvement. Je vais continuer avec vous, comme je l’ai fait maintenant depuis plusieurs mois, et encore quelques semaines, avec la force de nos convictions et pour unir toute la gauche dans sa diversité et pour rassembler une majorité de Français dans un même désir d’avenir et de changement profond. La campagne sera victorieuse si nous le méritons.

Vous connaissez mon attachement à ces valeurs sur lesquelles je viens d’insister. La campagne sera victorieuse si nous y travaillons jusqu’au bout, avec l’exigence d’écoute, des réformes précises et crédibles que vous avez entre les mains et que vous avez bâties avec moi dans ce pacte présidentiel, c’est pourquoi je parle de pacte, et non pas de programme et de projet, parce que ce pacte, il m’engage, je donne ma parole pour le réaliser, mais il vous engage aussi puisque vous y avez participé et vous m’avez aidée à le construire, et il engage tous les Français, parce que la France se relèvera en étant en appui sur leur énergie et sur leur volonté d’aller de l’avant, et sur la conviction de la parole politique sera tenue, et que c’est grâce à eux que la France pourra changer et continuer à aller de l’avant et préparer un meilleur futur à la génération qui se lève.

Alors, c’est sur cela que je compte.

Les réponses que nous apportons aux inquiétudes des catégories populaires, et en particulier la lutte contre toutes les formes d’insécurité et de violences dont souffrent d’abord les plus exposés, et qui attendent de nous que nous accomplissions notre tâche et que l'État fonctionne enfin correctement.

Vous m’avez, au cours de ces déplacements, de ces milliers de réunions sur vos territoires, et qui vont désormais s’accélérer, vous m’avez, par votre présence et parce que vous avez mobilisé dans les salles des milliers et des milliers de citoyens, nombreux sont ceux encore parmi eux qui hésitent, qui doutent, qui attendent, qui espèrent, qui comparent. C’est donc un moment précieux qui va se dérouler, un moment intense, un moment fait de plein d’intelligence, nous devons être à la hauteur de l’intelligence des électeurs qui veulent que cette élection serve à quelque chose, qui veulent comprendre, qui ne veulent pas se faire avoir, qui veulent que leur voix soit méritée.

C’est à nous, c’est à moi de mériter avec vous chaque voix qui va venir dans l’urne et qui va dire : nous voulons une autre France, nous voulons une France neuve, nous voulons une France qui se relève et qui aille de l’avant.

Oui, vous m’avez donné toute cette force, et je vous demande de continuer à me la donner, parce que je veux mettre cette force au service de notre idéal commun pour faire gagner la France.

A nous de mettre la vérité en bataille. Des millions de Français attendent que l’on mette fin à ces politiques de rupture, de fracture, d’insécurité, de précarité.

Alors je vous le demande : tournons-nous vers eux, donnons-leur confiance, méritons-les, oui, mettons la vérité en bataille pour faire gagner la France. Vive la République, vive la France !

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Mercredi 14 mars 2007 3 14 /03 /Mars /2007 00:38

La rencontre des Mille"La rencontre des mille" qui se tenait lundi soir au gymnase Japy réunissait autour de Ségolène Royal des personnalités culturelles et scientifiques. Parmi eux, Gérard Miller, Edwy Plenel, Marriane James, Pierre Bergé, Rachida Khalil, Benjamin Stora, Charles Berling, Emmanuelle Béart et Jeanne Moreau et tant d'autres personnalités du monde scientifique, économique, artistique et culturels étaient présentes.

 

Pour voir la vidéo : cliquez ici

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Dimanche 4 mars 2007 7 04 /03 /Mars /2007 08:24

SRMC Ségolène Royal affirme que la dissuasion nucléaire doit être "maintenue à son seuil de crédibilité". La dissuasion est "au coeur de notre dispositif de défense".

"Je n'ambitionne pas de rivaliser" avec les Etats-Unis ou la Russie dans le domaine nucléaire, ajoute-elle en indiquant qu'elle se limitera à la "stricte suffisance".

Elle précise aussi que les "programmes de simulation remplaçant les essais nucléaires seront poursuivis", ainsi que le "renouvellement des vecteurs aériens et sous-marins, de même que la livraison du sous-marin lance engins de nouvelle génération".

"Je lancerai très vite un chantier de réflexion" pour "préparer les choix de la dissuasion de l'après-2015".

La candidate socialiste souhaite que le Parlement soit associé au contrôle des opérations militaires extérieures :"Je n'engagerai qu'avec discernement nos armées dans des opérations extérieures. Certaines sont indispensables pour préserver la paix, empêcher les affrontements meurtriers ou contribuer à l'exécution des décisions des Nations unies, mais j'associerai le Parlement au contrôle des opérations extérieures. De même, en ce qui concerne les exportations d'armement, les parlementaires regroupés dans un cadre approprié recevront des informations complètes et actualisées sur ces ventes et se verront faciliter l'accès aux directives et décisions relatives au contrôle des exportations".

"Nos opérations extérieures doivent être acceptées à la fois par les populations concernées et par les Français. Elles ne sont acceptables que si elles sont au service d'une politique juste et ont pour objet le rétablissement de la stabilité et de la paix".

Ségolène Royal réaffirme qu'elle maintiendra l'effort budgétaire pour la défense au niveau actuel, soit 2% du produit intérieur brut (PIB).

"Le budget actuel" s'élève à "2% du PIB" et "j'entends le maintenir car les menaces ont changé mais pas disparu. Nous ne pouvons nous en remettre à d'autres du soin de nous protéger, car je sais que la liberté a un coût", mais "à l'intérieur de cet effort" des "redéploiements nécessaires" seront opérés.

Ségolène Royal : discours sur la défense nationale

 

 

 

Pour voir la vidéo du discours: cliquez ici

 


Allocution de Ségolène Royal :

Le souci de la Défense nationale est au cœur même de la fonction présidentielle. C’est sur la détermination du Président de la République que repose la crédibilité de notre dissuasion, ultime garantie de la paix. Il est donc naturel que le débat sur l’avenir de notre défense se noue, au moment où les Français sont invités, lors de l’élection présidentielle, à faire connaître leur volonté.

La défense conditionne la pérennité de la nation, sa capacité à faire respecter sa liberté, la manière dont elle entend, avec ses partenaires européens, construire une communauté de destin.

La défense doit être l’affaire de tous. Chacun doit pouvoir comprendre pourquoi nous avons besoin d’une défense et ce que nous devons attendre de la politique de défense. C’est sur une vision claire de ces enjeux que peut se construire la meilleure des défenses : celle qui s’enracine dans la confiance des citoyens.

Quels sont ces enjeux, aujourd’hui et demain ?

L’histoire nous enseigne que le plus grand danger est toujours d’apprécier les menaces d’aujourd’hui avec les moyens d’hier. L‘effort de défense suppose une capacité d’anticipation.

Le monde d’aujourd’hui ne ressemble nullement à celui qui nous avait été promis à la fin des années quatre-vingt, quand le rideau de fer qui séparait l’Europe s’est brisé. Ni la fin des antagonismes, ni l’épuisement des rivalités Est-Ouest dans le monde n’ont accouché d’un monde tranquille. Les guerres qui ont suivi la disparition de l’URSS ont été plus nombreuses et au total aussi meurtrières que celles de la guerre froide.

C’est pourquoi j’entends, à partir de l’analyse des menaces d’aujourd’hui, maintenir et adapter notre effort de défense, appuyé sur une confiance renouvelée entre les citoyens et la défense.

I - Les menaces d’aujourd’hui

Le réveil des nationalismes, la crise ouverte du Proche et du Moyen-Orient, l’âpreté de la compétition pour les matières premières et l’énergie, demain sans doute les conflits pour l’accès à l’eau, le réchauffement climatique et le creusement des inégalités Nord-Sud dessinent un univers dangereux, où la paix doit relever de nouveaux défis. Mais ce sont la prolifération, le terrorisme et les nouveaux désordres du monde qui constituent les menaces les plus tangibles.

1. La prolifération

La prolifération concerne les armes nucléaires, chimiques, biologiques, ainsi que les moyens balistiques.

La prolifération nucléaire est la plus inquiétante. La communauté internationale, depuis le Traité de non prolifération, a pu contenir, à quelques exceptions près, ce mouvement préoccupant. Mais cet effort est mis à l’épreuve aujourd’hui, malgré les signes encourageants sur la Corée du Nord.

L’accès de l’Iran à l’arme nucléaire et à ses vecteurs serait un signal redoutable. Nous sommes à un tournant : le principe de non-prolifération est mis à l’épreuve. La France doit faire le choix d’une fermeté sans faille pour que l’Iran, qui a signé le traité de non prolifération nucléaire, adopte un comportement de membre responsable de la communauté internationale et se soumette aux contrôles de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Car si cette limite était franchie, l’avalanche des conséquences et de la nucléarisation ne pourrait plus être arrêtée.

En tout état de cause, le risque de prolifération, de développement d’armes de destruction massive, nucléaires, bactériologiques ou chimiques, associées à des vecteurs balistiques ou des missiles de croisière, forme un tableau des menaces d’aujourd’hui, qui n’ont plus grand chose à voir avec celles de la guerre froide.

2. Le terrorisme

De la même façon, le développement du terrorisme fait partie des risques que doit résolument affronter la France.

Je n’entends pas mettre mes pas dans ceux de l’administration américaine, qui semble faire du terrorisme une menace de même nature que celle des conflits Est-Ouest d’hier. Ce n’est pas le déploiement inconsidéré de la force à travers des opérations préventives unilatérales qui réduira cette menace. La réponse doit être aussi politique et tiendra dans la nature des relations que nous établirons avec le monde arabo-musulman. Il faudra assécher le terreau des rancœurs et des humiliations sur lequel prospèrent les intégrismes et les terrorismes. Comme je l’ai dit le 11 février dernier en présentant mon Pacte présidentiel, notre politique étrangère liera étroitement le souci de la justice à l’égard du peuple palestinien et son droit à un Etat viable, et celui de la sécurité à laquelle a légitimement droit le peuple israélien.

Mais nous devons voir le monde tel qu’il est. La France pourra nouer une véritable alliance pour le progrès avec les pays de cette région, faisant le pari de la modernité, au service de la justice économique et politique. Mais elle ne pourra pas faire l’impasse sur les rancœurs que cette politique pourrait soulever dans les milieux intégristes hostiles à toute ouverture, et acharnés à creuser le fossé entre le Sud et le Nord.

Nous devons être prêts à faire face à toute menace terroriste d’ampleur visant la France, ses approvisionnements, mais aussi ses réseaux d’électricité, d’eau potable, de transports, de télécommunications…

Notre système de défense doit être préparé à protéger les Français contre les risques d’attentats.

3. Le désordre du monde

Le désordre du monde et le déséquilibre des forces génèrent un univers instable.

Le monde n’est pas plus sûr après l’intervention américaine en Irak : le terrorisme fanatique a trouvé de nouveaux renforts, la guerre civile fait rage, l’unité de l’Irak compromise menace toute la région, le leadership iranien pose de nouvelles questions, au Liban comme en Palestine.

Le monde n’est pas plus sûr en Afrique, même si des conflits pendants depuis des années ont trouvé récemment une issue. Le drame du Darfour, la situation en Côte d’Ivoire, nous rappellent que nous n’avons pas droit à l’indifférence. Et la pauvreté qui s’aggrave est source de fortes menaces, de déplacements massifs de populations, de migrations de la misère. L’aide au développement est le plus sûr chemin vers la paix.

En Asie, les tensions entre l’Inde et le Pakistan ne sont pas apaisées, la stabilité de l’Afghanistan n’est pas assurée et le Japon et la Chine s’inquiètent de la recherche d’un nouvel équilibre en Extrême-Orient.

En Europe même, nous devons rester vigilants face aux risques de résurgence des passions dans les Balkans ou aux lisières de l’Union européenne.

Le traitement des crises par l’Organisation des Nations Unies, qui est la règle, est biaisé par le fait que seule une puissance, les Etats-Unis, est capable de projections de forces où que ce soit dans le monde, même et y compris sans l’accord du Conseil de sécurité.

La France et l’Europe sont attachées au multilatéralisme. Puissances militaires mais sans ambition impériale, elles entendent contribuer à la sécurité collective fondée sur le respect du droit international.

Cette situation invite à un effort de défense adapté aux réalités d’aujourd’hui et de demain. Nous ne pouvons nous contenter de perpétuer des programmes conçus dans un contexte devenu obsolète. Nous ne pouvons pas faire l’économie d’une réévaluation permanente de nos moyens, en fonction des menaces réelles. Il y a des choix à faire et c’est la responsabilité du Président de la République de procéder aux arbitrages nécessaires, en en saisissant la nation et le Parlement, et en en expliquant la portée.

C’est pourquoi je souhaite qu’un nouveau livre blanc soit élaboré . Le précédent date de 1994.

Le lien armée-nation est essentiel. J’entends le fortifier.

La solidité de notre défense repose sur l’adhésion de tous les Français aux principes qui la fondent. La professionnalisation ne doit pas aboutir à un desserrement du lien entre armée et nation.

Pour cela, il faut :

o que la politique de défense et la définition de l’outil militaire fassent l’objet d’un débat national qui ne reste pas confiné aux cercles d’experts ;

o que le Parlement dispose de moyens sérieux de contrôle et qu’il les exerce efficacement, afin de soustraire la défense au domaine réservé pour la réintégrer dans le domaine public ;

o que les militaires accèdent à la pleine citoyenneté ; les restrictions de tous ordres qui leur sont opposées seront levées.

o que la jeunesse soit associée à l’effort collectif de défense à travers un service civique court qui pourrait comporter un volet militaire.

On ne saurait bien entendu prétendre se préoccuper de la sécurité de notre pays et commencer par opposer les Français entre eux ! Nous savons, depuis Valmy, que la défense de la patrie est l’incarnation la plus ardente de la solidarité nationale, l’expression vivante d’un attachement à des valeurs communes.

Lorsque la France est divisée, elle est faible. Lorsqu’elle réunit tous les siens, elle est forte. Dans ces conditions, c’est toujours une faute pour qui brigue l’investiture suprême que de semer la discorde dans notre société, stigmatisant les uns, communautarisant les autres !

A cet égard, je veux incarner la continuité de l’unité nationale car je sais que la République est la force de la France. Sans unité nationale, il n’y a pas de politique de défense crédible et durable.

II – C’est ainsi que j’entends à la fois maintenir et adapter notre effort de défense.

1. La dissuasion

Au cœur de notre dispositif la dissuasion garantit en dernier ressort notre liberté. Je veillerai à ce que cet outil indispensable de notre indépendance politique et diplomatique garde en permanence sa crédibilité et dispose des moyens de sa modernisation.

Notre dissuasion restera fondée sur le principe de stricte suffisance. Ni la fuite en avant dans la miniaturisation, ni la dérive vers des conceptions d’emploi ne seront tolérées même si nos armes doivent être adaptées en permanence pour tenir compte de l’évolution des menaces. Dans les négociations internationales de désarmement, notre voix sera forte parce qu’elle sera fondée sur l’exemple : nous n’ambitionnons pas de rivaliser avec les 7000 têtes américaines ou russes. Mais nous entendons garantir notre sécurité ultime, avec une dissuasion maintenue à son seuil de crédibilité.

La dissuasion n’est pas une arme de bataille, c’est l’arme du non-emploi. Elle rend irréaliste et déraisonnable toute idée d’agression à l’encontre de nos intérêts vitaux.

Le programme de simulation, remplaçant heureusement les essais nucléaires, sera poursuivi. S’agissant des vecteurs sous-marins et aériens, le renouvellement engagé, sera mené à bien, de même que la livraison du sous marin lance-engins de nouvelle génération.

Mais l’horizon 2015, qui borne ces programmes, est proche. C’est pourquoi je lancerai très vite un chantier de réflexion ouverte, associant les militaires, -tant l’Etat-Major des Armées que la Délégation aux affaires stratégiques et la Délégation générale pour l’armement-, les chercheurs, les universitaires, les diplomates, bien sûr le Parlement, et à travers lui tous les Français, pour préparer les choix concernant la dissuasion de l’après 2015.

2. La défense est globale

Les menaces nouvelles auxquelles nous aurons à faire face sont multiformes. Le terrorisme, la déstabilisation, venant d’Etats ou de groupes non étatiques seront au premier rang.

Pour y faire face, il faudra renouer avec l’idée forte selon laquelle toute défense est globale. Le renseignement, l’intelligence économique, la défense du territoire, celle des réseaux de télécommunications, la protection de l’eau potable : tout se tient. Et le ciment - on ne le rappellera jamais assez - se nomme le civisme. Nous le savons depuis Thucydide, ce qui fait la force des cités, ce ne sont pas les murailles, mais la volonté des citoyens. Contre une menace terroriste d’ampleur, les équipements les plus modernes seront inaptes à protéger nos concitoyens.

J’attache donc une grande importance à l’organisation de la défense du territoire, au rôle de la gendarmerie et à celui des réserves. Non seulement la défense du territoire ne doit pas être perdue de vue, pour cause de multiplication des opérations extérieures, mais elle doit être mise à niveau compte tenu des réalités d’aujourd’hui.

Le renseignement y contribue de manière décisive. Renseignement acquis depuis l’espace : c’est le but du programme Hélios II, qui bénéficie de la coopération avec l’Italie la Belgique, l’Espagne et l’Allemagne. Mais aussi renseignement traditionnel, qui appelle plus de coopération entre les différentes directions qui en sont chargées. J’ajoute que la France, comme les autres grandes démocraties du monde, mettra en place un dispositif de contrôle parlementaire sur les activités de renseignement. Non seulement ce contrôle ne nuira pas à l’efficacité de ces services, comme les exemples étrangers le montrent, mais il leur conférera une légitimité dont ils ont besoin.

Les télécommunications sont un autre enjeu. Le satellite Syracuse III nous donne un bon niveau d’autonomie stratégique.

Enfin, j’invite à considérer sans naïveté les enjeux de l’intelligence économique. Nous devons protéger les capacités industrielles de nos secteurs vitaux. Nous devons en particulier veiller à la bonne santé du tissu de petites entreprises innovantes, maîtrisant des technologies clés. Notamment par l’attribution de crédits de recherche. Ces entreprises ne doivent pas être livrées à des prédateurs qui peuvent être mal intentionnés. La sécurité économique est partie intégrante de notre défense.

Je veillerai à ce que la recherche militaire ait davantage de retombées dans le domaine civil. De très nombreux emplois directs et indirects en dépendent, notamment dans le domaine des nouveaux matériaux, des télécommunications, de l’informatique, des transports, de la santé.

3. Notre effort de défense sera hiérarchisé

J’entends maintenir à son niveau actuel l’effort de défense. C’est dire qu’à l’intérieur de ce budget, une évaluation rigoureuse de l’adaptation des moyens aux menaces sera de mise.

Par ailleurs, je veillerai à ce que toutes les coopérations européennes possibles soient recherchées avant le lancement d’un programme.

Les discussions engagées avec la Grande-Bretagne ne permettent pas encore d’envisager aujourd’hui avec certitude la construction d’un second porte-avions pour notre pays. Un gouvernement en fin de mandat et de législature ne saurait, en démocratie, vouloir rendre « irréversible », comme je l’entends dire au sujet du deuxième porte-avions, un programme qui incombera entièrement à son successeur, et dont la nécessité de surcroît n’apparaît pas clairement établi sans visibilité sur ce que sera le futur modèle d’armée. Surtout, le groupe aéronaval trouve dans la projection de force sur des théâtres extérieurs lointains sa principale justification. Or, la défense nationale ne signifie pas la multiplication sans discernement d’opérations extérieures qui peuvent être fort éloignées de nos intérêts directs. Une juste appréciation de nos moyens et une conception différente de notre diplomatie, spécialement en direction du Proche et Moyen-Orient ou en direction de l’Afrique, me conduisent à hiérarchiser nos priorités. Le calendrier préserve notre liberté de décision, puisque aujourd’hui aucun choix irréversible n’a été fait et que les études, engagées ou fournies par les Britanniques, sont au stade préliminaire. La présence permanente en mer d’un porte-avions est un objectif qui peut se réaliser en coopération avec les Britanniques.

Je ne veux pas lancer un programme qui, à budget constant, risquerait de conduire à mettre en cause la modernisation de la dissuasion, la sécurité et l’équipement des personnels, la préparation de l’avenir. Cette claire hiérarchisation de notre effort sera la garantie de sa réussite.

4. La dimension européenne

Pour les peuples européens, la sécurité de notre espace commun sera un enjeu croissant. Nous sentons bien, d’ailleurs, que l’évolution internationale renforce ce sentiment : construire une défense européenne est perçu comme l’une des voies de l’avenir pour disposer des moyens, en particulier diplomatiques, de résister à l’arbitraire de rapports de forces inégaux, pour faire obstacle aux pratiques unilatérales qui reprennent pied sur la scène internationale, pour équilibrer la relation transatlantique.

C’est, aussi, un moyen pour les Européens de rationaliser et de renforcer leurs moyens militaires, en les mettant davantage en commun.

La France ne doit donc pas hésiter à faire le choix de l’inscription de sa politique de défense dans une politique européenne de sécurité et de défense. Je prendrai en ce sens des initiatives avec nos partenaires.

Dans une période cruciale pour l’avenir de notre pays et de l’Europe, j’ai conscience des responsabilités de la France. Notre pays doit soutenir l’ambition d’une grande politique de défense au service de la sécurité européenne et de la paix dans le monde.

La défense européenne, depuis cinq ans, est en panne. Certes, et grâce notamment aux acquis de la période 1998-2002, des progrès ont été enregistrés au cours des dernières années : opérations symboliquement conduites sous drapeau européen en ex-Yougoslavie et en République démocratique du Congo, mise sur pied d’une force de gendarmerie européenne, lancement de l’Agence européenne de défense.

Mais la portée concrète de ces initiatives demeure très limitée, et les ambitions des sommets de Laeken et de Nice ont été perdues de vue, en particulier l’objectif d’une force européenne de 60 000 hommes réellement opérationnelle. Les efforts se portent en pratique davantage sur la mise en place de la force de réaction rapide de l’OTAN.

Pour sortir de cette confusion, et relancer l’Europe de la défense, il convient d’avancer à la fois sur le terrain institutionnel et, surtout sans doute, sur celui des coopérations concrètes.

Un effort collectif et soutenu en matière de recherche et la convergence des politiques d’acquisition d’équipements est une absolue nécessité si l’on veut sauvegarder et consolider une plate-forme industrielle de haute technologie en Europe. Nous en avons les capacités, et je voudrais saluer ici l’ensemble des personnels de notre industrie de défense, dont la compétence nous est plus que jamais indispensable.

Cette ambition appelle en outre, pour faire face à la concurrence internationale, la poursuite de l’intégration de l’industrie européenne d’armement .

Les programmes de recherche en matière d’équipements militaires exigent une échelle de production capable de les amortir. Nous la trouverons en Europe, au fur et à mesure qu’y progressera la conscience de préparer une défense européenne de l’Europe, qu’il s’agisse de transport aérien militaire, de systèmes autorisant la distance, comme les drones, de missiles.

L’optimisation de l’effort de défense a aussi une dimension européenne. Dans une Europe qui partage les mêmes intérêts de sécurité, la coordination industrielle, amorcée par l’Agence Européenne de défense, peut prendre une nouvelle ampleur : planification commune de l’effort de recherche-développement ; exigence d’interopérabilité pour les commandes nationales de matériels militaires ; partage des capacités industrielles, dans l’idée que la sécurité des approvisionnements peut être mutualisée au niveau européen.

Sécurité d’approvisionnement européenne signifie autonomie de l’Europe vis-à-vis des Etats-Unis dans le domaine de l’armement. L’industrie de l’armement n’est pas un champ de concurrence libre et égale, dans la mesure où l’accès aux marchés, aux technologies, aux armements américains reste largement une affaire de souveraineté pour les Etats-Unis. Sans exclure la réciprocité, l’Europe doit avoir les mêmes exigences, si elle veut, par exemple, faire émerger des architectures de systèmes de défense dotés de la taille critique et compétitifs.

L’effort spatial européen enfin est aujourd’hui menacé de stagnation. La France a longtemps joué un rôle de leader dans ce domaine. D’autres, en Allemagne, en Italie, en Espagne ou en Belgique, nous ont suivis. Le Royaume Uni a ses programmes de communication. Nous n’avons guère, aujourd’hui, dans notre pays, de perspectives, après l’arrivée en service des équipements conçus sous de précédents gouvernements de gauche, dans le domaine du renseignement ou des télécommunications. La loi de programmation actuelle est pratiquement muette sur ce sujet. La France et l’Europe doivent être présentes dans le secteur spatial, en particulier de l’observation, sous peine de remettre leur sécurité à d’autres. On le voit bien avec l’élan pris par d’autres pays hors d’Europe, sur d’autres continents, les Etats-Unis bien sûr, mais aussi la Chine, l’Inde », le Japon. Serons-nous absents ? Pour moi, certainement pas !

Devant le désordre du monde, nous devons faire émerger en Europe un acteur stratégique indépendant. L’OTAN n’a pas vocation à le devenir. Nous resterons fidèles à chacun de nos engagements souscrits dans le Traité de l’Atlantique Nord. Mais la France veillera, avec moi, à ce que l’OTAN ne dérive pas vers un rôle de gendarme du monde, se substituant à l’O.N.U., ce qu’elle n’est pas et ne peut pas être. En Europe, les intérêts de sécurité convergent. Ce n’est pas toujours le cas avec les Etats-Unis. Nous ne sommes pas exposés de la même façon. Au contraire, nous pouvons l’être davantage si nous nous laissons enrôler dans une guerre de civilisations dont je récuse l’idée.

Le maintien du statut spécifique de la France, garant de l’indépendance de nos choix de sécurité, implique que nous sachions résister aux tropismes d’extension permanente des champs d’actions et des domaines d’intervention de l’OTAN. Certains de nos partenaires européens peuvent être tentés de ne prendre d’engagements qu’à l’intérieur de l’OTAN. J’en débattrai avec eux, sans arrogance et sans préjugé. J’entends les convaincre par la preuve. Par la réussite des programmes de défense que nous mènerons ensemble via l’Agence européenne de défense, mais aussi par le dialogue politique sur la défense de l’Europe que je proposerai à nos partenaires.

La nécessité d’une défense européenne s’impose donc. Comme le soulignait François Mitterrand dans son discours de Strasbourg en janvier 1995, ce projet « est une grande ambition, un objectif qui peut paraître irréalisable, en tout cas de longue haleine, et pourtant il faudra bien le faire ! ».

L’ancrage dans les institutions européennes est source de légitimité, l’appui sur les dispositifs militaires des grandes puissances européennes est source d’efficacité.

Une Europe forte est en outre la condition sine qua non d’une relation transatlantique équilibrée, harmonieuse et donc durable. Le renforcement de la défense européenne doit ainsi contribuer à la solidité de l’Alliance atlantique.

III -Renouveler la confiance entre les citoyens et la défense

Assurer la sécurité de nos concitoyens, contribuer à la paix dans le monde, c’est une tâche exaltante. Elle ne peut être menée à bien que si un pacte de confiance unit les citoyens à ceux qui ont accepté la charge de la défense.

1. Le service civique

La disparition du service national a indéniablement distendu le lien entre la Nation et son armée. Or, notre pays ne peut accomplir l’effort demandé que si cet effort est compris et partagé. C’est pourquoi, le service civique qui sera créé pourra avoir une dimension de formation de base aux missions de protection civile et de défense du territoire. Il pourra déboucher sur des volontariats service long de dix-huit à vingt-quatre mois. Il faut rétablir le contact entre les jeunes générations et l’armée de la République. La défense ne peut rester étrangère à leurs préoccupations. Et nos armées doivent conserver ce lien vivant avec les jeunes citoyens. La politique de formation et de recrutement des réserves militaires accentuera son effort en direction des jeunes Françaises et Français qui souhaitent donner un sens concret à un engagement pour la défense de leur pays.

2. Les choix budgétaires

Le budget actuel de la défense correspond à 2% du produit intérieur brut. Dans un environnement où, pour l’opinion, la paix à nos frontières semble établie, l’effort paraît important. J’entends pourtant le maintenir, car les menaces ont changé mais n’ont pas disparu. Les ambitions qu’il faut nourrir pour une Europe indépendante ne peuvent se passer d’un effort suffisant de défense. Nous ne pouvons nous en remettre à d’autres du soin de nous défendre si nous voulons construire un destin de liberté. Cette liberté a un coût. C’est à l’intérieur de cet effort qu’il faudra procéder aux redéploiements nécessaires.

Une défense efficace n’est pas un empilement de programmes, poursuivis simplement parce que l’habitude s’en était prise. Ce n’est pas non plus la remise en cause permanente des choix, du fait d’opérations extérieures imprévues. Gouverner, c’est choisir, ce n’est pas subir, ni le fardeau du passé, ni les contraintes de l’improvisation. C’est une anticipation, une volonté, et une réévaluation permanentes. J’y veillerai.

3. La condition militaire

La condition militaire mérite une grande attention. Le métier des armes n’est pas un métier comme les autres. Ceux qui ont choisi cet engagement savent qu’il peut aller jusqu’au sacrifice suprême. Et je veux saluer ici la mémoire de nos soldats morts ou grièvement blessés, tout récemment, en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, en ex-Yougoslavie. Ma pensée va également à tous ceux qui sont engagés sur ces théâtres d’opérations extérieures, et d’abord au sud Liban, au service de la Force intérimaire des Nations Unies renforcée, à laquelle j’ai récemment rendu visite.

Je veux rendre hommage aux 437.000 hommes et femmes de la défense, militaires des trois armées, de la gendarmerie, des services communs et les personnels civils. Ils sont la force vive de notre défense. Par leur travail, leur professionnalisme, leur engagement au service de notre sécurité collective et leur dévouement entier au service de la Nation, de ses valeurs et de ses intérêts, ils ont conquis le respect des Français et méritent la reconnaissance de la Nation. J’entends également revaloriser le rôle du personnel civil qui contribue de manière essentielle au maintien de la compétence technique et au soutien des forces, ainsi que celui des personnels civils et militaires des écoles militaires donnent une formation de qualité à nos officiers et sous-officiers. Je n’oublie pas non plus le rôle essentiel des personnels médicaux.

Le recrutement, la formation, les conditions de vie des personnels de la défense méritent d’être sérieusement améliorés. Le premier rapport du Haut comité d’évaluation de la condition militaire remis le 8 février dernier, trace des orientations utiles : en matière de niveau de vie, de logement, de reconversions. Il marque les sujétions particulières de l’état militaire sur la situation familiale, la forte mobilité géographique qu’elle implique, et ce décalage croissant avec l’évolution générale de la société.

Les difficultés sont bien connues par les militaires, mais je tiens à rappeler ici les plus pesantes : disponibilité insuffisante de logements corrects et adaptés dans certaines garnisons ; accès à la propriété ; ou emploi des conjoints. Tout ceci pèse directement sur le revenu des foyers de militaires, je pense notamment au taux d’emploi des femmes de militaires inférieur de dix points à la moyenne des Françaises et au taux de chômage des conjoints de militaires deux fois plus élevé que celui de la moyenne des Français. Nous préparerons un plan d’ensemble de soutien de la condition sociale et professionnelle des militaires avec des volets formation, logement, famille et reconversion.

Sur le terrain des droits professionnels, la représentation des militaires verra se généraliser l’élection dans les instances de concertation.

L’engagement des militaires doit rencontrer la reconnaissance de la République. Ce sera l’une de mes préoccupations. Je veux que l’attractivité de la condition militaire soit nettement améliorée.

4. Mieux associer le Parlement aux choix, notamment en matière d’opérations extérieures

Le Parlement sera plus étroitement associé aux décisions concernant la défense. J’ai évoqué le contrôle des activités de renseignement. Mais je veux surtout souligner que je n’engagerai qu’avec discernement nos armées dans des opérations extérieures. Certaines sont indispensables pour préserver la paix, empêcher des affrontements meurtriers, ou contribuer à l’exécution des résolutions des Nations Unies. J’associerai le Parlement au contrôle de ces opérations extérieures. De même, en ce qui concerne les exportations d’armement, les parlementaires, regroupés dans un cadre approprié, recevront des informations complètes et actualisées sur ces ventes et se verront faciliter l’accès aux directives et décisions relatives au contrôle des exportations.

Nos opérations extérieures doivent être acceptées à la fois par les populations concernées et par les Français. Elles ne sont acceptables que si elles sont au service de solutions politiques justes et ont pour objectif le rétablissement de la stabilité et de la paix. Elles ne peuvent intervenir que sur une base juridique claire. Elles comprennent, significativement et légitimement, des interventions de sécurité civile, de protection des populations ou d’appui aux actions humanitaires des ONG.

5. Le lien armée - nation

La force de l’armée est dans son union étroite avec la nation. C’est encore aujourd’hui la condition de l’effort consenti par le pays pour sa défense. La professionnalisation des armées ne dispense nullement du renforcement du lien entre la Nation et son armée. Elle appelle au contraire à tisser des liens nouveaux entre les citoyens et les armées, et, par l’éducation civique, à faire comprendre le rôle actuel de la défense. Il est nécessaire par exemple de repenser l’enseignement de défense inscrit aux programmes des établissements scolaires et universitaires et de renforcer le contenu civique des Journées d’appel et de préparation à la défense. Ce sera fait.

La perspective européenne ne s’oppose pas au sentiment national ; elle sera le prolongement d’une citoyenneté bien comprise. De la même façon, la naissance d’une Europe de la défense, vraiment européenne, adviendra parce que la France aura tenu bon pendant longtemps sur l’indépendance de ses moyens. Les deux mouvements vont de pair. Au lieu de les opposer, je les ferai converger au service de la paix et de la sécurité en Europe.

La France n’est pas une puissance pacifiste ; c’est une puissance pacifique. Elle ne menace personne mais ne baissera pas la garde devant les nouvelles menaces.

Elle préparera avec sincérité et espoir l’émergence d’une défense européenne indépendante, fondée sur l’effort propre des Européens. Avant que cette étape ne soit atteinte, elle maintiendra et modernisera l’outil de défense nationale.

Ainsi seront garanties la sécurité de nos concitoyens et celle de la France. Ainsi nous stabiliserons la paix en Europe. Ainsi nous contribuerons à la paix du monde.

Tel est le but de notre défense.

Vive la République, vive le France.

 

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Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Jeudi 22 février 2007 4 22 /02 /Fév /2007 08:25

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Chers amis, je suis heureuse de vous retrouver si nombreux, foule amicale, rassemblement joyeux et qui autorise tous les espoirs. Nous commençons ici notre marche vers la victoire. Je veux d’abord saluer Rennes, une ville que la gauche avec Edmond Hervé et son équipe a su mettre à l’avant-garde de la technologie, du développement durable, avec un pari sur le transport collectif qu’il a su excellemment relever. Edmond, au moment où tu as annoncé ta décision de mettre un terme en 2008 à ton mandat, je veux dire que pour tous les socialistes tu es une référence morale et un exemple pour toute une génération d’élus dont je suis.

Je veux saluer la Bretagne avec Jean-Yves Le Drian et toute son équipe. Une Région fière, et tous les élus ici présents, je vois Louis Le Pensec, Marylise Lebranchu, François Marc, tous les autres. Cette belle région fière de son identité et de sa culture, mais ouverte aux autres, à l'Europe et au monde.

La Bretagne de la mer, première région maritime française qui se mobilise pour défendre ses métiers, en particulier ceux de la pêche, mais aussi des industries navales, celle qui se bat pour sa sécurité contre les pollutions, celle qui a payé si cher le prix des catastrophes maritimes pour savoir que la mer doit d’abord être protégée, cette Bretagne qui au moment du procès de l’Erika crie : plus jamais cela ! Alors que des firmes sans scrupules mais pas sans argent prennent le risque de dégrader pour l’éternité le patrimoine commun de l’humanité et ne font même pas le geste d’indemniser de façon unilatérale l’ensemble des communes qui ont été souillées. C’est un scandale par rapport aux supers profits des compagnies pétrolières.

Je veux saluer la Bretagne de la terre, celle qui a fait de cette région agricole l’une des premières d’Europe avec un modèle coopératif qui vous inspire une légitime fierté, mais aussi celle qui fait un effort pour une agriculture enfin respectueuse de l’environnement et qui s’inquiète devant les perspectives de la future politique agricole commune et qui demande, comme je le fais aussi, la régionalisation des aides. La Bretagne de la terre, bien sûr, mais aussi celle de ses industries d’avenir, de ses entreprises dynamiques, de ses laboratoires réputés, mais aussi la Bretagne qui s’inquiète quand un libéralisme débridé frappe des secteurs clés que sont l’automobile et la filière électronique. Et l’exemple d’Alcatel démontre encore combien le profit à court terme des fonds de pension peut mettre à bas des centres de recherche et d’innovation. Oui, je suis aux côtés de cette Bretagne qui résiste et qui lutte. Et cette cause-là est désormais la mienne et je veux dire aux salariés d’Alcatel menacés de délocalisation, et que nous venons de recevoir tout à l’heure avec Edmond Hervé et Jean-Yves Le Drian, je veux leur dire, et toute cette salle veut leur dire notre solidarité entière, notre colère contre l’inertie gouvernementale, notre volonté de construire une politique industrielle française et européenne, Airbus d’un côté, les télécommunications de l’autre, mais que fait l'Europe pour se défendre ? Que fait le gouvernement pour mettre fin à l’inertie et à la naïveté ? Oui, nous devrons conduire des politiques économiques modernes, oui nous devrons relever le pays avec une efficacité assumée.

Et je le dis ici, nous le disons, disons-le tous ensemble, nous sommes solidaires des salariés d’Alcatel. Cette délocalisation n’a aucun sens et nous devons y résister !

Et, comme il nous le disait tout à l’heure, il est insupportable qu’une entreprise de pointe, de matière grise, insérée dans un pôle de compétitivité, se voit aujourd’hui menacée. Et je le réaffirme ici solennellement, la régionalisation est le fait que l'État donnera des moyens suffisants aux Régions pour défendre les entreprises des pôles de compétitivité, la régionalisation sera un des leviers d’une politique économique efficace. Oui, une nouvelle étape de la régionalisation sera lancée avec des transferts clairs de compétences comme le développement économique et l’équipement des universités. Et pour éviter les confusions, les péréquations indispensables viendront assurer l’égalité territoriale avec une réforme de la fiscalité locale sans laquelle il n’y a, ni justice, ni efficacité.

Décider au plus près, agir au plus juste, dépenser mieux, voilà l’esprit d’une nouvelle décentralisation qui permettra aux élus d’être plus responsables, aux citoyens d’être davantage associés, à l'État d’être plus ferme dans ses choix et plus respecté dans ses décisions.

Je ne conçois pas, à la différence des autres, le pouvoir comme une propriété. Je ne veux pas d’un État impotent à force d’être omniprésent et inactif alors qu’une administration doit faciliter et non pas empêcher. Le conservatisme, c’est d’abord le maintien d’un système politique épuisé et d’une centralisation archaïque et la République nouvelle que j’appelle de mes vœux, c’est une démocratie partagée qui repose sur la clarté dans les compétences, la transparence dans les financements et la responsabilité dans les actes.

Et je le dis ici aussi en respect pour les identités régionales et je sais que vous y êtes attachés. Je ferai ratifier la charte des cultures et des langues régionales pour donner toute leur place aux identités culturelles et linguistiques (culture, musique et langues). Et cet effort-là, cet engagement n’est pas incompatible, au contraire, avec ma volonté de promouvoir la francophonie à travers le monde.

Chers amis, nous sommes presque jour pour jour à deux mois du premier tour de l’élection présidentielle. Ce premier tour décidera grandement de l’issue du scrutin et je n’oublie pas le 21 avril 2002. Rien n’est jamais fait et je voudrais dire ici les ravages que peuvent produire la dispersion des candidatures et l’effacement des enjeux ou l’oubli des clivages essentiels. Car le premier tour détermine toujours la dynamique de victoire. Et c’est pourquoi, si l’on veut faire gagner la gauche, permettre le changement, ouvrir l’espérance, il faut être au rendez-vous dès le 22 avril prochain.

Oui, nous sommes à deux mois de cette échéance et j’en vois déjà certains qui s’auto-célèbrent, qui se congratulent, qui se désignent avant l’heure. Comme si les Français s’étaient déjà prononcés, comme si l’élection se jouait sur la base de quelques pronostics. Laissons-les croire, laissons-les à leur arrogance et avançons sereinement sur notre chemin, il est le bon.

Moi, j’ai confiance dans notre mouvement, votre présence nombreuse en est le signe. J’ai confiance dans la lucidité des Français sur le bilan des uns comme sur celui des autres. Et ceux qui ont été responsables de l’échec d’aujourd’hui ne peuvent pas être les mieux placés pour permettre le succès de la France demain.

J’ai confiance dans la confrontation des projets et dans la défense du Pacte présidentiel que je propose aux Français. La France que nous voulons ne ressemble pas à celle d’aujourd’hui et encore moins à celle que nos concurrents de droite nous proposent.

Alors, oui, nous avons un devoir de victoire, non pas pour nous-mêmes, non pas la victoire d’un camp contre l’autre, mais celle d’une France qui sait que pour être forte il convient d’abord d’être juste.

Il nous faut gagner et gagner dans la clarté. La clarté commence dans la reconnaissance des idées politiques. Celle, bien sûr, ou celui, je préfère le féminin, bien évidemment, qui sera élu sera le président ou la présidente de tous les Français, et devra certes diriger…, et cette présidente devra diriger le pays en fonction bien évidemment de ce Pacte présidentiel et dans le respect de chacun.

Mais c'est aussi l’honneur de la politique de ne pas dissimuler d’où l’on vient. De mon côté, il n’y a aucune ambiguïté : je suis une élue socialiste depuis quatre mandats, j’ai été ministre de François Mitterrand puis de Lionel Jospin, et j’ai participé à l’une des actions réformatrices les plus honorables de la Ve République. Je suis présidente d’une région, comme ici, au nom d’une majorité rassemblant toute la gauche, car telle est ma stratégie, l’union des forces de progrès. Seule cette stratégie permet de battre toute la droite. Alors, je vous pose une question : est-ce que par le passé, dans la vie politique, ceux qui se disent ni de droite ni de gauche n’ont-ils pas toujours fini par tomber du même côté ?

Dans cette campagne, ceux qui y ont intérêt cherchent à brouiller les cartes, soit parce qu’il faut oublier qu’ils sont comptables du bilan, ou alors pour faire oublier que les élus dont ils relèvent dans toutes les assemblées locales gouvernent pratiquement partout avec la droite.

Le candidat de l’UMP lui-même cherche à faire oublier qu’il est le candidat sortant. Eh bien, mes chers amis, je vous le demande, il est temps de faire cesser cette confusion molle et de mettre la vérité devant. La vérité, pour les Français, c’est d’abord la politique par la preuve. Et le bilan du candidat sortant, il est là : une croissance plus faible que dans la plupart des pays européens, un chômage qui ne baisse que dans les statistiques officielles faute de créations d’emplois, un endettement public qui est passé de 900 à 1 200 milliards d’euros en moins de cinq ans, un déficit cumulé des comptes sociaux de plus de 60 milliards d’euros depuis 2002, un déséquilibre historique de la balance commerciale, 30 milliards d’euros ; en d’autres temps, nous aurions payé cette ardoise par une dévaluation du franc. Et comment justifier l’augmentation de plus de 200 000 du nombre de RMIstes ? La progression de la précarité, dès lors que 70 % des embauches se font en CDD ou en intérim ? L’amputation du pouvoir d’achat des retraités, la stagnation des salaires et la hausse des prélèvements obligatoires ? Mais comment venir devant les Français avec une telle succession d’échecs ? C’est une mission impossible ! Et même sur ce qu’il voudrait être son propre terrain, celui de la sécurité, les chiffres infligent un démenti cinglant, et là aussi, il y aura un travail immense pour reconstruire ce qui a été détruit. Depuis 2002, jamais la délinquance des mineurs n’a autant progressé, jamais notre pays n’a connu un tel déchaînement de violences urbaines pendant plus de trois semaines. Alors c’est vrai, nul candidat sortant ne peut être élu sur un tel bilan. Si je dis cela, ce n’est pas pour tomber dans je ne sais quelle polémique dont les Français sont fatigués, mais c’est parce que je crois que la morale politique, à un moment, c’est de savoir rendre compte sur ses actes. Et comme c’est très difficile pour le candidat de la droite sortante de rentre des comptes sur ses actes, alors il préfère fuir, s’échapper, s’évaporer du gouvernement, tout en gardant tous les avantages de l’appareil de l'État. Quel terrible paradoxe, où celui qui prétend rompre avec une équipe disqualifiée s’accroche jusqu’au bout à un gouvernement, pour bénéficier encore pour quelques jours des moyens considérables que lui donne son Ministère !

En politique, c’est la constance dans l’action qui rassure et par les variations selon les circonstances. Alors oui, la clarté est là, les Français vont avoir le choix dans deux mois entre la continuité qui a son candidat et le changement, le changement profond qui consiste à mettre de la justice pour donner de la force, un changement dans les institutions pour mettre des contrepouvoirs afin de donner de la responsabilité au peuple français, un changement dans la méthode, mettre de la démocratie pour donner la confiance, et un changement sur la morale politique et sur l’exigence d’efficacité.

Voilà pourquoi la clarté exige la confrontation des projets. J’y suis prête. J’ai présenté le pacte présidentiel, c’est ma vision de la France. Mes engagements, une centaine de propositions autour de sept piliers qui répondent au double défi de l’urgence et de la préparation de l’avenir : le travail pour tous, le pouvoir d’achat garanti, la réussite éducative et culturelle, la lutte contre toutes les formes de violence, les sécurités durables, l’excellence environnementale et la République nouvelle. Et vous êtes venus très nombreux pour m’aider à construire ce pacte dans cette phase de débat, plus de 2 millions ! C’est ce qui en fait la solidité, la modernité, et qui en garantit l’efficacité et la justice. Plus de deux millions d’entre vous sont venus, d’une façon ou d’une autre, dire ce qu’ils avaient sur le cœur et que la société politique ne voulait plus entendre. Eh bien, cette parole, vous l’avez prise. Non seulement je vous demande de la garder, non seulement à ceux qui ne l’ont pas prise, je vous demande de la prendre au plus vite sur ce Pacte présidentiel, mais je vous annonce qu’avec moi, plus jamais la politique ne se fera sans vous, et de cela, de cette phase d’écoute, oui, j’en suis fière. Et cela ne veut pas dire, comme feignent de le croire ceux qui me critiquent et qui font tout pour caricaturer, que j’ai oublié en chemin que la politique, c’est l’art de choisir, de trancher, et de le faire d’une manière qui n’est pas nécessairement populaire. Cela ne veut pas dire, non, que j’ai oublié que l’un des premiers gestes de François Mitterrand, l’un des plus beaux, l’un de ses plus grands gestes, l’un de ces vrais actes qui donnent à la politique sa noblesse fut l’abolition de la peine de mort, à laquelle il savait qu’une majorité de Français n’était pas favorable. De la même façon, lorsque je dis, et je sais que cela bouscule les habitudes, lorsque je dis que nous construirons la France métissée, c’est-à-dire la France qui fait de toutes ses différences, y compris de ses identités régionales, qui fait de toutes ses différences avec tous ses enfants, d’où qu’ils viennent, ceux qui sont issus de la première, de la deuxième, de la troisième génération, et je ne veux plus qu’on utilise cette expression, que l’on n’utilise jamais pour les enfants venus des pays d’Europe, cette France métissée, c’est-à-dire celle qui est faite de toutes ces différences, cette France-là doit se lever, parce qu’on a besoin de toutes ces forces, de tous ces talents, dans leur diversité et dans leur authenticité. Alors que l’on cesse de crier au populisme parce que j’ai pris la peine, avant d’agir, d’entendre ce que le peuple a à nous dire. Qu’on cesse de me brandir devant le nez l’épouvantail de la démocratie d’opinion parce que je reviens tout simplement aux sources de la démocratie, dont le premier principe est, que je sache, qu’on gouverne avec le peuple et pas contre lui.

Faut-il que notre culture démocratique soit tombée bien bas pour que ce geste tout simple, ce geste et ce temps d’humilité républicaine, élémentaire, ce geste qui dit que nous sommes justes, nous, les femmes et les hommes aspirant à gouverner la France, les serviteurs du peuple, faut-il que la démocratie ait perdu le sens de ce qu’elle est, et que l’arrogance du pouvoir ne connaisse plus de limites pour que ce geste surprenne à ce point ?

Je vais vous dire, chers amis, ce Pacte présidentiel, il est le fruit de la parole des Français, mais il est aussi le fruit de toute une équipe, et le fruit d’une série d’arbitrages et de choix. Jamais, vous m’entendez, jamais non plus je n’oublierai tout ce qui m’a été dit. Odile, cette mère célibataire, admirable de courage et de dignité, qui attend un logement depuis quatre ans et qui m’a raconté sa honte de vivre avec ses deux filles dans une chambre de 12 mètres carrés. Je n’oublierai jamais ces petits retraités qui sont venus tout discrètement dire que depuis quelques années, ils ne faisaient plus qu’un repas par jour. Je n’oublierai jamais cette dignité des pères des familles bafouées parce qu’ils sont au RMI et qu’ils font semblant de se lever le matin pour que leurs enfants aient le sentiment qu’ils ont un vrai travail. Jamais je n’oublierai ces cris de détresse silencieuse, ces vies brisées, ces familles humiliées, ravagées par l’injustice, ces destins marqués au sceau d’une malédiction qui ne dit pas son nom, les inégalités et les précarités. C’est cela qui me donne, qui nous donne aujourd’hui le désir de nous battre, de vaincre et de proposer cette politique d’alternance, le vrai changement, celui qui sera capable de répondre à leur attente et à leurs espérances.

C’est à cause et grâce à cette écoute et à ce travail que ce Pacte présidentiel est solide. Et je suis fière, je vous le répète, et c’est pourquoi je me sens solide et sereine, parce que je l’ai construit, ce pacte, ce sont les fondations de la maison France. Je suis fière d’avoir renoué le temps de son élaboration avec cette tradition française qui est celle des cahiers de doléances et que j’ai appelés les cahiers de l’espérance.

Et d’ailleurs, je vais vous dire : je crois qu’aujourd’hui, on ne peut tout simplement pas faire autrement. Je crois qu’on ne peut pas prétendre présider aux destinées d’un pays comme la France si l’on ne commence pas par entendre ce que les Français ont à dire. Parmi tous les candidats, je suis la seule à avoir accompli cette démarche, car je crois tout simplement que l’on ne peut plus diriger un pays moderne sans écouter tous ses citoyens et leur intelligence collective, sinon c’est la crise sociale assurée, sinon c’est les beaux projets de réformes sortis des cartons des technocrates qui y retourneront aussi vite parce qu’ils seront inapplicables.

Je dis aux Français aujourd’hui que le temps de l’imagination et de l’audace est revenu, et souvent, ils en ont davantage que les responsables politiques, et c’est pour ça qu’il faut être à l’écoute. Et je vous le dis, l’attente de changement, elle est profonde, et donc, je suis la candidate qui incarne ce changement profond, et je suis la seule à avoir fait cette démarche d’écoute. C’est pourquoi, avec vous, je sens que cette force collective, que cette force populaire est en marche. C’est avec la vérité des paroles qui ont été évoquées que je porte aujourd’hui la vérité d’une France neuve et qui veut se relever.

Je suis allée à la rencontre de tous et de toutes. Et tous les élus ici présents, et je les en remercie, ont fait cette démarche. Et vous, militants, sympathisants, citoyens, qui êtes venus et qui allez continuer, je l’ai dit et je vous le demande, à prendre la parole sur ce Pacte présidentiel pour nous dire dès maintenant comment nous allons faire pour l’appliquer parce que les engagements que je prends devant vous, ils seront tenus puisqu’ils ont été construits avec vous.

Et ce sont à la fois les plus vulnérables comme les plus forts qui ont parlé, ceux qui vont bien comme ceux qui décrochent ou qui ont peur de décrocher, ceux qui sont nos partisans depuis toujours et ceux qui ne le sont pas. Et c’est pourquoi j’ai confiance, c’est pourquoi je sais que ça marchera, c’est pourquoi ce Pacte présidentiel, ce programme, il est un pacte d’honneur et de confiance.

Alors, j’ai entendu les objections, on m’a dit : « Mais ce n’est pas un programme, ce n’est pas un pacte, c’est un catalogue. »

Alors, laissez-moi vous dire, le reproche du catalogue, c’est déjà le reproche que l’on faisait à François Mitterrand en 1981 lorsqu’il allait à la bataille avec vous avec ses 110 propositions ; c’est aussi ce qu’on disait à Léon Blum quand il proposait les congés payés, la semaine de 40 heures, les assurances sociales, la lutte contre la misère, les grands travaux pour relancer l’emploi et même la résistance au fascisme qui montait. Même chose, il a gagné, c’est une autre belle et grande page de notre histoire et c’est dans cette tradition que je m’inscris.

Non, ce n’est pas un catalogue car, lorsqu’on propose un projet et une vision de la France qui prend à bras-le corps la crise des banlieues, la crise économique, la crise sociale, la crise éducative, la crise morale qui rongent notre société, la crise écologique, ce n’est pas un catalogue, c’est un projet, c’est une vision pour remettre la France debout.

Quand on propose une vision qui, sur la crise des banlieues par exemple, est le seul projet à proposer à la fois la plus grande fermeté et l’écoute du malaise social à laquelle conduit ou que révèle cette délinquance, quand on avance un programme qui dit à la fois : oui, il faut sévir, il faut à la première incartade répondre par une sanction ferme, rapide et proportionnée, créer des polices de quartiers, renforcer la justice des mineurs, mais, attention, sévir ne suffit pas, on ne va pas envoyer tous les matins des bataillons de police ou de gendarmerie pour régler les problèmes car les jeunes ont d’abord un potentiel, et c’est ce potentiel dont la France a besoin, les banlieues, c’est notre nouvelle frontière, c’est notre objectif, c’est la réalisation aussi d’une France qui doit se lever dans ses quartiers car on a besoin de ses talents, de ses énergies, de ce potentiel. Et c’est cette vision-là de la France que je défends. Ce n’est pas un catalogue, c’est un plan d’urgence, c’est un plan de salut public, c’est le seul plan qui peut permettre à la France d’éviter le délitement du lien social qui la menace et que nous sentons tous venir.

C’est l’urgence et c’est la préparation de l’avenir. Je ne veux pas de cette société toujours plus brutale où, comme je l’ai entendu lors d’un débat, une bonne partie des violences est engendrée par le mépris. Je ne veux pas entendre parler, je ne veux plus qu’on me parle de discrimination positive parce que, ce que la République doit construire, c’est tout simplement de l’égalité réelle.

Non, ce n’est pas un catalogue lorsque l’on propose tout simplement une France efficace et juste. Et quand je dis : le règne sans fin du profit est intolérable aux gens modestes, quand je dis : le spectacle de la spéculation foncière effrénée est insupportable à ceux qui vivent de leur travail et il est dramatique pour ceux qui n’arrivent pas à en vivre, et quand j’ajoute : on ne peut pas, face à cela, tolérer une France où 23 % des jeunes sont sans emplois, où l’âge du premier emploi n’en finit pas de reculer, où la précarité des contrats se généralisent où la moitié des salariés perçoivent moins de 1 400 € par mois, où quatre millions de salariés sont payés au salaire minimum, ou moins que cela, et parfois au bout de trente ans de travail, où il y a sept millions de pauvres qui vivent avec moins de 700 € par mois, où deux millions d’enfants sont condamnés à vivre dans la pauvreté. Oui, quand je dis que dans un pays comme la France on ne peut pas tolérer que deux millions de personnes aient recours à l’aide alimentaire. On ne peut pas tolérer 2 000 accidents graves du travail par jour, on ne peut pas accepter qu’à 35 ans un ouvrier ou un employé ait sept ans de moins d’espérance de vie qu’un cadre supérieur, que 40 % des salariés soient exposés à des produits chimiques sur leur lieu de travail, quand je dis : je ne veux pas d’une France où les femmes sont les premières victimes des bas salaires, des petites pensions et où l’écart des salaires avec les hommes à qualification égale est à 25 %. Je dis que, lorsqu’il y a tout cela dans la France, c’est que le pacte social est rompu. Et le pacte présidentiel, c’est d’abord cela, c’est répondre à ces colères et c’est déboucher sur des engagements précis qui permettront à la France de se relever.

Alors, le débat sur le chiffrage s’est ouvert. Eh bien, je passe sur le fait, allez, ne polémiquons pas, que cette polémique vient surtout d’un candidat qui a lui-même un très gros problème de chiffrage. Il a promis à tellement d’interlocuteurs, il a pris tellement d’engagements contradictoires avec tous ses clients potentiels que les calculettes de l’DUMP se sont affolées et que ses plus chauds partisans lui ont dit : « Halte là ! Halte à la démagogie, halte au clientélisme, halte au n’importe quoi. »

Je passe aussi sur le cas d’un autre candidat qui a également exigé le chiffrage. Lui, c’est plus simple, il n’a pas de problème de chiffrage vu qu’on ne sait toujours pas quel est son projet ; si ce n’est de se plaindre, qu’il ne passe pas suffisamment dans les médias.

Je passe encore, mais là c’est plus grave, sur l’état chiffré celui-là dans lequel ils nous laisseront la France. Je le dis et je le répète, une dette publique insoutenable. Les intérêts de cette dette qui sont générés représentent à eux seuls la deuxième dépense du budget de la Nation, le déficit des comptes sociaux, j’en ai parlé, notre commerce extérieur déficitaire de 30 milliards d’euros, c’est-à-dire l’équivalent d’un million d’emplois perdus. Voilà leur chiffrage. À nous d’exiger plutôt qu’ils réparent ce qu’ils ont détruit.

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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