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Discours de Ségolène Royal

Jeudi 12 avril 2007 4 12 /04 /Avr /2007 20:11
Alors, on écoute un petit peu, et après on réapplaudit, d’accord ?

La France présidente, c’est l’affirmation de la volonté politique sur les mécanismes aveugles de l’économie. C’est une France qui refuse le chantage au licenciement, la ségrégation scolaire, les précarités imposées.

C’est une France qui tiendra ferme sur cette idée toujours neuve, l’égalité réelle à construire sans relâche.

La France présidente, c’est la France de la restauration de la puissance publique et de la crédibilité retrouvée de la parole politique.

C’est la France des solidarités durables qui permettront au pays de reprendre son destin en main.

C’est la France où chacun aura une chance de conduire sa vie car ce privilège de quelques-uns doit devenir autant que faire se peut le droit de tous.

La France présidente, c’est la France qui sait que tout se tient : la lutte contre la précarisation du travail, le refus de l’écrasement du pouvoir d’achat, des salaires et des retraites que je revaloriserai.

« Et des mineurs ! »

… Et des mineurs et des retraités et des petits retraités.

La bataille pour le droit au logement, le soutien aux familles fragilisées, la fin des exclusions scolaires et des discriminations qui font injure à la République, des insécurités sociales et publiques qui frappent les plus faibles et qui inquiètent tous les autres, car, aujourd’hui, nul n’est plus à l’abri de ces violences.

La France présidente, c’est celle qui posera les mots justes sur les souffrances, mais aussi sur les espérances des Français, et notamment de tous ceux des catégories les plus populaires qui se sont éloignées en ayant le sentiment de ne compter pour rien. Alors, moi, je vous le dis, la France présidente va s’occuper de vous et vous redonnera envie de revenir prendre la parole pour construire en commun notre destin futur.

La France présidente, c’est aussi celle du donnant/donnant et du gagnant/gagnant qui fait que les uns ne gagnent pas au détriment des autres, mais que nous gagnerons ensemble les uns avec les autres, et même les uns parce que les autres.

La France présidente, c’est ma façon de dire aux Français : oui, vous allez devoir choisir, je l’ai dit tout à l’heure, entre d’un côté la France des clans, celle des puissances de l’argent, du cac 40 et du MEDEF, celle de l’État confisqué par un seul parti, l’UMP, la France des divisions et des oppositions exacerbées qui nous dressent les uns contre les autres, ceux qui ont un emploi et ceux qui n’en ont pas, ceux qui peuvent payer des retraites par capitalisation et ceux qui ne le pourront pas, ceux qui auront les moyens de se soigner et ceux qui ne les auront pas, ceux qui peuvent choisir l’école de leurs enfants et ceux qui n’y songent même pas, celle qui oppose les immigrés d’hier contre ceux d’aujourd’hui, et la liste serait sans fin. Mais ces oppositions-là, c’est une France qui ne marche pas, et c’est une France qui, tôt ou tard, explosera.

Et de l’autre côté, ce que je veux avec vous, c’est une France qui rassemble, qui mobilise ses talents, ses énergies, aujourd’hui gaspillées et gâchées. C’est la France où tout le monde tire dans le même sens, c’est celle qui relance la croissance au bénéfice de tous, c’est la France du travail pour tous et d’un métier pour chacun, c’est la France qui garantit à tous les jeunes le droit à un premier emploi, c’est la France qui donne la chance à celles et ceux auxquels aujourd’hui, on refuse leur première expérience professionnelle. C’est le contrat première chance qui débouche sur un CDI, ce sont les 500 000 emplois-tremplins que j’ai pris l’engagement de créer avec les régions, c’est l’allocation autonomie pour les jeunes en contrepartie de laquelle ils auront l’obligation de réussir leurs études. Et c’est, pour nos anciens, la garantie de la protection, la garantie de l’accès à la santé, la garantie d’une vie de famille paisible, la garantie de l’augmentation des petites retraites, la garantie du pouvoir d’achat défendu, la garantie de la qualité de vie assurée.

Et entre les deux, pour les adultes, et je pense aux salariés de plus de 50 ans, aux femmes en particulier si durement frappées par le chômage, ce sera le droit à la Sécurité sociale professionnelle, car il n’est plus acceptable que des entreprises se débarrassent de salariés de plus de 50 ans, alors que nous avons besoin de leurs compétences, de leur expérience. Demain, la Sécurité sociale professionnelle que je propose, et qui leur garantira en cas de licenciement le maintien du salaire à 90 % pendant un an, leur permettra de garder leur dignité, d’accéder à une nouvelle formation professionnelle, d’être accompagné de façon individualisée et de retrouver un emploi. C’est cela la France solidaire que je vous propose.

Et puis c’est la France du pouvoir d’achat défendu et celle qui lutte contre les abus bancaires, contre ces surtarifications bancaires insupportables et qui plongent les familles dans l’endettement. Oui, ces tarifications seront contrôlées. Oui, nous protégerons les familles contre le surendettement et contre l’endettement. Oui, nous mettrons fin à ces abus qui font qu’aujourd’hui, les banques font leurs bénéfices sur le dos des plus fragiles et des plus modestes.

La France présidente, c’est aussi celle qui investit dans la formation et dans la qualification et dans la matière grise à tous les âges de la vie. C’est celle qui tiendra pour chacun la promesse de l’égalité scolaire, je l’ai dit tout à l’heure. La France présidente prendra tous les moyens de remettre l’école au cœur de tout et en avant de tout, car l’école est le cœur battant de la République.

La France présidente apportera aux enseignants la reconnaissance du pays et les moyens d’accomplir leur mission, et la reconnaissance du respect qui leur est due.

La France présidente saura pousser chaque élève, depuis la maternelle jusqu’au baccalauréat ou jusqu’à la formation professionnelle, à donner le meilleur de lui-même, à ne pas restreindre ses ambitions, et fera en sorte qu’à chaque étape, le soutien personnalisé dont un enfant et un adolescent a besoin lui soit donné gratuitement, et cela dès la prochaine rentrée scolaire. C’est le soutien scolaire individualisé.

La France présidente, c’est celle qui prend le parti pris de répondre à la crise du logement, avec le bouclier logement inclus dans le projet, dans le pacte présidentiel que je vous propose. C’est celle qui sécurise les locataires en créant le service public de la caution, c’est celle qui est capable de tenir sa parole et de construire les 120 000 logements sociaux par an et de les répartir harmonieusement sur l’ensemble du territoire. C’est celle qui lutte contre la spéculation foncière et immobilière qui empêche aujourd’hui de plus en plus de familles de se loger dignement.

Et puis la France présidente, c’est celle qui va s’engager et qui va engager l’Europe avec elle dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour la protection de la planète.

Oui, nous allons relever le défi écologique, au lieu d’y aller à reculons, pour ne pas indisposer toutes les puissances financières, tous les lobbies du statu quo, tous les intérêts économiques qui ne veulent pas bouger. Et c’est la France qui y voit, et j’y vois une chance de développement et de bien-être, une potentialité de constructions d’emplois, comme on le fait ici, comme le fait Jean-Pierre Masseret dans la région, il y a des centaines de milliers d’emplois à conquérir dans le domaine de l’environnement, de l’écologie, du développement durable, d’une nouvelle agriculture, des énergies renouvelables, d’une autre façon d’habiter, de dépenser, de fonctionner, de consommer et de se déplacer, etc. Voilà le défi écologique que nous relèverons ensemble.

La France présidente, c’est une France qui s’engage à mettre en place de nouvelles règles du jeu, qui refonde le pacte républicain et qui remet le peuple souverain au cœur de l’action publique. C’est une France qui aura le courage de regarder la mondialisation telle qu’elle est : soit un chaos, soit une chance. Un chaos si nous laissons faire et si nous laissons aller avec un libéralisme sans foi ni loi ; une chance si nous pesons de toutes nos forces pour changer l’échange inégal qui a spolié pendant tant d’années l’Afrique, une partie de l’Asie et l’Amérique du Sud.

On sait bien que nous ne sauverons pas tout seuls, on sait bien que la France sauvera ses emplois et pourra même en créer de nouveaux, si le monde est moins inégal, si la faim et si la maladie reculent, si le savoir partagé progresse, si les cultures se mélangent et échangent.

En revanche, la mondialisation peut être un drame, un terrible drame si chacun se replie, dresse des barrières, installe des miradors à ses frontières, et si l’autre, au lieu de devenir une chance, devient un intrus, et pour finir, un ennemi. Et cette mondialisation-là, nous ne la voulons pas. Nous ne voulons pas une mondialisation abandonnée aux seules forces des marchés. A nous de construire ces digues d’un nouveau monde, à nous de construire cet idéal qui est réalisable et qui détermine aussi notre destin commun et ce que la France deviendra à l’échelle de la planète.

« Ségolène, présidente ! »

Oui, je suis convaincue que la France est parfaitement capable de tirer parti de la globalisation, et ce sera le sens de la politique internationale que je conduirai, sur le plan économique, social et naturellement culturel. La France possède les atouts et les talents nécessaires, elle a des entreprises dynamiques et innovantes qui savent s’imposer sur les marchés à l’étranger. Ces entreprises ont elles-mêmes l’appui de communautés françaises expatriées qui sont pleines de dynamisme et dont l’éloignement géographique n’a pas rompu les liens qui les unissent à leur patrie. La France est un grand pays, la France est un pays équipé pour faire face aux défis de la modernité.

Ensuite, la France n’est pas seule. Depuis 50 ans, elle a choisi l’Europe. Et je le dis ici, l’Europe doit rester la grande ambition et la grande réalisation du XXIe siècle, mais pas n’importe quelle Europe, les Français l’ont dit. Moi non plus, je ne veux pas d’une Europe qui ne serait qu’une zone de libre échange adossée à l’OTAN. Je veux encore moins d’une Europe de tous contre tous, où la compétition fiscale et sociale remplace la solidarité et dans laquelle la concurrence sert de projet de société.

L’Europe que je veux avec vous doit élever le niveau de tous les pays et de chaque individu, et non pas les abaisser. C’est pourquoi l’Europe doit se fixer comme objectif une croissance dynamique et créatrice d’emploi. Je relancerai les politiques communes sur les enjeux majeurs que nous avons à affronter. En Europe comme en France, la croissance reviendra dans l’investissement, dans la recherche, dans l’innovation, dans les énergies renouvelables, dans les transports collectifs, dans une agriculture de qualité. Une Europe doit se battre aussi pour faire émerger une politique industrielle, comme le font les grands continents émergents. Et ici, dans cette région si proche des autres frontières européennes, je sais que vous sentez très fortement cette nécessité, que vous montrez l’exemple, et je compte sur vous, je compte sur cette région pour tracer le chemin et pour montrer comment, demain, l’Europe que nous allons construire va créer des emplois et distribuer du pouvoir d’achat.

Et c’est parce que l’Europe ne doit plus s’abandonner au seul dogme de la concurrence que je proposerai à nos partenaires la négociation d’un protocole social. Les Partis socialistes européens ont avancé sur ce point avec Jacques Delors pour renforcer les droits des travailleurs, et je sais que cette idée commence à faire son chemin. Il m’appartiendra, puisque la France présidera, le 1er juillet 2008, l’Union européenne, d’accélérer la construction de cette Europe sociale qui va réconcilier les solidarités sociales et l’efficacité économique.

Puis, comment ne pas aborder, dans le cadre de ces quelques éléments de politique étrangère dont je veux vous parler ici, parce que c’est de la France qu’il s’agit aussi, et je ne vois pas pourquoi je n’en parlerais pas ici car tout se tient, je crois que c’est parce que la France retrouvera sa place et son influence sur la scène mondiale qu’elle pourra aussi d’autant mieux régler les problèmes qui sont les siens.

C’est encore avec l’Europe et les Nations unies que la France doit poursuivre l’objectif du respect scrupuleux des traités en matière de non-prolifération nucléaire. Avec équité, mais sans faiblesse, nous devons trouver les solutions nécessaires pour faire entendre raison à ceux qui mettent en danger la sécurité du monde, en violation de leurs propres engagements.

Et comme la Corée du Nord est en train de le faire, l’Iran doit accepter de revenir sur sa décision de poursuivre dans la voie du nucléaire militaire. L’Iran doit savoir, et si je suis élue, croyez bien que je lui rappellerai qu’elle ne pourra retrouver au sein de la communauté des nations la place à laquelle l’ancienneté de sa civilisation et de sa culture lui donne droit, que si elle rompt avec ce style de provocation permanente qui est devenue depuis quelque temps le dernier mot de ses dirigeants.

J’ai pris depuis longtemps, vous le savez, des positions très fermes et très claires sur cette affaire du nucléaire iranien. A l’époque, j’étais bien isolée, on s’est même moqué de mes propos. La suite, aujourd’hui, me donne raison. Vous voyez que l’incompétence internationale se transforme en compétence internationale, et j’ai dit que c’est l’esprit même des traités de non-prolifération qui se trouve bafoué par le pouvoir à Téhéran. Et j’ai dit qu’il leur faut répondre sur le même ton : puisque vous vous servez du nucléaire civil pour accéder, c’est évident, au militaire, nous voilà donc contraints d’entraver votre accès au premier pour vous barrer la route dans votre effort vers le second.

Eh bien, cette position que je crois juste, cette position qui, j’en suis convaincue, est la seule vraiment conforme à l’esprit du traité de non-prolifération, je ne vais certainement pas l’amender une fois entrée à l’Élysée, je ne vais céder ni à l’intimidation ni au chantage. Et si je refuse de céder, c’est parce que, lorsque la paix du monde est en question, c’est l’avenir de nos enfants et de la génération qui vient qui est en jeu.

J’ajoute que cette politique de fermeté, ce refus du chantage nucléaire et de la terreur, c’est aussi ce que les Iraniennes et les Iraniens eux-mêmes attendent aujourd’hui de nous : ces étudiants courageux qui bravent la dictature, ces femmes debout qui ne veulent pas plier, ces laïcs, ces intellectuels qui ne veulent pas voir la grande culture perse prise en otage par un clan, ces classes moyennes en Iran qui ne supportent plus l’idée de voir les richesses du pays, sa manne pétrolière détournées à son profit par une oligarchie étroite. Tous attendent qu’une voix s’élève pour les encourager et les soutenir, et je voudrais que cette voix soit encore, bientôt, celle de la France.

D’une manière plus générale, la France, à mes yeux, a la responsabilité particulière de veiller à ce que soient partout, à travers le monde, respectés les droits de la personne humaine. La France est le pays des droits de l’homme, la France et les Lumières, et donc les droits de la personne humaine.

Nous allons bientôt célébrer le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’homme, signée à Paris en 1948 sous les auspices des Nations Unies, et ce sera une occasion de plus de rappeler que nous avons, nous Français, autant, et peut-être plus que quiconque, le devoir sacré de ne plus tolérer les humiliations, les violences, les discriminations infligées aux hommes par d’autres hommes, tous les racismes à l’échelle de la planète.

Il n’y aura plus, si je suis élue, de bonne et de mauvaise dictature, car je ne crois pas qu’il soit dans l’intérêt de la France de se taire quand elle a le sentiment que l’essentiel, c’est-à-dire le principe même de la démocratie, est en péril. Je crois surtout que la voix de la France doit en toutes circonstances rester la voix de la France. Je crois que son message d’humanisme et d’universalisme vaut face aux guerres oubliées d’Afrique autant que face à la guerre de Tchétchénie avec laquelle nous sommes en désaccord.

Dès le 18 mai, quelques jours seulement après le résultat de l’élection présidentielle, aura lieu le sommet de l’Union européenne et de la Russie, et la France devra, ce jour-là, donner le ton. La France devra commencer ce jour-là d’appliquer le programme que j’ai annoncé le 11 février dernier à Villepinte. Ne doutez pas que j’aurai à cœur à la fois de jeter les bases d’un bon dialogue constructif avec ce grand pays qu’est la Russie, mais de ne pas oublier pour autant d’interroger mes interlocuteurs sur la situation chez eux faite à la presse libre et à ses journalistes.

La politique internationale de la France, c’est aussi, parmi bien d’autres sujets, mais celui-ci est important : l’attitude à adopter vis-à-vis des États-Unis d’Amérique. Là-dessus, soyons très clairs : les États-Unis sont nos amis, nous fûmes leurs alliés il y a un peu plus de trois siècles lors de leur guerre d’indépendance, et ils furent les nôtres au milieu du siècle dernier lorsqu’il fallut terrasser l’hydre nazie.

Ils furent la première démocratie au monde et restent par la taille la plus grande. Nous leur avons, nous Européens, transmis en retours nos idéaux de liberté, d’égalité, et surtout de fraternité entre les hommes, quelle que soit leur origine.

Mais nos destins, et nos destins aujourd’hui, je le dis très clairement, ne sont pas disjoints face à cet ennemi commun qu’est le terrorisme international, et qui peut, vous le savez, frapper aussi bien à Londres, à Madrid, à New York, et aujourd’hui à Alger. Je veux ici avec vous exprimer publiquement notre horreur et notre indignation devant les attentats ignobles et qui ont fait aujourd’hui tant de victimes.

Mais alliance sur ces questions ne signifie pas aveuglement. Être ami ne veut pas dire tout accepter de son ami, appartenir à une même famille démocratique implique, comme dans toutes les familles, que l’on sache, quand il le faut, critiquer, gronder, et même se fâcher. Et c’est vrai pour la guerre en Irak, cette tragique erreur.

Et je le dis très nettement : la France gardera son autonomie de jugement et d’action vis-à-vis des États-Unis d’Amérique. Et je ne serai pas celle qui ira serrer la main de George Bush, comme si de rien n’était, sans un mot pour nos désaccords tactique et stratégique quant à la bonne façon, par exemple, de lutter contre la contagion de l’extrémisme religieux et du terrorisme qui lui est si souvent lié.

Oui, la France agira avec indépendance et sans arrogance. Elle tiendra son cap et elle affirmera par ma voix ses principes.

Voilà, mes chers amis, ce que je suis venue vous dire ici à Metz, en Lorraine, mais je vois les amis alsaciens qui sont aussi là, je suis venue vous parler tout simplement, tout grandement de la France, de celle que nous voulons bâtir ensemble. Je compte maintenant sur chacun et sur chacune d’entre vous, dans cette assemblée chaleureuse, pour faire comprendre à votre tour l’enjeu dont il s’agit : le choix qui s’offre aux Français.

On nous dit qu’il y a encore plus de 18 millions d’électeurs indécis. Je respecte cette indécision. Je crois que les Français ont compris que ce choix était très important, qu’une page de l’histoire allait s’écrire, que ce choix allait engager la France pas seulement pour les cinq années qui viennent, mais sans doute, vous l’avez compris, avec la profondeur et la divergence des valeurs et des visions, vous l’avez compris sans doute, pour une génération.

Vous le savez aussi, ce qui va se passer dans quelques jours, ici en France, est regardé par le reste de la planète. Je veux que la France continue à porter haut ses valeurs de solidarité, de liberté, d’égalité, de fraternité, je veux qu’elle continue à montrer l’exemple, je veux qu’elle se relève et qu’elle cesse d’être tirée vers le bas. Je sais qu’elle mérite beaucoup mieux que ce qu’elle a aujourd’hui.

Alors je compte sur chacun et sur chacune d’entre vous. Allez convaincre les citoyens un par un, avec ce projet, avec cette explication, avec ce choix, avec ces enjeux, avec cette bataille, projets contre projets, idées contre idées, valeurs de construction contre valeurs de destruction. Allez faire connaître ces nouvelles règles que je vous propose, cet idéal que je veux construire avec vous.

Je vous demande de porter haut la parole que je viens de vous donner parce que, en la portant, tout simplement, vous porterez la France.

Vous êtes venus ce soir très nombreux, vous me donnez une formidable liberté, une énergie extraordinaire, cette énergie que la France attend, cette énergie dont je me sens remplie avec vous, en appui sur vous, cette énergie qui fait que je suis prête à relever la France avec vous et à la construire.

Sans vous, je ne peux rien, mais avec vous, avec ce mouvement populaire qui refuse l’intoxication par les sondages, comme si ce n’était même plus la peine de voter, alors que 18 millions de Français ne répondent pas aux sondeurs.

Eh bien nous, nous allons leur répondre, et nous allons nous mettre en mouvement. Nous l’avons, ce devoir de victoire, nous l’avons, cette exigence de réussite, je l’ai avec vous, je me bats pour gagner, je sens un souffle se lever, je sens que l’élection présidentielle doit permettre à la France de gagner, de se reconstruire, de refuser toutes les formes de violence et de brutalité, de tourner le dos au passé qui a fait tant de mal, et de choisir un avenir nouveau pour vous tous et pour toutes les générations.

Voilà ce que je veux incarner avec vous et pour vous. Voilà ce que nous allons réaliser ensemble. Voilà la force qui doit se mettre en mouvement. Voilà l’élan populaire que je sens dans le pays, et ce soir parmi vous, aujourd’hui.

Alors, la voulez-vous, cette France plus juste ? La voulez-vous, cette France plus forte ? Le voulez-vous, ce désir d’avenir ?La voulez-vous, cette victoire ?

Alors en avant. Vive la République, vive la France !
Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Mardi 20 mars 2007 2 20 /03 /Mars /2007 00:35

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Chers amis, chers collègues, élus, merci tout d’abord à François, notre premier secrétaire, de nous avoir une fois de plus donné autant d’énergie, merci à lui de nous avoir rassemblés.

Je salue les partenaires des autres partis de gauche qui nous soutiennent, Jean-Pierre et Jean-Michel, merci de leur présence.

Tous les élus socialistes, républicains, citoyens, rassemblés à l’initiative de Dominique Strauss-Kahn et de Claudy Lebreton, merci à vous, pour les avoir, au cours des mois et des années qui viennent de s’écouler, animés et encouragés.

Merci à Marylise d’avoir animé cette journée, et à vous tous ici présents.

Oui, je suis heureuse de vous voir aussi nombreux et nombreuses en ce dimanche, vous les piliers de la République et les inventeurs au jour le jour de la Nation.

Notre rassemblement ici, à la Porte de Versailles, n’est pas une réunion publique comme les autres, ni un rendez-vous de plus, il a une valeur et une densité toute particulière, parce que vous êtes venus de tous les territoires qui forgent notre destin commun. Parce que souvent, vous avez fait un long chemin, et même un très long voyage si j’en juge par la présence de tant d’amis des Outre-Mer.

Parce que, à travers vous, je veux parler de la France et m’adresser aux Français, et à travers les 5 000 élus ici présents, c’est aux 500 000 élus sur tout le territoire national auxquels je pense à ce moment.

Merci du fond du cœur pour votre parrainage.

Plus de 4 000 signatures sont arrivées au Conseil constitutionnel.

Je sais ce que je vous dois. Je sais ce que je dois à mon parti, je sais ce que je dois aux militants.

Car si je suis ici devant vous, c'est d’abord parce que je suis une des vôtres, conseillère municipale, conseillère générale, parlementaire pendant quatre mandats successifs, présidente de la région Poitou-Charentes, reprise à un ancien Premier ministre.

Oui, je suis des vôtres, et je connais comme vous les grandeurs et les servitudes du mandat d’élu, la noblesse aussi de cet engagement, ce qui fait qu’au jour le jour, nous sommes confrontés aux difficultés, aux souffrances, aux précarités, aux injustices, mais c’est ce qui fait aussi qu’au jour le jour, nous nous battons pour que la France aille mieux.

Je ne suis pas candidate pour reconduire le désordre des choses, mais au contraire, pour bâtir une France juste et forte.

Je ne suis liée à aucun groupe de pression, à aucun pouvoir d’argent.

Le pacte présidentiel, il a pour objectif de faire ce que vous faites tous les jours sur vos territoires, c’est-à-dire de répondre aux urgences d’abord de la vie quotidienne des Français et des Françaises, mais c’est aussi de préparer le pays aux défis du futur. C’est la mission que vous vous donnez, c’est la mission que je me donne, et c’est sur la victoire sur ces bases que nous devons conquérir et gagner ensemble.

Vous qui êtes des élus du suffrage universel, vous qui consacrez votre vie au bien public, vous savez que c’est le désintéressement qui fait les grands desseins, c’est-à-dire à la fois les grands projets et les grands progrès.

Ce dévouement et ce désir de changement que vous mobilisez dans vos communes, dans vos cantons, dans vos régions, dans vos départements, dans vos villes, dans vos circonscriptions, je les veux pour la France. C’est la beauté de l’engagement politique, c’est la noblesse du combat collectif et c’est le sens de notre combat commun. Et je le ressens au fond de moi chaque jour un peu plus, c’est bien ce qu’attendent les citoyens.

Je voudrais même vous dire que la réponse aux tumultes de la mondialisation, qui nous inquiètent tant, c’est le raccrochement aux territoires, ce sont les racines solides, celles qui permettent de se lever et de se tourner sans peur vers les autres et vers le vaste monde. Je veux réconcilier le local et le global, et ce sera tout le sens des réformes institutionnelles efficaces, et c’est tout l’objectif de la République nouvelle que j’appelle de mes vœux et qui est portée par le pacte présidentiel, cette République nouvelle dont vous êtes les acteurs à l’avant-garde, cette République nouvelle, nous la réussirons, et lorsque nous l’aurons réussie grâce au vote des Français dans un référendum populaire, institutionnel, refondateur de notre République, ancrée sur ses traditions mais en même temps tournée vers le futur, ancrée sur ses territoires, farouchement accrochée à ses identités et à ses diversités, et en même temps ayant la capacité d’inventer la France qui se relève, alors oui, ce sera notre 6e République, et c’est à celle-là que je vous invite, et c’est celle-ci que nous construirons ensemble.

Cette 6e République, elle est prête. Elle s’appuie sur votre travail.

Ce travail qui a été animé par nos présidents de groupe à l'Assemblée nationale et au Sénat, Jean-Marc Ayrault et Jean-Pierre Bel. Elle s’appuie, vous y avez tous contribué, elle va s’appuyer sur quatre piliers nouveaux.

D’abord une démocratie parlementaire revivifiée qui va mettre fin au cumul des mandats.

Ensuite, une démocratie sociale, qui va faire faire à la France un bond dans le futur, en modernisant le dialogue social, en faisant en sorte que les organisations de salariés soient enfin respectées dans notre pays et contribuent au nouveau pacte que je veux nouer avec les entreprises pour prouver que l’on peut concilier la solidarité, les sécurités au travail, la valeur du travail, mais aussi l’efficacité économique et la conquête de ce qu’il y a de mieux dans la mondialisation.

Le troisième pilier, c’est la démocratie participative, celle que vous pratiquez tous les jours. Et c’est bien parce que depuis des années, je suis une élue locale que j’ai compris comme vous que la France a changé, que le monde a bougé, et donc que la politique doit changer en s’appuyant sur l’intelligence des gens, sur leur volonté de participer aux décisions qui les concernent, parce qu’ils sont les meilleurs experts de ce qu’ils vivent, de ce qu’ils sentent, de ce qu’ils attendent, de ce qu’ils espèrent, non seulement pour eux-mêmes mais aussi pour la génération qui se lève, afin qu’à son tour, cette génération qui se lève puisse espérer un meilleur avenir et transmettre à la génération suivante aussi le goût du risque, celui d’entreprendre, mais la ferme conviction que c’est en prenant le goût du risque, qu’en arrivant à conquérir le goût d’entreprise que nous pourrons au mieux le faire si nous assurons les solidarités de base, le maintien des services publics sur tout le territoire, l’accès à la santé.

C’est cela que nous ont dit tous les Français dans les réunions participatives qui m'ont aidée à construire avec vous le pacte présidentiel avec lequel nous nous battons aujourd’hui pour nous acheminer vers la victoire.

Le quatrième pilier de la 6e République, c’est la démocratie territoriale.

Oui, nous allons accomplir une nouvelle étape, reprendre le flambeau de Pierre Mauroy, mais pas dans une décentralisation ratée et confuse, à tel point confuse comme la droite la fait que le mot même de décentralisation a perdu tout son sens et toute sa valeur. C’est pourquoi nous mettrons en place une loi sur les intelligences territoriales au sens large, ce que j’appelle la régionalisation, non pas au sens de régions administratives, mais au sens de régions territoriales, et je le ferai parce que je crois que c’est là que se trouve le véritable cœur de la réforme de l'État. Nos concitoyens attendent que nous dépensions avec sagesse les fonds publics. Ils connaissent l’état de déficit dans lequel la droite laisse la France. Ils savent que ce sera difficile. Ils attendent donc de nous des dépenses publiques mieux organisées, un euro dépensé : un euro utile.

Ils attendent une clarification dans la répartition des compétences. Je veux faire confiance aux territoires, aux communes, aux départements, aux régions, aux agglomérations, aux communautés de communes. Chacun aura sa tâche à accomplir.

Nous mettrons fin aux superpositions, aux doublons, à toutes les formes de gaspillage. Il faudra de la discipline et de la rigueur pour cela.

Je connais les difficultés. Je sais comment, dans ces financements croisés, dans cette complexité territoriale, chacun cherche à se mêler de tout, dans une sorte de confusion dans laquelle personne ne se reconnaît. Les citoyens ne veulent plus de cela.

C’est ce qui permet à certains candidats de proposer de supprimer les départements. Non, je ne supprimerai aucun échelon. En revanche, parce que cela conduirait à une forme de pagaille administrative et nous perdrions des mois de temps utile pour faire les réformes efficaces et rapides, non, mais en contrepartie, chaque collectivité territoriale, dans une réforme fiscale, recevra les moyens justes d’exercer ses responsabilités sans être obligée de se livrer à une fuite en avant vers les hausses fiscales. Il y aura de la justice dans la répartition des ressources fiscales et il y aura de la justice dans la péréquation entre les territoires, pour que les citoyens puissent comprendre comment l’on peut concilier les identités et les intelligences territoriales avec la certitude que les conditions de la réussite scolaire, de l’accès à l’emploi, de l’accès à la santé, de l’accès aux services publics soient équitablement garanties sur l’ensemble des territoires, car il n’y a pas d’incompatibilité, au contraire, entre un État fort, assumé et assuré de ses responsabilités, garant du lien social à l’échelon national, et des collectivités territoriales et des élus qui assument toutes leurs initiatives, tous leurs talents, tout leur pouvoir d’action parce qu’ils savent qu’ils pourront s’appuyer sur cet État fort qui leur garantira l’égalité de développement sur le territoire, où qu’ils se trouvent, quelles que soient les conditions initiales, et surtout en donnant davantage aux territoires qui en ont le plus besoin.

C’est donc à une tâche immense à laquelle je vous appelle. C’est vous, si les Français en décident ainsi, qui serez au premier rang de l’application du pacte présidentiel que je vous propose, appuyé sur ses sept piliers, ses sept priorités que sont la valeur travail, la lutte contre la vie chère, la confiance retrouvée, l’excellence environnementale, la lutte contre toutes les formes de violence, le fait que la France revienne à la table de l'Europe et le fait que la France retrouve sa place dans le monde et son message universel tant attendu.

C’est vous qui aurez cette tâche, et il nous faudrait un nouveau pays pour dire les nouveaux Hussards de la République que vous êtes aux côtés des enseignants, oui, c’est vous qui allez être au premier rang, et je compte sur vous, non seulement pour conquérir la victoire, mais après pour la transformer dans ce pacte présidentiel qui permettra à une France neuve de se relever.

Nous écrivons aujourd’hui ensemble une belle page de l’histoire de France. Un nouvel espoir s’est levé à gauche, comme une vague en formation qui ne demande qu’à grandir. La volonté et le courage permettront d’aller chercher toutes celles et tous ceux qui pensent ne compter pour rien et qui ne savent plus de quoi demain sera fait.

Nous sommes en train de tracer ce chemin, de construire ce renouveau, nous accélérons aujourd’hui le mouvement de ce nouvel élan partagé. Je vous demande aujourd’hui encore de vous tourner, à 35 jours du premier tour de l’élection présidentielle, de vous tourner résolument vers les Français, de nouer avec eux un nouveau dialogue pour que chacun se sente pris en considération et revienne vers les urnes, pour redresser la France, la retirer vers le haut, pour mettre fin à cet insupportable vécu du déclin et du pessimisme. Oui, chacun doit être appelé à se remettre en marche. Aucun talent ne doit être gaspillé, aucune chance oubliée, aucune bonne volonté écartée.

Ce que je veux déclencher dans cette dernière ligne droite de la campagne, c’est un sursaut collectif, un élan à la dimension de l’espoir qui se lève, un dépassement de soi et de chacun. Oui, il s’agit de transformer l’espoir en dépassement, en donnant du bonheur, et parfois même de la ferveur, comme on le voit parmi ces milliers de gens qui viennent dans des salles pleines à craquer parce qu’ils veulent incarner ce mouvement vers le haut qui nous conduira vers la victoire.

C’est vous, élus, militants, c’est vous les élus qui avez accéléré ce mouvement en mobilisant autour de vous. C’est vous qui avez été aussi poussés par les citoyens autour de vous, par le peuple qui est déjà en marche. C’est vous qui êtes en train de donner à toutes celles et à tous ceux qui veulent une nouvelle histoire la force d’y croire.

En m’apportant vos parrainages comme vous l’avez fait, cela me donne l’immense responsabilité de ne pas décevoir toutes celles et tous ceux qui espèrent.

L’élection présidentielle va à l’essentiel, la possibilité pour chacun de choisir son destin et de le maîtriser dans les turbulences du monde d’aujourd’hui.

Oui, la France peut reprendre la main. Oui, elle peut croire suffisamment en elle, renouer avec le meilleur de son histoire, se projeter à nouveau dans l’avenir pour construire un destin commun, car les questions que se posent les Français, nous les connaissons : la pauvreté et la précarité sont-elles une fatalité ? Non.

Ces risques inédits, ces inégalités qui se creusent, ces fragilités qui déstabilisent même ceux qui se croyaient à l’abri, est-ce là le visage inéluctable de la modernité ? Assurément pas.

Ces jeunes qui désespèrent de pouvoir vivre un jour de leur travail, ces salariés qu’on pousse vers la sortie bien avant l’âge de la retraite, ces familles qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, à se loger correctement, ces petits retraités qui ont la hantise de ne plus pouvoir se faire soigner et de ne plus pouvoir transmettre à leurs enfants et à leurs petits-enfants les valeurs auxquelles ils tiennent, ces familles qui s’endettent pour faire face aux dépenses courantes, est-ce cela la condition promise aux millions d’ouvriers, d’employés, de salariés, d’artisans, de commerçants, de petits agriculteurs, de retraités, qui forment l’immense majorité du peuple français ? Je ne le crois pas et je ne le veux plus, et vous non plus, vous ne le voulez plus.

Si les problèmes qui se posent ne sont ni de droite ni de gauche, il y a bien des façons de gauche d’y répondre.

Être à gauche, c’est garder au cœur une révolte intacte ; être à gauche, c’est mettre le progrès social au cœur de toutes les décisions politiques, le progrès social pour tous et le respect pour chacun ; être à gauche, c’est l’éducation au cœur de tout, encore l’éducation, toujours l’éducation. L’éducation qui, avec la formation et les qualifications et la culture, c’est-à-dire l’investissement dans l’humain nous permettra de combattre le chômage et d’affronter le vaste monde.

Je veux non seulement incarner ce changement mais le construire avec vous. La politique doit partir, comme vous le faites tous les jours sur vos territoires, la politique doit partir de la réalité de la vie des gens, être attentive aux leçons que le peuple donne, comprendre que le citoyen est le mieux placé pour faire le diagnostic de ce qu’il vit et pour dire au nom de quelles valeurs nous devons agir.

La France doit donner à chacun les moyens de prendre effectivement son existence en main. Voilà pourquoi les libertés individuelles appellent des solidarités et des garanties collectives à construire. N’ayons pas peur, puisons ces idées neuves, comme nous l’avons fait, dans la vie quotidienne du peuple français, dans ses souffrances, dans ses difficultés, mais aussi dans ses talents et dans ses formidables réussites.

Oui, avec vous, la France doit saisir toutes ses chances et se redresser, et nous savons bien, nous ici, qu’elle mérite beaucoup mieux que ce qu’elle a. Je veux lui donner, à la France, cette fierté sans prétentions inutiles qui l’aidera à rassembler ses forces et à écrire avec tous, tous les siens, une nouvelle page de son histoire.

La France, je la vois comme vous, au contact des territoires, créative, innovante, mais bridée de trop de lourdeurs et de méfiances, fragilisée par un État qui se désengage et qui devra, demain, j’en fais le serment, assumer toutes ses responsabilités dans le cadre d’une autorité juste. Je la sens, cette France, souvent en avance sur ceux qui la gouvernent et qui se plaignent injustement de son immobilisme.

Les Français, je le crois, sont prêts aux réformes, mais ils ne veulent pas consentir aux décisions qu’on leur impose sans les y associer. Ils ne sont pas partants pour des efforts qui pèsent toujours sur les mêmes.

Conduire une politique efficace et juste, c’est apporter la garantie permanente, au jour le jour, du recul des inégalités, des précarités et des insécurités, parce que c’est aussi comme cela que le pays sera plus fort dans la compétition internationale.

On nous répète que le pouvoir échappe à la Nation, que la volonté politique peut de moins en moins, que ce n’est plus l'État providence mais l'État minimal, faiblement protecteur, qui serait dans le sens de l’histoire. Je crois, moi, tout le contraire. Je crois que la politique doit prouver jour après jour son efficacité, et c’est pourquoi je vous propose une autre façon de gouverner, qui repère les vrais problèmes, qui apporte des solutions concrètes, qui dit au nom de quelles valeurs nous agissons et qui transfère vers vous les responsabilités opérationnelles pour répondre au plus vite aux attentes de nos concitoyens.

On nous a raconté aussi que la mondialisation avait disqualifié la Nation, et que l’aspiration croissante à l’autonomie individuelle, à la fuite vers le chacun pour soi se ferait forcément au détriment du collectif. Je crois, moi, tout le contraire. Ce sont les solidarités collectives qui nous rendront plus forts. La Nation n’est pas le monopole de la droite, et encore moins de l’extrême-droite. La Nation, elle tient debout parce que les solidarités sont là, parce que la lutte contre les injustices est là, et parce que nous saurons nouer avec les Français ce pacte social qui nous fera tenir debout ensemble, avec nos différences, avec nos talents, mais aussi avec notre volonté collective d’aller de l’avant dans une nation rassemblée et fière d’elle-même. Oui, ma conviction est là. C’est en restant fidèles aux valeurs de justice, de solidarité et de laïcité que nous pourrons résister le plus efficacement aux vents mauvais d’un libéralisme sans foi ni loi, des communautarismes de toutes sortes, et que nous réussirons à saisir ensemble les opportunités d’une mondialisation qui porte en ses flancs le pire et le meilleur. Le meilleur si elle réussit notamment à réduire les inégalités entre les pays du Nord et les pays du Sud, selon que nous saurons en faire.

Eh bien moi, je veux pour la France que ce soit le meilleur qui l’emporte !

Imaginer la France, c’est la tâche nouvelle que je vous propose. Car ne lui renvoyer que l’image de son déclin et la sommer sans cesse de renoncer à son exception, à son modèle, de lui dire qu’il faut qu’elle se banalise pour s’en sortir, et de s’aligner sur les pays où, paraît-il, le marché sans entraves pourvoirait au bonheur de tous, tout cela, c’est rendre un bien mauvais service à la France, et c’est attiser l’exaspération des Français. C’est à cette façon de faire qu’il faut mettre fin. Je crois qu’il y a beaucoup à corriger dans le fonctionnement de nos systèmes de solidarité, mais pas pour les amoindrir, pour les rendre plus efficaces.

Je crois que nous devons imaginer l’ambition d’une France économiquement dynamique et socialement plus solidaire, car l’un ne va pas sans l’autre.

Oui, imaginer la France, c’est à cela que je vous invite, car elle s’est beaucoup transformée, diversifiée et colorée, sans encore admettre totalement ce qu’elle est devenue. Nous devons en tirer parti et fierté. La France doit enfin reconnaître comme ses enfants légitimes tous ces jeunes dont les familles sont venues d’ailleurs et qui sont aujourd’hui des Français à part entière, quoique toujours exposés aux discriminations.

Et la lutte pour l’identité des territoires ruraux qui font souvent moins de bruit et qui pourtant n’en subissent pas moins de souffrance, cette lutte là fait partie aussi de la reconnaissance de la diversité de la France, et je ratifierai la charte des langues régionales, parce que cela fait partie de nos diversités, et c’est cette France diverse, colorée, multiple, rassemblée dans le potentiel de tous ses talents que nous réussirons à réunir, en refusant d’opposer les uns aux autres et de se sentir menacés par les uns ou par les autres. Non, c’est la diversité qui nous rend forts, c’est la diversité qui fait notre unité, c’est la fidélité à nos valeurs et à nos territoires qui nous permet d’avancer en étant bien au clair sur ce qui nous rassemble et en étant plus forts pour regarder vers les autres, car c’est en relâchant ou en atténuant nos racines que souvent cela nous pousse à nous replier sur les individualismes, celles qui détruisent le collectif ou à avoir peur du vaste monde et de la mondialisation.

Nous devons réunir cela, je l’ai dit tout à l’heure : le local, la fierté de nos liens sur le territoire et sur nos cultures diversifiées, et le global parce que nous regarderons tous ensemble, avec notre force commune, la meilleure façon de réduire les écarts entre les pays riches et les pays pauvres.

Et nous savons bien, nous la France, que si nous réussirons à nouer des liens avec l’autre rive de la Méditerranée, et en particulier vers l’Afrique, nous savons bien que c’est comme cela que nous serons plus forts ensemble, et que le message universel de la France sera à nouveau compris, entendu, respecté et porté.

Chaque maire rural, là où il se trouve, lorsqu’il noue un jumelage avec un autre village d’un pays plus pauvre que le nôtre, il construit un ordre mondial plus juste, et je compte aussi sur vous pour cela, car nous réformerons en profondeur les aides au développement, et je demanderai aux communes, aux départements, aux régions de nouer des partenariats de proximité, des circuits courts, et vous en aurez les moyens, parce que je crois que c’est le moyen le plus efficace de lutter contre toutes les formes de gaspillage, et de détournements de fonds publics, contournant des régimes corrompus qui font que l’argent public ne va pas directement aux populations qui en ont le plus besoin. Je compte sur vous pour réussir cet ordre mondial plus juste, sans lequel nous n’avons pas de destin commun.

Ce n’est jamais quand elle oublie ses valeurs, mais bien quand elle les prend au mot et qu’elle reste fidèle à elle-même, que la France peut aussi, au-delà de ses frontières, parler de l'Europe et à l'Europe, parler du monde et au monde, car la Nation, pour la gauche, est indissociable d’une perspective plus large.

Nous sommes de ce pays, la France, qui vota la liberté du monde, où l’on fit une constitution en pensant à l’univers entier. C’est donc en donnant au peuple l’exemple et le signal de la justice et de l’humanité que la France se ressemble et se rassemble.

Regardons l’histoire : c’est toujours quand le peuple s’empare de son destin que la France avance et bâtit un nouvel avenir.

Aujourd’hui, nous le sentons, je sens que le peuple français s’y est mis, et que ce mouvement va se lever.

Nous sommes portés par un mouvement populaire, généreux, heureux, qui sent que nous sommes portés par une cause plus grande que nous.

A travers vous, je lance aujourd’hui un appel à tous les Français, hommes et femmes de notre pays : rassemblons-nous, mobilisons-nous, aidons-nous les uns les autres à servir la France. Imaginons ensemble une France qui aura le courage d’affronter les mutations sans renoncer à son idéal de liberté, d’égalité et de fraternité.

Pour un ordre juste et contre tous les désordres injustes qui frappent les plus faibles, pour des énergies positives qui rassemblent et des libertés nouvelles à inventer, mettons-nous encore plus fortement en mouvement. Je vais continuer avec vous, comme je l’ai fait maintenant depuis plusieurs mois, et encore quelques semaines, avec la force de nos convictions et pour unir toute la gauche dans sa diversité et pour rassembler une majorité de Français dans un même désir d’avenir et de changement profond. La campagne sera victorieuse si nous le méritons.

Vous connaissez mon attachement à ces valeurs sur lesquelles je viens d’insister. La campagne sera victorieuse si nous y travaillons jusqu’au bout, avec l’exigence d’écoute, des réformes précises et crédibles que vous avez entre les mains et que vous avez bâties avec moi dans ce pacte présidentiel, c’est pourquoi je parle de pacte, et non pas de programme et de projet, parce que ce pacte, il m’engage, je donne ma parole pour le réaliser, mais il vous engage aussi puisque vous y avez participé et vous m’avez aidée à le construire, et il engage tous les Français, parce que la France se relèvera en étant en appui sur leur énergie et sur leur volonté d’aller de l’avant, et sur la conviction de la parole politique sera tenue, et que c’est grâce à eux que la France pourra changer et continuer à aller de l’avant et préparer un meilleur futur à la génération qui se lève.

Alors, c’est sur cela que je compte.

Les réponses que nous apportons aux inquiétudes des catégories populaires, et en particulier la lutte contre toutes les formes d’insécurité et de violences dont souffrent d’abord les plus exposés, et qui attendent de nous que nous accomplissions notre tâche et que l'État fonctionne enfin correctement.

Vous m’avez, au cours de ces déplacements, de ces milliers de réunions sur vos territoires, et qui vont désormais s’accélérer, vous m’avez, par votre présence et parce que vous avez mobilisé dans les salles des milliers et des milliers de citoyens, nombreux sont ceux encore parmi eux qui hésitent, qui doutent, qui attendent, qui espèrent, qui comparent. C’est donc un moment précieux qui va se dérouler, un moment intense, un moment fait de plein d’intelligence, nous devons être à la hauteur de l’intelligence des électeurs qui veulent que cette élection serve à quelque chose, qui veulent comprendre, qui ne veulent pas se faire avoir, qui veulent que leur voix soit méritée.

C’est à nous, c’est à moi de mériter avec vous chaque voix qui va venir dans l’urne et qui va dire : nous voulons une autre France, nous voulons une France neuve, nous voulons une France qui se relève et qui aille de l’avant.

Oui, vous m’avez donné toute cette force, et je vous demande de continuer à me la donner, parce que je veux mettre cette force au service de notre idéal commun pour faire gagner la France.

A nous de mettre la vérité en bataille. Des millions de Français attendent que l’on mette fin à ces politiques de rupture, de fracture, d’insécurité, de précarité.

Alors je vous le demande : tournons-nous vers eux, donnons-leur confiance, méritons-les, oui, mettons la vérité en bataille pour faire gagner la France. Vive la République, vive la France !

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Mercredi 14 mars 2007 3 14 /03 /Mars /2007 00:38

La rencontre des Mille"La rencontre des mille" qui se tenait lundi soir au gymnase Japy réunissait autour de Ségolène Royal des personnalités culturelles et scientifiques. Parmi eux, Gérard Miller, Edwy Plenel, Marriane James, Pierre Bergé, Rachida Khalil, Benjamin Stora, Charles Berling, Emmanuelle Béart et Jeanne Moreau et tant d'autres personnalités du monde scientifique, économique, artistique et culturels étaient présentes.

 

Pour voir la vidéo : cliquez ici

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Dimanche 4 mars 2007 7 04 /03 /Mars /2007 08:24

SRMC Ségolène Royal affirme que la dissuasion nucléaire doit être "maintenue à son seuil de crédibilité". La dissuasion est "au coeur de notre dispositif de défense".

"Je n'ambitionne pas de rivaliser" avec les Etats-Unis ou la Russie dans le domaine nucléaire, ajoute-elle en indiquant qu'elle se limitera à la "stricte suffisance".

Elle précise aussi que les "programmes de simulation remplaçant les essais nucléaires seront poursuivis", ainsi que le "renouvellement des vecteurs aériens et sous-marins, de même que la livraison du sous-marin lance engins de nouvelle génération".

"Je lancerai très vite un chantier de réflexion" pour "préparer les choix de la dissuasion de l'après-2015".

La candidate socialiste souhaite que le Parlement soit associé au contrôle des opérations militaires extérieures :"Je n'engagerai qu'avec discernement nos armées dans des opérations extérieures. Certaines sont indispensables pour préserver la paix, empêcher les affrontements meurtriers ou contribuer à l'exécution des décisions des Nations unies, mais j'associerai le Parlement au contrôle des opérations extérieures. De même, en ce qui concerne les exportations d'armement, les parlementaires regroupés dans un cadre approprié recevront des informations complètes et actualisées sur ces ventes et se verront faciliter l'accès aux directives et décisions relatives au contrôle des exportations".

"Nos opérations extérieures doivent être acceptées à la fois par les populations concernées et par les Français. Elles ne sont acceptables que si elles sont au service d'une politique juste et ont pour objet le rétablissement de la stabilité et de la paix".

Ségolène Royal réaffirme qu'elle maintiendra l'effort budgétaire pour la défense au niveau actuel, soit 2% du produit intérieur brut (PIB).

"Le budget actuel" s'élève à "2% du PIB" et "j'entends le maintenir car les menaces ont changé mais pas disparu. Nous ne pouvons nous en remettre à d'autres du soin de nous protéger, car je sais que la liberté a un coût", mais "à l'intérieur de cet effort" des "redéploiements nécessaires" seront opérés.

Ségolène Royal : discours sur la défense nationale

 

 

 

Pour voir la vidéo du discours: cliquez ici

 


Allocution de Ségolène Royal :

Le souci de la Défense nationale est au cœur même de la fonction présidentielle. C’est sur la détermination du Président de la République que repose la crédibilité de notre dissuasion, ultime garantie de la paix. Il est donc naturel que le débat sur l’avenir de notre défense se noue, au moment où les Français sont invités, lors de l’élection présidentielle, à faire connaître leur volonté.

La défense conditionne la pérennité de la nation, sa capacité à faire respecter sa liberté, la manière dont elle entend, avec ses partenaires européens, construire une communauté de destin.

La défense doit être l’affaire de tous. Chacun doit pouvoir comprendre pourquoi nous avons besoin d’une défense et ce que nous devons attendre de la politique de défense. C’est sur une vision claire de ces enjeux que peut se construire la meilleure des défenses : celle qui s’enracine dans la confiance des citoyens.

Quels sont ces enjeux, aujourd’hui et demain ?

L’histoire nous enseigne que le plus grand danger est toujours d’apprécier les menaces d’aujourd’hui avec les moyens d’hier. L‘effort de défense suppose une capacité d’anticipation.

Le monde d’aujourd’hui ne ressemble nullement à celui qui nous avait été promis à la fin des années quatre-vingt, quand le rideau de fer qui séparait l’Europe s’est brisé. Ni la fin des antagonismes, ni l’épuisement des rivalités Est-Ouest dans le monde n’ont accouché d’un monde tranquille. Les guerres qui ont suivi la disparition de l’URSS ont été plus nombreuses et au total aussi meurtrières que celles de la guerre froide.

C’est pourquoi j’entends, à partir de l’analyse des menaces d’aujourd’hui, maintenir et adapter notre effort de défense, appuyé sur une confiance renouvelée entre les citoyens et la défense.

I - Les menaces d’aujourd’hui

Le réveil des nationalismes, la crise ouverte du Proche et du Moyen-Orient, l’âpreté de la compétition pour les matières premières et l’énergie, demain sans doute les conflits pour l’accès à l’eau, le réchauffement climatique et le creusement des inégalités Nord-Sud dessinent un univers dangereux, où la paix doit relever de nouveaux défis. Mais ce sont la prolifération, le terrorisme et les nouveaux désordres du monde qui constituent les menaces les plus tangibles.

1. La prolifération

La prolifération concerne les armes nucléaires, chimiques, biologiques, ainsi que les moyens balistiques.

La prolifération nucléaire est la plus inquiétante. La communauté internationale, depuis le Traité de non prolifération, a pu contenir, à quelques exceptions près, ce mouvement préoccupant. Mais cet effort est mis à l’épreuve aujourd’hui, malgré les signes encourageants sur la Corée du Nord.

L’accès de l’Iran à l’arme nucléaire et à ses vecteurs serait un signal redoutable. Nous sommes à un tournant : le principe de non-prolifération est mis à l’épreuve. La France doit faire le choix d’une fermeté sans faille pour que l’Iran, qui a signé le traité de non prolifération nucléaire, adopte un comportement de membre responsable de la communauté internationale et se soumette aux contrôles de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Car si cette limite était franchie, l’avalanche des conséquences et de la nucléarisation ne pourrait plus être arrêtée.

En tout état de cause, le risque de prolifération, de développement d’armes de destruction massive, nucléaires, bactériologiques ou chimiques, associées à des vecteurs balistiques ou des missiles de croisière, forme un tableau des menaces d’aujourd’hui, qui n’ont plus grand chose à voir avec celles de la guerre froide.

2. Le terrorisme

De la même façon, le développement du terrorisme fait partie des risques que doit résolument affronter la France.

Je n’entends pas mettre mes pas dans ceux de l’administration américaine, qui semble faire du terrorisme une menace de même nature que celle des conflits Est-Ouest d’hier. Ce n’est pas le déploiement inconsidéré de la force à travers des opérations préventives unilatérales qui réduira cette menace. La réponse doit être aussi politique et tiendra dans la nature des relations que nous établirons avec le monde arabo-musulman. Il faudra assécher le terreau des rancœurs et des humiliations sur lequel prospèrent les intégrismes et les terrorismes. Comme je l’ai dit le 11 février dernier en présentant mon Pacte présidentiel, notre politique étrangère liera étroitement le souci de la justice à l’égard du peuple palestinien et son droit à un Etat viable, et celui de la sécurité à laquelle a légitimement droit le peuple israélien.

Mais nous devons voir le monde tel qu’il est. La France pourra nouer une véritable alliance pour le progrès avec les pays de cette région, faisant le pari de la modernité, au service de la justice économique et politique. Mais elle ne pourra pas faire l’impasse sur les rancœurs que cette politique pourrait soulever dans les milieux intégristes hostiles à toute ouverture, et acharnés à creuser le fossé entre le Sud et le Nord.

Nous devons être prêts à faire face à toute menace terroriste d’ampleur visant la France, ses approvisionnements, mais aussi ses réseaux d’électricité, d’eau potable, de transports, de télécommunications…

Notre système de défense doit être préparé à protéger les Français contre les risques d’attentats.

3. Le désordre du monde

Le désordre du monde et le déséquilibre des forces génèrent un univers instable.

Le monde n’est pas plus sûr après l’intervention américaine en Irak : le terrorisme fanatique a trouvé de nouveaux renforts, la guerre civile fait rage, l’unité de l’Irak compromise menace toute la région, le leadership iranien pose de nouvelles questions, au Liban comme en Palestine.

Le monde n’est pas plus sûr en Afrique, même si des conflits pendants depuis des années ont trouvé récemment une issue. Le drame du Darfour, la situation en Côte d’Ivoire, nous rappellent que nous n’avons pas droit à l’indifférence. Et la pauvreté qui s’aggrave est source de fortes menaces, de déplacements massifs de populations, de migrations de la misère. L’aide au développement est le plus sûr chemin vers la paix.

En Asie, les tensions entre l’Inde et le Pakistan ne sont pas apaisées, la stabilité de l’Afghanistan n’est pas assurée et le Japon et la Chine s’inquiètent de la recherche d’un nouvel équilibre en Extrême-Orient.

En Europe même, nous devons rester vigilants face aux risques de résurgence des passions dans les Balkans ou aux lisières de l’Union européenne.

Le traitement des crises par l’Organisation des Nations Unies, qui est la règle, est biaisé par le fait que seule une puissance, les Etats-Unis, est capable de projections de forces où que ce soit dans le monde, même et y compris sans l’accord du Conseil de sécurité.

La France et l’Europe sont attachées au multilatéralisme. Puissances militaires mais sans ambition impériale, elles entendent contribuer à la sécurité collective fondée sur le respect du droit international.

Cette situation invite à un effort de défense adapté aux réalités d’aujourd’hui et de demain. Nous ne pouvons nous contenter de perpétuer des programmes conçus dans un contexte devenu obsolète. Nous ne pouvons pas faire l’économie d’une réévaluation permanente de nos moyens, en fonction des menaces réelles. Il y a des choix à faire et c’est la responsabilité du Président de la République de procéder aux arbitrages nécessaires, en en saisissant la nation et le Parlement, et en en expliquant la portée.

C’est pourquoi je souhaite qu’un nouveau livre blanc soit élaboré . Le précédent date de 1994.

Le lien armée-nation est essentiel. J’entends le fortifier.

La solidité de notre défense repose sur l’adhésion de tous les Français aux principes qui la fondent. La professionnalisation ne doit pas aboutir à un desserrement du lien entre armée et nation.

Pour cela, il faut :

o que la politique de défense et la définition de l’outil militaire fassent l’objet d’un débat national qui ne reste pas confiné aux cercles d’experts ;

o que le Parlement dispose de moyens sérieux de contrôle et qu’il les exerce efficacement, afin de soustraire la défense au domaine réservé pour la réintégrer dans le domaine public ;

o que les militaires accèdent à la pleine citoyenneté ; les restrictions de tous ordres qui leur sont opposées seront levées.

o que la jeunesse soit associée à l’effort collectif de défense à travers un service civique court qui pourrait comporter un volet militaire.

On ne saurait bien entendu prétendre se préoccuper de la sécurité de notre pays et commencer par opposer les Français entre eux ! Nous savons, depuis Valmy, que la défense de la patrie est l’incarnation la plus ardente de la solidarité nationale, l’expression vivante d’un attachement à des valeurs communes.

Lorsque la France est divisée, elle est faible. Lorsqu’elle réunit tous les siens, elle est forte. Dans ces conditions, c’est toujours une faute pour qui brigue l’investiture suprême que de semer la discorde dans notre société, stigmatisant les uns, communautarisant les autres !

A cet égard, je veux incarner la continuité de l’unité nationale car je sais que la République est la force de la France. Sans unité nationale, il n’y a pas de politique de défense crédible et durable.

II – C’est ainsi que j’entends à la fois maintenir et adapter notre effort de défense.

1. La dissuasion

Au cœur de notre dispositif la dissuasion garantit en dernier ressort notre liberté. Je veillerai à ce que cet outil indispensable de notre indépendance politique et diplomatique garde en permanence sa crédibilité et dispose des moyens de sa modernisation.

Notre dissuasion restera fondée sur le principe de stricte suffisance. Ni la fuite en avant dans la miniaturisation, ni la dérive vers des conceptions d’emploi ne seront tolérées même si nos armes doivent être adaptées en permanence pour tenir compte de l’évolution des menaces. Dans les négociations internationales de désarmement, notre voix sera forte parce qu’elle sera fondée sur l’exemple : nous n’ambitionnons pas de rivaliser avec les 7000 têtes américaines ou russes. Mais nous entendons garantir notre sécurité ultime, avec une dissuasion maintenue à son seuil de crédibilité.

La dissuasion n’est pas une arme de bataille, c’est l’arme du non-emploi. Elle rend irréaliste et déraisonnable toute idée d’agression à l’encontre de nos intérêts vitaux.

Le programme de simulation, remplaçant heureusement les essais nucléaires, sera poursuivi. S’agissant des vecteurs sous-marins et aériens, le renouvellement engagé, sera mené à bien, de même que la livraison du sous marin lance-engins de nouvelle génération.

Mais l’horizon 2015, qui borne ces programmes, est proche. C’est pourquoi je lancerai très vite un chantier de réflexion ouverte, associant les militaires, -tant l’Etat-Major des Armées que la Délégation aux affaires stratégiques et la Délégation générale pour l’armement-, les chercheurs, les universitaires, les diplomates, bien sûr le Parlement, et à travers lui tous les Français, pour préparer les choix concernant la dissuasion de l’après 2015.

2. La défense est globale

Les menaces nouvelles auxquelles nous aurons à faire face sont multiformes. Le terrorisme, la déstabilisation, venant d’Etats ou de groupes non étatiques seront au premier rang.

Pour y faire face, il faudra renouer avec l’idée forte selon laquelle toute défense est globale. Le renseignement, l’intelligence économique, la défense du territoire, celle des réseaux de télécommunications, la protection de l’eau potable : tout se tient. Et le ciment - on ne le rappellera jamais assez - se nomme le civisme. Nous le savons depuis Thucydide, ce qui fait la force des cités, ce ne sont pas les murailles, mais la volonté des citoyens. Contre une menace terroriste d’ampleur, les équipements les plus modernes seront inaptes à protéger nos concitoyens.

J’attache donc une grande importance à l’organisation de la défense du territoire, au rôle de la gendarmerie et à celui des réserves. Non seulement la défense du territoire ne doit pas être perdue de vue, pour cause de multiplication des opérations extérieures, mais elle doit être mise à niveau compte tenu des réalités d’aujourd’hui.

Le renseignement y contribue de manière décisive. Renseignement acquis depuis l’espace : c’est le but du programme Hélios II, qui bénéficie de la coopération avec l’Italie la Belgique, l’Espagne et l’Allemagne. Mais aussi renseignement traditionnel, qui appelle plus de coopération entre les différentes directions qui en sont chargées. J’ajoute que la France, comme les autres grandes démocraties du monde, mettra en place un dispositif de contrôle parlementaire sur les activités de renseignement. Non seulement ce contrôle ne nuira pas à l’efficacité de ces services, comme les exemples étrangers le montrent, mais il leur conférera une légitimité dont ils ont besoin.

Les télécommunications sont un autre enjeu. Le satellite Syracuse III nous donne un bon niveau d’autonomie stratégique.

Enfin, j’invite à considérer sans naïveté les enjeux de l’intelligence économique. Nous devons protéger les capacités industrielles de nos secteurs vitaux. Nous devons en particulier veiller à la bonne santé du tissu de petites entreprises innovantes, maîtrisant des technologies clés. Notamment par l’attribution de crédits de recherche. Ces entreprises ne doivent pas être livrées à des prédateurs qui peuvent être mal intentionnés. La sécurité économique est partie intégrante de notre défense.

Je veillerai à ce que la recherche militaire ait davantage de retombées dans le domaine civil. De très nombreux emplois directs et indirects en dépendent, notamment dans le domaine des nouveaux matériaux, des télécommunications, de l’informatique, des transports, de la santé.

3. Notre effort de défense sera hiérarchisé

J’entends maintenir à son niveau actuel l’effort de défense. C’est dire qu’à l’intérieur de ce budget, une évaluation rigoureuse de l’adaptation des moyens aux menaces sera de mise.

Par ailleurs, je veillerai à ce que toutes les coopérations européennes possibles soient recherchées avant le lancement d’un programme.

Les discussions engagées avec la Grande-Bretagne ne permettent pas encore d’envisager aujourd’hui avec certitude la construction d’un second porte-avions pour notre pays. Un gouvernement en fin de mandat et de législature ne saurait, en démocratie, vouloir rendre « irréversible », comme je l’entends dire au sujet du deuxième porte-avions, un programme qui incombera entièrement à son successeur, et dont la nécessité de surcroît n’apparaît pas clairement établi sans visibilité sur ce que sera le futur modèle d’armée. Surtout, le groupe aéronaval trouve dans la projection de force sur des théâtres extérieurs lointains sa principale justification. Or, la défense nationale ne signifie pas la multiplication sans discernement d’opérations extérieures qui peuvent être fort éloignées de nos intérêts directs. Une juste appréciation de nos moyens et une conception différente de notre diplomatie, spécialement en direction du Proche et Moyen-Orient ou en direction de l’Afrique, me conduisent à hiérarchiser nos priorités. Le calendrier préserve notre liberté de décision, puisque aujourd’hui aucun choix irréversible n’a été fait et que les études, engagées ou fournies par les Britanniques, sont au stade préliminaire. La présence permanente en mer d’un porte-avions est un objectif qui peut se réaliser en coopération avec les Britanniques.

Je ne veux pas lancer un programme qui, à budget constant, risquerait de conduire à mettre en cause la modernisation de la dissuasion, la sécurité et l’équipement des personnels, la préparation de l’avenir. Cette claire hiérarchisation de notre effort sera la garantie de sa réussite.

4. La dimension européenne

Pour les peuples européens, la sécurité de notre espace commun sera un enjeu croissant. Nous sentons bien, d’ailleurs, que l’évolution internationale renforce ce sentiment : construire une défense européenne est perçu comme l’une des voies de l’avenir pour disposer des moyens, en particulier diplomatiques, de résister à l’arbitraire de rapports de forces inégaux, pour faire obstacle aux pratiques unilatérales qui reprennent pied sur la scène internationale, pour équilibrer la relation transatlantique.

C’est, aussi, un moyen pour les Européens de rationaliser et de renforcer leurs moyens militaires, en les mettant davantage en commun.

La France ne doit donc pas hésiter à faire le choix de l’inscription de sa politique de défense dans une politique européenne de sécurité et de défense. Je prendrai en ce sens des initiatives avec nos partenaires.

Dans une période cruciale pour l’avenir de notre pays et de l’Europe, j’ai conscience des responsabilités de la France. Notre pays doit soutenir l’ambition d’une grande politique de défense au service de la sécurité européenne et de la paix dans le monde.

La défense européenne, depuis cinq ans, est en panne. Certes, et grâce notamment aux acquis de la période 1998-2002, des progrès ont été enregistrés au cours des dernières années : opérations symboliquement conduites sous drapeau européen en ex-Yougoslavie et en République démocratique du Congo, mise sur pied d’une force de gendarmerie européenne, lancement de l’Agence européenne de défense.

Mais la portée concrète de ces initiatives demeure très limitée, et les ambitions des sommets de Laeken et de Nice ont été perdues de vue, en particulier l’objectif d’une force européenne de 60 000 hommes réellement opérationnelle. Les efforts se portent en pratique davantage sur la mise en place de la force de réaction rapide de l’OTAN.

Pour sortir de cette confusion, et relancer l’Europe de la défense, il convient d’avancer à la fois sur le terrain institutionnel et, surtout sans doute, sur celui des coopérations concrètes.

Un effort collectif et soutenu en matière de recherche et la convergence des politiques d’acquisition d’équipements est une absolue nécessité si l’on veut sauvegarder et consolider une plate-forme industrielle de haute technologie en Europe. Nous en avons les capacités, et je voudrais saluer ici l’ensemble des personnels de notre industrie de défense, dont la compétence nous est plus que jamais indispensable.

Cette ambition appelle en outre, pour faire face à la concurrence internationale, la poursuite de l’intégration de l’industrie européenne d’armement .

Les programmes de recherche en matière d’équipements militaires exigent une échelle de production capable de les amortir. Nous la trouverons en Europe, au fur et à mesure qu’y progressera la conscience de préparer une défense européenne de l’Europe, qu’il s’agisse de transport aérien militaire, de systèmes autorisant la distance, comme les drones, de missiles.

L’optimisation de l’effort de défense a aussi une dimension européenne. Dans une Europe qui partage les mêmes intérêts de sécurité, la coordination industrielle, amorcée par l’Agence Européenne de défense, peut prendre une nouvelle ampleur : planification commune de l’effort de recherche-développement ; exigence d’interopérabilité pour les commandes nationales de matériels militaires ; partage des capacités industrielles, dans l’idée que la sécurité des approvisionnements peut être mutualisée au niveau européen.

Sécurité d’approvisionnement européenne signifie autonomie de l’Europe vis-à-vis des Etats-Unis dans le domaine de l’armement. L’industrie de l’armement n’est pas un champ de concurrence libre et égale, dans la mesure où l’accès aux marchés, aux technologies, aux armements américains reste largement une affaire de souveraineté pour les Etats-Unis. Sans exclure la réciprocité, l’Europe doit avoir les mêmes exigences, si elle veut, par exemple, faire émerger des architectures de systèmes de défense dotés de la taille critique et compétitifs.

L’effort spatial européen enfin est aujourd’hui menacé de stagnation. La France a longtemps joué un rôle de leader dans ce domaine. D’autres, en Allemagne, en Italie, en Espagne ou en Belgique, nous ont suivis. Le Royaume Uni a ses programmes de communication. Nous n’avons guère, aujourd’hui, dans notre pays, de perspectives, après l’arrivée en service des équipements conçus sous de précédents gouvernements de gauche, dans le domaine du renseignement ou des télécommunications. La loi de programmation actuelle est pratiquement muette sur ce sujet. La France et l’Europe doivent être présentes dans le secteur spatial, en particulier de l’observation, sous peine de remettre leur sécurité à d’autres. On le voit bien avec l’élan pris par d’autres pays hors d’Europe, sur d’autres continents, les Etats-Unis bien sûr, mais aussi la Chine, l’Inde », le Japon. Serons-nous absents ? Pour moi, certainement pas !

Devant le désordre du monde, nous devons faire émerger en Europe un acteur stratégique indépendant. L’OTAN n’a pas vocation à le devenir. Nous resterons fidèles à chacun de nos engagements souscrits dans le Traité de l’Atlantique Nord. Mais la France veillera, avec moi, à ce que l’OTAN ne dérive pas vers un rôle de gendarme du monde, se substituant à l’O.N.U., ce qu’elle n’est pas et ne peut pas être. En Europe, les intérêts de sécurité convergent. Ce n’est pas toujours le cas avec les Etats-Unis. Nous ne sommes pas exposés de la même façon. Au contraire, nous pouvons l’être davantage si nous nous laissons enrôler dans une guerre de civilisations dont je récuse l’idée.

Le maintien du statut spécifique de la France, garant de l’indépendance de nos choix de sécurité, implique que nous sachions résister aux tropismes d’extension permanente des champs d’actions et des domaines d’intervention de l’OTAN. Certains de nos partenaires européens peuvent être tentés de ne prendre d’engagements qu’à l’intérieur de l’OTAN. J’en débattrai avec eux, sans arrogance et sans préjugé. J’entends les convaincre par la preuve. Par la réussite des programmes de défense que nous mènerons ensemble via l’Agence européenne de défense, mais aussi par le dialogue politique sur la défense de l’Europe que je proposerai à nos partenaires.

La nécessité d’une défense européenne s’impose donc. Comme le soulignait François Mitterrand dans son discours de Strasbourg en janvier 1995, ce projet « est une grande ambition, un objectif qui peut paraître irréalisable, en tout cas de longue haleine, et pourtant il faudra bien le faire ! ».

L’ancrage dans les institutions européennes est source de légitimité, l’appui sur les dispositifs militaires des grandes puissances européennes est source d’efficacité.

Une Europe forte est en outre la condition sine qua non d’une relation transatlantique équilibrée, harmonieuse et donc durable. Le renforcement de la défense européenne doit ainsi contribuer à la solidité de l’Alliance atlantique.

III -Renouveler la confiance entre les citoyens et la défense

Assurer la sécurité de nos concitoyens, contribuer à la paix dans le monde, c’est une tâche exaltante. Elle ne peut être menée à bien que si un pacte de confiance unit les citoyens à ceux qui ont accepté la charge de la défense.

1. Le service civique

La disparition du service national a indéniablement distendu le lien entre la Nation et son armée. Or, notre pays ne peut accomplir l’effort demandé que si cet effort est compris et partagé. C’est pourquoi, le service civique qui sera créé pourra avoir une dimension de formation de base aux missions de protection civile et de défense du territoire. Il pourra déboucher sur des volontariats service long de dix-huit à vingt-quatre mois. Il faut rétablir le contact entre les jeunes générations et l’armée de la République. La défense ne peut rester étrangère à leurs préoccupations. Et nos armées doivent conserver ce lien vivant avec les jeunes citoyens. La politique de formation et de recrutement des réserves militaires accentuera son effort en direction des jeunes Françaises et Français qui souhaitent donner un sens concret à un engagement pour la défense de leur pays.

2. Les choix budgétaires

Le budget actuel de la défense correspond à 2% du produit intérieur brut. Dans un environnement où, pour l’opinion, la paix à nos frontières semble établie, l’effort paraît important. J’entends pourtant le maintenir, car les menaces ont changé mais n’ont pas disparu. Les ambitions qu’il faut nourrir pour une Europe indépendante ne peuvent se passer d’un effort suffisant de défense. Nous ne pouvons nous en remettre à d’autres du soin de nous défendre si nous voulons construire un destin de liberté. Cette liberté a un coût. C’est à l’intérieur de cet effort qu’il faudra procéder aux redéploiements nécessaires.

Une défense efficace n’est pas un empilement de programmes, poursuivis simplement parce que l’habitude s’en était prise. Ce n’est pas non plus la remise en cause permanente des choix, du fait d’opérations extérieures imprévues. Gouverner, c’est choisir, ce n’est pas subir, ni le fardeau du passé, ni les contraintes de l’improvisation. C’est une anticipation, une volonté, et une réévaluation permanentes. J’y veillerai.

3. La condition militaire

La condition militaire mérite une grande attention. Le métier des armes n’est pas un métier comme les autres. Ceux qui ont choisi cet engagement savent qu’il peut aller jusqu’au sacrifice suprême. Et je veux saluer ici la mémoire de nos soldats morts ou grièvement blessés, tout récemment, en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, en ex-Yougoslavie. Ma pensée va également à tous ceux qui sont engagés sur ces théâtres d’opérations extérieures, et d’abord au sud Liban, au service de la Force intérimaire des Nations Unies renforcée, à laquelle j’ai récemment rendu visite.

Je veux rendre hommage aux 437.000 hommes et femmes de la défense, militaires des trois armées, de la gendarmerie, des services communs et les personnels civils. Ils sont la force vive de notre défense. Par leur travail, leur professionnalisme, leur engagement au service de notre sécurité collective et leur dévouement entier au service de la Nation, de ses valeurs et de ses intérêts, ils ont conquis le respect des Français et méritent la reconnaissance de la Nation. J’entends également revaloriser le rôle du personnel civil qui contribue de manière essentielle au maintien de la compétence technique et au soutien des forces, ainsi que celui des personnels civils et militaires des écoles militaires donnent une formation de qualité à nos officiers et sous-officiers. Je n’oublie pas non plus le rôle essentiel des personnels médicaux.

Le recrutement, la formation, les conditions de vie des personnels de la défense méritent d’être sérieusement améliorés. Le premier rapport du Haut comité d’évaluation de la condition militaire remis le 8 février dernier, trace des orientations utiles : en matière de niveau de vie, de logement, de reconversions. Il marque les sujétions particulières de l’état militaire sur la situation familiale, la forte mobilité géographique qu’elle implique, et ce décalage croissant avec l’évolution générale de la société.

Les difficultés sont bien connues par les militaires, mais je tiens à rappeler ici les plus pesantes : disponibilité insuffisante de logements corrects et adaptés dans certaines garnisons ; accès à la propriété ; ou emploi des conjoints. Tout ceci pèse directement sur le revenu des foyers de militaires, je pense notamment au taux d’emploi des femmes de militaires inférieur de dix points à la moyenne des Françaises et au taux de chômage des conjoints de militaires deux fois plus élevé que celui de la moyenne des Français. Nous préparerons un plan d’ensemble de soutien de la condition sociale et professionnelle des militaires avec des volets formation, logement, famille et reconversion.

Sur le terrain des droits professionnels, la représentation des militaires verra se généraliser l’élection dans les instances de concertation.

L’engagement des militaires doit rencontrer la reconnaissance de la République. Ce sera l’une de mes préoccupations. Je veux que l’attractivité de la condition militaire soit nettement améliorée.

4. Mieux associer le Parlement aux choix, notamment en matière d’opérations extérieures

Le Parlement sera plus étroitement associé aux décisions concernant la défense. J’ai évoqué le contrôle des activités de renseignement. Mais je veux surtout souligner que je n’engagerai qu’avec discernement nos armées dans des opérations extérieures. Certaines sont indispensables pour préserver la paix, empêcher des affrontements meurtriers, ou contribuer à l’exécution des résolutions des Nations Unies. J’associerai le Parlement au contrôle de ces opérations extérieures. De même, en ce qui concerne les exportations d’armement, les parlementaires, regroupés dans un cadre approprié, recevront des informations complètes et actualisées sur ces ventes et se verront faciliter l’accès aux directives et décisions relatives au contrôle des exportations.

Nos opérations extérieures doivent être acceptées à la fois par les populations concernées et par les Français. Elles ne sont acceptables que si elles sont au service de solutions politiques justes et ont pour objectif le rétablissement de la stabilité et de la paix. Elles ne peuvent intervenir que sur une base juridique claire. Elles comprennent, significativement et légitimement, des interventions de sécurité civile, de protection des populations ou d’appui aux actions humanitaires des ONG.

5. Le lien armée - nation

La force de l’armée est dans son union étroite avec la nation. C’est encore aujourd’hui la condition de l’effort consenti par le pays pour sa défense. La professionnalisation des armées ne dispense nullement du renforcement du lien entre la Nation et son armée. Elle appelle au contraire à tisser des liens nouveaux entre les citoyens et les armées, et, par l’éducation civique, à faire comprendre le rôle actuel de la défense. Il est nécessaire par exemple de repenser l’enseignement de défense inscrit aux programmes des établissements scolaires et universitaires et de renforcer le contenu civique des Journées d’appel et de préparation à la défense. Ce sera fait.

La perspective européenne ne s’oppose pas au sentiment national ; elle sera le prolongement d’une citoyenneté bien comprise. De la même façon, la naissance d’une Europe de la défense, vraiment européenne, adviendra parce que la France aura tenu bon pendant longtemps sur l’indépendance de ses moyens. Les deux mouvements vont de pair. Au lieu de les opposer, je les ferai converger au service de la paix et de la sécurité en Europe.

La France n’est pas une puissance pacifiste ; c’est une puissance pacifique. Elle ne menace personne mais ne baissera pas la garde devant les nouvelles menaces.

Elle préparera avec sincérité et espoir l’émergence d’une défense européenne indépendante, fondée sur l’effort propre des Européens. Avant que cette étape ne soit atteinte, elle maintiendra et modernisera l’outil de défense nationale.

Ainsi seront garanties la sécurité de nos concitoyens et celle de la France. Ainsi nous stabiliserons la paix en Europe. Ainsi nous contribuerons à la paix du monde.

Tel est le but de notre défense.

Vive la République, vive le France.

 

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Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Jeudi 22 février 2007 4 22 /02 /Fév /2007 08:25

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Chers amis, je suis heureuse de vous retrouver si nombreux, foule amicale, rassemblement joyeux et qui autorise tous les espoirs. Nous commençons ici notre marche vers la victoire. Je veux d’abord saluer Rennes, une ville que la gauche avec Edmond Hervé et son équipe a su mettre à l’avant-garde de la technologie, du développement durable, avec un pari sur le transport collectif qu’il a su excellemment relever. Edmond, au moment où tu as annoncé ta décision de mettre un terme en 2008 à ton mandat, je veux dire que pour tous les socialistes tu es une référence morale et un exemple pour toute une génération d’élus dont je suis.

Je veux saluer la Bretagne avec Jean-Yves Le Drian et toute son équipe. Une Région fière, et tous les élus ici présents, je vois Louis Le Pensec, Marylise Lebranchu, François Marc, tous les autres. Cette belle région fière de son identité et de sa culture, mais ouverte aux autres, à l'Europe et au monde.

La Bretagne de la mer, première région maritime française qui se mobilise pour défendre ses métiers, en particulier ceux de la pêche, mais aussi des industries navales, celle qui se bat pour sa sécurité contre les pollutions, celle qui a payé si cher le prix des catastrophes maritimes pour savoir que la mer doit d’abord être protégée, cette Bretagne qui au moment du procès de l’Erika crie : plus jamais cela ! Alors que des firmes sans scrupules mais pas sans argent prennent le risque de dégrader pour l’éternité le patrimoine commun de l’humanité et ne font même pas le geste d’indemniser de façon unilatérale l’ensemble des communes qui ont été souillées. C’est un scandale par rapport aux supers profits des compagnies pétrolières.

Je veux saluer la Bretagne de la terre, celle qui a fait de cette région agricole l’une des premières d’Europe avec un modèle coopératif qui vous inspire une légitime fierté, mais aussi celle qui fait un effort pour une agriculture enfin respectueuse de l’environnement et qui s’inquiète devant les perspectives de la future politique agricole commune et qui demande, comme je le fais aussi, la régionalisation des aides. La Bretagne de la terre, bien sûr, mais aussi celle de ses industries d’avenir, de ses entreprises dynamiques, de ses laboratoires réputés, mais aussi la Bretagne qui s’inquiète quand un libéralisme débridé frappe des secteurs clés que sont l’automobile et la filière électronique. Et l’exemple d’Alcatel démontre encore combien le profit à court terme des fonds de pension peut mettre à bas des centres de recherche et d’innovation. Oui, je suis aux côtés de cette Bretagne qui résiste et qui lutte. Et cette cause-là est désormais la mienne et je veux dire aux salariés d’Alcatel menacés de délocalisation, et que nous venons de recevoir tout à l’heure avec Edmond Hervé et Jean-Yves Le Drian, je veux leur dire, et toute cette salle veut leur dire notre solidarité entière, notre colère contre l’inertie gouvernementale, notre volonté de construire une politique industrielle française et européenne, Airbus d’un côté, les télécommunications de l’autre, mais que fait l'Europe pour se défendre ? Que fait le gouvernement pour mettre fin à l’inertie et à la naïveté ? Oui, nous devrons conduire des politiques économiques modernes, oui nous devrons relever le pays avec une efficacité assumée.

Et je le dis ici, nous le disons, disons-le tous ensemble, nous sommes solidaires des salariés d’Alcatel. Cette délocalisation n’a aucun sens et nous devons y résister !

Et, comme il nous le disait tout à l’heure, il est insupportable qu’une entreprise de pointe, de matière grise, insérée dans un pôle de compétitivité, se voit aujourd’hui menacée. Et je le réaffirme ici solennellement, la régionalisation est le fait que l'État donnera des moyens suffisants aux Régions pour défendre les entreprises des pôles de compétitivité, la régionalisation sera un des leviers d’une politique économique efficace. Oui, une nouvelle étape de la régionalisation sera lancée avec des transferts clairs de compétences comme le développement économique et l’équipement des universités. Et pour éviter les confusions, les péréquations indispensables viendront assurer l’égalité territoriale avec une réforme de la fiscalité locale sans laquelle il n’y a, ni justice, ni efficacité.

Décider au plus près, agir au plus juste, dépenser mieux, voilà l’esprit d’une nouvelle décentralisation qui permettra aux élus d’être plus responsables, aux citoyens d’être davantage associés, à l'État d’être plus ferme dans ses choix et plus respecté dans ses décisions.

Je ne conçois pas, à la différence des autres, le pouvoir comme une propriété. Je ne veux pas d’un État impotent à force d’être omniprésent et inactif alors qu’une administration doit faciliter et non pas empêcher. Le conservatisme, c’est d’abord le maintien d’un système politique épuisé et d’une centralisation archaïque et la République nouvelle que j’appelle de mes vœux, c’est une démocratie partagée qui repose sur la clarté dans les compétences, la transparence dans les financements et la responsabilité dans les actes.

Et je le dis ici aussi en respect pour les identités régionales et je sais que vous y êtes attachés. Je ferai ratifier la charte des cultures et des langues régionales pour donner toute leur place aux identités culturelles et linguistiques (culture, musique et langues). Et cet effort-là, cet engagement n’est pas incompatible, au contraire, avec ma volonté de promouvoir la francophonie à travers le monde.

Chers amis, nous sommes presque jour pour jour à deux mois du premier tour de l’élection présidentielle. Ce premier tour décidera grandement de l’issue du scrutin et je n’oublie pas le 21 avril 2002. Rien n’est jamais fait et je voudrais dire ici les ravages que peuvent produire la dispersion des candidatures et l’effacement des enjeux ou l’oubli des clivages essentiels. Car le premier tour détermine toujours la dynamique de victoire. Et c’est pourquoi, si l’on veut faire gagner la gauche, permettre le changement, ouvrir l’espérance, il faut être au rendez-vous dès le 22 avril prochain.

Oui, nous sommes à deux mois de cette échéance et j’en vois déjà certains qui s’auto-célèbrent, qui se congratulent, qui se désignent avant l’heure. Comme si les Français s’étaient déjà prononcés, comme si l’élection se jouait sur la base de quelques pronostics. Laissons-les croire, laissons-les à leur arrogance et avançons sereinement sur notre chemin, il est le bon.

Moi, j’ai confiance dans notre mouvement, votre présence nombreuse en est le signe. J’ai confiance dans la lucidité des Français sur le bilan des uns comme sur celui des autres. Et ceux qui ont été responsables de l’échec d’aujourd’hui ne peuvent pas être les mieux placés pour permettre le succès de la France demain.

J’ai confiance dans la confrontation des projets et dans la défense du Pacte présidentiel que je propose aux Français. La France que nous voulons ne ressemble pas à celle d’aujourd’hui et encore moins à celle que nos concurrents de droite nous proposent.

Alors, oui, nous avons un devoir de victoire, non pas pour nous-mêmes, non pas la victoire d’un camp contre l’autre, mais celle d’une France qui sait que pour être forte il convient d’abord d’être juste.

Il nous faut gagner et gagner dans la clarté. La clarté commence dans la reconnaissance des idées politiques. Celle, bien sûr, ou celui, je préfère le féminin, bien évidemment, qui sera élu sera le président ou la présidente de tous les Français, et devra certes diriger…, et cette présidente devra diriger le pays en fonction bien évidemment de ce Pacte présidentiel et dans le respect de chacun.

Mais c'est aussi l’honneur de la politique de ne pas dissimuler d’où l’on vient. De mon côté, il n’y a aucune ambiguïté : je suis une élue socialiste depuis quatre mandats, j’ai été ministre de François Mitterrand puis de Lionel Jospin, et j’ai participé à l’une des actions réformatrices les plus honorables de la Ve République. Je suis présidente d’une région, comme ici, au nom d’une majorité rassemblant toute la gauche, car telle est ma stratégie, l’union des forces de progrès. Seule cette stratégie permet de battre toute la droite. Alors, je vous pose une question : est-ce que par le passé, dans la vie politique, ceux qui se disent ni de droite ni de gauche n’ont-ils pas toujours fini par tomber du même côté ?

Dans cette campagne, ceux qui y ont intérêt cherchent à brouiller les cartes, soit parce qu’il faut oublier qu’ils sont comptables du bilan, ou alors pour faire oublier que les élus dont ils relèvent dans toutes les assemblées locales gouvernent pratiquement partout avec la droite.

Le candidat de l’UMP lui-même cherche à faire oublier qu’il est le candidat sortant. Eh bien, mes chers amis, je vous le demande, il est temps de faire cesser cette confusion molle et de mettre la vérité devant. La vérité, pour les Français, c’est d’abord la politique par la preuve. Et le bilan du candidat sortant, il est là : une croissance plus faible que dans la plupart des pays européens, un chômage qui ne baisse que dans les statistiques officielles faute de créations d’emplois, un endettement public qui est passé de 900 à 1 200 milliards d’euros en moins de cinq ans, un déficit cumulé des comptes sociaux de plus de 60 milliards d’euros depuis 2002, un déséquilibre historique de la balance commerciale, 30 milliards d’euros ; en d’autres temps, nous aurions payé cette ardoise par une dévaluation du franc. Et comment justifier l’augmentation de plus de 200 000 du nombre de RMIstes ? La progression de la précarité, dès lors que 70 % des embauches se font en CDD ou en intérim ? L’amputation du pouvoir d’achat des retraités, la stagnation des salaires et la hausse des prélèvements obligatoires ? Mais comment venir devant les Français avec une telle succession d’échecs ? C’est une mission impossible ! Et même sur ce qu’il voudrait être son propre terrain, celui de la sécurité, les chiffres infligent un démenti cinglant, et là aussi, il y aura un travail immense pour reconstruire ce qui a été détruit. Depuis 2002, jamais la délinquance des mineurs n’a autant progressé, jamais notre pays n’a connu un tel déchaînement de violences urbaines pendant plus de trois semaines. Alors c’est vrai, nul candidat sortant ne peut être élu sur un tel bilan. Si je dis cela, ce n’est pas pour tomber dans je ne sais quelle polémique dont les Français sont fatigués, mais c’est parce que je crois que la morale politique, à un moment, c’est de savoir rendre compte sur ses actes. Et comme c’est très difficile pour le candidat de la droite sortante de rentre des comptes sur ses actes, alors il préfère fuir, s’échapper, s’évaporer du gouvernement, tout en gardant tous les avantages de l’appareil de l'État. Quel terrible paradoxe, où celui qui prétend rompre avec une équipe disqualifiée s’accroche jusqu’au bout à un gouvernement, pour bénéficier encore pour quelques jours des moyens considérables que lui donne son Ministère !

En politique, c’est la constance dans l’action qui rassure et par les variations selon les circonstances. Alors oui, la clarté est là, les Français vont avoir le choix dans deux mois entre la continuité qui a son candidat et le changement, le changement profond qui consiste à mettre de la justice pour donner de la force, un changement dans les institutions pour mettre des contrepouvoirs afin de donner de la responsabilité au peuple français, un changement dans la méthode, mettre de la démocratie pour donner la confiance, et un changement sur la morale politique et sur l’exigence d’efficacité.

Voilà pourquoi la clarté exige la confrontation des projets. J’y suis prête. J’ai présenté le pacte présidentiel, c’est ma vision de la France. Mes engagements, une centaine de propositions autour de sept piliers qui répondent au double défi de l’urgence et de la préparation de l’avenir : le travail pour tous, le pouvoir d’achat garanti, la réussite éducative et culturelle, la lutte contre toutes les formes de violence, les sécurités durables, l’excellence environnementale et la République nouvelle. Et vous êtes venus très nombreux pour m’aider à construire ce pacte dans cette phase de débat, plus de 2 millions ! C’est ce qui en fait la solidité, la modernité, et qui en garantit l’efficacité et la justice. Plus de deux millions d’entre vous sont venus, d’une façon ou d’une autre, dire ce qu’ils avaient sur le cœur et que la société politique ne voulait plus entendre. Eh bien, cette parole, vous l’avez prise. Non seulement je vous demande de la garder, non seulement à ceux qui ne l’ont pas prise, je vous demande de la prendre au plus vite sur ce Pacte présidentiel, mais je vous annonce qu’avec moi, plus jamais la politique ne se fera sans vous, et de cela, de cette phase d’écoute, oui, j’en suis fière. Et cela ne veut pas dire, comme feignent de le croire ceux qui me critiquent et qui font tout pour caricaturer, que j’ai oublié en chemin que la politique, c’est l’art de choisir, de trancher, et de le faire d’une manière qui n’est pas nécessairement populaire. Cela ne veut pas dire, non, que j’ai oublié que l’un des premiers gestes de François Mitterrand, l’un des plus beaux, l’un de ses plus grands gestes, l’un de ces vrais actes qui donnent à la politique sa noblesse fut l’abolition de la peine de mort, à laquelle il savait qu’une majorité de Français n’était pas favorable. De la même façon, lorsque je dis, et je sais que cela bouscule les habitudes, lorsque je dis que nous construirons la France métissée, c’est-à-dire la France qui fait de toutes ses différences, y compris de ses identités régionales, qui fait de toutes ses différences avec tous ses enfants, d’où qu’ils viennent, ceux qui sont issus de la première, de la deuxième, de la troisième génération, et je ne veux plus qu’on utilise cette expression, que l’on n’utilise jamais pour les enfants venus des pays d’Europe, cette France métissée, c’est-à-dire celle qui est faite de toutes ces différences, cette France-là doit se lever, parce qu’on a besoin de toutes ces forces, de tous ces talents, dans leur diversité et dans leur authenticité. Alors que l’on cesse de crier au populisme parce que j’ai pris la peine, avant d’agir, d’entendre ce que le peuple a à nous dire. Qu’on cesse de me brandir devant le nez l’épouvantail de la démocratie d’opinion parce que je reviens tout simplement aux sources de la démocratie, dont le premier principe est, que je sache, qu’on gouverne avec le peuple et pas contre lui.

Faut-il que notre culture démocratique soit tombée bien bas pour que ce geste tout simple, ce geste et ce temps d’humilité républicaine, élémentaire, ce geste qui dit que nous sommes justes, nous, les femmes et les hommes aspirant à gouverner la France, les serviteurs du peuple, faut-il que la démocratie ait perdu le sens de ce qu’elle est, et que l’arrogance du pouvoir ne connaisse plus de limites pour que ce geste surprenne à ce point ?

Je vais vous dire, chers amis, ce Pacte présidentiel, il est le fruit de la parole des Français, mais il est aussi le fruit de toute une équipe, et le fruit d’une série d’arbitrages et de choix. Jamais, vous m’entendez, jamais non plus je n’oublierai tout ce qui m’a été dit. Odile, cette mère célibataire, admirable de courage et de dignité, qui attend un logement depuis quatre ans et qui m’a raconté sa honte de vivre avec ses deux filles dans une chambre de 12 mètres carrés. Je n’oublierai jamais ces petits retraités qui sont venus tout discrètement dire que depuis quelques années, ils ne faisaient plus qu’un repas par jour. Je n’oublierai jamais cette dignité des pères des familles bafouées parce qu’ils sont au RMI et qu’ils font semblant de se lever le matin pour que leurs enfants aient le sentiment qu’ils ont un vrai travail. Jamais je n’oublierai ces cris de détresse silencieuse, ces vies brisées, ces familles humiliées, ravagées par l’injustice, ces destins marqués au sceau d’une malédiction qui ne dit pas son nom, les inégalités et les précarités. C’est cela qui me donne, qui nous donne aujourd’hui le désir de nous battre, de vaincre et de proposer cette politique d’alternance, le vrai changement, celui qui sera capable de répondre à leur attente et à leurs espérances.

C’est à cause et grâce à cette écoute et à ce travail que ce Pacte présidentiel est solide. Et je suis fière, je vous le répète, et c’est pourquoi je me sens solide et sereine, parce que je l’ai construit, ce pacte, ce sont les fondations de la maison France. Je suis fière d’avoir renoué le temps de son élaboration avec cette tradition française qui est celle des cahiers de doléances et que j’ai appelés les cahiers de l’espérance.

Et d’ailleurs, je vais vous dire : je crois qu’aujourd’hui, on ne peut tout simplement pas faire autrement. Je crois qu’on ne peut pas prétendre présider aux destinées d’un pays comme la France si l’on ne commence pas par entendre ce que les Français ont à dire. Parmi tous les candidats, je suis la seule à avoir accompli cette démarche, car je crois tout simplement que l’on ne peut plus diriger un pays moderne sans écouter tous ses citoyens et leur intelligence collective, sinon c’est la crise sociale assurée, sinon c’est les beaux projets de réformes sortis des cartons des technocrates qui y retourneront aussi vite parce qu’ils seront inapplicables.

Je dis aux Français aujourd’hui que le temps de l’imagination et de l’audace est revenu, et souvent, ils en ont davantage que les responsables politiques, et c’est pour ça qu’il faut être à l’écoute. Et je vous le dis, l’attente de changement, elle est profonde, et donc, je suis la candidate qui incarne ce changement profond, et je suis la seule à avoir fait cette démarche d’écoute. C’est pourquoi, avec vous, je sens que cette force collective, que cette force populaire est en marche. C’est avec la vérité des paroles qui ont été évoquées que je porte aujourd’hui la vérité d’une France neuve et qui veut se relever.

Je suis allée à la rencontre de tous et de toutes. Et tous les élus ici présents, et je les en remercie, ont fait cette démarche. Et vous, militants, sympathisants, citoyens, qui êtes venus et qui allez continuer, je l’ai dit et je vous le demande, à prendre la parole sur ce Pacte présidentiel pour nous dire dès maintenant comment nous allons faire pour l’appliquer parce que les engagements que je prends devant vous, ils seront tenus puisqu’ils ont été construits avec vous.

Et ce sont à la fois les plus vulnérables comme les plus forts qui ont parlé, ceux qui vont bien comme ceux qui décrochent ou qui ont peur de décrocher, ceux qui sont nos partisans depuis toujours et ceux qui ne le sont pas. Et c’est pourquoi j’ai confiance, c’est pourquoi je sais que ça marchera, c’est pourquoi ce Pacte présidentiel, ce programme, il est un pacte d’honneur et de confiance.

Alors, j’ai entendu les objections, on m’a dit : « Mais ce n’est pas un programme, ce n’est pas un pacte, c’est un catalogue. »

Alors, laissez-moi vous dire, le reproche du catalogue, c’est déjà le reproche que l’on faisait à François Mitterrand en 1981 lorsqu’il allait à la bataille avec vous avec ses 110 propositions ; c’est aussi ce qu’on disait à Léon Blum quand il proposait les congés payés, la semaine de 40 heures, les assurances sociales, la lutte contre la misère, les grands travaux pour relancer l’emploi et même la résistance au fascisme qui montait. Même chose, il a gagné, c’est une autre belle et grande page de notre histoire et c’est dans cette tradition que je m’inscris.

Non, ce n’est pas un catalogue car, lorsqu’on propose un projet et une vision de la France qui prend à bras-le corps la crise des banlieues, la crise économique, la crise sociale, la crise éducative, la crise morale qui rongent notre société, la crise écologique, ce n’est pas un catalogue, c’est un projet, c’est une vision pour remettre la France debout.

Quand on propose une vision qui, sur la crise des banlieues par exemple, est le seul projet à proposer à la fois la plus grande fermeté et l’écoute du malaise social à laquelle conduit ou que révèle cette délinquance, quand on avance un programme qui dit à la fois : oui, il faut sévir, il faut à la première incartade répondre par une sanction ferme, rapide et proportionnée, créer des polices de quartiers, renforcer la justice des mineurs, mais, attention, sévir ne suffit pas, on ne va pas envoyer tous les matins des bataillons de police ou de gendarmerie pour régler les problèmes car les jeunes ont d’abord un potentiel, et c’est ce potentiel dont la France a besoin, les banlieues, c’est notre nouvelle frontière, c’est notre objectif, c’est la réalisation aussi d’une France qui doit se lever dans ses quartiers car on a besoin de ses talents, de ses énergies, de ce potentiel. Et c’est cette vision-là de la France que je défends. Ce n’est pas un catalogue, c’est un plan d’urgence, c’est un plan de salut public, c’est le seul plan qui peut permettre à la France d’éviter le délitement du lien social qui la menace et que nous sentons tous venir.

C’est l’urgence et c’est la préparation de l’avenir. Je ne veux pas de cette société toujours plus brutale où, comme je l’ai entendu lors d’un débat, une bonne partie des violences est engendrée par le mépris. Je ne veux pas entendre parler, je ne veux plus qu’on me parle de discrimination positive parce que, ce que la République doit construire, c’est tout simplement de l’égalité réelle.

Non, ce n’est pas un catalogue lorsque l’on propose tout simplement une France efficace et juste. Et quand je dis : le règne sans fin du profit est intolérable aux gens modestes, quand je dis : le spectacle de la spéculation foncière effrénée est insupportable à ceux qui vivent de leur travail et il est dramatique pour ceux qui n’arrivent pas à en vivre, et quand j’ajoute : on ne peut pas, face à cela, tolérer une France où 23 % des jeunes sont sans emplois, où l’âge du premier emploi n’en finit pas de reculer, où la précarité des contrats se généralisent où la moitié des salariés perçoivent moins de 1 400 € par mois, où quatre millions de salariés sont payés au salaire minimum, ou moins que cela, et parfois au bout de trente ans de travail, où il y a sept millions de pauvres qui vivent avec moins de 700 € par mois, où deux millions d’enfants sont condamnés à vivre dans la pauvreté. Oui, quand je dis que dans un pays comme la France on ne peut pas tolérer que deux millions de personnes aient recours à l’aide alimentaire. On ne peut pas tolérer 2 000 accidents graves du travail par jour, on ne peut pas accepter qu’à 35 ans un ouvrier ou un employé ait sept ans de moins d’espérance de vie qu’un cadre supérieur, que 40 % des salariés soient exposés à des produits chimiques sur leur lieu de travail, quand je dis : je ne veux pas d’une France où les femmes sont les premières victimes des bas salaires, des petites pensions et où l’écart des salaires avec les hommes à qualification égale est à 25 %. Je dis que, lorsqu’il y a tout cela dans la France, c’est que le pacte social est rompu. Et le pacte présidentiel, c’est d’abord cela, c’est répondre à ces colères et c’est déboucher sur des engagements précis qui permettront à la France de se relever.

Alors, le débat sur le chiffrage s’est ouvert. Eh bien, je passe sur le fait, allez, ne polémiquons pas, que cette polémique vient surtout d’un candidat qui a lui-même un très gros problème de chiffrage. Il a promis à tellement d’interlocuteurs, il a pris tellement d’engagements contradictoires avec tous ses clients potentiels que les calculettes de l’DUMP se sont affolées et que ses plus chauds partisans lui ont dit : « Halte là ! Halte à la démagogie, halte au clientélisme, halte au n’importe quoi. »

Je passe aussi sur le cas d’un autre candidat qui a également exigé le chiffrage. Lui, c’est plus simple, il n’a pas de problème de chiffrage vu qu’on ne sait toujours pas quel est son projet ; si ce n’est de se plaindre, qu’il ne passe pas suffisamment dans les médias.

Je passe encore, mais là c’est plus grave, sur l’état chiffré celui-là dans lequel ils nous laisseront la France. Je le dis et je le répète, une dette publique insoutenable. Les intérêts de cette dette qui sont générés représentent à eux seuls la deuxième dépense du budget de la Nation, le déficit des comptes sociaux, j’en ai parlé, notre commerce extérieur déficitaire de 30 milliards d’euros, c’est-à-dire l’équivalent d’un million d’emplois perdus. Voilà leur chiffrage. À nous d’exiger plutôt qu’ils réparent ce qu’ils ont détruit.

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Jeudi 22 février 2007 4 22 /02 /Fév /2007 08:21

     Alors, soyons sérieux, j’ai cité François Mitterrand et Léon Blum tout à l’heure, et d’autres, il y a d’autres noms que j’aurais pu évoquer, d’autres noms de ceux qui m’ont inculqué le sens du service public et que j’ai cheville au corps, au nom de quoi je suis ici aujourd’hui devant vous. L’un s’appelle Jacques Delors et l’autre Pierre Mendès France. Et ce qu’ils m’ont inculqué, l’un comme l’autre, c’est que la rigueur n’est pas le contraire du socialisme, mais que c’est sa condition de possibilité, sa prémisse, ce sans quoi rien ne se fait. Alors, ces mesures de mon Pacte présidentiel, laissez-moi vous dire en toute rigueur les choses : premièrement, elles sont chiffrées, bien sûr. Il y a une équipe de campagne qui travaille à mes côtés, une équipe solide, une équipe qui est maintenant soudée et mobilisée, une équipe issue de toutes les sensibilités bien sûr du Parti socialiste, mais bien au-delà de la gauche et du camp républicain dans son ensemble. Et il n’y a pas un article de ce pacte dont nous n’ayons évalué les coûts directs et indirects, ainsi que d’ailleurs, et c’est là l’originalité de ma démarche, les bénéfices pour la communauté et pour la collectivité.

Car ce que je veux vous dire, c’est que les actions que je propose ont toutes un double volet : ce sont des actions de solidarité, mais ce sont aussi à chaque fois des actions d’efficacité qui feront que, si je suis élue, j’aurai la possibilité de les mettre en œuvre, l’économie marchera mieux, la croissance repartira de l’avant et la France se relèvera. Ce sont des mesures, si vous préférez, bien sûr qui ont un coût budgétaire, mais surtout elles rapportent, c’est-à-dire qu’elles créent de la valeur ajoutée. Et vraiment pour les évaluer, pour faire une évaluation honnête et juste, il faut prendre en compte ces deux paramètres, ajouter ces deux composantes, ce qu’elles coûtent dans un premier temps, mais ce qu’elles permettent de faire pour que la France avance de l’autre.

Par exemple, quand je propose d’augmenter le salaire minimum et les bas salaires, ainsi que les petites retraites, c’est bien sûr une élémentaire mesure de justice, mais c’est aussi, vous le savez bien, une façon d’injecter du pouvoir d’achat dans une économie où la consommation est en berne. Alors, à dépense égale, qu’est-ce qu’il vaut mieux ? Baisser les impôts des plus riches, comme le propose le candidat de la droite, avec un effet nul sur la croissance, et même des effets secondaires sur la spéculation immobilière et sur la hausse des prix du foncier ? Ou bien faire, comme nous le proposons, augmenter les bas salaires afin d’augmenter le pouvoir d’achat du plus grand nombre ?

Ou dites-moi, pour la richesse collective, et pour la valeur ajoutée sociale, que faut-il faire ? Laisser se généraliser le travail précaire ? Baisser le niveau de protection sociale et, ce faisant, semer l’inquiétude, créer l’anxiété, générer une société où on n’a plus le moral ? Ou bien, comme je le propose, redonner courage, espoir aux salariés, leur rendre leur dignité et de surcroît les réintroduire dans le circuit de la France qui travaille ?

Oui, répondez-moi chiffrage pour chiffrage parce qu’on nous dira : « Mais les différents projets, c’est à peu près le même coût. », sauf que les dépenses ne sont pas les mêmes. Et qu’est-ce qui est le plus payant ? Harceler les jeunes en recherche d’emploi, les humilier et laisser se créer à la marge de nos villes des vastes territoires perdus pour la République et pour les entreprises ?

Ou bien créer, comme je le propose, un droit au premier emploi pour les jeunes, un nouveau droit permettant à chaque jeune, à sa majorité, de disposer d’un prêt gratuit de 10 000 € pour construire son premier projet de vie et tout simplement pour comprendre que la France a besoin de déployer sa créativité, ses énergies et ses talents ?

Alors j’ai entendu dire aussi : « Avec les socialistes c’est toujours pareil, les droits s’ajoutent aux droits. » Ce qui ne va pas dans la mauvaise direction, vous l’avouerez. « Les socialistes, c’est l’assistanat. » Alors, je veux le dire très clairement ici : je suis contre une société de l’assistanat, je suis pour une société de la dignité et de la responsabilité car c’est trop facile de dire, projet contre projet, les uns qui disent : « Débrouillez-vous et que le meilleur gagne. » Moi, ce que je veux pour la France, c’est un État fort qui met en place les conditions égalitaires pour que chacun, au contraire, puisse construire sa vie, assumer ses choix, choisir son destin, maîtriser, se maîtriser et accéder à un emploi, l’emploi pour tous, c’est cela la France que je veux, une génération qui arrive à transmettre à la suivante les valeurs auxquelles elle tient. Et c’est cela notre différence.

Alors, c’est vrai qu’on est là pour aider à gauche, et heureusement, c’est nécessitai qu’on est là pour créer de nouveaux droits et corriger ainsi ce système qui, livré à lui-même, ce système libéral, brutal et destructeur pour les plus faibles. Et nous en sommes fiers. Mais, dans le Pacte présidentiel que je propose, il n’y a pas que cela puisque, au contraire, chaque nouveau droit créé par la collectivité va de paire avec un nouveau devoir. Vous ne trouverez aucune prestation nouvelle qui n’ait en contrepartie une obligation nouvelle et impérieuse pour celui qui en bénéficie.

Mon Pacte présidentiel, c’est un choix du gagnant-gagnant fondé sur la valeur travail et sur la possibilité pour chacun de se réaliser dans l’effort qu’il fournit pour les autres. Et par exemple l’engagement que j’ai pris de créer pour les jeunes sans ressources, et qui vivent de plus en plus nombreux dans la précarité, une allocation d’autonomie et d’entrée dans la vie active. Cette allocation leur sera versée en contrepartie d’une obligation de formation, d’une recherche active d’emploi et, pour les étudiants, d’un service d’heures de soutien scolaire gratuit auprès d’élèves en difficulté.

Et ma proposition est de créer une sécurité sociale professionnelle garantissant une rémunération égale à 90 % du dernier salaire perçu. Là aussi, il y a une contrepartie et une avancée collective. C’est à la fois stabiliser les entreprises qui sont confrontées à la concurrence internationale et qui ont besoin, il faut le dire ici clairement, qui ont besoin d’agilité pour conquérir les marchés et pour s’y adapter. Mais cette fragilité-là ne doit pas se faire aux dépends de la précarisation du plus grand nombre et des salariés, c’est-à-dire toujours les mêmes. C’est le sens de la sécurité sociale professionnelle, c’est-à-dire des salariés bien sécurisés, qui auront en contrepartie l'obligation de formation ou de recherche active d'emploi, qui permettra aussi aux entreprises d’aller de l’avant sans écraser les salariés.

Autre exemple : la mise en place du plan massif de formation professionnelle permettra aussi à chaque salarié formé d’être mieux rémunéré. Et donc le salarié bien formé sera mieux payé, et l’entreprise qui paie mieux un salarié mieux formé aussi en est bénéficiaire puisque ce salarié sera plus productif, plus motivé, et donc l’entreprise sera plus compétitive.

Voilà la nouveauté ce pacte, et je le revendique en tant que candidate de la gauche. On a souvent dénié à la gauche la capacité de l’efficacité sur le plan économique, eh bien la voilà, la nouveauté. C’est la candidate qui est devant vous qui va réconcilier la France avec les entreprises. C’est la candidate qui est devant vous qui va permettre le déblocage de la machine économique. C'est la candidate qui est devant vous qui a compris, parce qu’elle est au contact des entreprises, des salariés et des citoyens, qui a compris qu’il fallait porter un autre regard, qu’il fallait voir différemment le développement économique et le développement durable, et que désormais, celui est appuyé, non pas sur un seul secteur, non pas simplement sur l’efficacité à court terme et le profit à court terme de l’entreprise, mais que cette efficacité économique et ce développement durable sont appuyés sur trois piliers à égalité de solidité, et que l'État doit aider à se développer et à se déployer : l’efficacité économique, bien sûr, mais aussi l’efficacité, la valeur ajoutée sociale, avec la formation professionnelle et la qualité du dialogue social, c’est la bataille de l’intelligence collective et de la meilleure organisation dans les entreprises, c’est la bataille de la matière grise. Le troisième pilier, c’est celui de l’excellence environnementale, avec tous les emplois qu’il faut créer dans ce secteur, des emplois non délocalisables, des laboratoires de recherche, une compétition mondiale à l’égard de laquelle la France doit rattraper son retard. Par conséquent, tout ce qui est investi et tout ce qui va coûter, bien sûr, dans un premier temps, mais qui permettra ensuite de développer des cercles vertueux, de remettre la France debout, de créer des valeurs ajoutées, comme l’ont fait d’autres pays, et il n’y a pas de raisons que la France ne réussisse pas à relever ce défi. Moi, je crois que la France réussira à relever ce défi si l’argent public est bien utilisé, s’il est investi là où il crée de la valeur ajoutée, s’il est investi là où il y a du potentiel de développement. C’est cela le défi que je vous propose, c’est en même temps créer cette efficacité-là, mais aussi raccrocher tous ceux aujourd’hui qui décrochent de l’emploi.

Bref, le Pacte présidentiel, c’est un plan d’ensemble, c’est un projet dans la durée, et ce projet a une cohérence qui tient justement à la défense de la valeur travail, car je le redis ici, si l’un de ces trois piliers vient à faiblir, l’économique, le social et l’environnemental, alors la défaillance d’un seul peut faire crouler le tout, c’est pourquoi je propose que l'État et les pouvoirs publics investissent massivement dans les secteurs que j’ai identifiés tout à l’heure. Car tout se tient. Cet engagement d’honneur et de confiance que j’ai pris avec chacun et chacune d’entre vous, il repose sur quelques idées fortes, des valeurs phares qui sont la clé de tout, et en particulier le droit à l’emploi, mais également le droit à l’éducation.

Je voudrais, ici, redire que l’éducation est au cœur de tout et en avant de tout, et que je redonnerai à l’école la place qu’elle n’aurait jamais dû perdre.

Mais je veux approfondir ici cette question de l’emploi. Je veux, si je suis élue, engager une lutte sans merci contre le chômage des jeunes, je l’ai dit à l’instant, un des plus élevés d’Europe, l’une des sources du découragement, de la révolte contre l’absence de futur et, au bout du compte, de la délinquance, car c’est l’absence d’emploi qui crée la délinquance. Le chômage n’est pas une loi naturelle, il n’y a pas de raisons que ce fléau nous frappe, nous Français, comme par hasard, plus que la plupart de nos voisins. Il y a des raisons, et c’est pourquoi je veux être la présidente du travail pour tous. Je vais vous dire comment.

Oui, et les annonces récentes l’Alcatel-Lucent sont dans tous les esprits, et je veux à nouveau m’appuyer sur cet exemple, pour dire que la France industrielle décroche et que notre économie perd son rang et que ce n’est pas une fatalité. La France a cessé d’investir dans les facteurs qui sont déterminants pour la croissance, et ce n’est pas une fatalité. Les nouvelles technologies, les industries de pointe, la recherche, l’éducation, la formation, la qualification, la matière grise sont notre capital le plus précieux dans la compétition internationale. C’est pourquoi les investissements majeurs du Pacte présidentiel vont dans cette direction. Les crédits aujourd’hui affectés à la recherche publique n’atteignent que moins de 1 % de notre richesse nationale, alors que les pays du Nord, le Japon et les États-Unis consacrent à la recherche et au développement le double de crédits que nous, et surtout, ils considèrent que les dépenses publiques sont des leviers pour développer l’investissement privé. C’est pourquoi le Pacte présidentiel, ce n’est pas des dépenses, c’est un investissement pour l’avenir.

Ce qui est grave aussi, c’est que la France consacre à ses étudiants un montant inférieur de 25 % à la moyenne des pays les plus développés. Ce qui est grave, c’est que la population active français est moins qualifiée que celle de nos principaux concurrents, et que la proportion des jeunes sortant de notre système éducatif sans qualification ou sans diplôme est un des plus élevés d’Europe. Alors, quant le pacte présidentiel investit dans ce secteur, ce n’est pas une dépense, ce n’est pas un coût, c’est un investissement pour l’avenir, qui rapportera ensuite, quand cet effort sera fait.

On nous dit que pour s’en sortir, il faudrait que chacun puisse travailler plus. Mais les chômeurs voudraient bien travailler plus, ils veulent tout simplement travailler. Les travailleurs pauvres, ils voudraient bien travailler plus, tout simplement pour passer à temps complet. Les salariés en CDD, ils voudraient bien travailler plus, quand ils aspirent tout simplement à un CDI. Alors la dernière trouvaille, la solution miracle, ce serait de libéraliser les heures supplémentaires, autant qu’en décidera l’employeur, et sans aucune cotisation sociale, ce qui privera d’ailleurs les salariés concernés des droits la retraite correspondants. Je dis ici que ces solutions simplistes ne sont pas sérieuses. Beau progrès en vérité que ce qui aboutira à ce qu’une heure supplémentaire coûte moins cher qu’une heure normale et que l’embauche d’un salarié qui n’a pas de travail. Cela reviendra à décourager toute nouvelle embauche, et donc à accélérer le chômage quand l’autre partie de la population serait contrainte d’intensifier la cadence. C’est exactement le contraire que je propose ; je propose : travailler tous et travailler mieux. Voilà l’avenir de la France !

Et la stratégie que je propose, c’est de travailler plus, de travailler tous et de travailler mieux, mais travailler plus, non pas au sens où ceux qui ont déjà un emploi devraient travailler plus, ou même ceux, comme je l’ai entendu, qui arrivent à l’âge de la retraite devraient travailler jusqu’à 70 ans, c’est aussi une proposition qui a été faite, ce que je propose, c’est de mettre davantage de jeunes à l’entrée en activité, c’est un travail valorisé et récompensé, c’est faire en sorte que le taux d’emplois augmente. Nous sommes le pays qui a à la fois le taux de chômage le plus élevé chez les jeunes et le plus élevé chez les salariés de plus de 50 ans, vous imaginez l’immense gaspillage ? Il y a au milieu un nombre restreint d’actifs, qui doivent porter la responsabilité de toutes les cotisations pour faire en sorte que les jeunes puissent chercher activement un emploi, et pour ceux qui sont les salariés plus âgés qui sont chassés de leur entreprise puissent retrouver la dignité. C’est cela le pacte que je vous propose, c’est du gagnant/gagnant, c’est de relancer la créativité économique, c’est la voie de la modernité. La voie de la modernité aussi, c’est un pacte avec l’ensemble des partenaires sociaux, c’est un pacte avec une vraie volonté industrielle. Il faut que l'État et les entreprises définissent ensemble une politique industrielle, les secteurs d’avenir, les technologies où investir. L'État doit assurer les conditions de leur réalisation dans un cadre européen et ne doit pas s’en laver les mains, comme aujourd’hui dans l’aéronautique ou dans les télécommunications.

Il faudra aussi tout mettre en œuvre pour aider les petites et les moyennes entreprises innovantes à grandir, à trouver leur financement au travers des sociétés de participation, à gagner des parts de marché à l’exportation. Il faudra enfin miser sur le développement des services de qualité dans les filières professionnelles. Ma stratégie, ensuite, je l’ai dit, c’est d’investir massivement dans la formation des salariés, je n’y reviens pas, mais cette formation doit s’organiser tout au long du parcours professionnel, de la formation des jeunes aux carrières des seniors, de l’entrée sur le marché du travail à la sortie du marché du travail. Et pour réussir, parce que c’est ça aussi un État moderne et une France neuve, c’est un nouveau pacte social où chacun, État, collectivités locales, patronat, artisanat, salariés et leurs représentants doivent trouver leur place. Je le dis solennellement, nous ne sortirons pas de la crise dans laquelle nous nous trouvons sans un partenariat radicalement neuf entre l'État et les partenaires sociaux. Oui, je veux donner aux organisations syndicales l’occasion de peser sur la vie économique et de créer des compromis économiques et sociaux pour que la France avance. Je veux de nouvelles règles de représentativité et de validation des accords. Je veux redonner de la respiration et de l’espace à la négociation collective. C’est en m’appuyant sur une démocratie sociale moderne que je m’engage à gouverner. C’est ainsi, je le répète, que nous forgerons les compromis dont nous avons besoin pour avancer, sur la question des retraites, sur la question du temps de travail, sur la question des salaires. C’est grâce à elle que, dans les entreprises, toutes ces questions relatives au travail, à ses conditions, à ses organisations, à sa durée pourront être résolues à la fois dans l’intérêt des salariés, mais aussi dans l’intérêt des entreprises, celles qui avancent, celles qui innovent, les vraies créatrices de valeurs et de richesse, et non pas celles qui, par une espèce d’immoralité économique, sont soumises aux fluctuations du libéralisme financier intolérable et qui procèdent aux licenciements de confort, alors même qu’elles font des bénéfices. C’est une nouvelle fois le cas chez Alcatel. Je ferai la différence entre ces entreprises à la recherche effrénée du profit financier maximal et dont les décisions sont prises à l’extérieur de nos frontières dans je ne sais quel intérêt de je ne sais quels fonds de pension et de je ne sais quelle rémunération d’actionnaires, nous remettrons de l’ordre économique juste dans tout cela, et les crédits publics iront prioritairement aux entreprises qui se battent tous les jours pour créer des emplois.

Oui, ma stratégie sera de redéployer les moyens de la puissance publique pour servir cette politique du travail pour tous.

Aujourd’hui, l'État et les collectivités locales dépensent plus de 65 milliards d’euros en aides diverses aux entreprises, avec des effets d’aubaine invraisemblables, sans réelle évaluation de leur efficacité. Je veux reconsidérer cette façon de faire et consacrer prioritairement ces crédits publics à l’investissement dans les secteurs d’avenir, dans les infrastructures nécessaires et dans les efforts faits pour l’exportation.

On me parle chiffrage, on me somme d’indiquer comment je ferai face aux dépenses d’avenir, et c’est légitime. Je vous le dis pour y répondre, je m’engagerai sur une profonde réforme de l'État et des finances publiques, pour faire en sorte qu’un euro dépensé soit un euro utile, pour que toutes les dépenses de l'État soient productives et qu’on mette fin à toutes les formes de gaspillage, pour les orienter massivement vers les ressorts de la croissance et vers la protection des personnes. Voilà la France du travailler mieux et du travail pour tous, qui conjugue réussite et efficacité, droits et devoirs, progrès et modernité. C’est une France qui permet à la réussite de chacun de contribuer à la réussite de tous, c’est une France, bien sûr, qui travaille plus mais qui travaille plus en donnant du travail au plus grand nombre, c’est une France d’harmonie.

Et à ceux qui tentent d’opposer les uns aux autres, les salariés opposés aux chômeurs, les retraités du régime général contre les retraités des régimes spéciaux, les fonctionnaires opposés aux salariés du privé, ces fonctionnaires qu’on humilie de façon indigne lorsqu’on leur dit qu’un départ sur deux à la retraite ne sera pas remplacé, c’est une façon de leur dire : mais un agent public sur deux ne sert à rien ! Cette façon de faire, démagogique, est insupportable. Là se trouve le populisme. Moi je vous le dis, le service public, on en a besoin ! Bien sûr, il doit se réformer ; bien sûr il doit avancer.

& Et je le répète, je veux articuler la solidarité et l’efficacité, c’est-à-dire, et je le redis parce que c’est important, tout le contraire de l’assistance. La droite la dénonce, mais finalement elle l’organise chaque jour en renforçant les exclusions et les précarités. Moi, j’affirme que chacun a droit, lorsqu’il trébuche, de trouver les sécurités qui lui permettront de s’en sortir et on lui demandera les efforts en contrepartie de cette solidarité nationale. Le jeune, l’élève qui a peine à suivre l’école doit bien sûr faire l’effort indispensable pour renouer à la réussite scolaire, mais il a droit aussi à un soutien scolaire gratuit et à l’aide aux devoirs si sa famille ne peut pas lui donner.

Bien sûr, les patrons d’entreprises, les commerçants et les artisans prennent leurs responsabilités, le métier d’entrepreneur est un métier à risque au sens le plus noble du terme, mais ils ont droit de recevoir plus d’aides sous les formes d’allègements de cotisations, d’aides à l’innovation dont les grandes entreprises, qui ne sont pas menacées, ne devraient pas avoir droit. Les petites entreprises et les moyennes entreprises doivent avoir accès au crédit et elles auront une part réservée dans les marchés publics et je demanderai au système bancaire de faire son devoir. Car, combien d’entreprises connaissons-nous qui sont obligées de se tourner vers les collectivités territoriales pour avoir des prêts ? Comme si c’était notre métier, collectivités territoriale ! Comme si c’était le rôle de l’impôt payé par tous les Français que de faire des prêts aux entreprises.

La France est un des pays où le système bancaire est un des systèmes qui exercent le moins leur responsabilité de prise de risque à l’égard des entreprises. Et l’ordre économique juste, c’est un ordre où chacun remplit sa tâche, où chacun accomplit son devoir, où chacun fait le métier pour lequel il est rémunéré. Voilà la société que je veux construire avec vous.

Il n’est pas de droit nouveau que je ne veuille accompagner d’un devoir nouveau, je le dis ici et je le répète.

Enfin, la question des solidarités, c’est aussi la question des familles, et c’est par-là que tout commence car, si les familles fonctionnent bien, assument leur devoir d’affection, d’éducation et de surveillance, alors les enfants démarrent sous de bons auspices et dans de bonnes conditions.

Et là aussi les investissements et les efforts financiers du Pacte présidentiel pour le logement constituent une action pour avoir, et c’est la base, une vie de famille sécurisée. Et là aussi l’investissement dans le logement, c’est un investissement dans l’avenir parce que cela permet aux familles d’éduquer et d’élever correctement leurs enfants. Et c’est pourquoi les inégalités criantes dans ce domaine doivent impérativement se réduire. C’est le sens de l’ensemble des mesures concrètes que je propose sur le logement, la création d’un service public de la caution qui permet d’assurer les impayés de loyers et de rentrer dans un logement sans avoir à débourser trois mois de loyer. L’incitation, par une sur-taxation dissuasive, des réquisitions de logements vacants spéculatifs inoccupés par les collectivités territoriales, la mise en place par les Régions d’un programme de logements pour les étudiants et pour les jeunes. Et enfin la construction des 120 000 logement sociaux dont la France a besoin et qui, faute d’obéissance à la loi de solidarité urbaine par certaines communes, ne sont pas tout simplement construits. L'État assumera ses responsabilités et se substituera aux communes défaillantes qui s’enferment dans leur égoïsme territorial.

Et puis je veux vous parler de la France dans le monde car la place de la France sera assumée. La France, ce sont des valeurs exigeantes et neuves, proclamées par la Révolution française et qui ont permis à notre pays d’écrire une des plus belles pages de son histoire. La France, ce sont des valeurs universelles que nous devons continuer à porter haut si nous ne voulons pas décevoir ceux qui ont foi en nous et qui attendent quelque chose de nous.

Nous n’avons pas le droit de rester des spectateurs muets, apeurés, bientôt victimes du monde comme il va. Nous n’avons pas le droit de nous éloigner de la scène, de renoncer, de laisser faire la mondialisation dans ses effets les plus pervers. Je ne veux pas me résigner à ce que la France sorte de l’histoire.

Ou considérons-nous que nous avons encore quelque chose à dire encore au monde et quelque chose à lui apporter, je le crois, et les Français aussi le croient avec moi. Je sais que les Français le veulent. On les dit parfois égoïstes, repliés sur eux-mêmes, sur leurs petits soucis. Quelle erreur ! Quelle méconnaissance de leur curieux génie ! Notre peuple est un peuple généreux, c’est le peuple qui a inventé Médecins sans frontières et les Médecins du monde, c’est l’un des peules où le mouvement associatif est en Europe le plus vivant, c’est un peuple qui, n’en déplaise à ceux dont l’horizon se borgne aux grandes lignes de la mondialisation financière, rêve de voir son pays reprendre un rôle actif sur la scène du monde.

Alors les fins de la politique de la France, si je suis élue, seront fidèles à ce vœu, elles seront simples, exigeantes, fidèles à notre vocation la plus haute : la paix, bien sûr, la sécurité pour tous les États, sans doute, mais aussi le développement pour tous, la justice pour les peuples et le refus des dictatures.

La paix, elle est possible, fondée sur l’équilibre d’un monde multipolaire, c’est pourquoi tous les efforts visant à faire redémarrer l'Europe et en faire une puissance également politique seront poursuivis avec une ardeur particulière. C’est pourquoi tout sera fait pour remédier au déséquilibre des puissances qui est la règle aujourd’hui dans nos rapports avec nos partenaires et alliés. C’est pourquoi, si je suis élue, la France pèsera de tout son poids pour que soit respecté le droit international. La sécurité implique que nous continuions à déployer nos forces au service du droit partout où il est bafoué et elle implique que, du Proche au Moyen Orient par exemple, nous pesions de tous notre poids en faveur de ces deux aspirations indissociables, également impérieuses : la justice pour les Palestiniennes, la justice et la sécurité pour Israël et pour ses citoyens.

L’objectif n’est pas inaccessible, je veux que la France soit le pays qui fera que l'Europe décidera enfin de peser fortement en faveur de cette paix, la France au sein de l'Europe a l’autorité nécessaire pour rappeler les principes et aider à l’avènement de cette paix durable et garantie.

La justice pour les peuples, aussi, le développement, cela implique que la France, qui fut l’une des premières à plaider pour l’aide publique aux pays défavorisés, accepte de donner l’exemple et indique le chemin à tous ceux qui s’accommodent à bon compte des promesses non tenues et des inégalités criantes. Et nous ne nous sauverons pas tout seuls, notre avenir dépend de notre capacité à réduire les inégalités entre les pays pauvres et les pays riches. Et nous en avons le moyen. Nous devrons réformer en profondeur l’aide au développement et en particulier à destination de l’Afrique. L’Afrique est accablée de tant de maux et de tensions. Et, je le dis ici, la seule solution pour mettre fin aux migrations de la misère se trouve dans le co-développement, dans la réforme des flux financiers, dans les micro-crédits, dans l’aide directe, dans les circuits courts, dans la défense de la dignité de ceux qui veulent rester dignement dans leur pays, y vivre, et donner à leurs enfants de quoi se nourrir, se soigner et s’éduquer.

Et puis je voudrais vous dire aussi, parce que j’y suis allée, vous dire que la Chine n’est plus un simple géant économique, ce sera bientôt un géant politique et je veux que la France soit la première à prendre en compte cette montée en puissance politique et en tirer toutes les conséquences.

Mais je le dis ici, je veux que la France soit à la pointe de la vigilance sur le non-respect des droits humains car la démocratie est un bien commun. La démocratie, ce ne sont pas des valeurs réservées aux uns et interdites aux autres, et c’est là que j’aurai à cœur, si je suis élue, de rappeler à nos partenaires chinois.

Et puis les États-Unis, partout nous agirons, ne seront pas loin. Ils seront là, puissants, amicaux et généreux comme l’histoire récente l’a montré, mais hélas souvent emportés par leur puissance à commettre de terribles erreurs. Et la taille n’ayant rien à faire avec les principes, et le déséquilibre des puissances n’ayant jamais été nulle part une raison de se taire, nous ferons entendre notre différence. La France l’a fait à propos de l’Irak, elle n’a hélas pas été entendue, mais elle l’a fait et sa voix a sonné juste. Je voudrais à l’avenir qu’elle continue de sonner juste. Je veux qu’en parlant plus haut et plus vrai notre voix porte plus loin.

Voilà, je veux être la présidente de cette République-là !

Oui, je veux être la présidente d’une République où l’on saura se montrer intraitable partout où seront bafouées les valeurs liées à notre tradition d’humanisme et de lumière. Le Pacte présidentiel que je vous propose est exigeant. Je ne tomberai jamais dans la facilité de la promesse électorale qui n’engage que le temps de la formuler. Relever la France suppose que nous nous y mettions tous, mais aussi que l’effort soit justement réparti. J’ai besoin de vous pour porter ce pacte. Il est le vôtre. Oui, j’ai besoin de vous, ce pacte est le vôtre, il m’oblige, pourquoi est-ce que je parle de pacte et non pas de projet et de programme ? Parce que c’est un engagement réciproque, un engagement que je prends à l’égard du peuple français et un engagement que le peuple français prend parce qu’il a pris la parole et qu’il veut se reconnaître dans la France que je veux construire avec vous tous et qu’il sait bien, parce que nous l’avons entendu, la France qu’il ne veut pas, il ne veut pas de la France des brutalités, des ruptures, des fractures, des faux-semblants, des fausses promesses, des injustices, des avantages toujours donnés à ceux qui en ont le plus, et du mépris toujours donné à ceux qui sont au bord du chemin. Cette France-là, nous n’en voulons pas et c’est tout le sens du Pacte présidentiel .

Le voulez-vous ce pacte ? Voulez-vous le porter ? Est-il le vôtre ? Alors tournez-vous vers les Français, redonnez-leur la parole, je vous le demande, vous qui êtes aujourd’hui si nombreux à Rennes et dans une autre salle me dit-on, devant un écran vous êtes plus de 4 000 parce que vous n’avez pas pu tous entrer dans cette salle.

Je vais vous faire une confidence : on m'interroge sur mon équipe de campagne. Je vais vous dire un secret : mon équipe de campagne, c’est vous. Me voulez-vous ? J’ai besoin de vous. Vous êtes mes porte-parole, je vois votre affection, votre énergie, votre engagement,

J’ai compris aussi vos doutes, vos inquiétudes, à chaque fois on me dit : « Mais demain, elle joue à quitte ou double. » Eh bien, à chaque fois je double et c’est avec vous que je vais doubler.

A chaque étape on me dit de faire mes preuves, à chaque mot prononcé on me dit : « Mais qu’est-ce qu’elle raconte ! » Mais j’en ai autant qu’eux de l’expérience et des exigences. Et je suis plus forte qu’eux parce que c’est avec vous que j’avance.

Oui, mon équipe de campagne, c’est vous, déployez-vous, partez convaincre, soyez fiers de cette espérance. N’ayez peur de rien !

Vous êtes là, non pas pour gagner, non pas un camp contre un autre, vous êtes là pour me porter parce que je porte vos idées, parce que je porte une France neuve, une France qui a envie de se relever, une France qui a envie de se rassembler et de s’aimer en elle. Alors, je suis là pour être avec vous si vous le décidez, celle qui vous conduira vers le changement, la voulez-vous cette France neuve ? La voulez-vous cette France juste ? Le voulez-vous ce désir d’avenir ? La voulez-vous cette France forte ? La voulez-vous cette République du respect ? Le voulez-vous ce progrès pour tous ? Le voulez-vous ce travail pour chacun, ce pouvoir d’achat défendu, ces inégalités qui reculent, ces enfants qui réussissent à l’école, cette excellence environnementale, les familles sécurisées ? Oui, cette France neuve qui se relève grâce à votre voix, je la veux avec vous. Cette victoire, nous la voulons et nous devons la mériter. Nous devons y travailler.

Vive la République !

Vive la France que nous allons relever !           Apostrophe     Signature Ségolène Royal

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Lundi 12 février 2007 1 12 /02 /Fév /2007 10:52

SRV

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Je suis heureuse de voir toute la famille de la gauche rassemblée et vous tous et toutes aussi nombreux que je salue. C'est forte de cette unité que je peux m'adresser à tout le peuple français.
A cet instant, je veux m'adresser à tous les Français, c'est-à-dire à chacun de vous, qui attendez de savoir de quoi demain sera fait.
Je vais vous parler avec gravité.
L'élection présidentielle est le moment clef où se refonde le pacte républicain et où on va décider l'avenir d'au moins deux générations.
J'ai voulu prendre le temps de vous écouter.
J'ai entendu vos appels, vos craintes, vos détresses, vos révoltes mais aussi vos attentes, vos désirs, vos espérances.
Aujourd'hui, voici venu le jour de vous dire comment j'entends répondre à ces crises qui minent notre société et qui instillent dans ses veines le terrible poison du doute, de la résignation et, parfois, de la colère mais comment aussi permettre à la France de saisir toutes ses chances, et elles sont nombreuses, de libérer tous ses talents, toutes ses énergies.

Vous êtes venus très nombreux dans cette phase de démocratie participative.
Plus de 2 millions d'entre vous sont venus, d'une façon ou d'une autre, dire ce qu'ils avaient sur le cœur et que la société politique n'entendait plus.
Cette parole que vous avez prise, je vous demande de la garder.
A ceux qui ne l'ont pas prise, je demande de la prendre au plus vite. J'ai besoin de vous, de vos intelligences, de vos exigences, de vos générosités pour construire une France qui se ressemble et se rassemble.

Avec moi, plus jamais la politique ne se fera sans vous.
C'est forte de cette phase d'écoute et soucieuse de respecter votre effort pour prendre la patole que je me sens en mesure, aujourd'hui, de vous proposer plus qu'un programme : un pacte d'honneur, un contrat présidentiel, que je propose à tous et à toutes, les plus vulnérables comme les plus forts, ceux qui sont nos partisans depuis toujours et ceux qui ne le sont pas ; car la France a besoin de tous les siens ; elle a besoin de ceux qui vont bien comme de ceux qui décrochent ou qui ont peur de décrocher. Je veux, aujourd'hui, redonner courage et espoir aux plus faibles. Je veux, à tous, dire que le temps de l'imagination et de l'audace est venu. Je n'oublierai personne car, pour que la France se relève, elle a besoin de chacun et de chacune.

J'ai bien dit un pacte d'honneur et de confiance. Car j'ai aussi compris (et je m'en réjouis !) que vous ne croyez plus à la magie des promesses qui n'engagent que ceux qui les reçoivent. Vous ne croyez plus aux engagements d'un jour et à la démagogie. Et c'est pourquoi je veux vous dire la vérité, la difficulté de la tâche qui nous attend, en même temps que ma détermination à l'accomplir avec vous.
Nous allons agir ensemble.
Nous allons, ensemble, faire que la France se retrouve et que chacun l'aime et se retrouve en elle et accomplisse le changement profond, une autre façon de voir les choses.

Le temps n'est plus aux colmatages ou aux accommodements avec des systèmes qui ne fonctionnent plus.
Il faut tout revoir, tout repenser – et ne craindre ni d'imaginer ni d'inventer.
Il faut entendre et lire, dans les cahiers d'Espérances issus de nos débats participatifs, le cas d'Odile, cette mère célibataire, admirable de courage et de dignité, qui attend un logement depuis 4 ans et raconte sa honte de vivre, avec ses deux filles, dans une chambre de 12 m².
Il faut entendre Martine me dire, les yeux secs, le regard fier, mais les larmes dans la voix : « quand les enfants sont invités à un goûter d'anniversaire, j'invente une excuse pour qu'ils n'y aillent pas parce que je ne peux pas rendre l'invitation ».
Je faut entendre ce père de famille alsacien que je n'oublierai, moi, jamais : « je vis le RMI comme une maladie honteuse ; je ne veux pas être un assisté malgré moi ; je ne veux pas que les enfants me voient comme ça».
Ou encore, à Roubaix, l'histoire d'Adeline, terrorisée à l'idée de retrouver, après notre débat, un mari violent et dont elle ne sait pas qu'il sera capable, un jour, de la battre à mort, comme le subisse trois femmes par semaine.
Ces cris de détresse silencieuse, ces pauvres vies brisées, ces familles humiliées, ravagées par la misère et l'iniquité, ces destins marqués au sceau d'une malédiction qui ne dit pas son nom – c'est tout cela que j'ai à l'esprit, là, à l'instant de m'adresser à vous et c'est cela qui me donne le désir de me battre, de vaincre et de proposer cette politique d'alternance qui, seule, sera capable de surmonter les crises.

Crise des banlieues : dans les quartiers, le feu couve sous la cendre.
Crise économique, avec les emplois qui se détruisent.
Crise sociale.
Crise éducative.
Crise morale.
Crise écologique.
Crise internationale enfin, sur fond de prolifération nucléaire, de montée des fanatismes et hystéries guerrières.
Pour surmonter ces crises, il faut une nouvelle politique.
Pour surmonter ces crises, il faut une France Neuve.
Voilà ce que vous m'avez dit.
Et voilà ce que j'entends mettre en œuvre.

Comment augmenter les bas salaires si les entreprises ferment ?
Comment augmenter les petites retraites si les déficits se creusent ?
Comment augmenter l'effort pour l'éducation et la santé lorsque la dette explose ?
Telles sont les questions que vous m'avez posées. Mais vous m'avez dit aussi que chaque nouveau droit devait aller de pair avec des devoirs.
Et vous l'avez fait avec une franchise, une lucidité, une volonté de refuser les solutions toutes faites et les fausses promesses des marchands d'illusion, vous l'avez fait avec une rigueur dont je dois vous dire qu'elles m'obligent. Et c'est pourquoi j'ai décidé de vous parler en premier de notre situation économique et, en particulier, du problème de la dette.
La dette publique est devenue insoutenable. Elle représente 64% du PIB et 18 000 euros par Français.
Les intérêts qu'elle génère sont devenus à eux seuls la 2ème dépense du budget de la Nation.
Le déficit des comptes sociaux a triplé.
La sécurité sociale est grevée par plus de 80 milliards de déficit cumulé.
Notre appareil productif est affaibli.
Notre commerce extérieur affiche un déficit de 30 milliards d'euros.
La production industrielle stagne et l'investissement productif des entreprises ne décolle pas.
Voilà la France qu'ils nous laissent.
Voilà l'état des lieux au sortir de la période qui s'achève.
Et c'est à vous, c'est à moi, c'est à tous les Français qui, à partir d'aujourd'hui nous rejoindront, qu'il appartient de relever le pays.

Je suis convaincue, par exemple, qu'il faut changer, de toute urgence, notre façon même de concevoir la création de valeurs et de richesses.
Je suis convaincue qu'un développement durable repose aujourd'hui sur trois piliers (économique, social, environnemental) et que la défaillance d'un seul peut faire crouler le tout.
Nous sommes la 5e puissance économique mondiale. Mais nous devons ce rang au travail des Français qui conquièrent des marchés, innovent, prennent des risques et travaillent dur. Et je suis convaincue que nous ne tiendrons durablement ce rang que si nous recréons notre capacité à mobiliser les compétences, à motiver les salariés et à créer, en fait, ce vrai dialogue social qui reste, en France, si terriblement archaïque.

L'inventivité des entrepreneurs doit être, reconnue. Mais la dignité du travail doit être respectée et même remise à l'honneur. Avec cette reconnaissance et ce respect, nous réussirons comme l'ont fait ….. Voilà pourquoi je m'engage à tout faire pour que, si je suis élue, un nouvel essor soit donné à la démocratie sociale et au dialogue social constructif qui va avec. Et voilà pourquoi je m'engage, en même temps, à soutenir l'effort des entreprises innovantes et créatrices d'emplois. C'est ce que j'appelle les cercles vertueux.
Je le crois de toute mon âme : nous avons les moyens de relancer la croissance et la machine économique. Je veux réconcilier les Français avec l'entreprise pour sortir la France des déficits et accomplir des progrès sociaux dont nous avons besoin.
J'en ai pris une claire conscience tout au long de ces semaines passées à écouter et observer : nous sommes un pays d'excellence technologique où pas un jour ne passe sans que des hommes et des femmes se lancent pour donner corps à un projet créateur d'activité, de valeur et d'emploi.
Eh bien je suis reconnaissante à ces entrepreneurs du risque qu'ils prennent et qui permet de créer, chaque année, les emplois que la mondialisation financière déplace.
Je sais gré à ces PME de moins de 250 salariés qui sont plus de 2 millions en France et qui sont nos premières créatrices d'emplois.
Et je m'engage aujourd'hui, devant vous, à tout faire pour soutenir leur effort et pour créer l'environnement dont elles ont besoin et qu'elles méritent.

Je m'engage aussi à faire de la recherche et de l'innovation une des priorités majeures de mon mandat.
Je m'engage à augmenter le budget national de recherche-développement de 10 % par an.
Sur les 65 milliards d'aide aux entreprises, seuls 5 % sont orientés vers la Recherche et l'innovation, je m'engage à porter cette part à 15%.
Par des mesures fiscales, je m'engage à encourager les entreprises à innover et à faciliter, pour cela, leur accès aux financements bancaires.
L'Etat soutiendra les pôles de compétitivité qui associent laboratoires et entreprises dans des réseaux d'excellence.
Trop de régions attendent aujourd'hui une aide de l'Etat qui ne vient pas ! Eh bien l'Etat, si je suis élue, soutiendra les porteurs de projets, partout où ils se trouveront, en généralisant les Ateliers de la Création.
Je m'engage à ce que les entrepreneurs qui garantissent les emprunts de leur entreprise sur leur patrimoine propre soient sécurisés par un mécanisme de caution mutuelle.

Je veux aussi que l'école et l'entreprise se rapprochent.
Je veux que l'entreprise devienne un lieu familier aux jeunes dès l'enseignement secondaire et jusqu'à l'université.
Je le veux parce que vous le voulez.
Et vous le voulez parce que l'insertion professionnelle de nos enfants et, donc, leur choix de métier et d'avenir en seront facilités.

Les Français, je l'ai également compris, aspirent à voir l'Etat réformer profondément sa gestion pour dégager des économies et donc des marges d'action.
Sans doute cette réforme sera-t-elle, chez nous, plus difficile à mener qu'ailleurs.
Car la France, n'est-ce pas, s'est constituée autour de son Etat central !
Car il fut, cet Etat, partie prenante à sa construction, sa puissance, sa grandeur !
Mais nous devons agir.
Nous avons un Etat qui est devenu beaucoup trop lourd.
Nous avons trop ministères.
Nous avons des ministères qui ont, en dix ans, changé huit fois de périmètres et donc de dénominations avec toutes les dépenses inutiles, toutes les pertes d'efficacité, que cela suppose.
Il faut réformer tout cela.
Il faut alléger le poids de nos administrations.
Il faut les mettre au service des citoyens alors que, trop souvent, les citoyens ont le sentiment d'être le jouet des administrations.
Il faut soulager des administrations centrales qui s'épuisent à gérer des personnels répartis sur le territoire et des crédits de toutes sortes.
Il faut en finir avec cette lourdeur de l'Etat central qui engendre toujours plus de textes législatifs ou réglementaires – et des textes qui, bien souvent, sont à la fois illisibles et inutiles.
Les fonctionnaires en sont les premières victimes lorsqu'ils s'épuisent en réunions stériles au lieu de donner l'impulsion et la créativité dont ils sont porteurs et qui sont leur vraie vocation.
Face à cette situation, face à ce gaspillage d'énergie et de substance, je propose :
- de limiter le nombre de ministères,
- d'en finir avec l'inflation réglementaire qui nous caractérise trop souvent
- d'expérimenter à chaque fois pour réformer vraiment
- d'engager une nouvelle étape de la régionalisation, mettant fin à la ruineuse superposition des compétences.
Ce sont les régions qui, par exemple, mettront à niveau les bâtiments et résidences universitaires.
C'est aux régions qu'incombera la tâche de sortir les prisons françaises de l'état honteux où elles se trouvent.
Ce sont les régions qui piloteront le service des aides économiques et de la formation professionnelle.
L'Etat, certes, garantira par un fond de « péréquation » l'égalité entre les régions qui bénéficieront donc, pour remplir ces nouvelles missions, d'un transfert de ressources. Mais nouvelles missions pour les régions, il y aura. Nouvelles intelligences territoriales, on verra naître.
Et tant pis pour ce vieux jacobinisme qui est l'un des démons les plus malins de ce pays !
J'ai la passion du service public.
Je sais que les Français sont habités par la même passion.
Et, aussi, les fonctionnaires qui ont une conception exigeante de leur mission.
Ensemble, nous allons donner un coup de jeune à cet Etat colbertiste, jacobin, centralisé à l'excès, croulant sous le poids des ans, des bureaucraties inutiles et des réglementations trop complexes.
Ensemble, nous allons mettre l'Etat à l'heure de ce désir d'autonomie, de responsabilité civique et de liberté que j'ai senti monter d'un bout à l'autre de la France.



Je veux construire un ordre social et économique juste
Le règne sans frein du profit financier est intolérable aux pour l'intérêt général.
Il est insupportable à ceux qui vivent de leur travail et il est dramatique pour ceux qui n'arrivent pas à en vivre.
C'est ce cri de colère que j'entends monter de la France qui travaille et de celle qui aimerait travailler. Colère contre les délocalisations qui dévorent l'emploi.
Colère contre le fait que 23% des jeunes sont sans emploi, que l'âge du premier emploi n'en finit pas de reculer et que la précarité des contrats se généralise.
Colère quand priorité est donnée à la rente et au capital financier et que cela conduit à l'augmentation constante des loyers et du foncier.
Colère quand la moitié des salariés du privé touche moins de 1400 euros par mois, que 4 millions de salariés sont payés au Smic au bout de 20 à 30 ans de travail.
Colère encore quand on sait qu'il y a 7 millions de pauvres en France qui vivent avec moins de 700 euros par mois, que 2 millions d'enfants sont condamnés à vivre dans la pauvreté et qu'il y a là comme une forme moderne de malédiction et de destin.
Les Français, oui, sont en colère face à cela.
Et moi, Ségolène Royal, je dis que ce n'est pas juste, c'est le pacte social qui est rompu et que c'est dangereux.
Nous devons refuser cette situation.
Nous devons stopper le descenseur social.
Comme le criait le père Wreznisky, le fondateur d'ATD Quart Monde, « c'est l'homme qui crée la misère, c'est l'homme qui peut détruire la misère ».
Quand, dans un pays comme la France, deux millions de personnes ont recours à l'aide alimentaire, quand on sait qu'il y a, chaque jour, en France, 2000 accidents graves du travail, quand on sait qu'à 35 ans un ouvrier ou un employé a sept ans de moins d'espérance de vie qu'un cadre, quand on sait que 27% des salariés travaillent debout en permanence, que 37% sont exposés à l'inhalation de produits chimiques sur leur lieu de travail, quand on sait que les victimes de l'amiante ne sont toujours pas indemnisées ou qu'un million et demi de personnes se trouvent en situation de surendettement, quand on sait, enfin, que les femmes sont les premières victimes des bas salaires et des petites pensions, que l'écart de salaire avec les hommes est encore de 25%, quand on sait tout cela, on est bien obligé de se dire, et de crier, que, oui, le lien social se délite ; on est bien obligé de se dire et de crier que tout cela est comme une cicatrice sur le corps d'un pays qui a inventé la plus belle devise du monde : « liberté, égalité, fraternité » ; et moi, Ségolène Royal, je ne peux pas ne pas m'associer à ce cri, le relayer, lui prêter ma voix et ma volonté

Vous m'avez dit des choses simples et vraies.
Vous m'avez dit vouloir des écarts de revenus moins injustes, une réforme de la fiscalité qui taxe davantage le capital que le travail.
Vous m'avez dit vouloir que le travail soit payé à son juste prix.
Vous m'avez dit, enfin, vouloir que des solutions à la crise du logement soient trouvées au-delà des éternels discours.
Est-il normal, m'avez-vous dit, que des jeunes travailleurs habitent en caravane et que de petits retraités soient chassés de leur logement faute de pouvoir payer leur loyer ? .
Eh bien je vous ai entendus.
Et je n'aurai de cesse, si je suis élue, que de répondre à votre juste colère.

Je propose un pacte présidentiel pour le pouvoir d'achat garanti et la sécurité du logement tout au long de la vie.
Je propose (parce que vous avez été nombreux à me dire que les chiffres officiels de la hausse des prix sont inférieurs à la réalité) une réforme de l'indice des prix. Nous utiliserons des indices de prix différents, tenant compte de la réalité des dépenses des ménages pour revaloriser les retraites, le SMIC et les minima sociaux.
Je m'engage à une hausse du SMIC à 1500 € par mois et à une hausse des bas salaires, au dessus du SMIC, qui sera fixée par les partenaires sociaux dès juin 2007 dans le cadre de la conférence sur les salaires.
Pour que cette augmentation puisse se faire rapidement, et sans pénaliser les petites entreprises, je m'engage à mettre en place un plan massif de formation professionnelle débouchant sur un système gagnant – gagnant : le salarié sera mieux payé, mieux qualifié et l'entreprise plus performante.
Je m'engage, pour les jeunes sans ressources et qui vivent, de plus en plus nombreux, dans la précarité, je m'engage à créer une allocation d'autonomie et d'entrée dans la vie active ; laquelle allocation leur sera versée en contrepartie d'une obligation de formation sérieuse, d'une recherche active d'emploi et, pour les étudiants, d'heures de soutien scolaire auprès d'élèves en difficulté.
Je mettrai en place un plan de rattrapage pour les petites retraites, avec une hausse immédiate de 5 % intervenant dès 2007. Le minimum vieillesse sera versé mensuellement et les retraites de la Sécurité Sociale seront payées au 1er de chaque mois, pour éviter les découverts. Nous procéderons aussi, dès 2007, à une augmentation de 5 % de l'allocation adulte handicapé.
Je rétablirai également le programme Handiscol qui a été démantelé pour permettre d'accueillir tous les enfants handicapés dans le sein de l'école.

J'insiste sur la question du logement.
Je l'ai souvent dit, vous le savez : tout commence par les familles car, si les familles fonctionnent bien et assument leur devoir d'affection, d'éducation et de surveillance, alors les enfants démarrent dans la vie dans de bonnes conditions.
Eh bien le logement est la condition première d'une vie de famille sécurisée.
Et les inégalités criantes dans ce domaine doivent se réduire si l'on veut aider les familles à être ces lieux d'éducation et d'épanouissement des enfants qu'elles doivent être.
Il y a les Sans-Domicile-Fixe, naturellement, pour lesquels des solutions d'urgence doivent être trouvées : je propose, à cet égard, de faire obligation à chaque ville de créer une place d'hébergement d'urgence pour 1000 habitants ; je propose une politique d'accompagnement humain permettant à ceux qui ont basculé, travailleurs pauvres, femmes seules, jeunes à la dérive, de se raccrocher à une utilité sociale ; et je rends hommage au travail des associations qui jouent un si grand rôle pour réinsérer ces gens dans l'activité et dans l'emploi.
Mais l'urgence ne doit pas faire oublier les autres problèmes de fond.
Les scandales les plus criants ne doivent pas occulter le fait que la crise du logement frappe aussi celles et ceux qui travaillent et qui font des efforts pour payer leur loyer.
Je propose, là-dessus, quatre mesures concrètes, bien connues de ceux qui se battent sur ce problème et que j'ai également rencontrés dans le cadre de ces débats participatifs :
1. La construction des 120.000 logements sociaux dont on a besoin et qui, faute d'obéissance à la loi SRU par certaines communes, ne sont pas construits. L'Etat se substituera à la carence de ceux qui s'enferment dans l'égoïsme territorial en lançant lui-même les programmes de logement nécessaires. Il faut cela pour que le droit opposable au logement ne soit pas une promesse électorale ou un vain mot. Il faut cela pour que l'amélioration de la situation des plus démunis ne produise pas l'aggravation de la situation de ceux qui paient leur loyer.

2. La création d'un service public de la caution permettant d'assurer les impayés de loyer et d'éviter les expulsions.

3. La mise en location des nombreux logements vacants spéculatifs. Pour cela seront surtaxés les logements inoccupés depuis plus de deux ans et la possibilité existera pour les communes de procéder à des acquisitions-réquisitions.

4. L'accès à la propriété sera favorisé et encouragé par l'extension des prêts gratuits. Aujourd'hui, les Français aspirent à la propriété de leur logement. Je veux que ce soit possible et que ceux, notamment, qui ont fait l'effort, dans le logement social, de payer leur loyer pendant quinze ans puissent accéder à la propriété.

5. Enfin, avec les Régions, l'Etat aidera à la mise en place d'un programme de logement pour les étudiants et les jeunes travailleurs.


Je serai, aussi, la Présidente du travail pour tous et du métier pour chacun.
Je réhabiliterai la valeur travail.
Dans le pacte présidentiel que je vous propose.
Et d'abord, à la base, j'engagerai une lutte sans merci contre le chômage des jeunes, un des plus élevés d'Europe et l'une des sources du découragement, de la révolte contre l'absence de futur et, à la fin, de la délinquance.
Tout jeune doit pouvoir sortir du système scolaire et universitaire avec un diplôme : c'est le contrat qu'il faut passer entre la Nation et son école.
Pour les 190 000 jeunes qui sortent de l'école ou de l'université sans aucune qualification, je reprends la proposition de Jacques Delors d'ouvrir un chantier d'intérêt national.
Aucun jeune, diplômé ou qualifié, ne doit rester au chômage plus de six mois, sans qu'une formation ou un contrat ne lui soit proposé - c'est un droit pour lui et un devoir pour nous.
Tout jeune doit pouvoir bénéficier d'une possibilité d'insertion et je propose, à cet effet, de généraliser les bourses et les emplois-tremplins que les Régions ont mis en place, avec un objectif de 500 000 emplois tremplin.
L'Etat ouvrira, enfin, un nouveau droit : chaque jeune, à sa majorité, disposera d'un prêt gratuit de 10.000 euros, pour lui permettre de construire son premier projet de vie. Je le dis solennellement à toutes celles et tous ceux qui doutent, qui rencontrent plus de portes fermées que de mains tendues : la France a besoin de vos talents et de votre énergie ; les entreprises et les services publics ont un devoir à remplir à l'égard d'une génération qui représente aussi leur avenir.
Je leur dis aussi qu'à leur âge, on a le droit à l'erreur, que la peur de l'échec ne doit pas paralyser, qu'on apprend et qu'on se renforce aussi dans les difficultés que l'on rencontre : vous devez croire en vous car la France aime ses enfants, tous ses enfants et n'est elle-même que lorsqu'elle lutte contre toutes les formes de discrimination.

Dans l'intérêt des entreprises comme des salariés, dans l'intérêt de la France, je créerai la Sécurité Sociale professionnelle qui garantira, contre une formation et une recherche active d'emploi, une rémunération égale à 90% du dernier salaire perçu afin de permettre, sans drame, la mutation des emplois.
Et pour encourager, enfin, le passage du RMI au travail, je donnerai raison à ceux qui, comme l'association Emmaüs, demandent depuis longtemps la création d'un Revenu de Solidarité Active qui garantira les prestations en un mécanisme unique, durable, et garantissant que quelqu'un qui retrouve un travail ne puisse plus voir ses revenus baisser.

Et puis, n'est-ce pas, tout se tient : emploi, famille, école ?
Quand un maillon vient à casser, c'est la chaîne qui se voit fragilisée.

Et c'est l'éducation qui tient tout l'édifice.

C'est pourquoi, avec moi, l'Education, encore l'Education, toujours l'Education, elle sera au cœur de tout et en avant de tout !
L'Ecole est le cœur battant de la République.
L'Ecole est le lieu où se transmettent les savoirs et les valeurs républicaines.
L'école est le creuset où se forment les futurs citoyens.
Et l'école, vous me l'avez également dit, traverse une crise profonde.
J'ai entendu le signal d'alarme que lancent beaucoup de parents : l'Ecole tiendra-t-elle demain sa promesse d'égalité des chances ?
J'ai entendu le message des enseignants, en première ligne dans ce combat pour l'égalité et, donc, la citoyenneté : face aux difficultés qui s'accumulent, aux violences, aux incivilités qui angoissent, face aux coupes sombres dans les budgets et les emplois, face à un pouvoir d'achat qui semble baisser dans la mesure exacte où croissent les difficultés du métier, comment ne pas être tenté, parfois, de baisser les bras ?
A ces enseignants qui se battent en première ligne sur le front de la citoyenneté de demain, je veux dire ceci.
Vous serez soutenus, encouragés par la République dans votre mission.
Votre place sera mieux reconnue, vos filières de formation encore améliorées si vous en sentez le besoin.
Votre droit à l'innovation et à l'expérimentation du travail en équipe sera pleinement reconnu sans que vous ayiez à craindre les inspections un peu trop rigides.
Nous créerons un service public d'accueil de la petite enfance.
L'obligation scolaire sera fixée à 3 ans et les chances scolaires des enfants en seront accrues.
Collège et école devant assurer en son sein, ou dans les quartiers, le soutien scolaire gratuit, nous confierons cette nouvelle mission, comme vous l'avez proposé dans plusieurs débats participatifs, à un corps nouveau de répétiteurs dont la mise en place sera discutée avec l'équipe pédagogique, les associations de parents d'élèves et les élus.


La carte scolaire favorisera la mixité sociale, au lieu de consolider les ghettos.
Elle sera redécoupée pour que les secteurs soient plus hétérogènes et que chaque famille ait le choix entre plusieurs établissements. Les gros collèges seront divisés pour ne pas dépasser 600 élèves et ayant eu à nouveau confirmation des brutalités et violences subies par les élèves et les enseignants, un nouveau métier sera créé pour renforcer la discipline et développer massivement le sport et la culture qui sont les meilleurs remparts contre l'agressivité.
L'échec scolaire étant aggravé par la détresse financière et sociale et éducative des familles, je créerai des emplois-parents dans les quartiers comme l'a proposé l'association AC Le Feu et je généraliserai les écoles de parents.
L'allocation de rentrée scolaire sera doublée dès 2007 afin que soit pleinement garantie la gratuité scolaire.
La société de la connaissance exigeant un investissement massif dans l'Université et la recherche, je veillerai à renforcer l'autonomie des universités dans le cadre national et je les encouragerai à se regrouper entre régions pour atteindre une taille comparable à celle des grandes universités du monde.
Je détaillerai, jeudi prochain à Dunkerque et vendredi prochain à Strasbourg, un plan de réformes global concernant l'Education, la Recherche et la Culture.

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Lundi 12 février 2007 1 12 /02 /Fév /2007 10:49

Vous avez aussi, au cours des débats, beaucoup parlé des insécurités, des désordres et de la violence dans nos villes et à leurs périphéries..
Et de fait, depuis cinq ans, la violence à l'encontre des personnes n'a cessé d'augmenter.
4 millions de personnes ont été agressées verbalement ou physiquement dans la seule année 2005.
Le nombre de mineurs mis en cause pour des actes d'atteintes aux personnes a augmenté de 32% depuis 2002, et de 83 % en huit ans.
Plus rien ne semble être épargné par cette épidémie de violence : ni l'école, ni les familles, ni les jeunes.

J'ai parlé, déjà, des violences qui frappent les femmes. Permettez-moi d'y revenir. Car ce thème est revenu, dans nos débats, avec une terrible insistance. Et je dois avouer que j'y suis moi-même, en tant que femme, particulièrement sensible. Une femme sur dix est victime de violences conjugales. En 2004, chaque semaine, trois femmes ont été tuées par leur conjoint. Les violences, abandons, mauvais traitements d'enfants ont augmenté de 34% depuis 2002. Je veux vous le dire aujourd'hui : la première loi votée par le prochain parlement sera, je l'espère, une loi efficace contre les violences faites aux femmes.

J'ai parlé aussi de cette autre forme de violence, de cette violence douce et à peine visible, qu'est l'inégalité devant l'accès aux soins. Permettez-moi d'y insister aussi. Car enfin est-il normal que des quartiers entiers, des zones rurales, n'aient plus de médecin généraliste ? Est-il normal que trouver une prise en charge pour une personne âgée dépendante relève souvent, aujourd'hui, de l'exploit ? Est-il normal, est-il acceptable, qu'il n'y ait pratiquement plus, en France, de structures de santé de proximité ? Non, cela n'est pas normal. Non, cela n'est pas acceptable. Oui, vous êtes nombreux, très nombreux, à vivre cet état de fait comme une violence faite aux plus faibles, une brutalité terrible à l'endroit des plus modestes. Et c'est pourquoi, après vous avoir écouté, je souhaite mettre en oeuvre une politique de santé publique notamment axée sur la création d'une nouvelle génération de dispensaires en milieu rural et dans les quartiers urbains sensibles.

Et puis, il y a la violence dans les quartiers…
Où en sont-ils, les quartiers, un an après les émeutes ?
Est-ce parce qu'on les entend moins, est-ce parce que la machine à images a cessé de s'intéresser à eux et de concentrer sur eux son faisceau de lumière, que le problème est résolu ?
Et quelles réponses ont-elles été données aux appels à la justice, à l'égalité des chances, à la sécurité, qui se sont exprimés, aussi, avec une telle exaspération ?
A-t-on porté remède au précariat ? à l'insécurité sociale ? aux discriminations ? à la désertion des services publics ? au chômage des jeunes ?
Non, hélas.
Rien, ou presque rien, n'a été fait.
Or chacun sait que, si rien n'est fait, les mêmes causes produiront les mêmes effets et ce que la France a connu hier ne sera rien en comparaison de ce qu'elle connaîtra demain.
Il y aura des émeutes d'une violence extrême, et qui ne seront plus limitées aux seuls quartiers dits sensibles.
Il y aura des gestes de désespoir radical, des actes de nihilisme sans pareil, qui laisseront les pouvoirs publics sans ressource et sans voix.
La France entrera en crise.
Et c'est tout le lien social qui, de proche en proche, menacera de craquer. Il y a urgence. J'ai la ferme volonté d'empoigner ce problème à bras le corps. Ecoutons là encore, les propositions et les attentes de ceux qui agissent tous les jours sur le terrain.
Mettre les parents devant leur responsabilité pour assumer leur rôle, tout leur rôle.
Aider les mamans seules, débordées par les pré-adolescents, à se regrouper pour encadrer leurs enfants et bénéficier pour cela d'emplois parents.
La bataille pour l'emploi des jeunes de quartier doit se gagner.
Renforcer les procédures de l'encadrement scolaire et créer partout des mini-internats urbains, pour les jeunes qui ont décroché de l'école, imaginer une école de la deuxième chance avec de la culture, du sport, des voyages éducatifs, du travail solidaire.
Soutenir les associations, les élus de terrain, les travailleurs sociaux qui savent mieux que personne, pour les vivre, où sont les bonnes solutions.

A la première incartade, répondre par une sanction ferme, rapide et proportionnée, je dis bien proportionnée, alors que, trop souvent, le premier délit n'est pas sanctionné par une justice débordée qui manque de moyens ; ou alors, à l'inverse, on frappe trop lourdement des mineurs qui, en dehors des cas d'atteintes graves aux personnes, n'ont pas leur place en prison et en ressortent à 70% récidivistes et développer toutes les formes d'encadrement y compris militaire dans des chantiers humanitaires.
Créer des polices de quartier pour remplacer cette proximité hélas supprimée et renforcer les moyens de la justice des mineurs.
Mais il faut aussi : entendre le malaise que cette violence exprime, y remédier sur la longue durée, ne pas traiter les délinquants comme des sauvages ou des barbares.
Je ne veux pas de cette société toujours plus violente où, comme me l'a dit l'un d'entre vous lors d'un débat, « une bonne partie des violences est engendrée par le manque de considération envers certains jeunes. Ils ne se sentent pas utiles à la Nation et ont, de ce fait, l'impression que la Nation ne fait rien pour eux, et donc, qu'ils ne lui doivent rien ».
Je ne veux pas de cette société du « tous contre tous », cette société du « chacun pour soi ».
Je veux que la France aime sa jeunesse et exerce sur elle une juste autorité pour lui permettre de grandir.

Je ne veux pas, moi, d'un projet où la jeunesse est infantilisée, considérée comme une charge, voire une menace ou un danger.
Car une société qui a peur de sa jeunesse est une société qui n'a plus confiance en elle et qui manque à son devoir d'hospitalité à l'égard de la génération suivante.
Je veux une société qui fait confiance aux jeunes. Je pense qu'un ordre n'est pas juste, qui considère les enfants de la République inégaux en droits tout en leur imposant les mêmes devoirs.
Je crois qu'un pays est malade quand, ressuscitant le fantasme du XIXème siècle des fameuses « classes dangereuses », il devient sourd au cri de souffrance qui monte, qu'on le veuille ou non, des quartiers difficiles ou sensibles.
Et je ne peux pas me résoudre à cette souffrance.
Et je ne peux pas imaginer qu'il suffise d'envoyer des bataillons de police ou de gendarmerie.
Et je ne peux pas me faire à l'idée qu'il y ait deux jeunesses : l'une qui serait vouée à la réussite et l'autre condamnée à l'échec ou, pire, à la violence brute parce qu'au départ il n'y a pas les mêmes chances et qu'on n'a pas su encadrer à temps les enfants et les faire réussir à l'école comme le dit très bien Kerry James.
J'aurai prochainement l'occasion de dire avec plus de précisions en appui sur les associations, AC Le Feu, Parlement des Banlieues, dans les Banlieues ce que demain l'Etat fera.
Je sais que je réussirai à trouver des solutions et à empêcher de nouvelles explosions. Parce qu'au plus profond de moi, si je suis présidente de la République, je veux réaliser pour chaque enfant né ici ce que j'ai voulu pour mes propres enfants.
Je veux une nouvelle donne avec tous les jeunes de France.
Mais quand j'entends Karim, de Toulon, m'expliquer qu'il ne comprend pas pourquoi il doit subir, plusieurs fois par jour, les contrôles d'identité, je me dis qu'il n'exprime pas si mal que cela cette part du mal français qui le touche et qu'il m'incombera, avec vous tous, de traiter ! .

Je veux lutter farouchement contre les discriminations et les humiliations.
Je veux une France qui s'accepte telle qu'elle est devenue et qui considère même que c'est une chance d'être désormais ainsi : riche d'histoires diverses, colorée, métissée.
Je veux une France qui reconnaisse comme ses enfants légitimes tous ceux dont les familles sont venues d'ailleurs et qui sont aujourd'hui des Français à part entière et dont les parents et les grands parents ont donné leur vie pour nos libertés.
Du fond du cœur, je vous le redis : la France a besoin de vous ; vous êtes la chance de la France ; je veux une France qui vous écoute, une France qui vous comprenne et une France qui, en même temps, soit exigeante envers vous.
Je veux une France qui entende ce que lui dit Diam's dans « Ma France à moi » : « Il ne faut pas croire qu'on la déteste, mais elle nous ment (…). Ma France à moi leur tiendra tête jusqu'à ce qu'ils nous respectent ».
Je ne veux plus entendre parler de deuxième, troisième ou quatrième génération pour certains enfants d'immigrés alors qu'on ne le fait jamais pour ceux dont les familles sont originaires d'Europe.


J'ai entendu aussi les graves problèmes de santé des jeunes. Et ce désarroi me paraît totalement inconcevable dans un pays comme le nôtre.
Je propose la gratuité totale des soins pour les moins de 16 ans. Je propose la mise en œuvre d'une carte santé jeune 16/25 ans. Je souhaite que la contraception soit gratuite pour les jeunes femmes de moins de 25 ans afin de lutter contre les grossesses précoces. Je propose de renforcer les moyens de la médecine scolaire et universitaire. Toutes ces actions entraîneront des économies dans les dépenses de santé car la prévention dès le plus jeune âge est très efficace.

C'est sur les jeunes aussi que je compte pour protéger la planète car c'est pour vous et la génération qui vient que nous devons agir.

Je veux faire de la France le pays de l'excellence environnementale. C'est pour moi une conviction profonde et ancienne qui remonte à mon enfance rurale et consolidée dans mon action de Ministre de l'environnement.

Vous ne voulez plus, et moi non plus, de cette irresponsabilité qui détruit la planète, qui laisse la biodiversité s'épuiser, qui ne prépare pas l'après-pétrole. Vous m'avez fait part de vos alarmes. Vous avez raison. Le réchauffement planétaire est une menace sur le monde et sur la paix : déplacement massif de populations, accès à l'eau potable. Je ferai de cette cause une grande cause nationale pour la France.
J'engagerai la France dans la voie de l'excellence environnementale comme cela n'a jamais été fait. 100 000 emplois, non délocalisables peuvent être créés. Un investissement massif dans l'environnement conduira à développer de nouveaux métiers, de nouvelles compétences, Dans le domaine du bâtiment, des transports, de l'agriculture, l'essor des écoproduits et des écoprocédés sera un moteur de l'activité et de la croissance durable. Tout comme les bio-carburants pouvant créer de nouveaux emplois.

Le défi environnemental doit être vu comme une chance. A condition d'anticiper plutôt que subir les mutations. Là aussi, il y a deux logiques : celle du laissez-faire, du libéralisme, qui vise le profit immédiat et nous prépare au pire. Ou celle de la volonté, qui relève les défis, pour laisser à nos enfants une planète vivable et qui applique le principe pollueur-payeur, empêche la destruction de biens collectifs publics.

Je vous propose :
- un plan de développement massif des énergies renouvelables pour qu'elles représentent 20 % de la consommation d'énergie en 2020, ce qui permettra de réduire la part du nucléaire ; ce plan de développement national s'appuiera sur une politique commune européenne de l'énergie ;
- une fiscalité écologique qui encourage les bonnes pratiques ;
- de favoriser les économies d'énergie dans le logement. Tout permis de construire devra intégrer les énergies renouvelables.
J'ai développé tous ces sujets à Montluçon avec un plan d'action très précis.



Une agriculture assurant une alimentation de qualité et respectant l'environnement est aussi à notre portée.

Nous pouvons surmonter la crise de confiance entre nos concitoyens et leur agriculture, née des crises alimentaires et des abus d'engrais et de pesticides. Je veux redonner aux agriculteurs la fierté de leur métier Il faut aujourd'hui produire autrement : la qualité doit primer sur la quantité ; l'environnement doit respecté et les paysages préservés et ceux qui font ces efforts doivent recevoir davantage d'aide car ils agissent pour l'intérêt général.

Je proposerai à nos partenaires une refondation de la politique agricole commune pour réorienter les aides vers le développement rural, en modulant les primes et en assurant leur transparence.

Cette réorientation de la PAC doit permettre à l'Europe de se nourrir par elle-même et aux paysans de vivre dignement de leur travail tout en maintenant nos identités rurales vivantes. De nouveaux emplois et une nouvelle fierté rurale sera développée grâce aux biocarburants et à la valorisation de la biomasse, au développement de la filière bois et de la bio construction.


Pour mettre en œuvre toutes ces réformes, nous avions besoin d'institutions impartiales, qui fonctionnement et qui répondent aux besoins de notre temps. C'est pourquoi je vous propose une République Nouvelle.

Des réformes profondes doivent être faites pour moderniser les institutions.

Du côté du parlement et de la démocratie représentative, le mandat unique sera instauré, le Sénat réformé, le pouvoir de contrôle du Parlement sera renforcé et le 49.3 supprimé.

Je veux aussi que l'opposition soit respectée même si cela n'a guère été le cas au cours de ces cinq dernières années.

Pour rééquilibrer le rôle de la majorité et de l'opposition, et pour permettre un dialogue constructif au sein du pays, la présidence de la commission des finances de l'Assemblée Nationale sera confié à un député de l'opposition.

Démocratie participative : les citoyens pourront faire examiner par le Parlement une proposition de loi qui aura recueilli 1 million de signatures. Le développement des jurys de citoyens et des budgets participatifs sera encouragé et le référendum d'initiative populaire instauré.

Démocratie sociale : pour faciliter le développement d'un syndicalisme beaucoup plus représentatif, un crédit d'impôt sera accordé pour les cotisations syndicales. La représentativité sera fondée sur l'élection et le principe majoritaire mis en œuvre pour les accords sociaux.
Je veux que la France se modernise dans la qualité de ses relations sociales. Tout le monde doit y gagner, entreprises, salariés et avec le pays tout entier dans une logique de cercle vertueux qui met fin aux logiques d'affrontement et qui permet des compromis sociaux qui nous permettront d'être plus forts.

Dans les 6 mois qui suivront l'élection présidentielle, je consulterai le peuple français sur ces propositions de réformes démocratiques de nos institutions.


Outre-mers

Je me suis rendue à La Réunion, en Martinique, en Guadeloupe et je n'oublie pas les autres outre-mer dont la culture, me le rappelait Aimé Césaire, est aussi la nôtre.
Je veux une République, de la reconnaissance et de la responsabilité. Et des politiques publiques qui tiennent compte de leur identité, de leur diversité et des problèmes de la continuité territoriale.

L'histoire des outre-mers n'est pas périphérique : c'est notre histoire commune. L'esclavage et la colonisation en font partie et doivent trouver toute leur place dans nos programmes scolaires ainsi que les grandes œuvres littéraires et historiques, Louis Delgresse, Frantz Fanon, La Mulâtresse Solitude, Aimé Césaire.

Je veux que la France revienne à la table de l'Europe et je ferai tout pour cela.

L'Europe doit rester la grande ambition et la grande réalisation du XXIème siècle. Je sais que vous le voulez comme moi. Mais, je sais aussi que, comme moi, vous ne voulez pas n'importe quelle Europe, vous me l'avez dit dans les débats. Je ne veux pas d'une Europe qui ne serait qu'une zone de libre échange adossée à l'OTAN. Je veux encore moins d'une Europe de tous contre tous où le dumping fiscal et social remplace la solidarité, et dans laquelle la concurrence sert de projet de société. L'Europe que je veux doit élever le niveau de tous les pays et de chaque individu, et non les abaisser.

L'Europe doit se fixer comme objectif une croissance dynamique et créatrice d'emplois

Je veux relancer des politiques communes sur les enjeux majeurs que nous affrontons. En Europe, comme en France, la croissance naîtra de l'investissement dans la recherche, dans l'innovation, dans les énergies renouvelables, dans les transports.

L'Europe doit se battre aussi pour une politique industrielle, à l'instar de ce que font les Etats-Unis et les grands pays émergents. L'Europe ne doit plus s'abandonner au seul dogme de la concurrence. Airbus n'aurait pu être lancé si la doctrine actuelle de l'Europe avait été applicable en 1970…

Pour réussir cela, les outils actuels ne sont pas adaptés. La croissance et l'emploi doivent être inscrits dans les statuts de la Banque centrale européenne . Il faut mettre en place un gouvernement économique de la zone euro » pour une politique de croissance coordonnée

Le Pacte de stabilité ne doit pas servir à freiner la croissance mais à la stimuler. Je propose de sortir du chiffrage du déficit les dépenses consacrées à la recherche et à l'innovation.
Nous accumulons un retard très inquiétant qui risque d'être ravageur, face à l'Inde et à la Chine. Il est temps, j'allais dire, de passer aux choses sérieuses.

Je veux une Europe qui protège ses citoyens et les aide à tirer profit de la mondialisation
Il n'est pas supportable de voir des entreprises faisant des bénéfices délocaliser leur production. L'Europe doit se protéger et nous protéger. Avec moi elle fera reconnaître le respect des normes sociales et environnementales dans toutes les négociations de l'OMC.

La concurrence déloyale est encore moins supportable à l'intérieur de l'Europe. Je proposerai l'instauration de taux planchers en matière d'impôt sur les sociétés pour freiner les délocalisations fiscales.

De même, je proposerai à nos partenaires la négociation d'un protocole social pour renforcer les droits des travailleurs.

L'Europe devra s'atteler au dialogue avec la Méditerranée et mettre enfin en place des politiques de co-développement.

C'est la meilleure façon d'endiguer l'immigration illégale et lutter contre les mafias qui l'organisent. Décourager les migrations de la misère, c'est soutenir le développement des pays pauvres, en réduisant les écarts entre Nord et Sud. C'est notre devoir.

Le co-développement sera donc mon objectif. L'aide publique sera radicalement réformée et réorientée vers les circuits courts, la santé, l'éducation, l'énergie solaire, les associations de femmes, le micro crédit, comme je l'ai vu au Sénégal, et cessera d'alimenter les gouvernements corrompus.

Cela me conduit à vous dire comment je conçois le rôle de la France dans le monde et la façon dont j'entends lui faire tenir son rang.


La France c'est un paysage que nous aimons, c'est aussi une grande Histoire, certes pas uniforme, mais avec des moments sublimes, quelquefois des abîmes et, en arrière-plan, la grande lumière jamais éteinte de la Révolution française.
C'est également une langue dont Fernand Braudel nous a enseigné la part qui est la sienne dans la construction de notre identité. N'oublions jamais la dimension de la francophonie. Il y aura, en 2050, trois cents millions d'hommes et de femmes qui parleront français ! Je souhaite qu'il y en ait davantage. Bien davantage. Je souhaite une France qui parle, dans sa langue, sa propre langue, au monde.

Car la France c'est plus que la France. La France c'est ce drôle de pays qui, comme disait André Malraux, n'est jamais aussi grand que lorsqu'il l'est pour tous les hommes. La France ce sont des valeurs exigeantes et belles proclamées par la Révolution française. La France ce sont des valeurs universelles qui nous obligent et que nous devons porter haut pour ne pas décevoir ceux qui ont foi en nous. L'Histoire de France est une Histoire vivante. C'est une histoire qui, parce qu'elle est vivante, doit continuer de parler au monde.

Le monde… Nous savons tous ce qu'il en est : la mondialisation, les échanges, les influences croisées et fertilisantes, mais aussi le tohu-bohu, l'iniquité, le malheur, les crimes de masse, les guerres. Je ne veux pas d'une France qui aurait la tentation de s'éloigner de la scène, de renoncer, de laisser faire. Je ne veux pas d'une France qui laisserait ce monde se casser, éclater en morceaux, en blocs de vie et de pensée hostiles les uns aux autres. Je ne veux pas d'une France qui se résignerait à sortir de l'Histoire.
Allons-nous rester là, spectateurs muets, apeurés, bientôt victimes ? Avons-nous quelque chose à dire, encore, au monde ? Avons-nous quelque chose, encore, à lui apporter ? Les Français le croient. Les Français le veulent. Je le crois et le veux avec eux.
Les fins de la politique de la France, si je suis élue, seront simples et fidèles à notre vocation la plus haute : la paix, bien sûr ; la sécurité pour les Etats ; mais aussi la justice pour les peuples et le développement pour tous.
La paix ? Elle n'est possible que fondée sur l'équilibre d'un monde multipolaire. C'est pourquoi tous les efforts visant à faire redémarrer l'Europe et à en faire une puissance également politique seront poursuivis avec une ardeur particulière. C'est pourquoi tout sera fait pour remédier au déséquilibre des puissances qui est la règle d'aujourd'hui dans nos rapports avec nos partenaires et alliés. Et c'est pourquoi, aussi, la France, si je suis élue, pèsera de tout son poids pour que soit respecté le droit international. Celui-ci existe. Il n'est que de l'appliquer. Nous réclamerons de nos meilleurs amis que les résolutions du Conseil de Sécurité soient mises en œuvre, que les grands traités du désarmement, de l'environnement, soient respectés. La France et le Royaume-Uni ont la lourde responsabilité d'être membres permanents du Conseil de Sécurité. Nous y jouerons tout notre rôle, à l'écoute certes de nos partenaires européens mais aussi de tous les pays prêts à travailler avec nous. Le multilatéralisme, c'est la mobilité de l'action au service des principes que les Nations Unies ont fixés.

Veiller à la sécurité de tous, c'est aussi donner l'exemple. Et c'est pourquoi nous continuerons à déployer des forces au service du droit, s'il le faut, en Afrique comme au Proche-Orient.
La Justice pour les peuples exige que nous parlions fermement, en toutes circonstances, devant nos alliés, nos amis et en agissant dans toutes les instances où se bâtit aujourd'hui la justice internationale.
Le développement implique que la France, qui fut l'une des premières à plaider pour l'aide publique, ne se paie pas de mots. Nous sommes tous terriblement en retard sur nos engagements à l'égard des pays défavorisés. Il faudra redoubler d'efforts. Il faudra que la France indique le chemin à tous ceux qui s'accommodent à bon compte des promesses non tenues et des inégalités criantes.

Le réalisme, c'est aussi choisir des priorités. Nous regarderons d'abord devant notre porte, et je vais vous surprendre : notre porte, c'est l'Afrique :
L'Afrique est notre voisine. Elle est là, cette Afrique à laquelle m'attachent tant de liens. Elle est là, vivante, dynamique, mais accablée de maux et de tensions. Chaque Africain qui parvient à nous rejoindre en témoigne. Et il ne comprend pas qu'après tous nos beaux discours, nous tournions la tête et nous barricadions. Il ne comprend pas, parce que l'avenir, qui appartient aujourd'hui aux Chinois et aux Indiens encore oubliés, écartés, voici moins de vingt ans, appartiendra peut-être demain à son frère, à son fils, un Africain.
De quoi souffre l'Afrique ? D'une économie mondiale absolument débridée qui ne laisse aucune chance à des productions agricoles fragiles et incapables de rivaliser avec les politiques de pays bardés d'atouts financiers et technologiques. Un peu de bon sens, un peu de justice, recommanderaient que l'on remette un peu d'ordre sur les marchés, que des avantages soient laissés aux pays les plus pauvres, que des préférences – il faut le dire – soient accordées par l'Europe à l'Afrique, quitte pour celle-ci, en échange, à savoir orienter ses achats vers l'Europe. Organisons, d'Europe vers l'Afrique et de l'Afrique vers l'Europe, des relations favorisées et équitables.

De quoi souffre la démocratie africaine ? D'un jeu trop brutal des alternances. Du poids des oligarchies. De la corruption de certaines élites. Et je n'oublie pas cette honte que fut, à la toute fin du XX° siècle, le génocide des Tutsis au Rwanda : un crime contre l'humanité ; une insulte à l'humanité de l'homme ; un deuil pour le monde. Ni enfin, aujourd'hui, la tragédie du Darfour que la communauté internationale a sans doute le moyen de stopper : pourquoi ne le fait-elle pas ? pourquoi la France, la grande France, celle des internationalistes qui ont fondé notre parti, celle des Républicains qui croient que nous avons, sur la scène du monde, un rôle particulier, ne fait-elle pas pression pour que s'arrête le massacre ?
L'Afrique est à la portée de la France et de l'Europe. Elle est à notre heure. Je veillerai à ce que celle-ci soit saisie et gardée. Il ne s'agira pas de manifestations éphémères, de cérémonies d'un jour, de tournées à bride abattue mais d'un effort opiniâtre sur pied égal avec les Africains, dirigeants ou non.

Notre voisin, c'est aussi, bien sûr, le Proche et Moyen-Orient. On plaidera pour des conférences. Je dis oui, naturellement. Mais je plaiderai surtout pour le réalisme et l'ambition. La paix au Proche-Orient suppose deux aspirations indissociables et également impérieuses : celle de la justice, celle de la sécurité. Il faut rendre justice aux Palestiniens. Mais il faut garantir la sécurité d'Israël et la vie de tous ses citoyens. L'objectif n'est pas inaccessible. Les Palestiniens modérés, démocrates, partisans du compromis, existent et refusent de se taire. Les Israéliens favorables au partage de la terre sont une majorité ; ils ont des familles, des enfants, dont le destin passe par une paix durable et garantie. L'Europe peut peser en faveur de cette paix. La France, au sein de l'Europe, a l'autorité nécessaire pour rappeler les principes. Voyez, au Liban, notre participation à l'effort de la FINUL. Persévérons. Et, avec les autres, renouons le dialogue avant qu'il ne soit trop tard. Je pense à la Syrie et même à l'Iran Je me suis prononcée, vous le savez, pour la plus grande fermeté vis-à-vis du régime iranien en place et de ses provocations répétées ; mais cela ne me dissuadera jamais de maintenir le dialogue avec une population qui espère et croit en nous,

Nos partenaires ce sont bien sûr les autres membres permanents du Conseil de Sécurité : Chine, Russie, Etats-Unis. A nous de savoir comment travailler au mieux avec eux. La Chine est autre chose qu'un géant économique. Ce sera bientôt un géant politique. Je voudrais que la France fût l'une des premières à percevoir cette montée en puissance de la Chine, et en tire toutes les conséquences. Mais je voudrais aussi qu'elle soit à la pointe de la vigilance sur le non respect des droits humains en Chine. La démocratie est un bien commun. La démocratie, ce ne sont pas des valeurs réservées aux uns et interdites aux autres. Voilà ce que j'aurai à cœur, si je suis élue, de rappeler à mes partenaires chinois comme je l'ai déjà fait. Une France attentive, mobile, doit guetter chaque signe de mouvement et tenter de l'infléchir. La France que j'aime et à laquelle je crois doit se montrer intraitable dans la défense des valeurs liées à sa tradition d'humanisme et de Lumières.

Autre réalité : la Russie. Des liens séculaires, et très forts, nous unissent à la Russie. Nos peuples, nos deux peuples, ne se connaissent pas toujours assez mais se respectent. Et la Russie, d'ailleurs, appartient de plein droit, j'en suis intimement convaincue, à l'espace de la civilisation européenne. Raison de plus pour lui tenir, elle aussi, le langage de la vérité. Raison de plus, comme l'Allemagne nous en donne l'exemple, pour trouver le ton juste, lui dire ce qui ne va pas, lui manifester, sans chipotages, notre conviction qu'elle est européenne mais que, parce qu'elle est européenne, un certain nombre de valeurs s'imposent à elles. L'Europe a besoin de la Russie et la Russie de l'Europe. Je serai la Présidente de ce lien renforcé. Et je serai, aussi, une Présidente intraitable quand il s'agira de dénoncer les abus de droit, les entorses aux droits de l'homme, voire les crimes de guerre en Tchétchénie ou l'assassinat, en plein Moscou, de cette femme d'exception, honneur de sa profession, que fut la journaliste Anna Politkovskaïa.

Partout où nous agirons, les Etats-Unis, bien sûr, ne seront pas loin. Ils sont là, puissants, amicaux, généreux et aussi, comme l'histoire récente l'a montré, emportés parfois jusqu'à l'erreur par le poids même de leur puissance. Nous vivrons avec eux, en partenaire solide, fiable, mais sans complexes non plus. La taille n'a rien à faire avec les principes. Le déséquilibre des puissances n'est jamais une raison de se taire – et on l'a bien vu, n'est-ce pas, à propos de l'Irak. La voix de la France, en l'espèce, ne fut, hélas, pas entendue. Mais elle n'en sonna pas moins juste. Et je voudrais, à l'avenir, qu'elle continue de sonner juste. Je voudrais qu'en parlant plus haut, et plus vrai, notre voix porte plus loin.

Ce respect des avis d'autrui qui manqua si tristement dans la guerre du Moyen-Orient, cette écoute de l'autre, j'en ferai la règle de notre conduite. Je veillerai à tenir compte de ce que pensent, non seulement les membres permanents du Conseil de Sécurité, mais les pays émergents, ces nouvelles puissances qui ont les moyens de leurs ambitions et qui, tôt ou tard, sauront se faire entendre. Nous savons la force de l'Inde, du Brésil, de l'Afrique du Sud qui rejoignent ces autres piliers de la scène internationale que sont le Japon ou le Canada… Tous aspirent à modeler l'avenir, à ne pas laisser le monde entraîné par le seul mouvement de l'économie. Ils sont nos meilleurs alliés. Ils seront nos vertueux complices dans la volonté de réinventer les règles du jeu valant dans le concert des nations.
On nous dit que les Etats s'affaiblissent, que les nations s'évanouissent, que triomphent les grandes compagnies, que le Marché est le seul roi. C'est tout le contraire que montre la scène du monde. Et la France, en tout cas, ne craindra pas, je vous l'annonce, de tenir le rang qu'elle doit à son histoire. Elle agira sans humilité et sans arrogance. Mais elle tiendra son cap. Et elle affirmera ses principes.

Une chose que j'ai comprise, pendant ce temps où je me suis mise à l'écoute des Françaises et des Français c'est qu'ils aiment la France.
Et, comme ils l'aiment vraiment, ils l'aiment grande, ouverte, accueillante aux opprimés, soucieuse de la misère du monde.
C'est ce souci, aussi, que je veux porter.
C'est à ce message que je veux être fidèle.
On dit les Français égoïstes, repliés sur eux-mêmes, leurs petits soucis. Tout dépend de ce qui leur est proposé.
Car notre peuple est, aussi, un peuple généreux.
C'est le peuple qui a inventé les Médecins sans frontières et les Médecins du Monde.
C'est l'un des peuples où le mouvement associatif est le plus vivant.
Je serai la Présidente de cette République-là, celle où l'on sera sans indulgence pour les dictateurs, quelle que soit leur couleur politique.

Cette République là où l'on sera implacable avec les purifications ethniques, les génocides, cette honte pour le genre humain. Je rêve d'une France qui, encore une fois, retrouvera sa vocation qui est de parler à tous et de le faire au nom de l'Universel et de ses valeurs.
Cette France, nous allons la faire, celle qui, sur la scène du monde aussi, travaillera à instaurer un ordre juste.

Vivre la République !
Vive la France !

 

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Mercredi 7 février 2007 3 07 /02 /Fév /2007 19:44

SR PDevant une salle remplie de 8000 de ses partisans, Ségolène Royal a prononcé un discours sur sa vision de l’Etat, de la Nation et de la politique.

 

            De nombreuses personnalités dont Bertrand Delanoë, Dominique Strauss-Kahn, Philippe Thoreton, Arnaud Montebourg et  Jean-Pierre Chevènement y étaient présentes.

Pour voir la vidéo : Cliquez ici

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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Dimanche 4 février 2007 7 04 /02 /Fév /2007 16:54

Segren

            « Montrouge a du Désir » vous présente la version intégrale du discours de Ségolène Royal à Grenoble prononcé le 1er février.

 

 

         Voici les principales mesures qu’on peut en retenir :

 

 

EMPLOI:

- Ségolène Royal a promis que "pas un jeune ne restera au chômage pendant plus de six mois". Il bénéficiera soit d'un emploi-tremplin (dispositif créé par les régions socialistes depuis 2004 pour remplacer les emplois-jeunes), soit d'un "stage rémunéré", soit d'une "formation professionnelle rémunérée". Elle appelle également les entreprises à une "mobilisation nationale" et les encourage à mettre en place "une forme de tutorat pour des jeunes en apprentissage et rémunérés".

- Elle s'est engagée à créer "500.000 emplois-tremplins pour les jeunes" dans les régions sur la durée du quinquennat.

POUVOIR D'ACHAT:

- La candidate du PS s'engage à créer une "allocation d'autonomie" pour qu'il n'y ait "plus de jeunes étudiants dans des situations de paupérisation". Le projet adopté par le PS le 1er juillet propose que les étudiants ou demandeurs d'emploi de 18 à 25 ans bénéficient d'une allocation dans le cadre d'un "programme d'entrée dans la vie active" (EVA).

- Elle veut que chaque jeune bénéficie à 18 ans d'un "crédit gratuit de 10.000 euros" pour "réaliser son premier projet de vie".

- "La République paiera le permis de conduire" des jeunes en apprentissage dans les métiers manuels, a promis Ségolène Royal. Il s'agirait d'une généralisation au niveau national de ce qu'elle déjà mis en oeuvre dans la région Poitou-Charentes qu'elle préside.

LOGEMENT:

- Les régions auraient la responsabilité de lancer des programmes de logement pour les jeunes travailleurs et jeunes étudiants, dans le cadre de la "nouvelle étape de la régionalisation" qu'elle appelle de ses voeux. Pour ce faire, la députée des Deux-Sèvres veut que l'Etat transfère aux régions "les moyens d'engager un programme massif".

- Elle préconise la création d'"un service public de la caution en contrepartie de loyers encadrés".

EDUCATION NATIONALE:

-Ségolène Royal propose "un soutien scolaire individuel et gratuit", une "augmentation de la présence adulte dans les établissements" ou la scolarisation obligatoire dès trois ans.


 

DISCOURS DE GRENOBLE

 

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Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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