Mardi 30 octobre 2007

Une fois de plus, les Américains montrent leur art de la bande annonce. En effet, en regardant la bande annonce du magazine « 60 Minutes » sur CBS, on peut croire que Nicolas Sarkozy a traité la journaliste Lesley Stahl d’imbécile. En réalité, c’est son attaché de presse qui s’en prend plein la figure car il a mal placé le rendez-vous sur l’agenda présidentiel.

 

            La deuxième colère, celle où Nicolas Sarkozy se lève et quitte la pièce est due à l’insistance de Lesley Stahl à obtenir des informations concernant l’état du couple présidentiel. Là, je donne entièrement raison au Président (je ne dirai pas ça souvent).

 

            Afin de corriger notre propos d’hier, voici donc le reportage de CBS en VO non sous titrée mais un non anglophone comprendra les moments clefs aisément.


 



Sarko 60 Minutes CBS
Vidéo envoyée par theochino
Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Brèves
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Lundi 29 octobre 2007
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Prenez l’une des principales chaînes de télévision américaine, CBS, dont le sérieux n’est plus à prouver, prenez l’un des magazines d’information les plus réputés au monde « 60 Minutes » une sorte de mélange entre « Envoyé Spécial » et « 7 sur 7 » et invitez y Nicolas Sarkozy. Vous-vous attendez à avoir du show, du vrai, le Président répondant en Anglais à un journaliste du « Grand Frère Américain » sauf que… contrairement à la presse française, les médias américains sont libres et la journaliste pose les questions qu’elle veut à Sarko, alors Sarko, se lève, s’en va non sans avoir traité la journaliste américaine qui en reste bouche bée d’imbécile…

Voici, ci dessous, ce grand moment de télévision en VO :

 

 


Sarko l'américain : clash en interview sur CBS
Vidéo envoyée par puissance-mgd

           

            Un Français n’a pas le droit de dire cela du Président de la République vu qu’en France c’est un outrage au Chef de l’Etat mais les quelques dizaines de millions d’Américains qui regardent ce magazine auront, couverts par le Ier Amendement, toute liberté de s’exclamer « What an ass hole… ! » ou « What a little prick… ! »

 

            Je reconnais au moins une chose à George W. Bush : c’est un gentleman, lui…

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Les mauvais coups de Sarko
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Dimanche 28 octobre 2007

Tommy Smith, Mexico, 1968

Rupture : n.f. Fait de rompre sous l’effet d’un choc (…) Action de considérer comme nul un engagement – rupture de fiançailles (Petit Larousse)

 

            Pendant sa campagne, Nicolas Sarkozy nous avait promis la rupture, la rupture avec les vielles habitudes de la politique, la rupture avec « l’assistanat » et même, la rupture avec Mai 68.

 

            Au vu de la définition que l’on trouve de ce mot dans le dictionnaire, on est en droit de se demander où est le choc provoquant la rupture et avec quels engagements du passé on entend rompre.

 

            Le choc d’abord : Si la France est en crise, on ne peut pas dire qu’elle ait subi de choc majeur depuis Mai 68 justement. Si des choses ne fonctionnent pas en France, il convient donc de parler dans ce contexte de réforme et non de rupture à moins qu’on souhaite soi-même provoquer le choc entraînant la rupture. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, le choc a eu lieu en Mai 68 précisément alors qu’il était lycéen. Tous ses biographes s’accordent à dire que Mai 68 a constitué pour le jeune Nicolas Sarkozy, élevé par une mère très traditionnelle de droite qui disait « Vous savez les enfants, vous partez tous sur la même ligne mais tout le monde n’arrivera pas le premier », une bizarrerie, un véritable scandale. Dans le schéma du jeune Sarkozy, un jeune, ça travaille pour être le meilleur et ça ne conteste pas l’autorité, que ce soit celle des parents ou de l’Etat. Il entend donc participer à des contre-manifestations mais sa mère fait ce que toute mère digne de ce nom a le devoir de faire lorsque son enfant de 13 ans entend en découdre avec des manifestants qui construisent des barricades, affrontent les CRS dans ce qu’il faut bien appeler des scènes d’émeutes : elle demande au Proviseur d’interdire à son fils de sortir du lycée avant qu’elle ne vienne en personne le chercher. Le petit Nicolas assiste donc à distance à ce choc historique sans pouvoir rien faire pour défendre sa conception de la société et ce grand homme qu’est le Général de Gaulle.

            La volonté du candidat de Nicolas Sarkozy de rompre avec les idées de 1968 peut donc être considéré comme la revanche d’un préadolescent qui n’a pu s’opposer à un évènement qui, même avec toutes les critiques qu’on peut lui adresser et qu’on peut adresser à ses participants avec le recul de l’Histoire apparaît pour beaucoup comme un choc nécessaire en son temps.

            Nicolas Sarkozy entend rompre avec Mai 68 avec la même force que la France a rompu avec Vichy par exemple. Seulement, si dans le cas de Vichy, il faut rompre avec un régime de collabos à la solde des nazis, intrinsèquement mauvais, Mai 68 est avant tout une exigence de réforme de la société et des mœurs. Je ne vais pas détailler ici ce qu’était la société d’avant Mai 68 d’autant plus que des historiens compétents ont traité du sujet mieux qu je ne saurais le faire et que je n’étais pas encore né à l’époque mais pour résumer, on peut expliquer Mai 68 par le fait que le fort progrès économique, technologique et éducatif  des Trente Glorieuses ne s’accompagnait pas d’une réforme en profondeur de la société. Les jeunes générations de l’époque se sont alors révoltées contre cet état de fait avec des slogans parfois excessifs comme « Il est interdit d’interdire ». Et cette page là qui n’est pas seulement l’apanage de notre petit hexagone mais qui est une contestation globale d’un système ancien par la jeunesse du monde. 1968, ce n’est pas que Mai 68. C’est aussi le Printemps de Prague, c’est aussi la jeunesse américaine qui se dresse contre la Guerre du Vietnam, c’est aussi Tommy Smith qui lève le poing aux JO de Mexico pour les Droits Civils des Noirs Américains. Toute époque a ses excès et ses heures de gloire. S’il est sain de tempérer les excès, on ne peut déchirer une page de l’Histoire du monde juste par vendetta personnelle due à la rancœur d’un gosse de 13 ans. En 2007, peut-être faut-il tourner la page de Mai 68 mais certainement pas la déchirer. Ségolène Royal par exemple, qui a du contourner les idées plus que conservatrices de sa famille par l’éducation et qui est venue au Socialisme par le Féminisme considère qu’il faut conserver les bonnes choses de l’héritage de 1968 comme la libération sexuelle, comme le fait que les jeunes soient considérés comme des personnes dignes etc… mais l’idée d’ordre juste rejette l’interdiction d’interdire. Politiquement, philosophiquement, cette démarche est saine.

 

            Puisqu’il n’y a pas de choc, pourquoi Nicolas Sarkozy veut-il tellement la rupture ? La seule autre hypothèse est la volonté de rompre avec les promesses et les engagements du passé. Et là vous me direz, oui mais s’il veut rompre avec Mai 68, c’est qu’il veut revenir à l’époque du Général de Gaulle, à avant Mai 68. C’est ce que devait penser cette vieille dame que j’ai entendue l’autre jour sur Europe 1 qui disait que Ségolène Royal et François Hollande n’avait jamais constitué un couple car ils n’avaient jamais été mariés. Cette personne qui devait avoir 45-50 ans en 1968 a du voter Nicolas Sarkozy le 6 mai dernier se disant que tout allait redevenir comme avant Mai 1968. Seulement, le fait même que son cher Nicolas Sarkozy ait divorcé pour épouser une femme divorcée qu’il avait marié lui-même quelques années avant avec un de ses amis puis qu’une fois élu (très, très mal vu ce genre de chose avant Mai 68) puis qu’une fois élu Président, il divorce (totalement impensable qu’un Président divorce avant Mai 68 –et peut être même avant la fin des années 80 d’ailleurs) montre bien que Mai 68 a changé quelque chose définitivement dans la société française et que même Nicolas Sarkozy en bénéficie. Et puis, il faut être réaliste, la France ne sera plus jamais celle de 1968. On ne peut faire une politique en souhaitant revenir au passé. Le Général de Gaulle d’ailleurs le disait très bien lui-même lors d’une allocution télévisée en 1960 à propos de l’Empire colonial : "Il est tout à fait naturel qu'on ressente la nostalgie de ce qui était l'Empire, tout comme on peut regretter la douceur des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages. Mais quoi ! il n'y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités."

            Alors, quelle promesse du passée doit elle être oubliée ou trahie aux choix ?

            Regardez bien :

            -Nicolas Sarkozy nous dit de travailler plus pour gagner plus alors que la promesse du XXème siècle était « Le progrès technologique va nous permettre de travailler plus efficacement, de nous enrichir tous et même de gagner du temps pour passer avec notre famille »… Rupture avec Keynes, rupture avec Ford, rupture avec le Front Populaire et avec le Gaullisme

            -Nicolas Sarkozy veut instituer des franchises médicales afin de financer le plan cancer et le plan Alzheimer (franchises que les personnes atteintes de ces terribles maladies paieront aussi). Et là, je repense à ma brave dame sur Europe 1 qui doit avoir 80 ans, des douleurs musculaires, des courbatures, des lunettes, peut-être des problèmes de diabète… Désolé Madame, j’ai une constitution solide, je fais une gastro par an et des fois la grippe, au maximum, les franchises médicales, ça va me coûter 3 euro par an en moyenne mais à vous… ça va se compter en centaines d’euro, peut-être en mois de retraite. Comme 75% des personnes de votre âge, vous avez voté Sarko, vous allez être une des premières à en subir les conséquences. Dans ce nouveau système les malades payent pour les malades alors que tout le monde doit payer pour aider les malades mais çà, c’est le pacte social de la Libération… Tiens, encore une rupture avec De Gaulle…

            -Nicolas Sarkozy dit aux cheminots qu’ils doivent travailler plus longtemps vu qu’ils vivent plus longtemps et que tout le monde cotise 40 ans (là, il n’a pas tout à fait tort à mon sens) mais dans le même temps, il dit (enfin, son Gouvernement, ce qui revient au même) qu’ils vont pouvoir partir à la retraite à 55 ans. Personnellement, j’ignorais qu’avocat fût un métier pénible. J’ignorais que les avocat mourraient par milliers de l’amiante, avait le dos brisé par des coups de pioches pour retaper les tribunaux, ou par le charbon qu’ils doivent amener dans la chaudière du Palais de Justice afin d’avoir chaud lorsqu’ils plaident, j’ignorais aussi qu’ils dussent risquer leur vie pour plaider lors d’un différend civil… J’oubliais, Nicolas Sarkozy est avocat. Que les bourgeois se rassurent : on ne rompt pas avec le clientélisme !

            Nicolas Sarkozy ne rompt au fond qu’avec une seule idée : Le progrès moral, technologique, économique, financier doit être partagé par tous. Sa philosophie est que la loi du plus fort est toujours la meilleure. C’est tout le contrat social français qui est attaqué en réalité, Mai 68, c’est pour la galerie.

 
Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Billets d'Humeur
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Lundi 22 octobre 2007

Serez-vous candidate au premier secrétariat ?

Je n’ai pas pris ma décision. Cela viendra le moment venu. A partir du moment où je ne quitte pas la politique, on ne peut pas faire de la politique sans parti. J’observe ce qui se passe, mais je ne veux pas me placer dans des logiques de conflits internes.

Cette indécision n’a-t-elle pas désorienté vos proches ?

C’est vrai que c’est un peu déstabilisant pour mon entourage, qui se demande pourquoi je ne repars pas sabre au clair. Certains se sont inquiétés, ont demandé des consignes. Je leur explique que la politique est faite d’étapes. Et qu’il ne faut pas que je me laisse happer par le système. Le jour où je leur dirai: «On y va», nous irons vraiment.

Combien de temps durera votre réflexion ?

Rassurez-vous, je ne suis pas en hibernation. Je travaille avec d’autres, j’accepte les invitations à l’international et je me bats pour ma région. C’est essentiel. Et je mettrai ce travail au service du collectif.

Comment allez-vous désormais participer à la vie du parti ?

J’ai rassemblé 17 millions de voix, après avoir été désignée par 60% des adhérents du parti. J’ai des responsabilités à l’égard de tous et toutes. Je ne peux donc pas me laisser attirer dans je ne sais quel piège de tactique interne. Rassembler, expliquer, fédérer, voilà le seul rôle que je me donne. Et mettre au service de la gauche et des Français le potentiel de l’élection présidentielle.

La rentrée politique a été marquée par une profusion de livres très sévères à votre égard. Vous ont-ils affecté ?

Oui. Ça laisse toujours des traces, on est toujours touché. D’ailleurs, c’est bien l’objectif. Mais c’est passé. L’important est que les gens se disent et me disent que je me suis bien battue.

Irez-vous au conseil national de samedi ?

Je serai probablement en Argentine pour l’élection de Cristina Kirchner, puis au Chili. Sinon, j’y serais allée.

Vous venez de rencontrer Walter Veltroni. L’exemple de la primaire italienne est-il envisageable en France ?

Tous les dirigeants italiens ont accepté l’émergence parmi eux d’un leader, avec trois millions et demi d’électeurs qui ont payé un euro pour participer. Au PS, les militants à 20 euros ont été parfois contestés. Mais la réflexion doit se poursuivre. Je sais que ce n’est pas facile, car nous héritons d’un système sécurisant pour les courants, avec ce que cela signifie de contrôle des fédérations et de positions verrouillées. Mais au PS, nous avons tous compris, certes à des degrés divers, que ce système devait changer. L’exemple italien doit nous faire réfléchir.

Comment faire évoluer le PS ?

Il faut rendre la parole aux militants. Mais aussi faire voter des gens qui ne sont pas adhérents du parti, comme en Italie. La préoccupation de l’organisation ne doit pas être l’organisation elle-même.

Cela ne semble pas être la tendance actuelle au sein du PS…

Il existe toujours dans le parti cette ligne élitiste sur la crainte d’une transformation en «parti de supporters». Mais qu’est-ce que ça veut dire? Cette conception condescendante me choque. Pourquoi considérer les gens comme des écervelés, qui choisissent à la tête du client? Peut-être qu’ils adhèrent aussi à des idées…

La fusion à l’italienne entre socialistes et centristes vous inspire-t-elle ?

Ce qui se passe en Italie montre bien que des recompositions sont nécessaires. L’alliance, contre la droite, entre un parti issu du parti communiste et un parti du centre, d’inspiration chrétienne, est très intéressante. Il y aura forcément, en France aussi, des recompositions entre centre et PS. Et ce ne sera pas en laissant de côté les militants venus de l’extrême gauche ou du PC.

Avez-vous poursuivi vos contacts avec François Bayrou ?

Non. Je ne suis pas encore dans cette phase. Je la poursuivrai quand j’aurai achevé la précédente, celle de la réflexion et de la reconstruction. Mais nous sommes à un tournant. L’électorat a évolué, avec de nouvelles générations qui n’ont pas connu l’histoire du PS et du PC, et qui ont d’autres comportements électoraux. Et parmi les centristes, il y a des démocrates qui peuvent se reconnaître dans un projet politique qui ne sacrifierait pas pour autant l’identité de la gauche. On m’a critiquée pour ma démarche d’entre les deux tours, mais soyons réalistes: dans de nombreuses villes, aux municipales, cette convergence devra s’opérer.

Est-il réaliste d’envisager un tel rapprochement en France ?

On doit se poser la question d’un rassemblement du camp de la gauche et de tous ceux qui ont une conception exigeante de la démocratie, destiné à passer la barre des 30% au premier tour d’une élection nationale et qui aurait vocation à être leader au niveau de la gauche européenne – laquelle, reconnaissons-le, tangue un peu. Depuis Tony Blair, même si certains aspects de son leadership étaient discutables, la gauche n’a plus de leader capable d’entraîner les mouvements progressistes en Europe.

Quelle est votre position sur le mini-traité ?

A partir du moment où le peuple a refusé le précédent, il serait logique de le consulter à nouveau. Mais je crois que ce traité, même imparfait, peut remettre l’Europe en marche. J’aurais préféré un texte avec moins de dérogations. Mais mieux vaut un compromis que rien. L’intégration de la Charte européenne des droits fondamentaux est une avancée très importante. C’est pourquoi nous devons faire bloc avec les socialistes portugais, espagnols, allemands et les autres, et adopter ce texte le plus vite possible pour passer à l’étape suivante : la préparation du traité social. La question de la procédure d’adoption, référendaire ou parlementaire, n’est plus une question de principe. Nous n’avons pas de temps à perdre à nous diviser.

Pourquoi vous êtes-vous montrée si discrète, ces derniers temps, sur la politique gouvernementale ?

Ce n’est pas exact. Mais je n’ai pas l’intention de commenter le moindre fait et geste du Président. Il faudrait pour cela passer toute la journée devant la télévision, ou presque ! A ce propos, le CSA, qui refuse de comptabiliser le temps de parole de Nicolas Sarkozy, manifeste une piètre conception de la démocratie. Mais rassurez-vous, l’opposition est bien là.

Comment définissez-vous aujourd’hui votre rôle d’opposante ?

Je dois utiliser ma voix avec circonspection, quand je la sens utile au débat démocratique. Mais cela ne sert à rien de mener une opposition frontale, à tout propos.

Quel regard portez-vous sur la pratique sarkozyste du pouvoir ?

Ce qui me frappe, c’est le contraste entre le discours, le changement de style et, au fond, un grand archaïsme dans la façon de procéder. Le pouvoir actuel est très proche des puissances d’argent, du Medef. On ne parle ni d’éducation, ni d’innovation, ni de PME, ni de modernisation économique. Sur les mesures fiscales, on a un pays endetté qui se prive de marges de manœuvres au profit des plus privilégiés, suivant en cela les réflexes les plus éculés de la droite traditionaliste et rentière.

Que dit selon vous le mouvement social de la semaine dernière ?

Nicolas Sarkozy, pendant la campagne, avait expliqué que tout était prêt… Or, on est dans l’improvisation totale. On aurait pu penser qu’on allait échapper à l’affrontement social, à la grève des transports. Mais à l’arrivée, on a un pouvoir qui ressemble piteusement à tout ce qu’il y a de plus archaïque. Les oppositions sociales se cristallisent, même si elles sont partiellement occultées par une opération d’ouverture médiatiquement réussie. Mais conduire un pays moderne à la grève est la marque d’un pays mal gouverné.

Quel regard portez-vous sur le divorce de Cécilia et Nicolas Sarkozy ?

Les grands événements de ces derniers jours, c’est malheureusement la journée de la misère et les mouvements d’inquiétude justifiée sur le front social.

Recueilli à Rome par éric Jozsef et David Revault d’Allonnes / Libération

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Interviews
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Vendredi 19 octobre 2007
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                  Le choc de méfiance

 


Nicolas  Sarkozy  nous  disait  que  tout  était  prêt  pour provoquer, dès l’élection  ,  le choc de croissance, le choc de confiance.  Il raillait la nécessité du  dialogue social pour réformer. Il se gaussait du constat sur la  dette publique. Il se moquait des propositions de création d’un « small business act » et d’une sécurité sociale professionnelle. Six  mois  plus  tard,  le choc promis est celui de la méfiance. Pourquoi : Archaïsme,  arrogance, affrontement constituent les poisons par lesquels le pouvoir  en  place  est en train de miner les chances de redressement de la France.

 

Archaïsme.  A  cause  d’une  méthode de gouvernance déplorable, la France a connu  hier  une  journée de grève, des transports bloqués, et je dis qu’un pays  moderne, confronté à la compétition mondiale ne peut pas se permettre ce type de situation.

Arrogance.  Une  conférence nationale sur la croissance, le pouvoir d’achat et les  retraites  aurait  du être convoquée dès la rentrée pour prendre à bras  le corps,  et  sérieusement,  tous les  défis qui se posent à nous.

Arrogance des cadeaux fiscaux aux privilégiés alors que la grande pauvreté s’accélère,  que quatre millions de salariés sont payés en dessous du SMIC (au 1er  juillet 2007, après la revalorisation du salaire minimum, plus de 60%  des  branches  sont  repassées  sous  la barre du SMIC pour le premier niveau  de  la  grille  salariale),  tandis  que se profile la réduction de l’accès   aux   soins.  Les  enquêtes  récentes  montrent  une  inquiétante aggravation  des conditions de travail des salariés et une augmentation des journées  perdues pour maladies professionnelles.
Affrontement. Ce  choix  de  méthode dépassée et nuisible ne peut conduire qu’aux  blocages  des réformes structurelles indispensables. C’est un pacte social   clair,   responsable,   efficace   dans  lequel  l’Etat,  par  son comportement  moral,  est  le  garant  d’un  objectif  gagnant- gagnant qui pourrait  permettre de mobiliser pleinement les énergies. Le pouvoir est en train de  gâcher les bonnes dispositions de nos leaders syndicaux qui sont prêts,  pour  beaucoup d’entre eux, à accompagner les besoins d’agilité des entreprises.  Mais en focalisant la réforme sur les seuls régimes spéciaux, tandis  que  les  scandales  politico-financiers  révèlent  des connivences douteuses et des enrichissements scandaleux des amis du pouvoir, alors que, sans  vergogne,  est  promise  au  MEDEF  la  dépénalisation  du  droit des affaires, comment les salariés peuvent-ils avoir confiance ?

 

Je  suis  convaincue  qu’il  faut  changer  de  toute  urgence  la façon de concevoir la créations de valeurs et de richesses. Je suis convaincue qu’un développement  durable  repose  aujourd’hui  sur les trois piliers que sont l’économique,  le  social  et  l’environnemental et que la défaillance d’un seul peut  faire  crouler  le  tout.  Nous  sommes  la cinquième puissance économique mondiale,  mais nous devons ce rang au travail des Français qui conquièrent  des  marchés,  qui  innovent,  qui  prennent  des  risques  et travaillent dur. Et je suis convaincue que nous ne tiendrons durablement ce rang  que  si  accélérons  notre  capacité  à  mobiliser les compétences, à motiver  et  à  former  les  salariés  et à investir dans les PME pour leur permettre de franchir les seuils de performance. L’assainissement  de nos finances publiques est une nécessité. Elle suppose une  méthode raisonnée, consistant avant toute chose à conforter les marges de  manoeuvre destinées au financement des dépenses réellement prioritaires. La   priorité   budgétaire   doit   donc  être  consacrée,  d’une  part  au désendettement  de  la  France et d’autre part à la préparation de l’avenir par  le soutien aux petites et moyennes entreprises en termes de recherche, de formation, d’investissement, et d’exportation. C’est là que se trouve la source   d’une    nouvelle    croissance, économiquement   performante, écologiquement responsable et socialement efficace.

 

Des  économies  doivent  être  recherchées  à  travers  la modernisation de l’Etat,  une  décentralisation  efficace  et la réforme de notre protection sociale. Mais  ces  réformes  ne  peuvent  se  faire que dans la recherche obstinée  d’un consensus  national  obtenu par le dialogue. Cette nouvelle façon  de  faire  doit se traduire en tout premier lieu dans la gestion des finances  publiques.  Or, le projet de budget pour 2008 accentue le choc de méfiance.  Il  révèle  en effet l’incapacité du gouvernement à maîtriser le déficit  de l’Etat, puisque celui-ci devrait augmenter de 3,3 milliards d’Euros par rapport à 2007, pour atteindre 41,7 milliards d’Euros en 2008. De son côté, l’état des finances sociales n’est guère plus reluisant, avec un déficit du régime général de la Sécurité Sociale évalué pour 2008 à 9 milliards d’Euros et qui atteindra probablement plus de 12 milliards d’Euros.

 

La  position  de  la  France au sein de l’Union européenne s’est dégradée : elle fait  aujourd’hui  partie  des cinq pays européens les plus endettés, alors  qu’il y a dix ans elle était le 2ème pays le moins endetté. Surtout, en s’endettant toujours davantage pour couvrir ses déficits, notre pays est à  contre-courant  de la majorité de ses partenaires européens qui, eux, se désendettent.  Ces  mauvais résultats ont été obtenus alors même que l’Etat n’a  pas hésité à céder des actifs publics considérables : 15 milliards d’Euros tirés  de  la  privatisation des sociétés concessionnaires d’autoroutes fin 2005  ont  servi  en 2006 et 2007 à éponger une partie des déficits, l’Etat perdant au passage les recettes que les sociétés devaient verser au budget. La  France  est  ainsi  plus  que  jamais  vulnérable  à la hausse des taux d’intérêt  :  la seule charge de la dette de l’Etat devrait ainsi augmenter de 1,6 milliards d’Euros en 2008 par rapport à 2007.

La situation est d’autant plus inquiétante que les perspectives économiques et financières sont peu encourageantes. Avec des déficits extérieurs record depuis trois  ans,  révélateurs  de  la  perte  de  compétitivité de notre économie,   la France  cumule  désormais  les  handicaps  :  les  déficits commerciaux pèsent sur la croissance, et l’atonie de la croissance pèse sur les comptes publics.

Il  faut  donc un sursaut. Il faut d’autres façons de penser et d’agir car, pendant ce temps, la mondialisation n’attend pas. Les investissements dans les  pays émergents  s’accélèrent, les multinationales les ayant augmenté, souligne  la CNUCED,  de  38%  (+  1,3 milliards de dollars) en 2006, mais surtout  les groupes basés dans les pays en développement, comme Embraer au Brésil, Mittal  en  Inde  ou  Petronas  en  Malaisie,  sont aujourd’hui de redoutables concurrents dans les secteurs de pointe.

 

Le défi à relever est donc considérable mais il est à notre portée. Il doit s’appuyer  sur  nos  forces,  notre  matière  grise et sur les capacités de l’Europe. Il  faut cesser de jouer « petit bras »  et « petite politique ».

 

Et  surtout, Nicolas Sarkozy doit cesser de garder le pire de la continuité (la   dette   et  l’affairisme)  et  de  choisir  le  pire  de  la  rupture (l’affrontement  et les  injustices),  pour  agir  de  manière  moderne et efficace afin que la France saisisse, de énergiquement, toutes ses chances.

C’est une société de confiance qui permet le choc de croissance.

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Tribunes
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