Partager l'article ! Fiche de Lecture de "Ce Grand Cadavre à la Renverse" de BHL: Lecture de "Ce grand cadavre à la renverse", de Bernard H ...
MONTROUGE A DU
DESIR
Le comité local de Désirs
d'Avenir
Lecture de "Ce grand cadavre à la renverse", de Bernard Henri-Lévy,
par Céline Mounier
Emprunt de l'éthique de l'action, ce livre force à l'exigence. Bernard Henri-Lévy, sous une plume parfois enflammée de colère – de saine colère – explique pourquoi, a contrario de tant d'intellectuels, un vote à gauche continue à s'imposer pour lui. Au fondement de ce vote, il y a l'esprit Dreyfus, et le fait que toute une frange de l'opinion a choisi d’ignorer cette innocence. Or quand l'individu sans importance collective menace d'être broyé par le collectif, il convient de prendre, d'instinct, le parti de l'individu. Il y a aussi la mémoire d'événements, autant de "trouées dans l'être", que sont Vichy et ses crimes sans excuses, la guerre d'Algérie, mai 68 et l'antitotalitarisme… Et la repentance, "ce qui empêche que le passé ne se répète. Elle a la faculté, pour cela, non du passé mais de l'avenir".
Après le rappel de ces principes fondamentaux, Bernard Henri-Lévy aborde avec beaucoup de respect, la campagne de Ségolène Royal ; une campagne "digne, de bonne qualité et intrépide". Intrépide, un peu à la manière de Marie Stuart ? C'est elle seule qui a osé le pari de l'alliance avec le Centre et un "big bang" réformateur. Sur les sujets internationaux, sur l'islam, sur les banlieues, Ségolène Royal est précise, informée, éthique : le terrorisme islamiste n'est pas excusé, les Etats-Unis pas moqués, les pays européens appelés "partenaires" et non simples "voisins". Dans le discours de Villepinte, l'esprit du dreyfusisme est présent et les relativismes retournés, la grandeur affirmée.
La gauche a ses démons. Considérer que "le libéralisme est contradictoire avec l'esprit européen", porté par le vote du non au Traité Constitutionnel, c'est tout simplement nier l'œuvre de civilisation et de sociabilité de l'argent. Force est de penser aux écrits de Marx et de Simmel sur l'argent et la modernité. Enfin, c'est ignorer que pour les théoriciens du marché, celui-ci est régulé, et c'est tourner le dos à trois révolutions : anglaise, américaine et française.
Son deuxième démon s'appelle Europe. Armando Verdiglione, en Italie, était un entrepreneur culturel européen. A l'époque, on rêvait d'Europe. Milan Kundera s'est battu pour la libération de la moitié de l'Europe prisonnière, dans "l'Europe Kidnappée". Trente ans plus tard, Milan Kundera ne parle plus d'Europe, mais d'identité… Mais attention, en lisant "l'Identité" justement, on observe une grande exigence éthique, sur l'amitié simplement : "L'amitié était pour moi la preuve qu'il existe quelque chose de plus fort que l'idéologie, que la religion, que la nation". Donc pas de faux procès à Milan Kundera. Ceci étant précisé, le oui à l'Europe était trop honteusement "petit". La Bosnie a été la miniature de l'Europe, parce qu'associant trois nationalités. Cette miniature est morte. Ce sont les nations qui ont le vent en poupe. Et à gauche, on dénonce des immigrés d'Europe centrale. Cette gauche tire trop vers le brun, cette gauche est peureuse, frileuse, c'est une gauche de la régression : "Je n'aime pas cette gauche qui vante le terrain national".
Le troisième démon, enfin : l'Amérique. Rappelons que chez Maurras, Drieu…, on dit "Amérique", on pense "Juifs" ; on dit « impérialisme américain », on pense "puissance hégémonique, conspiration juive". Dans le Monde Diplomatique, on peut lire "l'establishment cosmopolite de banquiers et de juristes d'affaires", et effectivement, il y a de quoi avoir froid dans le dos.
J'ai apprécié tout particulièrement le chapitre sur le fascislamisme. En 1969, Marcuse a écrit "Critique de la tolérance pure". A la limite, on tolère ce qui inspire du dégoût. Et quand on tolère la douleur des musulmans face à la parution de caricatures, ou quand on tolère la colère contre Benoît XVI, il faut se rendre compte que "le champ de la tolérance est infini". La laïcité n'est pas la tolérance : la tolérance ne traite pas toutes les croyances de la même façon, la laïcité les respecte. Et le respect est un principe stable, "qui n'est pas affaire d'affect mais de structure". "Avec la tolérance on fait des autodafés. Avec la laïcité, on fait dialoguer les livres".
La conclusion sur "l'athéisme méthodique" me fait repenser à la philosophie personnaliste et à son optimisme tragique. Car cet athéisme est une "poésie" exigeante et difficile, mais prosaïque et éthique. Une ligne de mire à ne jamais perdre dans ses engagements comme dans son action politique.
| Février 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | ||||||||
|
||||||||||
Derniers Commentaires