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Jeudi 22 février 2007 4 22 /02 /Fév /2007 08:21

     Alors, soyons sérieux, j’ai cité François Mitterrand et Léon Blum tout à l’heure, et d’autres, il y a d’autres noms que j’aurais pu évoquer, d’autres noms de ceux qui m’ont inculqué le sens du service public et que j’ai cheville au corps, au nom de quoi je suis ici aujourd’hui devant vous. L’un s’appelle Jacques Delors et l’autre Pierre Mendès France. Et ce qu’ils m’ont inculqué, l’un comme l’autre, c’est que la rigueur n’est pas le contraire du socialisme, mais que c’est sa condition de possibilité, sa prémisse, ce sans quoi rien ne se fait. Alors, ces mesures de mon Pacte présidentiel, laissez-moi vous dire en toute rigueur les choses : premièrement, elles sont chiffrées, bien sûr. Il y a une équipe de campagne qui travaille à mes côtés, une équipe solide, une équipe qui est maintenant soudée et mobilisée, une équipe issue de toutes les sensibilités bien sûr du Parti socialiste, mais bien au-delà de la gauche et du camp républicain dans son ensemble. Et il n’y a pas un article de ce pacte dont nous n’ayons évalué les coûts directs et indirects, ainsi que d’ailleurs, et c’est là l’originalité de ma démarche, les bénéfices pour la communauté et pour la collectivité.

Car ce que je veux vous dire, c’est que les actions que je propose ont toutes un double volet : ce sont des actions de solidarité, mais ce sont aussi à chaque fois des actions d’efficacité qui feront que, si je suis élue, j’aurai la possibilité de les mettre en œuvre, l’économie marchera mieux, la croissance repartira de l’avant et la France se relèvera. Ce sont des mesures, si vous préférez, bien sûr qui ont un coût budgétaire, mais surtout elles rapportent, c’est-à-dire qu’elles créent de la valeur ajoutée. Et vraiment pour les évaluer, pour faire une évaluation honnête et juste, il faut prendre en compte ces deux paramètres, ajouter ces deux composantes, ce qu’elles coûtent dans un premier temps, mais ce qu’elles permettent de faire pour que la France avance de l’autre.

Par exemple, quand je propose d’augmenter le salaire minimum et les bas salaires, ainsi que les petites retraites, c’est bien sûr une élémentaire mesure de justice, mais c’est aussi, vous le savez bien, une façon d’injecter du pouvoir d’achat dans une économie où la consommation est en berne. Alors, à dépense égale, qu’est-ce qu’il vaut mieux ? Baisser les impôts des plus riches, comme le propose le candidat de la droite, avec un effet nul sur la croissance, et même des effets secondaires sur la spéculation immobilière et sur la hausse des prix du foncier ? Ou bien faire, comme nous le proposons, augmenter les bas salaires afin d’augmenter le pouvoir d’achat du plus grand nombre ?

Ou dites-moi, pour la richesse collective, et pour la valeur ajoutée sociale, que faut-il faire ? Laisser se généraliser le travail précaire ? Baisser le niveau de protection sociale et, ce faisant, semer l’inquiétude, créer l’anxiété, générer une société où on n’a plus le moral ? Ou bien, comme je le propose, redonner courage, espoir aux salariés, leur rendre leur dignité et de surcroît les réintroduire dans le circuit de la France qui travaille ?

Oui, répondez-moi chiffrage pour chiffrage parce qu’on nous dira : « Mais les différents projets, c’est à peu près le même coût. », sauf que les dépenses ne sont pas les mêmes. Et qu’est-ce qui est le plus payant ? Harceler les jeunes en recherche d’emploi, les humilier et laisser se créer à la marge de nos villes des vastes territoires perdus pour la République et pour les entreprises ?

Ou bien créer, comme je le propose, un droit au premier emploi pour les jeunes, un nouveau droit permettant à chaque jeune, à sa majorité, de disposer d’un prêt gratuit de 10 000 € pour construire son premier projet de vie et tout simplement pour comprendre que la France a besoin de déployer sa créativité, ses énergies et ses talents ?

Alors j’ai entendu dire aussi : « Avec les socialistes c’est toujours pareil, les droits s’ajoutent aux droits. » Ce qui ne va pas dans la mauvaise direction, vous l’avouerez. « Les socialistes, c’est l’assistanat. » Alors, je veux le dire très clairement ici : je suis contre une société de l’assistanat, je suis pour une société de la dignité et de la responsabilité car c’est trop facile de dire, projet contre projet, les uns qui disent : « Débrouillez-vous et que le meilleur gagne. » Moi, ce que je veux pour la France, c’est un État fort qui met en place les conditions égalitaires pour que chacun, au contraire, puisse construire sa vie, assumer ses choix, choisir son destin, maîtriser, se maîtriser et accéder à un emploi, l’emploi pour tous, c’est cela la France que je veux, une génération qui arrive à transmettre à la suivante les valeurs auxquelles elle tient. Et c’est cela notre différence.

Alors, c’est vrai qu’on est là pour aider à gauche, et heureusement, c’est nécessitai qu’on est là pour créer de nouveaux droits et corriger ainsi ce système qui, livré à lui-même, ce système libéral, brutal et destructeur pour les plus faibles. Et nous en sommes fiers. Mais, dans le Pacte présidentiel que je propose, il n’y a pas que cela puisque, au contraire, chaque nouveau droit créé par la collectivité va de paire avec un nouveau devoir. Vous ne trouverez aucune prestation nouvelle qui n’ait en contrepartie une obligation nouvelle et impérieuse pour celui qui en bénéficie.

Mon Pacte présidentiel, c’est un choix du gagnant-gagnant fondé sur la valeur travail et sur la possibilité pour chacun de se réaliser dans l’effort qu’il fournit pour les autres. Et par exemple l’engagement que j’ai pris de créer pour les jeunes sans ressources, et qui vivent de plus en plus nombreux dans la précarité, une allocation d’autonomie et d’entrée dans la vie active. Cette allocation leur sera versée en contrepartie d’une obligation de formation, d’une recherche active d’emploi et, pour les étudiants, d’un service d’heures de soutien scolaire gratuit auprès d’élèves en difficulté.

Et ma proposition est de créer une sécurité sociale professionnelle garantissant une rémunération égale à 90 % du dernier salaire perçu. Là aussi, il y a une contrepartie et une avancée collective. C’est à la fois stabiliser les entreprises qui sont confrontées à la concurrence internationale et qui ont besoin, il faut le dire ici clairement, qui ont besoin d’agilité pour conquérir les marchés et pour s’y adapter. Mais cette fragilité-là ne doit pas se faire aux dépends de la précarisation du plus grand nombre et des salariés, c’est-à-dire toujours les mêmes. C’est le sens de la sécurité sociale professionnelle, c’est-à-dire des salariés bien sécurisés, qui auront en contrepartie l'obligation de formation ou de recherche active d'emploi, qui permettra aussi aux entreprises d’aller de l’avant sans écraser les salariés.

Autre exemple : la mise en place du plan massif de formation professionnelle permettra aussi à chaque salarié formé d’être mieux rémunéré. Et donc le salarié bien formé sera mieux payé, et l’entreprise qui paie mieux un salarié mieux formé aussi en est bénéficiaire puisque ce salarié sera plus productif, plus motivé, et donc l’entreprise sera plus compétitive.

Voilà la nouveauté ce pacte, et je le revendique en tant que candidate de la gauche. On a souvent dénié à la gauche la capacité de l’efficacité sur le plan économique, eh bien la voilà, la nouveauté. C’est la candidate qui est devant vous qui va réconcilier la France avec les entreprises. C’est la candidate qui est devant vous qui va permettre le déblocage de la machine économique. C'est la candidate qui est devant vous qui a compris, parce qu’elle est au contact des entreprises, des salariés et des citoyens, qui a compris qu’il fallait porter un autre regard, qu’il fallait voir différemment le développement économique et le développement durable, et que désormais, celui est appuyé, non pas sur un seul secteur, non pas simplement sur l’efficacité à court terme et le profit à court terme de l’entreprise, mais que cette efficacité économique et ce développement durable sont appuyés sur trois piliers à égalité de solidité, et que l'État doit aider à se développer et à se déployer : l’efficacité économique, bien sûr, mais aussi l’efficacité, la valeur ajoutée sociale, avec la formation professionnelle et la qualité du dialogue social, c’est la bataille de l’intelligence collective et de la meilleure organisation dans les entreprises, c’est la bataille de la matière grise. Le troisième pilier, c’est celui de l’excellence environnementale, avec tous les emplois qu’il faut créer dans ce secteur, des emplois non délocalisables, des laboratoires de recherche, une compétition mondiale à l’égard de laquelle la France doit rattraper son retard. Par conséquent, tout ce qui est investi et tout ce qui va coûter, bien sûr, dans un premier temps, mais qui permettra ensuite de développer des cercles vertueux, de remettre la France debout, de créer des valeurs ajoutées, comme l’ont fait d’autres pays, et il n’y a pas de raisons que la France ne réussisse pas à relever ce défi. Moi, je crois que la France réussira à relever ce défi si l’argent public est bien utilisé, s’il est investi là où il crée de la valeur ajoutée, s’il est investi là où il y a du potentiel de développement. C’est cela le défi que je vous propose, c’est en même temps créer cette efficacité-là, mais aussi raccrocher tous ceux aujourd’hui qui décrochent de l’emploi.

Bref, le Pacte présidentiel, c’est un plan d’ensemble, c’est un projet dans la durée, et ce projet a une cohérence qui tient justement à la défense de la valeur travail, car je le redis ici, si l’un de ces trois piliers vient à faiblir, l’économique, le social et l’environnemental, alors la défaillance d’un seul peut faire crouler le tout, c’est pourquoi je propose que l'État et les pouvoirs publics investissent massivement dans les secteurs que j’ai identifiés tout à l’heure. Car tout se tient. Cet engagement d’honneur et de confiance que j’ai pris avec chacun et chacune d’entre vous, il repose sur quelques idées fortes, des valeurs phares qui sont la clé de tout, et en particulier le droit à l’emploi, mais également le droit à l’éducation.

Je voudrais, ici, redire que l’éducation est au cœur de tout et en avant de tout, et que je redonnerai à l’école la place qu’elle n’aurait jamais dû perdre.

Mais je veux approfondir ici cette question de l’emploi. Je veux, si je suis élue, engager une lutte sans merci contre le chômage des jeunes, je l’ai dit à l’instant, un des plus élevés d’Europe, l’une des sources du découragement, de la révolte contre l’absence de futur et, au bout du compte, de la délinquance, car c’est l’absence d’emploi qui crée la délinquance. Le chômage n’est pas une loi naturelle, il n’y a pas de raisons que ce fléau nous frappe, nous Français, comme par hasard, plus que la plupart de nos voisins. Il y a des raisons, et c’est pourquoi je veux être la présidente du travail pour tous. Je vais vous dire comment.

Oui, et les annonces récentes l’Alcatel-Lucent sont dans tous les esprits, et je veux à nouveau m’appuyer sur cet exemple, pour dire que la France industrielle décroche et que notre économie perd son rang et que ce n’est pas une fatalité. La France a cessé d’investir dans les facteurs qui sont déterminants pour la croissance, et ce n’est pas une fatalité. Les nouvelles technologies, les industries de pointe, la recherche, l’éducation, la formation, la qualification, la matière grise sont notre capital le plus précieux dans la compétition internationale. C’est pourquoi les investissements majeurs du Pacte présidentiel vont dans cette direction. Les crédits aujourd’hui affectés à la recherche publique n’atteignent que moins de 1 % de notre richesse nationale, alors que les pays du Nord, le Japon et les États-Unis consacrent à la recherche et au développement le double de crédits que nous, et surtout, ils considèrent que les dépenses publiques sont des leviers pour développer l’investissement privé. C’est pourquoi le Pacte présidentiel, ce n’est pas des dépenses, c’est un investissement pour l’avenir.

Ce qui est grave aussi, c’est que la France consacre à ses étudiants un montant inférieur de 25 % à la moyenne des pays les plus développés. Ce qui est grave, c’est que la population active français est moins qualifiée que celle de nos principaux concurrents, et que la proportion des jeunes sortant de notre système éducatif sans qualification ou sans diplôme est un des plus élevés d’Europe. Alors, quant le pacte présidentiel investit dans ce secteur, ce n’est pas une dépense, ce n’est pas un coût, c’est un investissement pour l’avenir, qui rapportera ensuite, quand cet effort sera fait.

On nous dit que pour s’en sortir, il faudrait que chacun puisse travailler plus. Mais les chômeurs voudraient bien travailler plus, ils veulent tout simplement travailler. Les travailleurs pauvres, ils voudraient bien travailler plus, tout simplement pour passer à temps complet. Les salariés en CDD, ils voudraient bien travailler plus, quand ils aspirent tout simplement à un CDI. Alors la dernière trouvaille, la solution miracle, ce serait de libéraliser les heures supplémentaires, autant qu’en décidera l’employeur, et sans aucune cotisation sociale, ce qui privera d’ailleurs les salariés concernés des droits la retraite correspondants. Je dis ici que ces solutions simplistes ne sont pas sérieuses. Beau progrès en vérité que ce qui aboutira à ce qu’une heure supplémentaire coûte moins cher qu’une heure normale et que l’embauche d’un salarié qui n’a pas de travail. Cela reviendra à décourager toute nouvelle embauche, et donc à accélérer le chômage quand l’autre partie de la population serait contrainte d’intensifier la cadence. C’est exactement le contraire que je propose ; je propose : travailler tous et travailler mieux. Voilà l’avenir de la France !

Et la stratégie que je propose, c’est de travailler plus, de travailler tous et de travailler mieux, mais travailler plus, non pas au sens où ceux qui ont déjà un emploi devraient travailler plus, ou même ceux, comme je l’ai entendu, qui arrivent à l’âge de la retraite devraient travailler jusqu’à 70 ans, c’est aussi une proposition qui a été faite, ce que je propose, c’est de mettre davantage de jeunes à l’entrée en activité, c’est un travail valorisé et récompensé, c’est faire en sorte que le taux d’emplois augmente. Nous sommes le pays qui a à la fois le taux de chômage le plus élevé chez les jeunes et le plus élevé chez les salariés de plus de 50 ans, vous imaginez l’immense gaspillage ? Il y a au milieu un nombre restreint d’actifs, qui doivent porter la responsabilité de toutes les cotisations pour faire en sorte que les jeunes puissent chercher activement un emploi, et pour ceux qui sont les salariés plus âgés qui sont chassés de leur entreprise puissent retrouver la dignité. C’est cela le pacte que je vous propose, c’est du gagnant/gagnant, c’est de relancer la créativité économique, c’est la voie de la modernité. La voie de la modernité aussi, c’est un pacte avec l’ensemble des partenaires sociaux, c’est un pacte avec une vraie volonté industrielle. Il faut que l'État et les entreprises définissent ensemble une politique industrielle, les secteurs d’avenir, les technologies où investir. L'État doit assurer les conditions de leur réalisation dans un cadre européen et ne doit pas s’en laver les mains, comme aujourd’hui dans l’aéronautique ou dans les télécommunications.

Il faudra aussi tout mettre en œuvre pour aider les petites et les moyennes entreprises innovantes à grandir, à trouver leur financement au travers des sociétés de participation, à gagner des parts de marché à l’exportation. Il faudra enfin miser sur le développement des services de qualité dans les filières professionnelles. Ma stratégie, ensuite, je l’ai dit, c’est d’investir massivement dans la formation des salariés, je n’y reviens pas, mais cette formation doit s’organiser tout au long du parcours professionnel, de la formation des jeunes aux carrières des seniors, de l’entrée sur le marché du travail à la sortie du marché du travail. Et pour réussir, parce que c’est ça aussi un État moderne et une France neuve, c’est un nouveau pacte social où chacun, État, collectivités locales, patronat, artisanat, salariés et leurs représentants doivent trouver leur place. Je le dis solennellement, nous ne sortirons pas de la crise dans laquelle nous nous trouvons sans un partenariat radicalement neuf entre l'État et les partenaires sociaux. Oui, je veux donner aux organisations syndicales l’occasion de peser sur la vie économique et de créer des compromis économiques et sociaux pour que la France avance. Je veux de nouvelles règles de représentativité et de validation des accords. Je veux redonner de la respiration et de l’espace à la négociation collective. C’est en m’appuyant sur une démocratie sociale moderne que je m’engage à gouverner. C’est ainsi, je le répète, que nous forgerons les compromis dont nous avons besoin pour avancer, sur la question des retraites, sur la question du temps de travail, sur la question des salaires. C’est grâce à elle que, dans les entreprises, toutes ces questions relatives au travail, à ses conditions, à ses organisations, à sa durée pourront être résolues à la fois dans l’intérêt des salariés, mais aussi dans l’intérêt des entreprises, celles qui avancent, celles qui innovent, les vraies créatrices de valeurs et de richesse, et non pas celles qui, par une espèce d’immoralité économique, sont soumises aux fluctuations du libéralisme financier intolérable et qui procèdent aux licenciements de confort, alors même qu’elles font des bénéfices. C’est une nouvelle fois le cas chez Alcatel. Je ferai la différence entre ces entreprises à la recherche effrénée du profit financier maximal et dont les décisions sont prises à l’extérieur de nos frontières dans je ne sais quel intérêt de je ne sais quels fonds de pension et de je ne sais quelle rémunération d’actionnaires, nous remettrons de l’ordre économique juste dans tout cela, et les crédits publics iront prioritairement aux entreprises qui se battent tous les jours pour créer des emplois.

Oui, ma stratégie sera de redéployer les moyens de la puissance publique pour servir cette politique du travail pour tous.

Aujourd’hui, l'État et les collectivités locales dépensent plus de 65 milliards d’euros en aides diverses aux entreprises, avec des effets d’aubaine invraisemblables, sans réelle évaluation de leur efficacité. Je veux reconsidérer cette façon de faire et consacrer prioritairement ces crédits publics à l’investissement dans les secteurs d’avenir, dans les infrastructures nécessaires et dans les efforts faits pour l’exportation.

On me parle chiffrage, on me somme d’indiquer comment je ferai face aux dépenses d’avenir, et c’est légitime. Je vous le dis pour y répondre, je m’engagerai sur une profonde réforme de l'État et des finances publiques, pour faire en sorte qu’un euro dépensé soit un euro utile, pour que toutes les dépenses de l'État soient productives et qu’on mette fin à toutes les formes de gaspillage, pour les orienter massivement vers les ressorts de la croissance et vers la protection des personnes. Voilà la France du travailler mieux et du travail pour tous, qui conjugue réussite et efficacité, droits et devoirs, progrès et modernité. C’est une France qui permet à la réussite de chacun de contribuer à la réussite de tous, c’est une France, bien sûr, qui travaille plus mais qui travaille plus en donnant du travail au plus grand nombre, c’est une France d’harmonie.

Et à ceux qui tentent d’opposer les uns aux autres, les salariés opposés aux chômeurs, les retraités du régime général contre les retraités des régimes spéciaux, les fonctionnaires opposés aux salariés du privé, ces fonctionnaires qu’on humilie de façon indigne lorsqu’on leur dit qu’un départ sur deux à la retraite ne sera pas remplacé, c’est une façon de leur dire : mais un agent public sur deux ne sert à rien ! Cette façon de faire, démagogique, est insupportable. Là se trouve le populisme. Moi je vous le dis, le service public, on en a besoin ! Bien sûr, il doit se réformer ; bien sûr il doit avancer.

& Et je le répète, je veux articuler la solidarité et l’efficacité, c’est-à-dire, et je le redis parce que c’est important, tout le contraire de l’assistance. La droite la dénonce, mais finalement elle l’organise chaque jour en renforçant les exclusions et les précarités. Moi, j’affirme que chacun a droit, lorsqu’il trébuche, de trouver les sécurités qui lui permettront de s’en sortir et on lui demandera les efforts en contrepartie de cette solidarité nationale. Le jeune, l’élève qui a peine à suivre l’école doit bien sûr faire l’effort indispensable pour renouer à la réussite scolaire, mais il a droit aussi à un soutien scolaire gratuit et à l’aide aux devoirs si sa famille ne peut pas lui donner.

Bien sûr, les patrons d’entreprises, les commerçants et les artisans prennent leurs responsabilités, le métier d’entrepreneur est un métier à risque au sens le plus noble du terme, mais ils ont droit de recevoir plus d’aides sous les formes d’allègements de cotisations, d’aides à l’innovation dont les grandes entreprises, qui ne sont pas menacées, ne devraient pas avoir droit. Les petites entreprises et les moyennes entreprises doivent avoir accès au crédit et elles auront une part réservée dans les marchés publics et je demanderai au système bancaire de faire son devoir. Car, combien d’entreprises connaissons-nous qui sont obligées de se tourner vers les collectivités territoriales pour avoir des prêts ? Comme si c’était notre métier, collectivités territoriale ! Comme si c’était le rôle de l’impôt payé par tous les Français que de faire des prêts aux entreprises.

La France est un des pays où le système bancaire est un des systèmes qui exercent le moins leur responsabilité de prise de risque à l’égard des entreprises. Et l’ordre économique juste, c’est un ordre où chacun remplit sa tâche, où chacun accomplit son devoir, où chacun fait le métier pour lequel il est rémunéré. Voilà la société que je veux construire avec vous.

Il n’est pas de droit nouveau que je ne veuille accompagner d’un devoir nouveau, je le dis ici et je le répète.

Enfin, la question des solidarités, c’est aussi la question des familles, et c’est par-là que tout commence car, si les familles fonctionnent bien, assument leur devoir d’affection, d’éducation et de surveillance, alors les enfants démarrent sous de bons auspices et dans de bonnes conditions.

Et là aussi les investissements et les efforts financiers du Pacte présidentiel pour le logement constituent une action pour avoir, et c’est la base, une vie de famille sécurisée. Et là aussi l’investissement dans le logement, c’est un investissement dans l’avenir parce que cela permet aux familles d’éduquer et d’élever correctement leurs enfants. Et c’est pourquoi les inégalités criantes dans ce domaine doivent impérativement se réduire. C’est le sens de l’ensemble des mesures concrètes que je propose sur le logement, la création d’un service public de la caution qui permet d’assurer les impayés de loyers et de rentrer dans un logement sans avoir à débourser trois mois de loyer. L’incitation, par une sur-taxation dissuasive, des réquisitions de logements vacants spéculatifs inoccupés par les collectivités territoriales, la mise en place par les Régions d’un programme de logements pour les étudiants et pour les jeunes. Et enfin la construction des 120 000 logement sociaux dont la France a besoin et qui, faute d’obéissance à la loi de solidarité urbaine par certaines communes, ne sont pas tout simplement construits. L'État assumera ses responsabilités et se substituera aux communes défaillantes qui s’enferment dans leur égoïsme territorial.

Et puis je veux vous parler de la France dans le monde car la place de la France sera assumée. La France, ce sont des valeurs exigeantes et neuves, proclamées par la Révolution française et qui ont permis à notre pays d’écrire une des plus belles pages de son histoire. La France, ce sont des valeurs universelles que nous devons continuer à porter haut si nous ne voulons pas décevoir ceux qui ont foi en nous et qui attendent quelque chose de nous.

Nous n’avons pas le droit de rester des spectateurs muets, apeurés, bientôt victimes du monde comme il va. Nous n’avons pas le droit de nous éloigner de la scène, de renoncer, de laisser faire la mondialisation dans ses effets les plus pervers. Je ne veux pas me résigner à ce que la France sorte de l’histoire.

Ou considérons-nous que nous avons encore quelque chose à dire encore au monde et quelque chose à lui apporter, je le crois, et les Français aussi le croient avec moi. Je sais que les Français le veulent. On les dit parfois égoïstes, repliés sur eux-mêmes, sur leurs petits soucis. Quelle erreur ! Quelle méconnaissance de leur curieux génie ! Notre peuple est un peuple généreux, c’est le peuple qui a inventé Médecins sans frontières et les Médecins du monde, c’est l’un des peules où le mouvement associatif est en Europe le plus vivant, c’est un peuple qui, n’en déplaise à ceux dont l’horizon se borgne aux grandes lignes de la mondialisation financière, rêve de voir son pays reprendre un rôle actif sur la scène du monde.

Alors les fins de la politique de la France, si je suis élue, seront fidèles à ce vœu, elles seront simples, exigeantes, fidèles à notre vocation la plus haute : la paix, bien sûr, la sécurité pour tous les États, sans doute, mais aussi le développement pour tous, la justice pour les peuples et le refus des dictatures.

La paix, elle est possible, fondée sur l’équilibre d’un monde multipolaire, c’est pourquoi tous les efforts visant à faire redémarrer l'Europe et en faire une puissance également politique seront poursuivis avec une ardeur particulière. C’est pourquoi tout sera fait pour remédier au déséquilibre des puissances qui est la règle aujourd’hui dans nos rapports avec nos partenaires et alliés. C’est pourquoi, si je suis élue, la France pèsera de tout son poids pour que soit respecté le droit international. La sécurité implique que nous continuions à déployer nos forces au service du droit partout où il est bafoué et elle implique que, du Proche au Moyen Orient par exemple, nous pesions de tous notre poids en faveur de ces deux aspirations indissociables, également impérieuses : la justice pour les Palestiniennes, la justice et la sécurité pour Israël et pour ses citoyens.

L’objectif n’est pas inaccessible, je veux que la France soit le pays qui fera que l'Europe décidera enfin de peser fortement en faveur de cette paix, la France au sein de l'Europe a l’autorité nécessaire pour rappeler les principes et aider à l’avènement de cette paix durable et garantie.

La justice pour les peuples, aussi, le développement, cela implique que la France, qui fut l’une des premières à plaider pour l’aide publique aux pays défavorisés, accepte de donner l’exemple et indique le chemin à tous ceux qui s’accommodent à bon compte des promesses non tenues et des inégalités criantes. Et nous ne nous sauverons pas tout seuls, notre avenir dépend de notre capacité à réduire les inégalités entre les pays pauvres et les pays riches. Et nous en avons le moyen. Nous devrons réformer en profondeur l’aide au développement et en particulier à destination de l’Afrique. L’Afrique est accablée de tant de maux et de tensions. Et, je le dis ici, la seule solution pour mettre fin aux migrations de la misère se trouve dans le co-développement, dans la réforme des flux financiers, dans les micro-crédits, dans l’aide directe, dans les circuits courts, dans la défense de la dignité de ceux qui veulent rester dignement dans leur pays, y vivre, et donner à leurs enfants de quoi se nourrir, se soigner et s’éduquer.

Et puis je voudrais vous dire aussi, parce que j’y suis allée, vous dire que la Chine n’est plus un simple géant économique, ce sera bientôt un géant politique et je veux que la France soit la première à prendre en compte cette montée en puissance politique et en tirer toutes les conséquences.

Mais je le dis ici, je veux que la France soit à la pointe de la vigilance sur le non-respect des droits humains car la démocratie est un bien commun. La démocratie, ce ne sont pas des valeurs réservées aux uns et interdites aux autres, et c’est là que j’aurai à cœur, si je suis élue, de rappeler à nos partenaires chinois.

Et puis les États-Unis, partout nous agirons, ne seront pas loin. Ils seront là, puissants, amicaux et généreux comme l’histoire récente l’a montré, mais hélas souvent emportés par leur puissance à commettre de terribles erreurs. Et la taille n’ayant rien à faire avec les principes, et le déséquilibre des puissances n’ayant jamais été nulle part une raison de se taire, nous ferons entendre notre différence. La France l’a fait à propos de l’Irak, elle n’a hélas pas été entendue, mais elle l’a fait et sa voix a sonné juste. Je voudrais à l’avenir qu’elle continue de sonner juste. Je veux qu’en parlant plus haut et plus vrai notre voix porte plus loin.

Voilà, je veux être la présidente de cette République-là !

Oui, je veux être la présidente d’une République où l’on saura se montrer intraitable partout où seront bafouées les valeurs liées à notre tradition d’humanisme et de lumière. Le Pacte présidentiel que je vous propose est exigeant. Je ne tomberai jamais dans la facilité de la promesse électorale qui n’engage que le temps de la formuler. Relever la France suppose que nous nous y mettions tous, mais aussi que l’effort soit justement réparti. J’ai besoin de vous pour porter ce pacte. Il est le vôtre. Oui, j’ai besoin de vous, ce pacte est le vôtre, il m’oblige, pourquoi est-ce que je parle de pacte et non pas de projet et de programme ? Parce que c’est un engagement réciproque, un engagement que je prends à l’égard du peuple français et un engagement que le peuple français prend parce qu’il a pris la parole et qu’il veut se reconnaître dans la France que je veux construire avec vous tous et qu’il sait bien, parce que nous l’avons entendu, la France qu’il ne veut pas, il ne veut pas de la France des brutalités, des ruptures, des fractures, des faux-semblants, des fausses promesses, des injustices, des avantages toujours donnés à ceux qui en ont le plus, et du mépris toujours donné à ceux qui sont au bord du chemin. Cette France-là, nous n’en voulons pas et c’est tout le sens du Pacte présidentiel .

Le voulez-vous ce pacte ? Voulez-vous le porter ? Est-il le vôtre ? Alors tournez-vous vers les Français, redonnez-leur la parole, je vous le demande, vous qui êtes aujourd’hui si nombreux à Rennes et dans une autre salle me dit-on, devant un écran vous êtes plus de 4 000 parce que vous n’avez pas pu tous entrer dans cette salle.

Je vais vous faire une confidence : on m'interroge sur mon équipe de campagne. Je vais vous dire un secret : mon équipe de campagne, c’est vous. Me voulez-vous ? J’ai besoin de vous. Vous êtes mes porte-parole, je vois votre affection, votre énergie, votre engagement,

J’ai compris aussi vos doutes, vos inquiétudes, à chaque fois on me dit : « Mais demain, elle joue à quitte ou double. » Eh bien, à chaque fois je double et c’est avec vous que je vais doubler.

A chaque étape on me dit de faire mes preuves, à chaque mot prononcé on me dit : « Mais qu’est-ce qu’elle raconte ! » Mais j’en ai autant qu’eux de l’expérience et des exigences. Et je suis plus forte qu’eux parce que c’est avec vous que j’avance.

Oui, mon équipe de campagne, c’est vous, déployez-vous, partez convaincre, soyez fiers de cette espérance. N’ayez peur de rien !

Vous êtes là, non pas pour gagner, non pas un camp contre un autre, vous êtes là pour me porter parce que je porte vos idées, parce que je porte une France neuve, une France qui a envie de se relever, une France qui a envie de se rassembler et de s’aimer en elle. Alors, je suis là pour être avec vous si vous le décidez, celle qui vous conduira vers le changement, la voulez-vous cette France neuve ? La voulez-vous cette France juste ? Le voulez-vous ce désir d’avenir ? La voulez-vous cette France forte ? La voulez-vous cette République du respect ? Le voulez-vous ce progrès pour tous ? Le voulez-vous ce travail pour chacun, ce pouvoir d’achat défendu, ces inégalités qui reculent, ces enfants qui réussissent à l’école, cette excellence environnementale, les familles sécurisées ? Oui, cette France neuve qui se relève grâce à votre voix, je la veux avec vous. Cette victoire, nous la voulons et nous devons la mériter. Nous devons y travailler.

Vive la République !

Vive la France que nous allons relever !           Apostrophe     Signature Ségolène Royal

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Discours de Ségolène Royal
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