Lundi 16 mars 2009



« Elle a jonché d'or et de jade ma routine
Elle a jonché de sopalin des torrents de larmes
Mais l'ampleur m'a fait me fissurer
Ode à la vie
Ode à la parodie
Ode à la poésie
Ode à la vie
Ode à la vie... »

 

Alain Bashung, Ode à la vie

 

La musique, disait-il, m'a donné la parole. Et aussi : « Depuis le début, j'ai eu envie de donner la parole à ceux qui n'ont pas une grande gueule. J'en fais partie. » Alain Bashung aimait les réservés, ceux qui en tiennent pour la nuance. Son élégance nonchalante était bien plus qu'une esthétique : une éthique dont, jusqu'au bout, il ne s'est pas départi.

Une génération après l'autre a fredonné ses titres impeccablement ciselés, dont la poésie faisait corps avec la musique car le son, dans son oeuvre, raconte autant que les mots. On l'a dit le plus sophistiqué des rockers français. Il concevait le rock comme une incitation à s'affranchir des structures qui emprisonnent,. Comme une invitation à explorer d'autres formes musicales, métissées de blues, de jazz ou de country urbaine. Comme une façon d'emmener son public vers d'autres rivages, au-delà des « lacs gelés » qu'un jour, il avait juré d'enjamber (A perte de vue).

Son amie Brigitte Fontaine l'appelait « le rigolo ténébreux ». Pour moi, il restera cet équilibriste du style, audacieux et subtil, trop libre pour entrer dans une case. Il nous avait d'ailleurs prévenus dans Retours : « Surtout ne me colle pas d'étiquette, ça n'adhère pas, j'ai essayé ».

Il disait concevoir ses albums à la manière d'un metteur en scène et ses chansons comme autant de petites maisons s'inscrivant dans un paysage d'ensemble, avec un rythme pour chaque phrase et un grain pour chaque texte. Ainsi, ajoutait-il, « on ne se retrouve pas avec une chanson qui n'a rien à voir avec l'humanité de l'autre. »

Bashung se moquait que certains qualifient de professionnellement suicidaires des virages musicaux qui étaient sa manière exigeante d'être fidèle à lui-même et la marque d'une méfiance toujours en alerte contre « les idées resucées comme un chewing-gum usagé ». Il avait donné à un précédent album le beau titre d'Imprudence, « le mot, disait-il, de toute une vie », grâce auquel les portes s'ouvrent.

Parce qu'il respectait son public, Alain Bashung estimait ne pas devoir dicter, asséner, imposer une façon de voir et de ressentir. Il ne voulait pas « souligner en rouge une interprétation et une seule » mais plutôt suggérer, laisser imaginer, « raconter de biais » et, toujours, préserver plusieurs niveaux de lecture. Il excellait à exprimer ces fêlures intimes que chacun porte en soi, les fragilités enfouies et les rêves obstinés dont chaque vie est tissée.

Avec Bleu Pétrole, il avait fait le choix de nous livrer un regard sur le monde qu'il voulait « humblement politique » quoique toujours ennemi du premier degré. Dans ce superbe album, son dernier, il confiait ses sentiments sur l'époque et les questions qu'elle pose aux « résidents de la République ». Il revendiquait, pour son titre, plusieurs sens possibles, l'ambivalence de ce pétrole à la fois « sang dans les veines de la société », moteur d'innovations technologiques et fauteur de pollutions, de conflits, de morts. Pétrole évocateur d'une geste héroïque de l'industrialisation et vecteur de  nos crises actuelles. Il avait rappelé la mémoire de ces chanteurs qui se tenaient aux côtés des ouvriers en lutte et des syndicats américains naissants, comme Woody Guthrie guitare au poing face aux milices briseuses de grèves. « Je retiens, disait-il, la grandeur de ces combats. »

Mais aujourd'hui, ajoutait-il, on ne sait plus très bien avec quelles armes et contre qui lutter, car « l'ennemi semble invisible, caché derrière des armées d'actionnaires ». Il n'en tirait aucune réponse désabusée mais, au contraire, cette belle définition du rôle des artistes dans leur société : montrer que les rêves peuvent percer le brouillard en donnant le goût d'autres possibles.

Il y a tout juste un an, évoquant le propos général de ce dernier album, il nous posait cette question : «  Etes-vous équipé, quasiment comme le serait un explorateur à la veille d'une aventure, pour survivre dans l'avenir ? Disposez-vous du matériel, des sentiments, de la force intérieure, des convictions nécessaires ? » Il ajoutait ceci, bien à sa manière : « Moi, j'ai des doutes et j'ai envie de dire : réfléchissons-y ensemble. » Il n'est plus là pour y penser avec nous et poser ses mots justes sur les choses de la vie et les énigmes du temps qui vient. Mais ses chansons magnifiques continueront de nous parler.

Jadis, Alain Bashung pensait mourir jeune, aux alentours de 25 ans, et ne pouvoir arracher à ce bref trajet qu'un petit lot d'expériences intenses et fortes. Il nous a, pour notre bonheur, accompagnés plus longtemps sans que jamais s'érode, d'un album à l'autre, ce pouvoir de surprendre, d'émouvoir, d'enchanter, d'une liberté encourageant la nôtre. J'ai eu la chance de l'accueillir l'été dernier, aux Francofolies de La Rochelle. Nous le savions gravement malade. Il fut, sur scène, d'une générosité intacte. Car il était ainsi, Bashung : donnant sans peser, homme de tenue et de retenue, de courage sans pathos, de lucidité sans cynisme.

Musicien, auteur, interprète, comédien, il nous laisse ce qui constitue, pour moi, le fil conducteur de son immense talent aux multiples facettes : une exceptionnelle leçon d'humanité.



NDLR : Comment vous parler de Bashung sans en écouter un peu. Je vous propose donc le clip de ce qui est à mon avis le titre le plus abbouti d'Alain Bashung, "Madame Rêve". Alain Bashung nous emmêne dans un moment de poésie la plus pure et la plus sensuelle. A noter dans ce clip la présence de Fany Ardant. NG

Alain Bashung - Madame Reve
Vidéo envoyée par Alain-Bashung

Alain Bashung - Madame Reve Pop - (C) 1992 Barclay Universal Music Division Barclay Pour vous inscrire à sa newsletter officielle cliquez ici : http://www.musicreg.net/checkform?force_form=1&form_id=5081


Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Communiqué
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Mardi 17 février 2009

"Si l'élection du président Obama a d'abord réconcilié l'Amérique avec elle-même, elle a aussi posé les fondements d'une réconciliation de l'Amérique avec le reste de la planète. En dénonçant avec courage l'aveuglement de la puissance brute, en acceptant d'écouter le monde tel qu'il est, complexe, riche, mais aussi fragmenté et imprévisible, en plaçant sa confiance dans le dialogue avec tous plutôt que dans le coup de poing solitaire, il a sonné le glas d'une vision impériale dont le seul résultat aura été l'impasse irakienne.

Avec son retour dans le commandement intégré de l'OTAN, la France envoie un signal de repli sur la sphère occidentale qui va à rebours de la stratégie d'ouverture impulsée par Barack Obama. Cette décision, prise quand George W. Bush était encore en fonctions, n'est pas le gage d'une nouvelle relation avec les Etats-Unis, ces derniers ayant de plus en plus besoin d'une Europe politiquement forte et indépendante. Au fond, ce repli traduit un triple contresens : sur l'évolution du monde aujourd'hui ; sur le rôle de la France et de l'Europe dans les relations internationales ; sur les garanties de notre sécurité collective.

Le mur de Berlin est tombé depuis presque vingt ans. En vingt ans, de nouvelles puissances ont émergé, à l'image de la Chine, de l'Inde ou encore du Brésil. Les menaces ont changé, les conflits aussi. Les risques d'affrontement entre blocs ont laissé place à une prolifération de guerres civiles et à la déterritorialisation d'un terrorisme transfrontière. Des Etats se sont effondrés, de nouvelles zones grises sont apparues dans les interstices de l'ancien empire soviétique, les trafics de toutes sortes se sont globalisés.

Face à ces bouleversements, l'OTAN a traversé une crise d'identité profonde. Partiellement périmée par l'effondrement du Pacte de Varsovie, la doctrine de sanctuarisation de l'espace Atlantique a été élargie au profit d'une logique d'intervention extérieure, au Kosovo, puis en Afghanistan. Certaines ambiguïtés majeures n'ont pas pour autant été levées. L'OTAN demeure une organisation marquée par la guerre froide, avec pour corollaire le leadership politique et militaire que les Etats-Unis y exercent. Ainsi s'explique sa force d'attraction sur les anciens satellites de la Russie, désireux de s'affranchir de l'"étranger proche" de Moscou en se plaçant sous le "parapluie" américain.

Fermée aux grandes puissances non occidentales, mais ouverte à des théâtres d'opérations extérieures, l'Alliance vit dans un entre-deux délicat. Elle apparaît désormais comme le bras armé de l'Occident dans le monde, sans avoir la légitimité dont bénéficierait une alliance à vocation universelle. Avant de décider d'une réintégration au sein du commandement militaire intégré, il aurait donc été souhaitable qu'un débat politique s'engage sur les nouvelles missions confiées à l'OTAN. Faut-il, alors que d'autres pays s'affirment sur la scène internationale, donner le sentiment de nous crisper sur la "famille occidentale" ?

Ne risquons-nous pas de nous enfermer dans une logique défensive d'avant-hier, alors même que le monde est en train de basculer ? Ne donnons-nous pas le signal de l'enfermement, alors que nous devons être dans un mouvement d'ouverture ?

Dès les années 1960, le général de Gaulle avait compris l'intérêt de jouer un rôle de "pont" entre l'Est et l'Ouest, entre le tiers-monde d'alors et ceux que l'on n'appelait pas encore les pays du Nord. Bien que la donne ait changé, cette posture est plus pertinente que jamais. Le monde a besoin de pays qui jouent le rôle de médiateurs, voire de recours, politique et moral. Cela vaut pour la France. Mais cela vaut aussi pour l'Europe dans son ensemble. L'indépendance de la politique étrangère n'est pas destinée à flatter l'esprit cocardier. Elle est le fondement d'une stratégie d'influence globale destinée à nouer le dialogue, en évitant d'être marqué au fer rouge par l'assignation à un camp.

Bien sûr, le retour dans les structures de l'OTAN ne signifie pas une adhésion de droit à toutes les opérations de l'Organisation, mais il est évident que notre participation aux commandements de l'OTAN fera peser sur nos choix d'engagement une pression morale considérable. L'étouffante pression de l'unanimité ne constituera jamais un gage sûr de notre liberté, car il faut beaucoup de force d'âme pour s'opposer lorsqu'on est seul. Non, le cadre de l'OTAN n'est pas aussi flexible et protecteur de notre indépendance diplomatique que Nicolas Sarkozy cherche à le faire croire. Or, les drames vécus en Irak ont prouvé que la France voyait juste. Cette voix pourra-t-elle encore s'élever demain ? Rien n'est moins sûr. En tout état de cause, ce tournant ne peut pas être pris sans un débat et un vote au Parlement.

Enfin, la réintégration de la France dans l'OTAN aurait pu se comprendre comme un choix tactique s'inscrivant dans le cadre d'un projet ambitieux pour une Europe de la défense indépendante. Des bases solides pour l'Europe de la défense étaient d'ailleurs selon Nicolas Sarkozy la condition nécessaire à notre retour dans l'OTAN. En lieu et place, on trouve un maigre bilan.

Les importants moyens humains et financiers qui vont être mis au service de l'OTAN auraient eu plus de sens s'ils avaient été précédés par de nouveaux moyens mis au service de l'Europe. On ne peut demander à l'Europe de la défense de progresser tout en consacrant plus de moyens à l'OTAN. Il y a ici une contradiction forte qui ressemble à un choix trop facile de l'OTAN contre l'Europe.

Plus que jamais, il faut doter la France et l'Europe d'une vision stratégique. Les idéaux de paix et de démocratie que les pères fondateurs voulaient pour l'Europe, et qui sont les nôtres aujourd'hui, ne sont pas des horizons qu'il faut invoquer au détour d'un discours : ils sont les fondements réels de notre puissance et de notre rayonnement dans ce monde. L'Europe de la défense n'est pas seulement un dispositif militaire, c'est avant tout un pilier au service d'une identité propre, fondée sur le droit, l'esprit de justice et l'indépendance. Soyons-en sûrs : c'est de cette Europe dont les Etats-Unis et le monde ont besoin aujourd'hui.

Ségolène Royal

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Communiqué
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Samedi 14 février 2009

Chères amies, chers amis,


Depuis un certain nombre de jours M. Woerth, ministre du Budget, insinue que Désirs d’avenir ne respecterait pas la loi sur le financement des partis politiques du 11 mars 1988. Le ministre insinue tout aussi ouvertement que Pierre Bergé financerait notre association en s’écartant des prescriptions de la loi.

A l'évidence, Ségolène Royal est la cible de cette campagne insidieuse lancée, sans aucune raison, comme un pauvre contre-feu à la montée du mécontentement contre Nicolas Sarkozy. C'est ce que le Général de Gaulle appelait un « lancé de bombes puantes ». Ces insinuations sont inacceptables. Elles visent à porter atteinte à l’honneur et à la considération de l’association C’est pourquoi le Conseil d’administration de Désirs d’avenir, réuni le 2 février 2009, fait les observations suivantes qu’il rend publiques.

En octobre 2008, Désirs d’avenir a renoncé au régime de défiscalisation de la loi de 1988 en vertu de laquelle seules les personnes physiques peuvent faire un don d’un montant maximum de 7 500 euros. Les dons de personnes morales sont interdits.

La période électorale était loin et aucune autre ne se profilait.

L’émission de milliers de reçus surtout - jusqu’à 15 000 - était devenue une tâche lourde et trop accaparante pour nos moyens. C’est ce qui a motivé la décision de changer de régime juridique de financement.

Désirs d’avenir n’a jamais reçu de don supérieur à 7 500 euros ni de don de personne morale durant toute la période où l’association était soumise à la loi de mars 1988. Son financement a été parfaitement régulier.

Désirs d’avenir règle un loyer pour les lieux qu'elle occupe dans le local de l'association de notre ami Pierre Bergé.

Ses comptes sont approuvés par un expert comptable et certifiés par un commissaire aux comptes. Ils seront remis à la Commission nationale de financement des partis politiques dans les délais prévus par la loi.

Désirs d’avenir n’a donc en aucune façon reçu de dons en violation de la loi de la part de M. Bergé lequel, s’il est notoirement riche, présente néanmoins la caractéristique presque unique en France de consacrer une partie de ses moyens financiers à des causes sociales et humaines, ce qui lui vaut d’être, aussi, riche de l’estime de ses semblables.

Désirs d’avenir s’élève contre cette tentative lourde et insistante d’un membre du gouvernement de faire pression sur une commission nationale de contrôle indépendante. Cette attitude inadmissible de la part d’un membre du gouvernement s’inscrit dans un contexte général de quadrillage des institutions.

Désirs d’avenir s’étonne enfin que le ministre puisse prétendre que si l’association n’était plus soumise à la loi de 1988, elle devrait renoncer à toute expression politique.

Cette opinion méconnait de manière flagrante les droits constitutionnels les plus fondamentaux en vertu desquels l’expression politique est libre et n’est soumise à aucune forme juridique particulière. Au nom de cette doctrine, des milliers d’associations ne pourraient plus intervenir dans le champ politique et même sur des sujets d’intérêt général entrant, par définition, dans le champ politique.

On rappellera sans qu’il soit besoin d’en rajouter sur son impartialité que le ministre du Budget est trésorier national de l'UMP, après avoir été celui du RPR.

Le Conseil d’administration de Désirs d’avenir

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Communiqué
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Mercredi 14 janvier 2009

Oui, l'arrêt de la guerre est possible !

Quiconque est aujourd'hui sincèrement attaché aux droits légitimes des peuples

palestinien et israélien – un Etat viable et souverain pour le premier, une sécurité

garantie pour le second – ne peut qu'être atterré par l'offensive militaire israélienne.

Révolté par le calvaire des habitants de Gaza. Angoissé pour la sûreté à laquelle aspire

la population israélienne.

Il y a deux ans, je me suis rendue à Gaza et en Israël à la rencontre des dirigeants puis

j'ai longuement dialogué avec des groupes de jeunes étudiants. Des deux cotés, ces

jeunes parlaient avec les mêmes mots, la même passion, le même regard farouche :

« on veut faire naître nos enfants dans un monde en paix et on en a assez de la peur ».

Aucune victoire militaire de Tsahal ne garantira la sécurité d'Israël. Est-il possible

d'arrêter ce conflit sans fin où les chances de paix sont périodiquement gâchées,

parfois des deux côtés en même temps, par le choix à répétition de la politique du pire

? Quelle solution politique, équitable et durable, le permettra ?

Après avoir en équipe écouté, observé et analysé, je vois plusieurs jalons solides d'une

paix juste et durable. Les voici.

Tout d'abord, la supériorité des armes n'a jamais mis à l'abri d'une défaite politique,

elle l'a même parfois hâtée et c'est encore plus vrai aujourd'hui où l'opinion mondiale,

informée comme jamais, voit sur ses écrans le déluge de feu qui s'abat sur Gaza, cette

immense prison à ciel ouvert asphyxiée par le blocus et quotidiennement pilonnée.

C'est l'honneur d'Israel que des voix s'élèvent en son sein pour s'opposer à une guerre

qui n'atteindra aucun des objectifs, officiels et officieux, que lui assigne le

gouvernement israélien : ni l'arrêt des tirs de roquette sur les villes du sud ; ni le

démantèlement du Hamas, au contraire installé en fer de lance de la résistance ; ni

même la restauration de la capacité de dissuasion de l'armée israélienne, ébranlée

après l'invasion du Liban ; ni même le message adressé à l'Iran et au « terrorisme »

car les principaux bénéficiaires de cette opération brutale et, à terme, contreproductive,

ne sont ils pas les djihadistes les plus obtus et les réseaux d'Al Qaida ?

Marek Halter a rencontré à Damas Khaled Mechaal, le chef du Hamas, à la veille du

déclenchement de l'offensive israélienne. Celui-ci lui a dit, rapporte-t-il, que le Hamas

qui prônait jadis dans sa Charte la destruction pure et simple de l'Etat d'Israël, était

aujourd'hui

« prêt à un accord sur la base des frontières de 1967 ». Qu'est-ce que cela

signifie ? Une reconnaissance de facto de ce que le Hamas appelle désormais

« l'entité

israélienne ».

Ce n'est pas – pas encore – une reconnaissance de droit de l'existence de

l'Etat d'Israël et de son droit à la sécurité mais, dit Marek Halter,

« c'est une

avancée »,

qui rappelle d'ailleurs celle jadis accomplie par l'OLP.

Cette reconnaissance nécessaire, n'est-il pas vain d'en faire un préalable absolu à toute

discussion alors qu'elle devra faire partie du package si l'on en vient enfin à des

négociations sérieuses, équitables parce que respectueuses des droits des deux peuples

et impliquant leurs représentants tels qu'ils sont et non tels que les uns ou les autres les

voudraient a priori ?

L'Europe doit enfin assumer avec force l'immense responsabilité historique qui est la

sienne dans cet interminable conflit. Un peu d'histoire et de mémoire n'est pas inutile

pour remettre les choses en perspective

. Ce sont des persécutions - l'Affaire Dreyfus et

les pogroms tsaristes, un crime contre l'humanité - la Shoah, tous perpétrés en

Europe, qui ont conduit tant de survivants à mettre leur seul espoir dans un Etatrefuge.

Ne l'oublions jamais.

Les Palestiniens peuplaient cette terre réputée « sans peuple pour un peuple sans

terre » et en furent massivement expulsés. Il ne s'agit pas de faire tourner la roue de

l'histoire en arrière mais de ne pas oublier que, colonisations britannique et française

inclues, cette histoire est aussi la nôtre.

Deux nations se sont constituées dont les peuples ont aujourd'hui des droits qui

doivent être conciliés pour qu'ils puissent, l'un et l'autre, coexister dans la sécurité et

la dignité.

Trop de pourparlers et d'accords de paix sont jusqu'à présent allés d'échec en échec,

en dépit des rares moments où l'on s'est pris à espérer que la raison et la justice

l'emportent grâce à quelques responsables suffisamment visionnaires et lucides qui,

tous, ont aujourd'hui disparu et, pour certains, ont été assassinés par les extrémistes de

leur camp. Yitzhak Rabin fut l'un d'eux. Il eut le courage de comprendre que

l'escalade guerrière conduisait à l'impasse politique et que la sécurité d'Israël, avec

laquelle il ne transigeait pas, exigeait une perspective crédible pour les Palestiniens.

Cette

« doctrine Rabin » est plus que jamais d'actualité. Les grandes lignes d'une paix

honorable et efficace sont connues, il n'y a rien à inventer et plus d'alibi derrière

lequel se cacher pour, une fois encore, en détruire les chances.

Pour ses responsabilités passées et pour sa responsabilité présente dans l'équilibre du

monde, l'Europe doit peser de tout son poids pour que cette guerre de trop qui ne

règlera rien soit enfin la dernière et pour que les enfants de Sdérot et de Gaza aient

enfin droit à une vie normale dans des sociétés qui ne soient plus dominées par la peur

et la haine de l'autre.

L'urgence, c'est l'arrêt immédiat des hostilités suivi d'un cessez-le-feu durable, avec

envoi d'observateurs ou de forces internationales chargés d'en vérifier le respect.

L'urgence, ce n'est pas seulement, des deux côtés, le silence des armes : c'est aussi

l'arrêt de la colonisation dans les territoires occupés et la levée du blocus qui a fait de

Gaza un immense ghetto paupérisé en proie, avant même l'intervention militaire

israélienne, à une catastrophe humanitaire et sociale, nourrissant frustrations et colères.

L'urgence, c'est la mobilisation conjointe et cette fois-ci déterminée de l'Europe et des

Etats-Unis, en liaison avec les pays frontaliers, pour en finir avec l'immobilisme

meurtrier qui, depuis 16 ans, a succédé au processus de Madrid et aux accords d'Oslo.

Force est malheureusement de constater que la mission confiée par le Quartette à Tony

Blair n'a, pour l'instant, rien donné d'autre qu'un piteux alignement sur les positions

de l'Administration Bush.

L'urgence, c'est que chacun comprenne qu'il n'a pas à choisir ses interlocuteurs dans

le camp d'en face mais à prendre, tels qu'ils sont, ceux qui représentent effectivement

les populations concernées. Le seul préalable à l'ouverture de premières négociations,

ce doit être le cessez-le-feu. Le reste, tout le reste, doit en être l'aboutissement, de la

reconnaissance d'Israël et de son droit à la sécurité aux contours d'un Etat palestinien

souverain et viable.

Trop de temps perdu, trop de promesses non tenues, trop de malheur de part et

d'autres et trop, aussi, de politiques inéquitables accréditant l'idée ravageuse d'un

« deux poids, deux mesures » dont toujours les mêmes feraient les frais. Il est temps de

stopper ce fol engrenage qui a transformé de jeunes lanceurs de pierres des Intifadas

passées en bombes humaines car sinon, comme l'a très bien dit l'écrivain francolibanais

Dominique Eddé,

« les jeunes oubliés de la vie seront de plus en plus

nombreux à être candidats à la mort ».

Non par fascination nihiliste ou par fanatisme

religieux mais par conviction de n'avoir plus rien à perdre et pas d'autre moyen de

faire entendre leur voix.

Il est temps de comprendre aussi qu'il en va non seulement de la sécurité d'Israël et de

la dignité de la nation palestinienne mais, plus largement, de l'équilibre et de la sûreté

d'un monde où l'éternisation du conflit israélo-palestinien attise le pire.

Rien ne sert de déplorer

« l'importation du conflit » : à l'heure d'Internet et des medias

télévisés globaux, Gaza est dans tous les foyers et dans toutes les consciences. Les

humiliés s'identifient aux humiliés et jugent sévèrement la légèreté avec laquelle la

plupart des gouvernements occidentaux semblent, dans cette affaire, traiter leurs

propres valeurs. Voilà pourquoi ce qui se joue à Gaza, ce sont aussi nos lendemains à

tous car, tôt ou tard, l'histoire présente toujours l'addition.

C'est pourquoi j'en appelle à un effort de lucidité historique et de courage politique de

l'Europe, meilleur moyen d'aider Barack Obama à assumer, le jour venu, les

responsabilités politiques qui sont celles de son pays.

Mahmoud Darwich, immense poète palestinien aujourd'hui disparu, disait s'efforcer

d'exprimer

« la conscience du perdant ». Il appelait cela « être un poète troyen »,

c'est-à-dire ne jamais se contenter du récit du vainqueur et de la version du plus fort. Il

est temps qu'il n'y ait plus, sur la terre d'Israël et de Palestine, non pas un mais deux

perdants, comme c'est le cas aujourd'hui.La paix, forcément faite de concessions

réciproques, est possible à condition que la justice et l'intelligence du temps qui est le

nôtre soient au rendez-vous.

Car, comme le dit le grand écrivain israélien, Amos Oz,

« la vie, c'est le compromis.

Et l'opposé du compromis, ce n'est pas l'idéalisme, c'est le fanatisme et la mort ».

Ségolène Royal, 13 janvier 2009

 

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Communiqué
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Vendredi 26 décembre 2008

Message de Ségolène Royal, le 21 décembre 2008
Vidéo envoyée par segolene-royal

Message de Ségolène Royal, le 21 décembre 2008.


Message important de Ségolène Royal le 21 décembre 2008: "Continuons à nous rassembler"

"Alors nous approchons de la fin de l’année. Une première page va s’ouvrir avec le 1er janvier prochain.

Il faut continuer et je continue avec vous.

Et puis il y a eu quand même des éléments très positifs dans ce Congrès.

D’abord la constitution d’une belle équipe. Cette belle équipe, elle est restée unie, très unie pendant le congrès et après le congrès. Et je voudrais vous dire que nous continuons à travailler rassemblés. Tous les mardis, nous nous retrouvons très régulièrement, nous correspondons bien évidemment. Et puis cette équipe unie a décidé de continuer. A l’intérieur du PS, dans la structure qui s’est mise en mouvement, dans le rassemblement des parlementaires qu’anime Jean-Louis Bianco à l’Assemblée, des sénateurs qu’anime Jean-François Rebsamen au Sénat. De l’ensemble des élus du terrain, des premiers fédéraux qui sont là, des secrétaires de section, des militants. Tous ceux qui ont soutenu notre motion et qui ont voté pour moi. Et tous ceux-là,je leur demande de faire ce que nous aurions fait si nous étions aux responsabilités, c’est-à-dire des sections ouvertes, des sections où l’on débat, des sections où l’on attire des adhérents, un PS qui s’inspire des meilleures pratiques de nos élus, quels qu’ils soient d’ailleurs, quelle que soit la motion qu’ils ont votée.

Et donc, en mettant en mouvement dans nos fédérations et dans nos sections le parti dont nous rêvions. Je sais que c’est une façon très importante... je sais que malgré tout, je vois bien ce qui se passe, que lors des congrès fédéraux, on ne vous a pas épargnés, ceux qui m’ont soutenue. Je sais. Et bien, nous devons être vigilants les uns et les autres et nous faire respecter bien sûr dans les fédérations. Et, en même temps, apporter notre capacité de créativité à ce que le PS construit.

Nous ne sommes pas là pour gêner l’actuelle direction. Nous avons été laissés derrière la porte. Mais nous sommes chez nous, dans notre maison commune, le PS et nous devons y prendre sur le terrain toute notre place.

Et puis, bien évidemment, il y a Désirs d’Avenir.

Et j’entends monter en puissance l’organisation, la créativité, l’action et la réflexion avec D.A.

Venez nombreux ! Adhérez et faites adhérer !

Venez nombreux à DA, pourquoi ? Parce que nous allons continuer à mettre sur le site les meilleures contributions des experts, des économistes, des intellectuels, des sociologues que nous rencontrons. Parce que je souhaite que toute cette matière grise soit mise à la disposition du plus grand nombre, à travers tous les territoires, notamment à toutes celles et ceux qui n’ont pas la possibilité de sortir de chez eux, de se rendre à l’Université la plus proche.

Un réseau d’éducation populaire

C’est vous tous qui allez nous aider à créer ce réseau d’éducation populaire. C’est à vous de nous donner des participations, des contributions, des réflexions. Des universitaires qui sont en proximité de vos fédérations, de vos sections, des éléments auxquels vous pouvez intervenir. Des lectures auxquelles vous avez accès qui vous ont particulièrement frappés.

Et c’est cette mise en commun de la matière grise que nous voulons faire monter en puissance. Elle existe déjà, puisque depuis la création de D.A, nous avons fait des forums. Mais nous allons leur donner une dimension supplémentaire. Ensuite nous allons restructurer le site de D.A. Là aussi pour lui donner beaucoup plus d’ampleur et d’impact. Et là aussi j’ai besoin de vos contributions.

Développer Cités d’Avenir

Et puis il y a Cités d’Avenir. Cités d’Avenir, c’est 200 associations qui sont fédérées dans les banlieues, qui sont animées par Kamel et Brahim. et là aussi, nous avons fait une réunion de travail, nous avons quelques idées pour puiser dans les quartiers populaires ce que j’ai réalisé dans la région Poitou-Charentes, c’est-à-dire des bourses tremplin Désirs d’Entreprendre, du micro crédit avec des parrainages de chefs d’entreprises expérimentés qui pourraient aider les jeunes à créer leur activité.

Soutenir le mouvement social

J’ai rencontré hier des lycéens. Bien sûr, j’ai échangé avec eux. Vous verrez le compte-rendu et la synthèse ou des extraits de cette réunion de travail avec les lycéens sur le site.

Moi, j’ai été frappée par leur sérieux, par leur envie de travailler.

Quand je vois Nicolas Sarkozy dire que c’est la gauche qui met la pagaille, je crois qu’il est responsable avec son gouvernement, aujourd’hui, de la pagaille dans les lycées. Et en écoutant les lycéens, notamment sur l’analyse très pointue qu’ils font du sens de la réforme.

Pourquoi supprimer, par exemple, l’apprentissage de l’économie, comme s’il fallait empêcher les jeunes de réfléchir et ne faire plus que de la gestion ? Pourquoi réduire à la portion congrue toutes les sciences humaines tel que l’envisageait monsieur Darcos ? Les lycéens ont été parfaitement conscients du fait que le lycée est là aussi pour former des citoyens, pour l’apprentissage de leur liberté, de leurs capacités de jugement.

Cette révolte est aussi une revendication de respect.

De la même façon, si vous avez à proximité de chez vous des salariés, des ouvriers qui se battent dans l’indifférence générale contre la fermeture de leurs usines, parce qu’il y a des effets de la crise qui sont sur le feu des projecteurs et d’autres endroits où l’on souffre et l’on meurt en silence, et bien, je veux que les militants de D.A soient aux côtés de ceux qui souffrent et qui disparaissent en silence et qu’ils puissent avoir accès à ce media qu’est D.A. Filmez-les, recueillez lzurs témoignages. Faites-les porter sur le site de D.A, et nous allons créer des réseaux de solidarité pour que, partout où l’on souffre, sur le territoire national, on ne soit pas oublié.

Donner à chacun la possibilité de croire en un avenir meilleur.

Et n’oublions jamais ce que nous sommes. D.A, ça veut dire que nous avons l’ambition –d’ailleurs, c’est l’essence même de la politique- de donner à chacun la possibilité d’évoluer, de créer, de construire et de croire en un avenir meilleur, non seulement pour lui-même mais aussi pour ceux qui l’entourent.

Donc, à très bientôt."

Par Nicolas Gatineau - Publié dans : Communiqué
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