Tommy Smith, Mexico, 1968
Rupture : n.f. Fait de rompre sous l’effet d’un choc (…) Action de considérer comme nul un engagement – rupture de fiançailles (Petit Larousse)
Pendant sa campagne, Nicolas Sarkozy nous avait promis la rupture, la rupture avec les vielles habitudes de la politique, la rupture avec « l’assistanat » et même, la rupture avec Mai 68.
Au vu de la définition que l’on trouve de ce mot dans le dictionnaire, on est en droit de se demander où est le choc provoquant la rupture et avec quels engagements du passé on entend rompre.
Le choc d’abord : Si la France est en crise, on ne peut pas dire qu’elle ait subi de choc majeur depuis Mai 68 justement. Si des choses ne fonctionnent pas en France, il convient donc de parler dans ce contexte de réforme et non de rupture à moins qu’on souhaite soi-même provoquer le choc entraînant la rupture. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, le choc a eu lieu en Mai 68 précisément alors qu’il était lycéen. Tous ses biographes s’accordent à dire que Mai 68 a constitué pour le jeune Nicolas Sarkozy, élevé par une mère très traditionnelle de droite qui disait « Vous savez les enfants, vous partez tous sur la même ligne mais tout le monde n’arrivera pas le premier », une bizarrerie, un véritable scandale. Dans le schéma du jeune Sarkozy, un jeune, ça travaille pour être le meilleur et ça ne conteste pas l’autorité, que ce soit celle des parents ou de l’Etat. Il entend donc participer à des contre-manifestations mais sa mère fait ce que toute mère digne de ce nom a le devoir de faire lorsque son enfant de 13 ans entend en découdre avec des manifestants qui construisent des barricades, affrontent les CRS dans ce qu’il faut bien appeler des scènes d’émeutes : elle demande au Proviseur d’interdire à son fils de sortir du lycée avant qu’elle ne vienne en personne le chercher. Le petit Nicolas assiste donc à distance à ce choc historique sans pouvoir rien faire pour défendre sa conception de la société et ce grand homme qu’est le Général de Gaulle.
La volonté du candidat de Nicolas Sarkozy de rompre avec les idées de 1968 peut donc être considéré comme la revanche d’un préadolescent qui n’a pu s’opposer à un évènement qui, même avec toutes les critiques qu’on peut lui adresser et qu’on peut adresser à ses participants avec le recul de l’Histoire apparaît pour beaucoup comme un choc nécessaire en son temps.
Nicolas Sarkozy entend rompre avec Mai 68 avec la même force que la France a rompu avec Vichy par exemple. Seulement, si dans le cas de Vichy, il faut rompre avec un régime de collabos à la solde des nazis, intrinsèquement mauvais, Mai 68 est avant tout une exigence de réforme de la société et des mœurs. Je ne vais pas détailler ici ce qu’était la société d’avant Mai 68 d’autant plus que des historiens compétents ont traité du sujet mieux qu je ne saurais le faire et que je n’étais pas encore né à l’époque mais pour résumer, on peut expliquer Mai 68 par le fait que le fort progrès économique, technologique et éducatif des Trente Glorieuses ne s’accompagnait pas d’une réforme en profondeur de la société. Les jeunes générations de l’époque se sont alors révoltées contre cet état de fait avec des slogans parfois excessifs comme « Il est interdit d’interdire ». Et cette page là qui n’est pas seulement l’apanage de notre petit hexagone mais qui est une contestation globale d’un système ancien par la jeunesse du monde. 1968, ce n’est pas que Mai 68. C’est aussi le Printemps de Prague, c’est aussi la jeunesse américaine qui se dresse contre la Guerre du Vietnam, c’est aussi Tommy Smith qui lève le poing aux JO de Mexico pour les Droits Civils des Noirs Américains. Toute époque a ses excès et ses heures de gloire. S’il est sain de tempérer les excès, on ne peut déchirer une page de l’Histoire du monde juste par vendetta personnelle due à la rancœur d’un gosse de 13 ans. En 2007, peut-être faut-il tourner la page de Mai 68 mais certainement pas la déchirer. Ségolène Royal par exemple, qui a du contourner les idées plus que conservatrices de sa famille par l’éducation et qui est venue au Socialisme par le Féminisme considère qu’il faut conserver les bonnes choses de l’héritage de 1968 comme la libération sexuelle, comme le fait que les jeunes soient considérés comme des personnes dignes etc… mais l’idée d’ordre juste rejette l’interdiction d’interdire. Politiquement, philosophiquement, cette démarche est saine.
Puisqu’il n’y a pas de choc, pourquoi Nicolas Sarkozy veut-il tellement la rupture ? La seule autre hypothèse est la volonté de rompre avec les promesses et les engagements du passé. Et là vous me direz, oui mais s’il veut rompre avec Mai 68, c’est qu’il veut revenir à l’époque du Général de Gaulle, à avant Mai 68. C’est ce que devait penser cette vieille dame que j’ai entendue l’autre jour sur Europe 1 qui disait que Ségolène Royal et François Hollande n’avait jamais constitué un couple car ils n’avaient jamais été mariés. Cette personne qui devait avoir 45-50 ans en 1968 a du voter Nicolas Sarkozy le 6 mai dernier se disant que tout allait redevenir comme avant Mai 1968. Seulement, le fait même que son cher Nicolas Sarkozy ait divorcé pour épouser une femme divorcée qu’il avait marié lui-même quelques années avant avec un de ses amis puis qu’une fois élu (très, très mal vu ce genre de chose avant Mai 68) puis qu’une fois élu Président, il divorce (totalement impensable qu’un Président divorce avant Mai 68 –et peut être même avant la fin des années 80 d’ailleurs) montre bien que Mai 68 a changé quelque chose définitivement dans la société française et que même Nicolas Sarkozy en bénéficie. Et puis, il faut être réaliste, la France ne sera plus jamais celle de 1968. On ne peut faire une politique en souhaitant revenir au passé. Le Général de Gaulle d’ailleurs le disait très bien lui-même lors d’une allocution télévisée en 1960 à propos de l’Empire colonial : "Il est tout à fait naturel qu'on ressente la nostalgie de ce qui était l'Empire, tout comme on peut regretter la douceur des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages. Mais quoi ! il n'y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités."
Alors, quelle promesse du passée doit elle être oubliée ou trahie aux choix ?
Regardez bien :
-Nicolas Sarkozy nous dit de travailler plus pour gagner plus alors que la promesse du XXème siècle était « Le progrès technologique va nous permettre de travailler plus efficacement, de nous enrichir tous et même de gagner du temps pour passer avec notre famille »… Rupture avec Keynes, rupture avec Ford, rupture avec le Front Populaire et avec le Gaullisme
-Nicolas Sarkozy veut instituer des franchises médicales afin de financer le plan cancer et le plan Alzheimer (franchises que les personnes atteintes de ces terribles maladies paieront aussi). Et là, je repense à ma brave dame sur Europe 1 qui doit avoir 80 ans, des douleurs musculaires, des courbatures, des lunettes, peut-être des problèmes de diabète… Désolé Madame, j’ai une constitution solide, je fais une gastro par an et des fois la grippe, au maximum, les franchises médicales, ça va me coûter 3 euro par an en moyenne mais à vous… ça va se compter en centaines d’euro, peut-être en mois de retraite. Comme 75% des personnes de votre âge, vous avez voté Sarko, vous allez être une des premières à en subir les conséquences. Dans ce nouveau système les malades payent pour les malades alors que tout le monde doit payer pour aider les malades mais çà, c’est le pacte social de la Libération… Tiens, encore une rupture avec De Gaulle…
-Nicolas Sarkozy dit aux cheminots qu’ils doivent travailler plus longtemps vu qu’ils vivent plus longtemps et que tout le monde cotise 40 ans (là, il n’a pas tout à fait tort à mon sens) mais dans le même temps, il dit (enfin, son Gouvernement, ce qui revient au même) qu’ils vont pouvoir partir à la retraite à 55 ans. Personnellement, j’ignorais qu’avocat fût un métier pénible. J’ignorais que les avocat mourraient par milliers de l’amiante, avait le dos brisé par des coups de pioches pour retaper les tribunaux, ou par le charbon qu’ils doivent amener dans la chaudière du Palais de Justice afin d’avoir chaud lorsqu’ils plaident, j’ignorais aussi qu’ils dussent risquer leur vie pour plaider lors d’un différend civil… J’oubliais, Nicolas Sarkozy est avocat. Que les bourgeois se rassurent : on ne rompt pas avec le clientélisme !
Nicolas Sarkozy ne rompt au fond qu’avec une seule idée : Le progrès moral, technologique, économique, financier doit être partagé par tous. Sa philosophie est que la loi du plus fort est toujours la meilleure. C’est tout le contrat social français qui est attaqué en réalité, Mai 68, c’est pour la galerie.
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MONTROUGE A DU
DESIR
Jean-Luc Mélenchon, Sénateur de l'Essonne


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